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00:02 RTL matin
00:05 RTL 7h43, excellente journée à vous tous qui nous écoutez. Amandine Bécaud vous recevez donc ce matin le docteur Hélène Rossinot.
00:12 Hélène Rossinot, vous êtes médecin, experte de la vie de tous, de la question des aidants et vous publiez donc je le disais "Ma
00:19 famille, mon job et moi", un guide pratique pour tous ceux qui êtes un proche. Le livre est sorti hier et s'est publié chez Robert
00:24 Laffont. On va évoquer bien sûr
00:25 tous ces conseils très pratiques, très concrets que vous donnez mais je voudrais d'abord qu'on rappelle les chiffres que vous rappelez d'ailleurs dans ce
00:31 livre. 11 millions d'aidants aujourd'hui en France, un français sur six, 6 millions d'entre eux qui travaillent et d'ici
00:37 2030 avec le vieillissement de la population, on estime qu'un quart des salariés seront des aidants.
00:42 Ça nous concerne tous cette affaire. Ça nous concerne tous, on sera tous un jour aidant ou aidé, voire les deux, c'est possible
00:49 et on peut être aidant plusieurs fois aussi dans sa vie. Autre chiffre qui devrait nous interpeller,
00:53 la moitié des aidants décèdent avant la personne qu'ils aident.
00:57 Alors soyons honnêtes, c'est un chiffre que j'ai vu dans l'interview de la ministre ce matin.
01:02 J'ai pas trouvé le fondement scientifique exactement à ce chiffre.
01:06 Il y a plein de petits sondages d'observatoires qui s'amusent à sortir des chiffres depuis quelques années mais des vraies études scientifiques, on en manque.
01:14 La dernière du ministère, elle date de 2008, qu'il soit sérieuse. Donc j'aurais envie de dire que plutôt que sortir des chiffres comme ça pour frapper,
01:21 faisons une vraie enquête en profondeur sur l'état des aidants en France.
01:24 Faisons une vraie enquête et occupons-nous des aidants. J'entends ça depuis des années et des années.
01:30 Alors la ministre, vous la citez, Aurore Berger, ministre des Solidarités, elle annonce ce matin la création de 6000 places de répit
01:36 pour permettre aux personnes aidantes de souffler. Alors je sais que vous n'aimez pas ce terme de répit, vous l'écrivez dans le livre,
01:42 mais est-ce que ça va dans le bon sens ?
01:44 Ça, ça va dans le bon sens. C'est toujours important de pousser le répit. Alors c'est vrai que j'aime pas le terme
01:48 parce que répit c'est assez négatif, ça sous-entend que
01:51 on a besoin de faire une pause de quelque chose qui est lourd.
01:54 Et parfois, quand c'est dans les familles, on n'a pas envie d'utiliser ce mot, on peut avoir du repos.
01:59 Tout ce qui pousse à ce que l'aidant puisse se reposer, prendre une pause et souffler, c'est bien. Ma seule problématique, elle est que ce répit
02:05 touche les aidants qui s'occupent d'une personne porteuse de handicap ou d'une personne vieillissante.
02:10 Au milieu, vous vous occupez de quelqu'un qui a une maladie chronique, par exemple votre enfant a un diabète,
02:15 ou conjoint a un diabète, et vous êtes épuisé, il n'y a rien qui sera prévu pour vous parce que vous êtes hors des cases, en plein milieu.
02:21 Bon, et ça ne s'appliquerait que... enfin ça ne s'applique que... l'idée c'est 15 jours par an. Ça suffit 15 jours par an ? Non.
02:27 Enfin, je sais pas quand on s'occupe 24 heures... pas 24 heures sur 24, mais allez, même 12 heures par jour
02:32 de quelqu'un, 15 jours c'est pas beaucoup.
02:34 Ben disons qu'étant donné qu'on part de globalement zéro, on va dire que c'est mieux que rien, mais
02:39 on peut juste se réjouir d'un premier pas, pas d'avoir réglé le problème de manière générale.
02:45 Vous souhaiteriez que ce soit donc élargi, on l'a compris, à tous les aidants ?
