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  • il y a 2 ans
Les adolescents dans le couloir de la mort (USA)

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Personnes
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00:00 [Musique]
00:30 Il y a 16 ans, nous avions pu rencontrer dans ce couloir de la mort au Texas, deux adolescents.
00:37 Laquan Miles, un délinquant multirécidiviste, impliqué dans une affaire de meurtre alors qu'il n'avait que 17 ans, il venait d'être condamné à la peine capitale.
00:52 Il n'y avait personne d'autre comme suspect, enfin je suppose.
00:57 Miguel Martinez lui avait un casier judiciaire vierge, jusqu'au soir où sa vie a basculé.
01:04 Inculpé pour un triple homicide à 17 ans, lui aussi attendait son exécution.
01:10 La mort, elle va venir, c'est inévitable.
01:16 Tous les deux devaient être exécutés dans cette pièce, quelques mois après notre reportage.
01:25 Ils sont attachés, allongés sous le dos, il y a un micro suspendu au-dessus d'eux.
01:31 Ils disent un tas de choses, ils peuvent clamer leur innocence, avouer leur culpabilité.
01:38 Ils sont informés qu'ils n'ont que deux ou trois minutes pour parler, et s'ils vont au-delà de ce temps imparti, alors les injections de drogue commencent.
01:48 Ils utilisent une combinaison de trois drogues qui relaxent les prisonniers, arrêtent le cœur et les tuent.
01:58 16 ans plus tard, nous avons repris le chemin du Texas, direction Gatesville, 15 000 habitants dont la moitié sont des prisonniers.
02:15 Le Texas, c'est l'État qui applique le plus la peine de mort aux États-Unis.
02:20 360 personnes y ont été exécutées ces 15 dernières années.
02:26 16 ans après, nous avons retrouvé Laquan Miles. C'est aujourd'hui un homme de 37 ans.
02:37 Grâce à un procès en appel, sa peine a été commuée en 45 années de prison.
02:44 Il a été élu président de la communauté de prisonniers de l'État, et a été élu président de la communauté de prisonniers de l'État.
02:51 Je vais mieux, vraiment.
02:54 Pourquoi ?
02:55 Parce que je ne dois plus me battre pour vivre.
03:01 C'était le plus important pour vous, pour ma mère, pour ma famille.
03:10 Parce que finalement, j'ai compris qu'ils avaient plus besoin de moi que je n'avais besoin de moi-même.
03:16 Je me sens béni d'avoir une deuxième chance.
03:20 Je suis certainement béni.
03:22 Et l'homme qui a sauvé Laquan, c'est lui, Ogie Carels. Il est avocat.
03:30 Il a été commis d'office pour le procès en appel.
03:33 Défendre un mineur condamné à mort, cela n'a rien d'évident.
03:38 Quand vous avez à défendre un mineur condamné à mort, c'est une approche très différente.
03:44 Principalement parce que c'est tellement définitif.
03:48 C'est très délicat.
03:50 Nous sommes mis devant le fait accompli.
03:53 Il est en prison, nous sommes commis d'office pour le représenter.
03:58 Mais il faut apprendre à le connaître un peu comme une personne puisse se commettre.
04:05 C'est une personne qui vit, qui respire.
04:08 À côté de qui vous êtes assis, à qui vous parlez, avec qui vous travaillez pendant des mois.
04:14 Alors vous commencez à vous inquiéter pour lui, surtout quand il s'agit d'exécution.
04:20 Et nous avons été très heureux quand sa peine a été commise.
04:24 En travaillant sur le dossier, Ogie Carels va découvrir le passé de Laquan.
04:30 Une histoire pour le moins tourmentée.
04:32 Un père qui disparaît avant sa naissance, une mère souvent absente.
04:37 Il est l'aîné d'une famille de quatre enfants.
04:39 L'apprentissage de la vie, Laquan va le faire surtout dans la rue.
04:44 J'étais l'aîné à 13, 14, 15 ans.
04:50 Je faisais vivre ma famille.
04:52 Ma mère se droguait.
04:54 C'est pas une excuse pour ce que j'ai fait, je vous explique juste la situation.
