00:00 Il y avait une époque où quelqu'un face caméra ou sur une chaîne de télé nous lisait un livre au cœur de la nuit.
00:04 Je sais pas si vous vous souvenez de ça, je sais pas sur quelle chaîne ça se faisait.
00:06 Moi je dormais, personnellement.
00:08 Ça vous faisait dormir. Vous pourriez presque nous faire la lecture Héloïse Rignac.
00:11 Oui, alors, même si avec le livre du jour vous risquez d'avoir du mal à dormir,
00:15 parce que ça va faire vaciller vos certitudes. En tout cas c'est ce qui m'est arrivé quand je l'ai ouvert.
00:19 C'est un génial livre de vulgarisation scientifique qui s'appelle "Les cellules buissonnières" de Lis Barneyou.
00:25 Alors, comme moi, vous avez sans doute appris que notre corps est constitué de cellules,
00:30 qui portent chacune en elles notre carte d'identité génétique.
00:34 Notre génotype.
00:36 Eh bien, figurez-vous que les scientifiques savent aujourd'hui qu'on peut retrouver parmi nos cellules,
00:42 parmi ces cellules, certaines cellules appartenant à certains de nos proches.
00:45 C'est un phénomène qui est appelé le microchimérisme.
00:49 Alors comment cela ? Est-ce possible ?
00:50 Parce que lorsque nous étions dans le ventre de notre maman, elle a échangé des cellules avec nous.
00:57 Et que ces cellules pouvaient être les siennes, ou celles qu'elle-même avait échangées dans le ventre de sa propre mère,
01:03 ou qu'elle avait échangées avec un enfant qu'elle a porté précédemment.
01:08 Vous voyez où tout ça nous emmène ?
01:10 Si vous ne voyez pas trop, je vais vous laisser avec Lis Barneyou, elle va tout vous réexpliquer.
01:14 Ce voyage de cellules entre la mère et les bébés qu'elle porte, ça va dans les deux sens.
01:19 C'est-à-dire que la mère récupère effectivement les cellules des embryons qu'elle porte,
01:24 mais les embryons récupèrent aussi les cellules maternelles.
01:27 Par exemple, les garçons vont avoir des cellules féminines avec le génome de leur maman.
01:32 Et puisque nos mères portent également des cellules de leur mère,
01:35 on a aussi trouvé dans le sang de nouveau-né des cellules de grand-mère.
01:39 Et en fait, on estime que dans le ventre de notre mère, on peut intégrer toutes les cellules,
01:44 y compris les cellules microchimériques, de tous ceux qui nous ont précédés,
01:47 qui commencent à faire un sacré nombre de personnes.
01:49 Où est-ce qu'elles habitent ces cellules ?
01:51 On pense que leur niche préférée, c'est la moelle osseuse.
01:54 Mais on trouve ces cellules dans tous les organes, dans le foie, dans les poumons,
01:59 y compris le cerveau d'ailleurs, le cœur.
02:02 Tout ça, ça a été des organes dans lesquels on a trouvé ces cellules d'origine microchimérique.
02:06 Et ce sont des cellules qui fonctionnent ?
02:08 Alors c'est ça qui est le plus fascinant.
02:10 On se rend compte que ces cellules, quand elles s'intègrent dans un foie,
02:13 elles deviennent des cellules hépatocytes, des cellules de foie.
02:18 Une fois qu'elles s'intègrent dans un cœur,
02:20 elles se mettent à battre à côté des cellules de l'individu.
02:23 Et au-delà de remplir cette fonction que remplissent leurs voisines,
02:26 est-ce que ces cellules ont une fonction,
02:29 justement de par le fait qu'elles portent un autre génome ?
02:33 Les recherches toutes récentes, effectivement,
02:36 tendent à montrer qu'elles peuvent avoir d'autres rôles.
02:38 On sait maintenant que les cellules qui proviennent des embryons,
02:41 dites totipotentes, c'est-à-dire capables de donner naissance
02:44 à tous les tissus du corps humain,
02:46 ces cellules, quand elles sont dans l'organisme maternel,
02:49 elles peuvent venir régénérer un tissu abîmé.
02:52 Et ça veut dire qu'on pourrait aller chercher ces cellules
02:55 et les utiliser comme une espèce d'autogreffe, les stimuler ?
02:59 C'est ce à quoi pensent les scientifiques à l'heure actuelle ou c'est trop tôt ?
03:03 Les stimuler, exactement, c'est tout à fait ça.
03:05 Pour l'instant, les seules idées d'applications médicales
03:09 qui émergent réellement, ce serait de trouver un moyen
03:12 d'attirer ces cellules embryonnaires qui sont présentes
03:15 chez les femmes qui ont porté des embryons
03:17 et de les attirer dans les endroits où on a besoin d'elles
03:19 et espérer qu'une fois sur place, elles aident à la guérison.
03:23 Il y a notamment Célima Ractigny, un chercheur français à Paris,
03:27 qui travaille dans cette optique-là.
03:29 Et philosophiquement et spirituellement,
03:31 ça ouvre aussi des portes complètement folles ?
03:33 Ça nous montre qu'on est beaucoup plus hétérogènes que ce qu'on pensait,
03:37 qu'on est beaucoup plus entremêlés aussi que ce qu'on pensait.
03:40 Et puis je crois que ce qui est important,
03:42 c'est que ça donne un autre récit sur notre corps, notre soi.
03:45 Voilà, on est plus un collectif de cellules
03:48 dans lesquelles il y a un équilibre qui est atteint
03:50 et il faut essayer de garder cet équilibre pour que tout fonctionne bien.
03:54 Ça donne le vertige, mais c'est passionnant.
03:55 C'est complètement fascinant.
03:57 Je trouve que ne serait-ce que penser que nous portons en oncle
04:00 des cellules de notre mère, notre enfant, notre frère, notre oncle,
04:04 d'êtres très anciens si ça se trouve, qui vivent encore en nous,
04:07 c'est assez... voilà, ça ouvre des portes.
04:10 Le livre de Lise Barneau explore donc toutes les dimensions de cette découverte.
04:14 C'est passionnant, c'est ultra accessible, ne vous inquiétez pas.
04:18 Vous entendez comme elle parle ?
04:19 Et c'est comme si on vous racontait une histoire extraordinaire.
04:22 Les cellules buissonnières parues aux éditions Premier Parallèle.
04:25 Notez que l'autrice sera notre grande invitée,
04:27 mardi à 17h sur France Bleu, Dromardèche.
04:30 Et ensuite elle filera à la librairie valentinoise L'Oiseau-Siffleur
04:33 pour une soirée de rencontres.
04:35 On vous offre votre livre ce matin, son livre en l'occurrence,
04:38 04 75 40 10 10 sur le microchimérisme.
04:41 Vous avez une cellule là ?
04:43 Oui, c'est une cellule de mon arrière-grand-père, ça se voit c'est un poil blanc.
04:46 Mais sinon c'est super intéressant pour le transgénérationnel,
04:50 notamment pour ceux qui connaissent un peu plus de monde.
04:52 Je pense que chacun a quelque chose à y trouver.
04:54 Exactement.
Commentaires