00:00 Moi, la science-fiction, j'en suis pas capable, c'est pas un domaine dans lequel je me projette.
00:04 Moi, ce qui m'intéressait, c'était de parler de nous, maintenant, de notre société.
00:07 Simplement, j'avais envie de prendre tout ce qui est un peu déréglé, tout ce qui est assez angoissant,
00:13 et de le pousser un tout petit peu pour pouvoir mettre côte à côte tous ces éléments,
00:18 et dire voilà, ça c'est le portrait de notre société aujourd'hui, dans ce cas-là, d'anxiogène.
00:21 Et donc, réfléchissant ensemble à cet avenir proche, donc je vais situer l'intrigue dans un avenir très très très proche.
00:26 - Mais alors, qui parle Maxime Chatam ? Parce que ça commence quand même sur une tempête diluvienne,
00:30 et sur des parents qui s'inquiètent de ne pas voir leurs enfants rentrer.
00:34 Il y a cette forme de peur et de culpabilité. Est-ce que c'est le citoyen qui parle ? Est-ce que ce ne serait pas le père ?
00:38 - C'est les deux. En fait, le livre, il est né de cette intention-là.
00:41 C'est-à-dire que moi, j'avais ces questions en tant que père.
00:43 Quel est le monde que je lègue à mes enfants ? Et qu'est-ce que je fais dans ce monde ?
00:46 Moi, j'ai une conscience écologique, mais je ne suis pas un activiste revendiqué.
00:51 Qu'est-ce que je fais pour mes enfants dans ce monde, avec tout ce qu'on sait de dysfonctionnel, et notamment sur le climat ?
00:58 Et je me suis dit, mais en fait, je vais commencer le livre de cette manière-là, avec une mère qui est angoissée pour sa fille,
01:02 qui est aux prises avec des éléments effroyables, c'est une tempête dans Paris,
01:06 et ça va incarner mon angoisse à moi, et ça va me permettre de parler d'un de ces sujets qui va égrener le roman,
01:13 qui est le dérèglement climatique, ce qu'on peut en faire, ce que ça raconte aussi de notre inaction politique,
01:19 mais aussi, parce qu'à un moment, les politiciens, ils sont certes avec des visions très politiciennes, très court-termistes,
01:25 mais ils sont aussi élus par les citoyens, donc c'est des choix.
01:28 Et toutes ces questions-là, j'essayais de les mettre bout à bout dans un récit qui devait être avant tout un thriller,
01:33 mais en même temps un thriller dans lequel, oui, je m'exprime moi, en tant que père.
01:36 Mais vous savez, Maxime Chata, moi je vous ai beaucoup lus, et j'ai toujours eu très très peur quand je vous lisais.
01:40 Et là, je me suis dit, avec ces peurs collectives, ce par quoi commence le roman, ça va être pareil.
01:44 J'ai été très surpris en réalité. Ben oui, j'ai été très surpris, c'est un livre qui ne vous ressemble pas beaucoup.
01:49 Oui, par rapport, oui.
01:50 Ben oui, et c'est un livre qui commence notamment au tout début en épigraphe par la définition du mot espoir.
01:55 Et l'espoir sera extrêmement important. Et vous écrivez que l'espoir, c'est aussi ce qu'on attend.
02:00 Oui, c'est ce qu'on attend, c'est ce qu'on fait, parce que l'espoir, il faut le créer.
02:04 L'espoir, il ne vous tombe pas dessus comme ça, sans raison.
02:07 Et tout le roman raconte en fait cette trajectoire vers l'espoir.
02:11 C'est l'histoire d'une mère et sa fille, chacune avec leur parcours de vie, leurs angoisses, elles sont différentes, bien sûr, leurs attentes.
02:18 Et je parle du monde avec tout ce qui, moi, en fait, me fait peur.
02:24 Je crois que c'est le premier roman que j'écris où je parle de mes propres peurs.
02:27 Et je me suis rendu compte que c'est un roman qui ne fait pas peur.
02:30 Ça raconte beaucoup de choses, je crois.
02:32 D'habitude, je joue avec les peurs des autres, et moi, je ne me fais pas peur.
