00:00 [Musique]
00:10 Après un cancer du sein, la douleur neuropathique reste le type de douleur chronique individuelle
00:14 le plus fréquent chez les patients de guérie.
00:16 Ces douleurs peuvent s'avérer invalidantes dans la vie quotidienne
00:19 et quand le corps souffre, la tête suit.
00:22 Mais la douleur n'est pas une fatalité grâce à une prise en charge précoce.
00:26 Il est désormais possible d'aider ces femmes à aller vers le mieux
00:29 et c'est justement le sujet dont on parle aujourd'hui
00:31 avec le docteur Émilie Piquet-Reynaud, médecin-algologue
00:35 et le docteur Magali Niederrost, gynécologue.
00:37 Bonjour mesdames.
00:38 – Bonjour.
00:39 – Alors docteur Niederrost, ces douleurs peuvent se manifester
00:42 sous la forme de fourmillements, de décharges électriques, d'hyperalgésie,
00:45 là on parle vraiment du système nerveux qui est assez sensible.
00:48 Quelle est la cause finalement de ces douleurs ?
00:50 – On explique la survenue de ces douleurs par plusieurs raisons
00:53 et qui sont les différents temps des traitements.
00:56 Le premier temps de la prise en charge des cancers du sein, c'est la chirurgie
00:59 et c'est la première raison de survenue de ces douleurs
01:03 qui s'explique simplement par le geste chirurgical
01:06 qui blesse en fait les petits nerfs qui sont responsables de la sensibilité,
01:09 de la peau du sein, de la peau de l'air axillaire et de la face interne du bras
01:14 qui sont les zones les plus touchées par ces douleurs neuropathiques.
01:17 Elles peuvent aussi être majorées par le traitement de radiothérapie
01:21 qui survient après la chirurgie le plus souvent
01:25 mais également par la chimiothérapie quand elle est nécessaire pour le traitement.
01:30 – Peut-être ce qu'on comprend aussi c'est qu'il y a certaines douleurs
01:33 qui sont plutôt localisées autour du sein
01:35 et d'autres douleurs qui finalement vont se faire ressentir ailleurs dans le corps.
01:38 – Tout à fait, les douleurs neuropathiques localisées
01:40 sont plutôt le fait de la chirurgie et de la radiothérapie
01:43 et les douleurs liées à la chimiothérapie sont plutôt des douleurs périphériques
01:47 que les femmes ressentent au niveau des extrémités des mains et des pieds.
01:51 – Et est-ce que ces douleurs elles sont fréquentes ?
01:52 Est-ce qu'elles sont invalidantes ?
01:54 – Alors en réalité elles sont beaucoup plus fréquentes que ce qu'on pourrait penser
01:59 et les études font état d'environ 30% de patientes
02:03 qui pourraient souffrir de douleurs de type neuropathique.
02:06 Dans certaines études même ce taux a été évalué jusqu'à 60%.
02:11 Elles peuvent être relativement invalidantes et surtout impacter la qualité de vie
02:15 et même accroître le stress et l'anxiété.
02:17 – Docteur Piccherino, je me tourne vers vous.
02:18 Déjà on va dire une chose c'est que la douleur ce n'est pas une fatalité.
02:21 Alors quelles sont les solutions pour ces patientes ?
02:24 – Alors oui vous avez tout à fait raison.
02:25 Les douleurs neuropathiques ne doivent pas être une fatalité
02:28 car il y a des solutions qui existent.
02:30 Donc il est vrai que les douleurs neuropathiques
02:32 ont la problématique de peu ou pas répondre aux antalgiques classiques
02:35 et donc il va falloir avoir recours à des classes thérapeutiques différentes.
02:41 Les recommandations reposent sur la prise notamment des antidépresseurs tricycliques,
02:46 des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine
02:48 ou encore des antipyleptiques gabapentinoïdes qu'on va utiliser à dose antalgique.
02:53 On peut également utiliser des traitements antalgiques topiques
02:57 qui vont permettre d'avoir une action locale sur les récepteurs des fibres nerveuses
03:00 et qui compléteront également le traitement.
03:03 Je pense qu'il est important également de préciser
03:05 que cette prise en charge doit être globale.
03:06 Il ne faut pas oublier la prise en charge fonctionnelle,
03:08 notamment la kinéthérapie qui a toute sa place dans la rééducation post-opératoire
03:14 mais également de prendre en charge la composante émotionnelle
03:16 car c'est une maladie qui impacte et des douleurs également
03:20 qui peuvent avoir un fort authentissement sur le plan émotionnel.
03:24 – Très bien, donc là on a évoqué la prise en charge
03:26 mais j'imagine que plus elle est précoce cette prise en charge, plus ce sera efficace.
03:31 Donc moi ce qui m'intéresserait de savoir c'est
03:32 à partir de quel moment ces femmes doivent-elles consulter
03:36 et vers qui doivent-elles se tourner en priorité ?
03:39 – Une prise en charge précoce me paraît essentielle effectivement.
