00:00 Je m'appelle Charlie en particulier et je suis coiffeuse de célébrité.
00:03 Naomi Campbell, Kate Murd, Claudia Schiffer, Linda Evangelista.
00:09 J'ai fait le tour du monde avec ces stars.
00:12 Tout peut aller bien.
00:13 En 30 secondes, ça peut être un soudanais et la catastrophe.
00:17 J'avais 15 ans quand j'ai commencé à être apprentie.
00:20 J'ai rencontré Maria Carita.
00:22 Je suis passée coiffeuse trois mois après être rentrée chez Carita.
00:26 Tout de suite, elle m'a envoyée en studio.
00:28 J'ai travaillé avec Sarah Moon, Guy Bourdin, Paolo Roversi, Abdog.
00:33 Je faisais le tour du monde pour les magazines avec des grands photographes.
00:38 Quand les photos sortaient dans les magazines, tout le monde reconnaissait mon travail.
00:43 Donc j'ai travaillé pendant 15 ans en studio, moitié studio, moitié chez Carita.
00:50 Quand elle a disparu, j'ai voulu arrêter le métier.
00:53 Et puis Sarah Moon m'a récupérée en me disant « mais non, tu vas continuer ».
00:58 Donc j'ai arrêté le salon et je n'ai fait que les studios.
01:01 Quand tu travailles avec les stars, tout peut aller bien.
01:04 En 30 secondes, ça peut être un soudanais et la catastrophe.
01:07 Je me souviens en particulier d'une séance à New York avec André Ro et Isabella Rossellini.
01:12 À minuit, elle me dit « si tu faisais une permanente »,
01:15 elle appelle je ne sais pas qui qui arrive avec le matériel
01:20 parce que bien évidemment, je n'avais pas le matériel pour lui faire une permanente.
01:24 Et comme je suis très très nulle en anglais, je me suis un peu trompée dans les produits.
01:29 Ce qui a fait que quand la permanente a été finie, j'ai dû la remonter
01:34 parce que j'avais oublié de saturer pour faire en sorte que le cheveu boucle.
01:39 Mais en fait, c'était une permanente ratée, joliment ratée.
01:43 J'ai reçu les photos qu'André Ro avait faites, elles étaient trop jolies, tout allait bien.
01:48 Et puis quand elles sont arrivées sur le bureau de l'encombre,
01:51 ils ont détesté la nouvelle tête d'Isabella Rossellini
01:56 et on m'a annulé trois mois d'option.
01:58 C'est-à-dire que du jour au lendemain, je n'avais plus de travail.
02:00 Deux mois, deux mois et demi après, ces mêmes photos
02:04 pour lesquelles on m'avait annulé tout mon travail
02:06 parce que c'était au moment où « Trésor », le parfum « Trésor » sortait.
02:10 Donc j'accompagnais Isabella dans le monde entier.
02:12 Le « L » trouve les photos trop belles, il les sort dans le magazine.
02:17 Ça fait une bombe et à nouveau, je reviens sur scène.
02:20 Mais il y en a eu aussi un autre avec Valérie Lemercier.
02:23 Il y avait tout un numéro spécial où elle imitait Vanessa Paradis,
02:28 elle a imité Simone Veil, elle a imité Joséphine Bacquer.
02:32 Donc évidemment, je la transformais.
02:34 Donc Valérie Lemercier, elle adore ça.
02:36 Mais quand ça a été son tour et qu'il fallait lui faire sa tête à elle pour les photos,
02:41 je lui ai coupé les cheveux le soir parce qu'il fallait gagner du temps sur la journée du lendemain.
02:47 Et le lendemain, elle est arrivée au magazine, en mardi, elle a pleuré toute la nuit,
02:51 elle a les yeux rouges, elle a fallu acheter des masques pour mettre la glace.
02:55 Je faisais comme si tout allait bien, comme si j'étais sûre de moi.
03:00 De toute façon, j'étais sûre que ce que j'avais fait était bien pour elle.
03:04 Mais après tout, si elle n'aime pas, c'est compliqué.
03:07 Mais à l'intérieur de moi, j'étais quand même à la ramasse.
03:11 On a fait les photos et puis les photos sont sorties.
03:15 Elle a adoré et elle m'a envoyé un joli dessin d'elle avec un bouquet de fleurs
03:20 qui me disait "Merci Charlie".
03:21 Mais c'est ça, c'est quand on est créateur, peu importe le métier,
03:27 vous êtes à la merci de ça.
03:30 Et c'est là où il faut être solide.
03:33 Une autre petite séance qui reste dans ma tête,
03:37 je faisais une séance photo avec Isabelle Adjani et la photographe était Bettina Reims.
03:42 Je ne me rappelle plus quel était le magazine.
03:44 Et Isabelle ne se sentait pas bien.
03:47 Je pense qu'elle était dans un moment où c'était une période où elle avait besoin d'intimité.
03:56 Les vêtements étaient peut-être un peu trop provocateurs.
04:00 Je pouvais comprendre que si elle devait partir pour se sentir mieux,
04:04 ma vie avait été que ça.
04:05 Donc elle m'a dit "Si on me cherche, tu dis que je suis partie aux toilettes".
04:09 Je sais ce que j'ai fait, je ne pouvais pas ne pas dire ce qu'elle me demandait.
