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00:02 Julia Selier, Marion Calais et Cyprien Séni.
00:07 RTL bonsoir jusqu'à 20h.
00:10 RTL bonsoir 18h21. Nous accueillons maintenant notre invitée face à l'événement, la glaciologue de Renon Lidi, l'escarmentier. Bonsoir.
00:18 Aujourd'hui s'est ouvert à Paris le One Planet Polar Summit, vous pardonnerez mon accent, c'est le premier sommet mondial
00:24 consacré aux pôles avec une quarantaine de pays représentés et nous sommes quand même à trois semaines de la COP 28,
00:30 si capitale pour le climat. Avec vous Lidi l'escarmentier, on va tenter ce soir de dresser un constat d'abord de la situation
00:36 en Arctique et en Antarctique, de comprendre pourquoi les pôles sont si fragiles et
00:41 si importants, y compris pour nous ici à des milliers de kilomètres en France. En parlant de constats, il y a 15 ans quand vous avez
00:46 commencé à étudier l'Antarctique, donc le pôle sud, il n'y avait pas de fonte, c'est ce que vous dites. Aujourd'hui vous dites qu'il y a
00:52 de la fonte partout, c'est ça ? Alors juste pour préciser, en Antarctique il y avait déjà de la fonte en Antarctique de l'Ouest.
00:57 Et moi je travaillais sur l'Antarctique de l'Est et c'est vrai que j'avais des collègues qui me disaient "mais pourquoi tu t'intéresses à cette
01:02 partie là ? Il se passe rien". Ça ne fond pas. Voilà, ça ne fond pas, il n'y a pas d'évolution. Et en fait aujourd'hui on sait que ça fond
01:09 absolument partout en Antarctique. On sait justement que l'Antarctique de l'Ouest, sa fonte est aujourd'hui
01:17 inévitable, même si on arrivait à limiter le réchauffement climatique. Oui, malheureusement on a un petit peu déjà perdu un endroit qui est
01:24 particulièrement sensible. On dit que c'est un petit peu le talon d'Achille de l'Antarctique puisque c'est un endroit où il y a énormément de
01:31 plateformes de glace. Donc c'est en fait des glaciers qui vont descendre vers les océans et qui vont être au contact de l'eau. Et cette eau,
01:38 comme elle se réchauffe à cause de l'augmentation de la température
01:41 atmosphérique notamment, elle vient faire fondre ces plateformes, ce qui du coup vient grignoter cette glace et donc s'écoule plus rapidement vers les océans.
01:49 Et sur cette partie de l'Antarctique, l'humanité a donc perdu le contrôle. Quoi qu'il arrive, même si on arrive dans les meilleurs scénarii à limiter le réchauffement,
01:56 ça fondra. Oui, ça fondra. C'est déjà perdu de façon irréversible et c'est l'équivalent
02:02 d'environ cinq mètres de hausse du niveau marin au cours du siècle qui arrive. Mais concrètement sur place,
02:09 les écosystèmes sont déjà bouleversés par tout ça. Qu'est-ce que ça change ?
02:12 Est-ce que la reproduction des manchots, par exemple, l'empereur, est perturbée notamment ?
02:15 Tout à fait. Alors là, c'est plus lié du coup à la banquise. Donc c'est la glace qui se forme directement dans les océans
02:20 par le refroidissement de l'eau. Et là, cette année, on a connu un record de surface
02:26 minimale pour la banquise. Il y a eu 2,6 millions de kilomètres en dessous de la moyenne.
02:32 2,6 millions de kilomètres, c'est quand même la surface de l'Argentine.
02:35 Donc c'est considérable en fait comme perte de banquise. Et bien sûr, cette banquise, en fait, elle a plusieurs rôles.
02:41 C'est un petit peu, disons, le récif corallien de ces régions polaires.
02:45 C'est un endroit où la vie va se développer, où les algues vont se fixer, qui vont permettre de nourrir le krill et donc les
02:51 oiseaux marins, les manchots, les baleines, etc. Et donc si on la perd, on perd ce refuge en fait.
02:58 Et donc forcément, il y a un impact très fort sur la biodiversité.
03:01 Ce que le monde a peut-être du mal à comprendre, parce que c'est très lointain, l'Arctique au nord, l'Antarctique au sud.
03:08 Mais en fait, la fonte des glaces, ça menace toute la planète. La conséquence immédiate, c'est la montée du niveau de la mer.