03:42 Ces douleurs ne doivent pas être négligées
03:44 car elles ont un fort impact, comme je viens de vous le dire,
03:47 un fort impact sur la qualité de vie
03:49 et donc il faut vraiment qu'elles soient dépistées, qu'elles soient repérées.
03:52 De plus, on va éviter la chronicisation et donc la complexification de ces douleurs
03:56 et du coup améliorer leur prise en charge.
03:59 Ces douleurs, il faut en parler, effectivement il ne faut pas les banaliser
04:02 et donc les patientes, si elles présentent des symptômes à type de douleurs,
04:07 type brûlure, fourmillement, picotement, décharge ou encore sensation de froid douloureux
04:11 sont des caractéristiques très particulières des douleurs neuropathiques
04:15 et donc qui doivent orienter vers ce diagnostic.
04:18 Et donc il est important que les patientes puissent en parler à leur médecin traitant,
04:22 leur oncologue mais également le chirurgien qui les revoit en post-opératoire
04:27 pour qu'on puisse les prendre en charge.
04:29 De plus, il est important de préciser qu'il existe un outil de dépistage,
04:33 un outil simple, rapide, qui s'appelle le DN4,
04:36 DN4 pour douleurs neuropathiques en cas de question
04:39 et qui est un questionnaire qui va nous permettre de dépister les douleurs neuropathiques
04:42 avec une très bonne sensibilité et spécificité
04:45 et qui va nous orienter vers la présence de douleurs neuropathiques
04:49 si ce score est supérieur ou égal à 4/10.
04:52 – Alors je me retourne vers vous, docteur Niederrest,
04:54 on parle aussi des douleurs fantômes post-mastectomie,
04:58 est-ce que là aussi on parle de douleurs neuropathiques ou est-ce que c'est autre chose ?
05:02 – Non, ça s'apparente vraiment aux douleurs neuropathiques,
05:05 ces fameuses douleurs du membre fantôme,
05:08 les patientes ont l'impression de ressentir l'organe encore présent
05:12 alors que c'est souvent après une mastectomie que ça survient à une ablation complète
05:17 et en effet ça s'apparente tout à fait à ces douleurs neuropathiques
05:22 et de les dépister c'est important, alors c'est assez rare cependant.
05:27 – Est-ce que la prise en charge est la même ?
05:29 – Là je laisserai plus volontiers ma collègue parler de ça
05:31 mais c'est vrai que c'est plutôt rare et donc…
05:35 – Oui donc la prise en charge effectivement va reposer sur la prise en charge
05:38 des douleurs neuropathiques avec quelques subtilités en plus
05:42 par rapport à la sensation de membre fantôme effectivement
05:46 mais le maître mot c'est quand même la composante neuropathique.
05:49 – Donc on arrive bientôt au terme de cette émission
05:51 et justement s'il y avait un seul message à retenir et à faire passer à ces femmes
05:54 qui peut-être ressentent des douleurs, qu'est-ce qu'on pourrait leur dire ?
05:57 – C'est très important que ces femmes puissent s'exprimer librement
06:01 sur leurs ressentis et sur les douleurs qu'elles présentent
06:06 et qu'elles puissent les exprimer à tous les intervenants,
06:08 à tous les médecins qu'elles rencontrent
06:10 et qui ont participé à leur prise en charge dans le cancer du sein,
06:14 que ce soit leur chirurgien, leur radiothérapeute ou l'oncologue,
06:17 de même que le médecin traitant.
06:19 Ce message s'adresse aussi à mes collègues, à nos collègues
06:23 pour qu'ils soient très sensibilisés à ces symptômes-là
06:28 et qu'ils puissent les dépister et les orienter vers les collègues algologues
06:31 pour qu'elles puissent avoir une prise en charge adaptée
06:34 et notamment avec l'échelle DN4 qui est très facile à utiliser.
06:38 – Ça facilite en tout cas le démarche.
06:40 – C'est très facilitant et ça permet vraiment
06:43 de leur proposer cette prise en charge optimale.
06:46 – Merci beaucoup, alors je me tourne également vers vous pour une dernière question.
06:49 À ignorer les symptômes et si les douleurs persistent,
06:52 finalement à quel type de complications peut-on s'exposer ?
06:55 – Le risque, c'est un risque de rentrer dans une douleur chronique,
06:59 par des phénomènes de sensibilisation et du coup d'avoir des douleurs
07:02 qui déjà ne sont pas de prise en charge aisées, vont être plus compliquées,
07:07 vont aussi retentir sur d'autres composantes et donc impacter la qualité de vie.
07:13 La prise en charge précoce permet d'enrayer ce processus le plus rapidement possible
07:18 et que les patientes puissent vivre de la meilleure des façons cette guérison.
07:24 – Super, merci beaucoup pour ce joli mot de fin, merci à vous deux
07:27 et puis merci à vous de nous avoir suivis.
07:29 Je vous dis à très bientôt pour de nouvelles expertises santé.
07:31 [Musique]
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