04:13 Mais je savais que pour moi, ça allait être fatal.
04:15 Et au bout d'une heure où elle était aux toilettes,
04:18 ils ont compris que je l'avais menti.
04:20 Et donc je n'ai plus jamais retravaillé avec Bettina Reims.
04:23 Début 91, je travaillais bien sûr avec André Raud.
04:26 Il m'a demandé de suivre à Marrakech pour Catherine Deneuve,
04:29 pour les 50 ans de rétrospective de la maison Saint-Laurent.
04:33 Derrière cette rétrospective, il y avait une campagne pour les produits Saint-Laurent.
04:38 Il fallait qu'elle apparaisse avec un nouveau look.
04:40 Et donc j'ai fait cette nouvelle coupe,
04:43 cette nouvelle façon de la coiffer,
04:46 avec cette nouvelle couleur dans laquelle il y avait du relief.
04:49 Quand la couverture du "Elle" est sortie,
04:51 elle a fait en 8 jours 65 couvertures dans les "Elles" du monde entier.
04:57 C'est ce qui a déclenché un raz-de-marée médiatique,
05:00 auquel je n'étais pas du tout préparée.
05:02 Ce n'étaient que des femmes du monde entier
05:04 qui voulaient que je leur coupe les cheveux,
05:06 que je pose mon regard sur elles
05:09 et que je puisse les embellir.
05:11 J'ai été prise dans un tourbillon,
05:14 dans un tsoudami, je peux le dire.
05:16 En même temps, j'avais des enfants,
05:18 donc on ne peut pas perdre la tête.
05:19 Quelque chose de spectaculaire arrive dans votre vie professionnelle,
05:23 mais quand vous rentrez chez vous le soir à 7h, 8h ou 9h,
05:28 il faut gérer la maison, il faut gérer l'école,
05:30 il faut gérer les besoins d'une famille.
05:32 Et donc j'ai dû faire front,
05:35 surtout, et gérer mon travail et ma vie,
05:38 et ne pas me poser de questions.
05:39 En 92, j'ai ouvert mon premier salon.
05:44 Alors évidemment, j'ai été portée par le succès
05:47 parce que j'ai été la première à faire un salon appartement.
05:50 Ça ressemblait à tout sauf à un salon de coiffure.
05:53 J'avais très peur d'ouvrir un salon,
05:55 que, au fond, ce succès soit éphémère.
05:57 Et puis j'avais très peur de quitter les studios,
06:00 de m'ennuyer au salon tout le temps.
06:02 J'ai tout adoré jusqu'au moment où,
06:05 je pense que ça arrive à tout le monde,
06:07 aussi bien les chanteurs que les comédiens,
06:11 quand d'un seul coup, ils sont en haut du succès,
06:14 la pression est telle que je commençais à être désenchantée,
06:19 ça me pesait.
06:21 La maison, les trois enfants à gérer, ça me pesait.
06:24 Ça s'est conclu par une dépression.
06:26 Et je suis partie trois mois en clinique,
06:28 dormir, dormir, dormir.
06:31 Donc quand je suis sortie, j'ai fermé mon salon.
06:34 J'ai trouvé ce petit atelier où j'étais seule.
06:37 J'avais pu gérer 20 personnes, trois enfants,
06:41 les célébrités, les magazines.
06:44 Il fallait que je retrouve mon souffle.
06:46 Donc j'ai pris cet atelier dans lequel j'étais seule.
06:49 J'ouvrais quand je voulais, je fermais quand je voulais.
06:53 Je n'avais pas de compte-parlement à personne.
06:55 Je me sentais légère.
06:57 J'avais pu calculer les congés payés,
07:00 les congés de maternité.
07:02 C'est un métier, ce n'était pas le mien.
07:05 Donc je n'ai pas de regrets parce que j'ai fait de mon mieux.
07:08 J'ai fait les choses que je pensais bien,
07:11 que ce soit aussi bien pour les clients
07:14 que pour les mannequins, que pour les photographes.
07:16 Je suis très intègre et je ne triche pas.
07:19 Je ne triche pas avec moi-même.
07:22 Aujourd'hui, je viens d'écrire mon livre qui sort là, maintenant.
07:25 Et je remercie tout le monde, les photographes, les acteurs,
07:29 les mannequins, les maquilleurs.
07:32 Je remercie tout le monde et je remercie aussi mes détracteurs
07:35 parce que c'est eux qui vous obligent à monter le niveau.
07:40 C'est eux qui vous obligent à trouver une force pour passer au-dessus.
07:45 Parce que ça ne sert à rien de rester enfermé dans des ragots
07:50 et de penser qu'on est victime.
07:53 On ne peut pas rester dans ça, on doit avancer.
07:55 Et en racontant toute cette vie de joie et de douleur,
08:00 parce que les douleurs ont été aussi intenses que les succès,
08:04 c'est donner une clé que j'aurais aimé que mes parents me donnent,
08:08 mais ce n'était pas là.
08:10 J'ai démarré dans ce métier sans que personne n'ouvre le chemin.
08:14 Donc, je pense qu'à travers ce livre,
08:16 je peux ouvrir le chemin à d'autres jeunes qui aimeraient faire cette profession.
Commentaires