04:59 Ma mère se droguait, alors pour nourrir mes frères, pour nourrir mes soeurs, pour les habiller,
05:05 pour payer le loyer, pour qu'ils puissent avoir un foie sur leur tête,
05:09 je devais me débrouiller, me débrouiller et voler.
05:13 Et pour nourrir sa famille, Laquan va choisir la solution la plus facile.
05:20 Celle qui rapporte aussi le plus, le trafic de drogue.
05:24 A 15 ans, il devient l'un des caïds de sa ville, Waco, au Texas.
05:29 Très vite, les dollars coulent à flot et tout naturellement,
05:33 les premiers affrontements entre bandes rivales apparaissent.
05:37 Un jour, on m'a volé de la drogue.
05:46 Et les événements se sont enchaînés et je dois dire que la situation m'a échappé.
05:52 Ça devait pas aller si loin.
05:54 Ce jour-là, Laquan et ses compères aperçoivent deux garçons de la bande rivale,
06:02 ceux-là même qui avaient volé la drogue.
06:05 Ils sont en train de laver leur voiture, à découvert, isolés du reste du groupe.
06:10 Une occasion pour récupérer le butin.
06:14 J'avais plus un rond.
06:18 Mon idée, c'était de récupérer la drogue.
06:21 36 000 dollars, c'est beaucoup d'argent.
06:24 C'est la seule chose que j'avais en tête.
06:30 La suite de l'histoire, un homme va la reconstituer pour les besoins de l'enquête.
06:36 Don Youngblood est détective privé.
06:39 Il a travaillé sur 55 affaires de condamnés à mort.
06:43 Les deux victimes étaient à l'arrière de cette station de lavage.
06:47 Elles ont été menacées avec une arme.
06:50 Ils les ont forcées à monter dans le coffre d'une voiture et les ont emmenées dans la campagne.
06:54 La campagne, pour un règlement de compte, à l'abri des regards.
07:01 Le but, faire avouer aux deux adolescents le lieu où se trouve la drogue.
07:07 Mais ce jour-là, l'interrogatoire tourne mal.
07:12 Ils les ont fait descendre de voiture.
07:15 Puis ils les ont fait s'agenouiller juste ici.
07:18 Avant de leur tirer dans la tête.
07:21 L'un avec un fusil de chasse et l'autre avec un 9mm.
07:24 Et après ?
07:27 Après, ils les ont poussés dans le ravin.
07:30 Une arme que Laquan, il y a 16 ans, nous avait montrée.
07:37 Tatouée sur son torse.
07:39 Une preuve intangible qu'il avait envoyée directement dans le couloir de la mort.
07:43 16 ans plus tard, nous avons montré à Laquan ces images du passé.
07:51 Et le tatouage est toujours là.
08:02 En fait, à ce moment-là, à Houston, c'était une mode.
08:05 Et je suivais juste la mode.
08:07 Vous pouvez aller à Houston et enquêter ou interroger une quarantaine de gars de mon âge dans la rue.
08:12 Et je vous assure, ils auront probablement le même tatouage.
08:16 Mais en regardant le reportage, réalisé il y a 16 ans,
08:22 Laquan va se rendre compte qu'il n'y a pas de drogue dans la vie.
08:27 Mais en regardant le reportage, réalisé il y a 16 ans,
08:31 Laquan va surtout découvrir sa propre image.
08:34 Celle d'un enfant face à la mort.
08:37 Vous pensez que vous allez être exécuté ?
08:41 Ça dépend.
08:44 Si je peux trouver une erreur assez importante dans mon procès pour faire annuler ou commuer ma peine,
08:52 je le saurais peut-être pas, mais sinon, oui.
08:56 Vous voyez qui en regardant cette vidéo ?
08:59 Un enfant.
09:02 Un enfant.
09:04 La personne dans cette vidéo,
09:07 enfin, je veux dire, il avait peur.
09:10 Il était effrayé.
09:12 Il essayait de faire de son mieux pour saisir la réalité de ce qui se passait.
09:19 Quand vous êtes dans la rue, vous savez rien des couloirs de la mort,
09:25 de la peine de mort, de mourir par injection létale ou chaise électrique.
09:29 Ce sont des choses qu'on ne vous apprend pas à l'école,
09:33 ou qu'on n'entend pas dans la rue.
