00:00 -Les nuages, très concrètement, appartiennent à personne.
00:03 C'est un bien commun.
00:04 C'est parce qu'ils n'appartiennent à personne
00:07 que chacun peut faire ce qu'il veut,
00:09 parce qu'il n'y a pas d'encadrement.
00:11 C'est pour ça qu'un de mes désirs,
00:14 et je ne suis pas le seul à porter ce désir,
00:16 ce serait que les nuages puissent entrer
00:19 dans le patrimoine mondial de l'UNESCO
00:21 pour que tout le monde puisse les protéger.
00:24 Donc j'espère que ça aboutira un jour.
00:27 -Le patrimoine naturel immatériel de l'UNESCO.
00:30 Maxime Chattam, Hélène Doriaud, je me tourne vers vous.
00:33 -On parle beaucoup de la dimension quasi-scientifique
00:37 autour des nuages dans le roman.
00:39 Ce qui m'a bouleversé dans le roman,
00:41 outre tout ce que j'ai appris sur les romans,
00:44 notamment comment on crée la pluie,
00:46 c'est la condensation des nuages.
00:48 Moi, c'est la dimension humaine.
00:51 J'ai envie de vous dire merci,
00:52 parce que j'ai lu votre livre parce que vous étiez là ce soir.
00:56 J'ai été profondément ému. -C'est très touchant.
00:59 -C'est-à-dire que dans un roman, ce qui est très difficile,
01:03 c'est de parvenir à créer une histoire
01:05 avec des personnages, de rendre tout ça très vrai,
01:08 et qu'il y ait une synergie entre les personnages,
01:11 leurs émotions et l'histoire.
01:13 Vous vous racontez votre vie, une histoire vraie,
01:16 et il y a tout ça.
01:17 Toute la partie derrière sur à la fois le festival,
01:20 la dimension que ça va amener sur vous, sur Benoît,
01:24 et puis aussi sur les nuages, ça marche super bien,
01:27 mais ça a un sens, parce que derrière,
01:30 vous nous racontez votre vie avec Benoît,
01:32 notamment son décès, tout ce qui est autour de ça,
01:35 tous ces moments de vie très forts, très poignants.
01:38 J'ai posé le livre en m'arrêtant sur des phrases,
01:41 parce que c'était vrai, en plus, c'était très bien écrit,
01:45 et j'étais vraiment bouleversé.
01:47 -Hélène Dorian ?
01:48 -Moi, j'ai été aussi très touchée par cette histoire,
01:52 par cette manière aussi d'articuler, disons,
01:55 les phénomènes naturels et l'autre phénomène naturel,
01:58 qui est le deuil, en fait.
02:00 Je trouve ce livre magnifique sur le deuil et sur les traces.
02:03 Alors que l'événement ne pouvait pas avoir lieu,
02:07 donc la trace concrète de la présence et de la vie de Benoît,
02:11 ce que vous faites, c'est que vous allez dans l'invisible,
02:15 vous allez voir le dernier souffle de sa vie,
02:17 est-ce qu'il peut avoir une portée ?
02:20 Et c'est ça aussi, qu'est-ce qu'on porte des êtres
02:22 après leur mort, comment on continue à les faire vivre ?
02:26 Alors, vous, c'est à travers les nuages, à travers la pluie,
02:29 et surtout cet acte poétique très concret,
02:32 et là, on revient à l'écriture,
02:34 parce que l'écriture est une manière d'incarner aussi ce deuil.
02:38 Alors, les gens vont écrire sur ce qu'ils vont voir dans les nuages,
02:42 et souvent, on se dit, on voit parfois le visage
02:44 des personnes décédées dans les nuages.
02:46 Et je trouve ça magnifique, un très beau livre sur le deuil,
02:49 particulièrement, en plus de tout ce qu'on y apprend, bien sûr.
02:53 -C'est vrai que Christophe disait tout à l'heure
02:55 que ce qui est important, c'est de pouvoir raconter des histoires.
02:58 Et je pense que quand on perd un amoureux ou quelqu'un qu'on aime,
03:02 ou quand il nous arrive quelque chose d'affreux,
03:04 on peut toujours raconter une histoire,
03:07 et ça nous tient toujours debout.