03:13 On sait d'ores et déjà que des îles du Pacifique risquent de disparaître dans les années prochaines.
03:16 Est-ce que nos côtes aussi seront menacées ici en France ? On entend dire que des villes comme Nantes,
03:21 comme Bordeaux,
03:23 pourraient faire face à une montée des eaux dans les années à venir si rien ne change. On parle d'un milliard de personnes menacées entre
03:28 2050 et 2100. Ça peut être concret chez nous ici, la fonte au niveau des pôles ?
03:33 Oui, tout à fait. Je pense que l'erreur qu'on a faite pendant très longtemps, c'est d'associer
03:37 changement climatique dans les régions polaires à cette ours qui était perdue sur son morceau de banquise. En fait, cette image
03:43 montre que, en gros, c'est que la biodiversité et les écosystèmes qui vont être atteints.
03:48 Mais nous, ce qu'on essaye de faire aujourd'hui, c'est vraiment de remettre l'humain au centre
03:53 de ces explications-là, et de montrer que l'impact, il est vraiment global.
03:58 Il y a plein de niveaux différents. Il y en a un qui est très direct et qu'on
04:02 arrive à se représenter facilement, c'est la hausse du niveau marin. Et donc là, on est à peu près condamné à
04:07 1,5 mètre d'ici la fin du siècle. Et donc ça, ça va augmenter au cours des années.
04:12 Et sur notre littoral en France, il y a des zones qui sont concernées, qui vont être en difficulté ?
04:17 Tout à fait. Il y a des sites internet maintenant qui sont très bien faits, qui utilisent en fait la topographie. On peut voir
04:23 dans notre ville
04:25 quel sera l'impact pour une hausse du niveau marin de 1 mètre, 2 mètres, ça peut aller jusqu'à 5 mètres.
04:31 Mais 1,5 mètre, par exemple, sur la côte littorale française, ça peut faire quoi ? À La Rochelle ou à Bordeaux ?
04:36 Eh bien à Bordeaux, il y a plein d'endroits qui seront sous l'eau. La Rochelle aussi est extrêmement impactée.
04:42 J'étais aussi surprise de voir que des villes comme Arles seraient impactées, Le Havre, etc.
04:48 Donc c'est vraiment partout. Et donc ça pose plein de questions. Si les pays entiers disparaissent,
04:54 où vont aller ces populations-là ?
04:56 La majorité des capitales sont aussi dans plein de pays sur le bord de l'eau.
05:01 Et puis de plus en plus, on a aussi tendance à nous littoraliser.
05:05 Finalement, les populations vont de plus en plus proche vers la mer. Et donc ça, c'est vraiment quelque chose qu'il faut repenser.
05:12 Et alors, autre question de Béotien, peut-être que je me trompe complètement, mais est-ce que la fonte des glaces au bout du monde,
05:17 ça a des conséquences sur notre météo chez nous ?
05:20 Oui. - Par exemple, on le voit avec les inondations dans le Pas-de-Calais, les pluies torrentielles qu'on a en ce moment.
05:24 Est-ce que ça change quelque chose ? - Oui. Et alors, pour moi, finalement, c'est peut-être là où est le plus gros enjeu.
05:30 Parce que la hausse du niveau marin, ça reste quelque chose auquel on peut s'adapter. C'est très difficile, il faut anticiper.
05:37 Mais pour moi, ça reste quand même quelque chose qu'on peut faire.
05:42 Mais modifier complètement le climat, là, c'est quelque chose qu'on ne maîtrise pas. - En quoi ça modifie le climat ?
05:47 - À plein de niveaux différents. Par exemple, l'année dernière, on sait que la perte de la banquise en Arctique a eu un gros impact
05:54 sur un jet stream qui, du coup, a entraîné... - Des courants d'air dans l'atmosphère. - Exactement.
05:59 Qui a entraîné, du coup, cette grande période de vagues de chaleur qu'on a eues en Europe de l'Ouest.
06:08 On sait aussi que la banquise, c'est un lieu où se forme de l'eau de fond,
06:13 qui est de l'eau qui est très chargée en sel et qui va plonger en profondeur. Et ce mouvement de plongée, c'est un moteur pour la grande
06:21 circulation globale, ce grand tapis roulant. Et ce tapis roulant, là, il permet de créer des
06:26 circulations qui sont un petit peu plus régionales, telles que le Gulf Stream. - Donc moins de glace, plus d'événements climatiques
06:32 extrêmes et
06:35 imprévisibles. - Et ce sommet va aussi se pencher au-delà des pôles, sur les glaciers. Ce sont les glaces de la planète dont l'avenir est
06:42 aujourd'hui en jeu. En France, par exemple,
06:44 75% des glaciers des Alpes, l'intégralité des glaciers des Pyrénées, pourrait avoir disparu vers 2050.