09:36 Mais dans cette situation, c'est difficile à appréhender, c'est difficile à comprendre,
09:40 surtout quand on est jeune.
09:42 Plus que toute autre chose, c'est ce que je vois dans cette vidéo.
09:47 Il y a 16 ans, nous avions aussi rencontré la mère de l'une des deux victimes,
09:53 des images que Laquan découvre avec émotion.
09:57 Quand une personne prend la vie d'une autre personne,
10:03 ça ne sert à rien de la tuer à son tour, ça ne la fera pas revenir.
10:07 C'est une personne spéciale.
10:14 Peu de gens ont cette capacité de pardonner.
10:18 Et c'est très dur.
10:28 Ce que je ressens, c'est très dur à décrire,
10:31 parce que vous ne rencontrez pas des gens comme ça très souvent.
10:40 En étant ici, j'ai vraiment appris à apprécier des gens comme ça,
10:44 quand vous les croisez.
10:46 Je ne peux pas vous dire combien de fois je me suis allongé sur mon lit
10:55 en pensant à cette histoire.
10:57 Je n'arrive toujours pas à croire que j'en ai fait partie.
11:01 L'autre adolescent que nous avions filmé en 1995
11:07 s'appelle Miguel Martinez.
11:10 A l'époque, son affaire fait des gros titres des médias locaux.
11:15 Un garçon sans histoire, inculpé d'un triple homicide.
11:20 Il a été jugé en une semaine.
11:25 Sept jours d'audience pour un procès sans précédent au Texas.
11:33 Miguel Martinez était le plus jeune condamné à mort
11:37 dans l'histoire du Texas.
11:39 16 ans plus tard, Miguel Martinez est toujours en prison.
11:46 Il y a 7 ans, ses avocats ont réussi à lui éviter d'être exécuté.
11:51 En échange, il purge une peine de 10 ans.
11:59 En échange, il purge une peine de prison à vie.
12:04 J'étais jeune quand j'ai été arrêté.
12:11 Je suis en prison maintenant depuis plus longtemps
12:14 que ce que j'ai vécu dehors, avant la prison.
12:17 J'avais de l'espoir.
12:20 Je pensais que j'allais gagner mon premier procès en appel,
12:24 que je ne serais pas là très longtemps.
12:28 Et puis, l'appel a été rejeté.
12:31 Et puis, toutes ces années qui ont suivi,
12:35 c'est ce qui a emporté, c'est ce qui a pris tout l'espoir que j'avais.
12:40 Ça m'a donné plus de doutes, plus de peurs.
12:45 La peur, il y a 16 ans, Miguel ne voulait pas la laisser paraître.
12:55 Vous avez peur d'être exécuté ?
12:58 Pas vraiment.
13:03 La mort va arriver.
13:06 C'est inévitable.
13:09 Peut-être les préparatifs qui l'entourent.
13:14 Peut-être qu'ils me font peur.
13:18 L'inconnu.
13:22 L'inconnu.
13:24 Il est jeune.
13:26 Si c'était un inconnu,
13:38 j'essayerais d'avoir une impression sur lui.
13:42 Toutes ces années après.
13:47 Je me vois encore essayer de comprendre ce que je faisais là.
13:52 Pourquoi j'étais là.
13:55 Ce que je risquais.
13:58 Aujourd'hui, avec ce que j'ai appris,
14:03 je peux voir chaque étape
14:07 qui m'a fait perdre le contrôle de ma vie.
14:13 L'enfance de Miguel fut pour le moins tranquille.
14:17 Laredo au Texas, une ville frontière avec le Mexique.
14:22 C'est ici que Miguel, l'aîné d'une famille de trois enfants, va grandir.
14:28 Une jeunesse ordinaire.
14:31 A l'école, Miguel est même un excellent élève.
14:35 Une fois, j'ai eu la chance de voir un enfant.
14:41 Je voulais avoir mon bac et entrer dans l'armée de l'air.
14:46 Je voulais faire carrière, quelque chose de bien.
14:51 Mais le quotidien était...
14:55 Je ne sais même pas comment l'appeler.
14:59 Je buvais, je faisais la fête, je fumais.
15:05 C'était juste se faire plaisir.
15:09 C'était tout.