02:50 Oui. Non seulement il faut que ce soit élargi, mais surtout il faut que ça rentre dans les mœurs aujourd'hui.
02:54 Parce qu'on a du mal à aborder la question du répit,
02:57 les professionnels de santé ne sont pas formés, la majorité des aidants ne savent pas encore qu'ils sont aidants, ne connaissent même pas le
03:02 terme, donc c'est bien de mettre en place des plateformes de répit, etc.
03:05 Mais si les gens ne savent pas qu'ils y ont droit, parce qu'ils ne connaissent même pas le terme,
03:08 on va dire que si vous avez déjà essayé de faire une campagne de pub pour quelqu'un qui ignore qu'il est la cible de la
03:13 campagne de pub, disons que je pense que c'est le cauchemar de tous les marketeurs.
03:17 Donc il faut commencer d'abord par changer le regard de la société, par changer le regard des aidants sur eux-mêmes.
03:23 Ça passe par les entreprises, ça passe par les professionnels de santé,
03:26 et ça passe par les politiques, s'ils daignent y mettre un peu de bonne volonté.
03:30 Bon, parce qu'en même temps, être aidant, j'allais dire, c'est une évidence.
03:33 Votre conjoint tombe malade, vous n'allez pas lui dire "Salut, vous vous en occupez".
03:38 Alors pas pour tout le monde. Moi j'ai plutôt tendance à dire que c'est un choix, même si ça peut choquer,
03:43 parce que quand on regarde une étude qui montrait, elle regardait les couples,
03:46 les couples dont quelqu'un était atteint d'une maladie grave dans le couple, le fait d'être une femme
03:51 multipliée par six le risque de se faire quitter pendant la maladie. Donc non, certaines personnes font le choix de partir.
03:58 Malheureusement, donc ce n'est pas une évidence, c'est le reflet de vos valeurs, c'est le reflet de votre éducation, de ce que vous avez envie de faire,
04:04 d'être plutôt quelqu'un de bien. Bon, sauf que l'aidant au quotidien, pour lui c'est une évidence que d'aider,
04:13 la priorité, écrivez-vous, c'est de ne pas s'oublier, de prendre soin de soi et surtout de ne pas
04:17 culpabiliser, ne pas se dire "je pourrais en faire beaucoup plus, il y a pire que moi,
04:20 il y a pire que lui". Ça part évident du bon sens tout ça, mais non.
04:25 Alors non, et c'est vrai que je peux compter sur le doigt des deux mains, je pense,
04:29 le nombre d'aidants qui m'ont dit ces huit dernières années "je ne culpabilise pas".
04:33 En fait, il y a énormément de solutions qui existent de plus en plus, mais elles sont souvent très peu, voire pas du tout utilisées,
04:38 parce que pour beaucoup, alors on a ceux qui sont perfectionnistes, qui veulent toujours quelque chose
04:42 de parfait, mais rien n'est jamais parfait, le domicile n'est pas parfait, l'hôpital n'est pas parfait, l'HEPAD est loin d'être parfait.
04:47 Il y a ceux qui se disent
04:49 "regardez mon proche est tellement malade, moi je suis juste un peu fatiguée, je peux pas me plaindre, il ne faut pas exagérer non plus".
04:55 Et ceux qui se disent "ils n'en font pas encore assez pour se considérer aidant et donc pour avoir droit à tous les dispositifs".
04:59 Vous parlez du syndrome de l'imposteur de l'aidant. Exactement.
05:03 Beaucoup de gens me disent "écoutez docteur, je pense que je ne suis pas encore aidante parce que d'accord,
05:09 j'aide un petit peu tous les jours, mais regardez, j'ai une amie, sa maman a Alzheimer, elle y est 24 heures sur 24, elle elle est aidante,
05:15 vous aussi vous êtes aidant, c'est pas parce que à côté de vous, prenez les urgences, moi en tant que médecin.
05:21 Il y a un patient qui arrive avec une jambe cassée, il y a un patient qui est juste à côté avec deux jambes cassées.
05:27 Si jamais en tant que médecin j'allais voir celui qui a une jambe cassée et que je lui disais "prenez sur vous quand même, regardez le voisin,
05:32 il a les deux jambes cassées",
05:33 je vous mets du doliprane et de l'autre côté je vous mets de la morphine.
