00:00 qu'il peut vous donner les boules en interview ?
00:02 Ah, bah évidemment qu'on aille creuser dans des choses que j'ai pas envie de raconter,
00:06 trop intimes, trop... qu'on soit lourds avec ça.
00:08 J'ai eu des gens qui l'ont été dernièrement et je peux vous dire, j'ai beau briefer les
00:12 gens en disant "je n'ai pas spécialement envie de me plaindre ou de parler de ma santé
00:16 ou je n'ai pas spécialement envie de parler politique parce que tout le monde se sent
00:19 obligé maintenant d'avoir son petit avis politique alors que la moitié des gens n'y
00:22 comprennent rien, donc ça me gonfle quand les gens insistent.
00:25 Parce qu'en plus, ce qu'ils ne comprennent pas c'est qu'après une phrase est prise hors
00:30 de son contexte, elle est récupérée et elle est mal interprétée parce qu'elle est isolée
00:34 de son contexte et ça c'est gonflant vraiment à la force.
00:37 Et des gens ne respectent pas les deals comme on dit ?
00:38 Bah oui, je l'ai vécu, je l'ai vécu il n'y a pas longtemps avec une journaliste de magazine
00:43 télé qu'on avait briefée et puis elle est quand même partie, je lui ai dit "je crois
00:45 qu'on vous avait demandé quelque chose" et je l'ai vécu aussi dans un direct à la radio
00:50 il n'y a pas très longtemps où vraiment la personne a été très insistante.
00:53 Comment vous réagissez dans ce cas là ?
00:54 Bah vous savez ce qu'il m'a dit ? Il m'a dit "mais vous avez dû avoir peur d'être aveugle
00:58 quand même".
00:59 Je veux dire, quand on entend ce genre de phrase, qu'est-ce que vous voulez répondre ?
01:02 Il y a la guerre partout dans le monde, il n'y a pas que ma petite personne qui compte,
01:05 moi j'ai envie de...
01:06 Enfin je ne sais pas me plaindre, quand j'allume la télé et que je vois, on s'en fout un peu
01:09 de mes yeux, de mes soucis quoi.
01:11 Je pense qu'il y a beaucoup plus grave dans le monde, ça serait bien qu'on aille mieux
01:14 un peu sur cette planète en général, pas Hélène Séguin.
01:16 On est loin de s'en foutre Hélène Séguin, mais c'est vrai que vous avez eu la franchise,
01:19 d'autres ne l'auraient pas fait à votre place, d'évoquer tout de suite votre état de santé.
01:23 J'ai pas eu le choix, parce que si vous voulez vous recevez, chaque émission que je fais
01:27 je reçois des messages du type "qu'est-ce que t'as fait à ton visage ?", "qu'est-ce
01:30 que tu as fait ?", "tu as fait une chirurgie ratée et tu fais croire que t'es malade".
01:34 J'entends, je vois ces mots là.
01:35 Des propos aussi violents que ça.
01:36 Et un jour je pense que je vais les publier avec les noms de ceux qui me les ont envoyés
01:40 pour que les gens réalisent ce que je me prends dans la tête, alors que moi, je le
01:43 dis franchement, j'ai pas choisi ce qui s'est passé.
01:45 J'ai passé beaucoup de temps à l'hôpital avec des traitements lourds, et vous le savez
01:49 parce qu'on se connaît depuis très longtemps, et que mes changements physiques, j'ai dû
01:53 les justifier.
01:54 Et puis le jour où j'ai dû les justifier, je me suis dit "tant qu'à en parler, je vais
01:58 me rendre utile et je vais lever des fonds pour l'association Inflameuil".
02:01 Est-ce que vous n'avez pas eu peur, en même temps que ça vous essentialise, comme on
02:04 dit, sur le plan médiatique, c'est-à-dire que ça occulte le reste ?
02:06 Mais en fait, c'est ce que je vis.
02:08 Et quand je fais une interview, tout ce qui est mis en avant, c'est mes problèmes de
02:12 santé.
02:13 Et je n'ai pas du tout choisi cela.
02:14 Ce n'est pas là-dessus.
02:15 Ce n'est pas pour ça que j'accepte de faire des interviews.
02:17 Et en fait, je suis stigmatisée là-dessus constamment, et sur Internet particulièrement.
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