06:51 Concrètement, là, en 2050, une France sans glaciers, ça ressemble à quoi ? Ça provoque quoi ?
06:55 - Alors, ça provoque plein de problèmes en sécurité alimentaire. Parce qu'on dit souvent les glaciers, c'est des châteaux d'eau.
07:01 Ils vont se construire en hiver, pendant la période la plus froide,
07:06 donc en accumulant de la neige qui va se transformer en glace et qui va, en quelque sorte, la stocker.
07:12 Et ce qu'on sait, c'est que, par exemple, l'année dernière, pendant la longue période de sécheresse qu'on a eu en été,
07:18 les glaciers des Alpes ont permis d'ajouter de l'eau
07:22 à des fleuves comme le Rhône, qui a ensuite permis d'irriguer
07:25 toutes les terres qu'il y a dans la vallée en aval. Et donc, cet apport-là, si on n'a plus de glaciers, on ne l'a plus.
07:34 Et donc, il y a un problème de sécurité alimentaire. - Le débit du Rhône, c'est 40% lié aux
07:40 glaciers, c'est ça ? - Tout à fait, surtout en période de sécheresse, un petit peu moins
07:44 en période de pluie. - Pour terminer, Lydie Lescarmentier, vous, la glaciologue, vous espérez quoi de ce sommet ? On parle d'un éventuel
07:51 appel de Paris, d'une décennie de la recherche polaire. Est-ce que déjà la recherche polaire a besoin de plus de fonds ?
07:57 Et puis, je vous pose aussi la question,
07:59 est-ce que finalement la partie n'est pas déjà perdue, puisque là on
08:03 essaie de trouver de l'argent pour la recherche ? On parle d'un appel de Paris avant la COP 28, mais on se rend compte surtout que
08:09 si on ne stoppe pas les émissions de gaz à effet de serre, et au plus vite, ça va être très compliqué pour l'Arctique et l'Antarctique.
08:14 - Oui, tout à fait. Mais après, je pense que... Alors déjà, je suis vraiment ravie de voir que ce sommet
08:19 a lieu. C'est la première fois que toute cette communauté autour de la cryosphère, parce que tout est
08:25 compartimenté, on parle de l'Arctique, l'Antarctique, etc. Donc tout le monde se réunit. On espère vraiment créer des coalitions
08:31 autour de ces thématiques-là, de réveiller un petit peu les enjeux.
08:36 Par exemple, en étant ici ce soir et en en parlant.
08:39 Mais je pense que le coeur vraiment du problème aujourd'hui, c'est nos émissions de gaz à effet de serre. Donc bien sûr, il faut
08:47 donner de l'argent à cette recherche aujourd'hui. C'est des environnements qui changent extrêmement vite, et on a besoin de
08:55 surveillance, on a besoin de comprendre pour pouvoir anticiper au mieux ce qui va se passer, et puis prendre les décisions en conséquence.
09:01 Mais vraiment, le coeur du problème, c'est cette augmentation de la température, parce que la glace au-dessus de 0°C fond.
09:09 D'où l'importance de la COP 28 dans trois semaines. Merci beaucoup Lydie Lescarmentier pour vos explications très concrètes sur la fragilité et
09:16 l'importance de nos pôles. Vous étiez vous la glaciologue, la première invitée aujourd'hui de RTL. Bonsoir. Alors que c'est ouvert à Paris le One
09:22 Planet Polar Summit, premier sommet mondial consacré aux pôles Nord et Sud. Merci beaucoup.
09:27 RTL, bonsoir. On revient dans quelques secondes avec d'abord...
09:30 RTL Inside, on vous fait pénétrer au coeur du procès.
09:33 Haut en couleur d'Eric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice, confronté au magistrat au coeur de l'affaire.
09:38 Et puis toute autre chose, une visoconférence qui approche.
09:42 Cher Alexandre, qui en prend pour son grade ce soir ? On ira de droite à gauche, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon.
09:47 Voilà, tout le monde alors. A tout de suite.
09:49 RTL
09:52 [SILENCE]
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