02:36 Et cette fois-ci, j'ai plus eu envie justement de montrer la société, son dysfonctionnement,
02:41 le problème de communication, on n'arrive plus à se parler, le problème de nuances dans la communication,
02:45 le problème générationnel parfois, tout ce qu'on connaît, tout ce qu'on voit, qu'on met en avant.
02:50 Ça me fait penser à de très beaux mots d'Hélène Dorion quand elle parle du hurlement de nos peurs.
02:55 Tout à fait, c'est vrai. Et en fait, toutes les peurs sont là, sont réunies, des peurs collectives, des peurs individuelles aussi,
03:03 des secousses violentes intérieures. Il y a un moment donné où, enfin, sur la plateforme,
03:09 on dirait que ces problématiques-là se retrouvent aussi sur la plateforme.
03:13 Donc, c'est aussi dans cette... Peu importe où on va, on emporte avec nous ce qui est là,
03:19 les problématiques contemporaines qui sont là, oui. Et c'est vrai que ça ne fait pas peur.
03:23 Moi, je ne lis pas de romans qui me font peur. Et alors, j'avais un petit peu... Je craignais un peu.
03:28 - Vous aviez peur. - J'avais un peu peur de vous lire.
03:30 Mais non, j'ai vraiment adoré. Tout à fait.
03:32 - Ce que je voulais expliquer quand même, sans tout dévoiler, c'est qu'en fait, cette boule de lumière qu'imagine Maxime Chatham,
03:37 elle cristallise surtout beaucoup de questions. C'est un grand livre de questions.
03:40 Et pour tenter de répondre à ces questions, le gouvernement français va créer une commission
03:45 dans laquelle se retrouvent embarquées ces deux héroïnes, une jeune femme qui s'appelle Romier et sa mère qui s'appelle Zoé,
03:50 et qui est romancière. Leur rôle, c'est d'imaginer des scénarios qui puissent expliquer ce que serait cette sphère lumineuse.
03:56 Parce que cette commission, elle fait appel à des scientifiques, mais aussi à des scénaristes, à des musiciens, à des philosophes, à des théologiens, à des artistes.
04:04 Pour une raison que vous expliquez et vous dites, pour penser différemment, pour porter sur la société, sur le monde, un regard atypique.
04:13 Et c'est intéressant de vous interroger, Maxime Chatham, sur le regard spécifique qu'a l'artiste sur le monde, et en particulier le romancier.
04:20 - Oui, parce qu'on n'a pas une formation qui est la même que des scientifiques qui vont se regrouper à un endroit pour observer un phénomène.
04:25 Ils vont y aller avec leur éducation, leur académisme parfois, leurs outils.
04:32 Et aussi performant soit-il, c'est une façon de voir les choses.
04:36 Mais demander à des gens dont c'est absolument pas le métier de donner un point de vue, c'est parfois très enrichissant.
04:41 Et quand il s'agit d'un phénomène inconnu que personne ne peut comprendre, c'est amusant de poser des gens qui n'ont rien à voir avec le problème,
04:48 et d'écouter aussi ce qu'eux ont à raconter de leur perception de ce qu'on voit.
04:52 - Vous écrivez, ce n'est pas votre capacité d'analyse qui est attendue, mais votre fertilité émotionnelle.
04:58 - Oui, c'est intéressant. C'est aux émotions, alors ça je veux dire, ce n'est pas tout à fait de moi, ça vient de ma femme.
05:02 Moi j'écris beaucoup avec l'intention, avec une démarche très structurée, presque scientifique pour le coup.
05:08 Les chapitres, les personnages, il faut qu'il y ait un peu de tout dans le chapitre, que ça soit équilibré,
05:12 que ça évite de digérer toute l'information que moi, la documentation que parfois j'ai assimilée avant.
05:18 Une fois que j'ai ça, j'ai mes personnages, et mon épouse m'a toujours rappelé, n'oublie jamais l'émotion,
05:23 c'est quand même le cœur de tout, de ce qu'on est, des êtres humains, et ça m'a, pour le coup,
05:28 moi, emmencé cette idée-là, cette pensée que l'émotion est primordiale, et c'est un livre qui parle de ça, de l'émotion,
05:34 de comment est-ce que face au regard parfois nécessaire, scientifique, d'un phénomène inconnu,
05:38 l'émotion peut avoir au moins autant à raconter de ce qu'on ne connaît pas.
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