05:36 Je pense que lors des médecins, il y aurait quelque chose à redire, je me ferais jeter en vitesse,
05:40 ça n'aurait aucun sens. C'est pas parce qu'il y en a un qui souffre avec deux jambes cassées que celui qui en a qu'une ne souffre pas.
05:46 Donc là, les aidants s'infligent en fait la même chose à eux-mêmes en diminuant leur souffrance.
05:51 C'est vraiment pour ça que dans mon livre j'ai mis le chapitre sur la culpabilité en premier,
05:55 parce que je me suis rendu compte que si on n'arrivait pas à travailler sur ça d'abord,
05:58 je pouvais donner tous les conseils que je voulais, ils seraient lus, certes, mais jamais appliqués.
06:05 Il faut changer le regard de la société, c'est bien que les politiques s'y intéressent, il faut aussi que les entreprises s'y intéressent.
06:10 Vous vous adressez d'ailleurs au patron et au DRH dans votre livre,
06:13 vous leur dites "c'est une chance, une formidable opportunité que d'avoir des aidants parmi ses salariés aujourd'hui".
06:19 Et il faut être sincère, je pense que tous les chefs d'entreprise qui nous écoutent,
06:22 quand quelqu'un leur dit "il faut que je m'occupe de mon proche", tout de suite ils se disent "mince,
06:26 il va être absent, plus concentré dans son travail".
06:29 Sauf que c'est une richesse, vraiment.
06:31 Non seulement c'est une richesse, mais déjà c'est hypocrite de penser ça comme ça.
06:34 Parce que je ne connais pas un humain qui soit à 100% tous les jours au travail.
06:38 Et si on prend un parallèle,
06:40 quand quelqu'un divorce, se fait larguer, est en pleine bagarre pour la garde de ses enfants,
06:44 il n'est pas forcément super concentré au travail non plus, et pourtant son patron ne va pas se dire
06:48 "oh là là non, je ne vais pas le mettre sur les dossiers, ça ne va pas, là là, quel boulet".
06:51 Non, c'est humain, c'est normal.
06:53 Parce qu'on s'est tous fait larguer, au moins une fois, on compatit.
06:56 Et tous les chefs d'entreprise, par contre, n'ont pas été aidants,
06:59 et donc ils ne comprennent pas forcément ce que ça veut dire.
07:01 Et non seulement c'est une richesse, parce que vous avez quand même des salariés qui sont des gens bien, de un,
07:07 mais en plus ils développent toute une flopée de compétences en faisant ce qu'ils font auprès de leurs proches,
07:11 que dans le monde de l'entreprise on appelle des "soft skills", des compétences interpersonnelles,
07:15 qui fait que quand, au fur et à mesure du temps,
07:17 vous aurez besoin d'eux dans des projets,
07:20 et bien vous aurez ces nouvelles compétences qui vont arriver.
07:22 On peut les mettre en valeur sur des CV, dans des entretiens d'embauche, sur des nouveaux projets.
07:27 Donc oui, c'est une chance d'avoir des salariés d'ends aujourd'hui, j'insiste.
07:31 D'un mot, docteur Rossino, sans ces aidants, c'est tout notre système de santé, on est d'accord, qui s'écroule ?
07:36 Complètement.
07:37 Et donc notre société en fait ?
07:38 Complètement, exactement. Moi je les appelle la colonne vertébrale des systèmes de santé,
07:41 parce que tout le monde nous parle du domicile et de l'ambulatoire,
07:44 mais il reste comment les gens à domicile s'il n'y a pas quelqu'un pour prendre soin d'eux ?
07:48 Même sur des hospitalisations à domicile, il y a 2, 3, 4 passages de soignants par jour,
07:52 mais sur 24 heures, ça représente quoi ? Une heure ou deux, quand max ?
07:56 Au milieu qui y a, les proches aidants.
07:58 Merci beaucoup docteur Rossino.
08:00 Je rappelle donc le titre de votre livre "Ma famille, mon job et moi",
08:02 c'est sorti hier et c'est publié chez Robert Lafont.
08:05 Merci à tous !
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