00:00 8h44.
00:01 Un autre compteur de l'actualité, Olivier Delagarde.
00:04 - Je ne me compare pas.
00:05 - Vous êtes un grand compteur, je vous le dis.
00:07 Revue de presse d'Europe 1 qui démarre ce jour,
00:10 Olivier, avec ce dont on parle et ce dont on ne parle pas dans les journaux.
00:14 - On va commencer par ce dont on parle si peu.
00:17 La détresse des agriculteurs, elle ne fait pas les gros titres,
00:20 sauf ceux de la dépêche du midi qui était aux premières loges hier.
00:23 Périphérique Toulousain complètement bloqué,
00:25 pneus brûlés, fumiers déversés sur le parterre de la cité administrative,
00:29 raconte le journal.
00:31 Les agriculteurs ont exprimé tous leur désarroi face à l'augmentation des prix
00:35 et le durcissement de leur réglementation sur les pesticides.
00:39 "Déverser du fumier, c'est le seul moyen d'enlever la merde dans les yeux du préfet",
00:42 explique un manifestant au journaliste de la dépêche.
00:46 Ce conflit, vous n'en lirez pas une ligne ou presque dans la presse nationale,
00:49 les yeux clots.
00:50 C'est comme le sort des chrétiens du Pakistan.
00:52 Fort opportunément, la Croix a fait le choix de nous rappeler leur existence aujourd'hui,
00:56 ou plutôt des menaces qui planent sur leur existence.
00:59 Qui se souvient qu'il y a trois mois, des attentats avaient endeuillé cette petite communauté ?
01:04 Pas plus de 2% de la population qui souffre en silence,
01:08 rappelle Arnaud Halibert dans son éditorial.
01:10 Ils sont pris en tenaille entre la liberté religieuse,
01:13 qu'il aurait juridiquement accordée,
01:15 et le fait que l'islam y soit la matrice principale de l'identité patriotique.
01:20 En Occident, leur sort ne perce pas le silence sur le sujet.
01:24 Et puis il y a les sujets dont la presse parle enfin, Olivier.
01:27 Oui, parce qu'il aura fallu attendre cinq jours et une marche blanche
01:31 pour que certains s'intéressent un peu à la mort de Thomas,
01:34 16 ans, assassiné au cours d'une soirée dans un village apparemment tranquille.
01:38 "C'est qu'après le drame, l'extrême droite étale sa xénophobie",
01:41 explique Libération, qui consacre enfin deux pages à l'événement.
01:45 Et Le Monde, qui lui aussi sort de sa torpeur,
01:48 met en parallèle, en page 10, comme s'il s'agissait d'actualités comparables,
01:52 le meurtre de cet ado dans la Drôme,
01:54 et l'agression raciste d'un jardinier dans le Val-de-Marne.
01:57 Et le journal de Rande, ce jugement de Salomon,
01:59 "L'extrême droite et LFI instrumentalisent chacun un fait divers".
02:04 Marine Le Pen et ses proches n'ont pas réagi à l'agression dans le Val-de-Marne.
02:08 Jean-Luc Mélenchon et ses soutiens n'ont rien dit du mort de la Drôme, écrit-il.
02:11 "Chaque communauté commente et se passionne pour son fait divers,
02:15 sans avoir même entendu parler de l'autre".
02:18 Le Monde ne nous explique pas en revanche
02:19 pourquoi ses lecteurs ont dû attendre cinq jours
02:22 pour avoir un article conséquent sur le sujet.
02:25 Mais sans doute pour éviter de tomber dans le piège
02:27 de ce que l'éditorialiste du Midi-Libre qualifie de
02:30 "récupération politicienne honteuse".
02:34 Mais quelle récupération politique ?
02:36 S'indigne Guillaume Tabard dans Le Figaro.
02:39 Pourquoi certaines émotions ou colères seraient-elles salutaires ?