03:09 Et donc, ça, c'est un point important.
03:11 La 2e chose, c'est que Benoît ne voulait pas que j'écrive sur lui,
03:14 il m'avait demandé de ne jamais écrire sur lui,
03:17 il l'a dit quelques mois avant de mourir,
03:19 parce qu'il a vu le film "Coco",
03:21 et le film "Coco" dit qu'on ne meurt vraiment
03:24 que quand plus personne ne pense à nous,
03:26 et donc, aujourd'hui, on pense à lui.
03:28 -Quelle que soit la réalité, même si elle est glauque,
03:31 difficile, injuste, on peut toujours raconter une histoire,
03:35 et cela peut la rendre merveilleuse
03:37 ou au moins supportable.
03:38 C'est en tout cas la seule chose sur laquelle
03:41 nous conservons une certaine maîtrise.
03:43 En ce sens, écrire est parfois la seule option qui s'offre à nous.
03:47 Ce que je n'ai pas dit, c'est que ce livre vient
03:49 après 4 ans de silence, vous ne pouviez plus écrire.
03:52 -Oui, j'ai jamais eu le syndrome de la page blanche.
03:55 Après la mort de Benoît,
03:57 puis Benoît est mort un mois avant le confinement,
04:00 donc c'était un peu le monde qui s'arrêtait,
04:03 on a vécu 15 ans ensemble avec Benoît,
04:05 on était très fusionnels,
04:07 pour la première fois, je n'arrivais plus à écrire.
04:10 Et...
04:12 Alors, voilà.
04:14 Je pense aussi que quand on a besoin de temps,
04:18 en fait, il faut accepter que quand on perd quelqu'un,
04:21 il faut accepter ce temps qui s'étend.
04:23 Et ce temps qui s'étend, c'est beau aussi,
04:26 parce que c'est un temps de silence.
04:28 -Oui, et c'est un temps de contemplation
04:31 et d'émerveillement dans votre livre,
04:33 ce qui est très beau, parce qu'on n'en a pas parlé,
04:36 mais en réalité, il y a le droit des nuages,
04:38 mais il y a aussi notre droit fondamental
04:40 à préserver les nuages, préserver le fait
04:43 qu'il y ait toujours encore des nuages,
04:45 comme préserver le fait qu'on ait un ciel bleu,
04:48 comme préserver le fait qu'on ait un ciel étoilé.
04:50 C'est pas forcément donné, ça.
04:52 -Oui, et ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui,
04:55 l'UNESCO protège le patrimoine matériel, culturel et naturel,
04:59 le patrimoine immatériel, culturel,
05:01 mais il ne protège pas encore le patrimoine immatériel, naturel,
05:04 pour protéger peut-être le bleu du ciel, les ciels étoilés,
05:07 ou certaines formes de nuages,
05:09 pour savoir si c'est du patrimoine matériel,
05:12 enfin, si c'est matériel ou immatériel.
05:14 -Qu'est-ce qu'on fait, Mathieu Asselineau ?
05:16 Dans le livre, vous nous donnez des actions à faire.
05:19 C'est tout le cas chez vous.
05:21 -Par rapport au fait qu'on peut toujours se raccrocher
05:24 à une histoire, il y a des gens qui ne se sentent pas légitimes
05:27 à écrire. Tout à l'heure, Hélène parlait de l'importance des mots.
05:31 C'est comme le sport, c'est important que tout le monde
05:34 se sente légitime à écrire.
05:36 C'est ce que j'appelle la littérature horizontale
05:39 et la littérature verticale, c'est dire qu'il y a quelques personnes
05:42 qui peuvent écrire. L'écriture, c'est comme être sur une piste de danse.
05:46 Ce qui est beau, c'est quand on danse tous.
05:49 Souvent, il faut juste se sentir légitime à écrire.
05:51 C'est pour ça que je demande aux gens, non seulement d'observer
05:55 les nuages, de s'allonger, mais aussi d'écrire ce qu'ils voient.
05:58 Ca fait une performance littéraire collective,
06:01 une espèce de boom collective de mots qu'on peut renouveler
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