00:00 L'insolenté et tenante croissance des États-Unis au troisième trimestre nous le rappelle.
00:14 Entre l'Europe et les États-Unis, c'est l'histoire d'un décrochage qui n'en finit pas depuis le milieu des années 90.
00:21 Un dernier point ne fait pas une tendance, on le sait.
00:24 Mais si l'on prend plus de recul pour remonter juste avant la crise sanitaire,
00:28 la croissance américaine atteint maintenant un rythme annuel de 1,9%,
00:33 tandis que celle de la zone euro demeure inférieure à 1%.
00:37 Ce point d'écart, on le retrouve peu ou prou depuis le milieu des années 90.
00:42 Résultat, le poids économique de la zone euro ne cesse de décroître.
00:46 La démographie joue en première analyse un rôle décisif dans ce décrochage.
00:51 Plus de la moitié de l'écart de croissance est imputable, a priori à cet élément,
00:57 qui agit positivement à la fois sur l'offre de main-d'œuvre et sur le dynamisme des débouchés domestiques.
01:03 Mais son impact est bien plus profond.
01:05 Le fossé démographique est en effet encore plus large lorsque l'on resserre l'analyse sur la population en âge de travailler.
01:13 Le réservoir de main-d'œuvre croît de 0,8% par an outre-Atlantique, quand il stagne quasiment en Europe.
01:21 Facteur de freinage supplémentaire donc, aggravé de surcroît par le vieillissement plus avancé de la population active de ce côté-ci de l'Atlantique.
01:32 Bref, vu sous cet angle, le handicap démographique européen expliquerait trois quarts du problème.
01:39 Outre la démographie, l'économie américaine dispose d'une multitude d'avantages bien identifiés,
01:46 justifiant son ascendant en termes de croissance sur la vieille Europe.
01:50 La force du dollar qui lui permet de mener des politiques de soutien budgétaire bien plus amples pour amortir les crises.
01:57 Un degré d'unification de son marché domestique plus poussé, à l'origine d'effets d'échelle supérieurs à ceux de l'Europe.
02:04 Un leadership technologique à la source d'une rente informationnelle et financière.
02:09 La profondeur et la liquidité de ses marchés d'actifs.
02:12 Et enfin son accès à des énergies moins coûteuses.
02:16 La démographie ne participe certes plus avec la même intensité à l'écart aujourd'hui.
02:21 En revanche, la guerre a accru l'avantage énergétique relatif des États-Unis,
02:27 alors que la locomotive industrielle allemande a vu au contraire voler en éclat l'avantage qu'elle s'était bâti patiemment.
02:34 L'impulsion budgétaire américaine, de par son ampleur exceptionnelle et son étirement dans le temps,
02:40 participe aussi très largement au creusement de l'écart au cours de ces deux dernières années.
02:46 À cela s'ajoutent les comportements de désépargne des ménages américains,
02:51 qui renforcent le moteur de la consommation à court terme.
02:55 On peut pourtant s'étonner que ces divers éléments ne jouent finalement que marginalement.
03:01 En vérité, le focus sur la démographie tente à minorer l'avantage structurel américain.
03:08 Car la démographie déclinante européenne n'a pas eu la portée contraignante que l'on pourrait suspecter.
03:14 La mobilisation de la population en âge de travailler s'est en effet considérablement accrue depuis les années 2000, en zone euro,
03:22 comme en témoigne la hausse des taux d'activité et d'emploi,
03:26 dans le sillage des réformes de libéralisation et de baisse du coût du travail peu qualifié.
03:32 L'Europe a donc compensé son inertie démographique par un mouvement de rattrapage des États-Unis
03:38 en matière d'activation de sa population en âge de travailler.
03:41 Résultat, depuis 1995, l'emploi s'est accru au même rythme de part et d'autre de l'Atlantique.
03:48 Et depuis 2019, la croissance de l'emploi de la zone euro est même supérieure à celle des États-Unis.
03:56 Si l'on privilégie cette décomposition de la croissance, c'est alors la productivité par actif occupé
04:02 qui expliquerait intégralement le différentiel de croissance entre les deux espaces économiques.
04:08 Plus précisément, ce qui singularise les États-Unis, c'est leur capacité à générer des gains de productivité dans les services.
04:16 Que suggère ce constat ?
04:18 Que l'Europe est encore dans une vieille logique de déversement de ses emplois industriels
04:23 sur de petits jobs de services dégradés à faible valeur ajoutée.
04:27 Tandis que les États-Unis, autrefois temples de ces emplois,
04:31 sont maintenant entrés dans une phase d'automatisation, optimisation de ces services.
04:37 Ils ne sont pas seulement producteurs, mais aussi meilleurs utilisateurs des technologies numériques.
04:44 Un écart de productivité qui va de pair avec une appréciation du dollar de plus de 35% depuis 2008.
04:51 Le décrochage en volume se double d'un décrochage en valeur amplifié par le change.
04:56 Cela s'appelle un appauvrissement.
04:59 Les touristes américains en Europe, au pouvoir d'achat dopé, le savent bien.
05:03 Et il est considérable depuis 2008.
05:06 [Musique]
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