02:42 Parce qu'elles témoigneraient du refus de l'inacceptable.
02:45 Et pourquoi d'autres seraient-elles indignes
02:47 parce qu'elles relèveraient de l'instrumentalisation politique ?
02:51 S'interroger sur l'identité des auteurs de telles raids
02:53 ne peut être un tabou, poursuit-il.
02:55 Si dénoncer sans preuve est toujours condamnable,
02:58 prétexter attendre la fin de l'enquête
03:00 pour mieux ignorer le témoignage de ceux qui ont clairement
03:03 entendu l'intention de "planter du blanc" relève du déni.
03:09 Et Tabard enfonce le clou.
03:10 Avait-on attendu les résultats de l'enquête à Nanterre
03:13 pour décréter à l'Assemblée nationale
03:15 une minute de silence pour Nahel ?
03:17 Thomas, lui, n'y a pas eu droit.
03:19 La prudence et la pudeur sont à géométrie variable.
03:23 Ce dont parlent tous les journaux en revanche ce matin,
03:26 Olivier Delagarde, c'est de la situation en Israël.
03:28 Oui, encore énormément de choses.
03:30 Alors que tout le monde attend une libération d'otages,
03:32 notez que l'humanité fait un bon coup ce matin,
03:34 le journal s'est procuré un document confidentiel
03:37 rédigé par le Quai d'Orsay et qui étrie la politique israélienne
03:41 et évoque le droit des Palestiniens à l'autodétermination.
03:44 Texte rédigé avant les attentats du Hamas
03:46 et dont la publication aujourd'hui ne manquera pas
03:49 de mettre la diplomatie française dans l'embarras.
03:51 Et puis pour voir peut-être un peu de lumière
03:53 au bout de ce long tunnel lisé dans le point,
03:56 l'interview passionnante de Yaïr Lapide,
03:58 ancien Premier ministre et leader de l'opposition à Benyamin Netanyahou.
04:01 "Nous avons besoin de sécurité et lorsque nous l'aurons,
04:05 nous pourrons discuter d'une solution à deux États", déclare-t-il.
04:09 Mais on va terminer, Dimitri, avec une autre interview
04:12 qui est un peu un rayon de soleil dans cette actualité pas très légère.
04:16 Quelques notes de musique devraient vous permettre
04:18 de reconnaître celui dont nous allons parler.
04:20 - Ce reste Pierre Richard.
04:26 - C'est gagné, l'inoubliable Grand Blanc qui publie ses mémoires
04:29 répond aux questions de François Forestier dans l'Obs.
04:32 "Vous dites dans le livre que vous avez joué Britannicus,
04:35 on imagine mal."
04:36 "Moi aussi", répond Pierre Richard, qui raconte l'histoire.
04:39 "Une amie m'a demandé de lui donner la réplique,
04:42 je me suis retrouvé à déclamer en face de Jean Villard
04:45 'Je vous entends madame, vous voulez que ma fuite assure vos désirs,
04:49 que je laisse un champ libre à vos nouveaux soupirs'
04:52 Toute la salle s'est marrée, Villard m'a prié d'aller me rhabiller,
04:55 c'est Yves Robert qui m'a tiré de là, il m'a dit 'Tu n'es pas un comédien,
04:58 tu es un personnage'"
05:00 Et il avait raison, "J'aurais aimé être Hamlet ou le Roi Lyre,
05:04 mais j'ai voulu être Sigal", conclut notre pyrolunaire fataliste.
05:07 "J'ai choisi d'être léger, prime sautier, de faire ce métier,
05:10 en m'amusant, une leçon de vie, Dimitri"
05:13 Et c'est peut-être pour ça qu'il continue,
05:16 parce qu'un dernier détail, Pierre Richard a aujourd'hui 89 ans.
05:20 Ah il ne les fait pas !
05:23 (Musique)
05:26 Ça fait du bien, merci beaucoup Olivier Delagarde.
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