15:12 Rapidement, l'enfant modèle devient un adolescent agité.
15:16 L'école n'est désormais plus sa priorité.
15:20 Seul compte à présent les virer avec les copains.
15:24 Sans qu'ils s'en rendent compte, son destin lui échappe peu à peu.
15:37 Ce soir-là, Miguel et un ami décident de faire un coup.
15:42 Pour se donner du courage, et pour la première fois, les deux garçons prennent des pilules d'ecstasy.
15:50 Une drogue hallucinogène.
15:54 En fait, ce qu'on voulait faire, c'était cambrioler et saccager la maison.
16:06 Vandaliser la maison.
16:08 La maison qu'ils ont choisi de visiter est celle d'un restaurateur de la ville.
16:14 Elle est située à quelques rues de celle de Miguel.
16:18 Il ne devait y avoir personne à la maison.
16:27 Très rapidement, les deux adolescents réussissent à pénétrer dans la maison.
16:33 Trouver de l'argent et des montres de valeur.
16:36 Mais en fouillant la villa, à l'étage, ils sont surpris.
16:43 La maison n'est pas vide, comme ils le croyaient.
16:47 Ce n'était pas le cas. Il était à la maison.
16:55 Pas seulement lui, mais deux autres personnes.
16:59 Pris de panique, sous l'effet de la drogue, le garçon qui accompagne Miguel saisit un couteau et va commettre l'irréparable.
17:08 J'ai vu Venegas attaquer et frapper l'un des gars.
17:26 Celui sur le lit.
17:29 Et c'est à partir de ce moment-là qu'il m'est devenu impossible de changer le cours des choses.
17:37 De tout arrêter.
17:39 Le jeune homme, qui n'a pas encore 16 ans, va s'acharner sur les trois occupants de la maison.
17:51 À coups de couteau et de hache.
17:56 C'est impossible d'oublier.
17:58 Dans les heures qui suivent, la police arrête les deux suspects.
18:05 Venegas, trop jeune, ne sera pas jugé comme un adulte.
18:09 Miguel Martinez comparaît donc seul.
18:13 Devant le tribunal, de complice, il devient coupable.
18:18 Sans vraiment comprendre la gravité de ses actes, il est condamné à la peine capitale.
18:25 J'aimerais pouvoir remonter dans le temps.
18:28 Et expliquer à celui que j'étais alors.
18:32 Tout ce que tu fais est mal.
18:36 Chaque pas que tu fais te détruit.
18:39 Mais je ne peux pas.
18:53 Je crois que ce qui rend les choses encore plus difficiles, même aujourd'hui, lorsque j'y pense ou que j'en parle,
19:04 c'est parce que je me suis rendu compte combien de vies ont basculé cette nuit-là.
19:20 Et lorsque Miguel parle de vie bouleversée, il pense d'abord à sa mère.
19:25 Nous l'avions rencontrée en 1995.
19:28 Sa vie, c'était comme arrêtée.
19:32 Le jour de la condamnation de son fils.
19:35 Un avenir empointillé, partagé entre l'angoisse et l'espoir d'une révision judiciaire.
19:46 16 ans plus tard, nous la retrouvons.
19:49 Une nouvelle maison, une vie confortable.
19:52 Mais pas une minute ne passe sans que Russ Martinez ne pense à son fils derrière les barreaux.
19:58 Tout le temps, tous les jours, je pense à lui où que j'aille.
20:05 Tous les jours, je pense à lui.
20:08 Et je prie pour lui à chaque fois que je pense à lui.
20:15 Je prie pour lui.
20:17 C'est tous les jours, chaque instant.
20:21 Il n'est jamais éloigné de mes pensées.
20:25 Trop longtemps.
20:28 Mais 16 ans après, Russ Martinez est plus que jamais en colère.
20:33 Avec le temps, elle dit avoir compris pourquoi la justice s'est acharnée sur son fils.
20:42 Il m'a été enlevé par certaines personnes.
20:46 Vous savez, qui ne pensaient qu'à leur carrière politique, qu'à eux.
20:50 Pas aux autres, qu'à eux.
20:53 L'homme dont parle Russ Martinez, c'est Joe Rubio,
20:58 le procureur qui a fait condamner Miguel à la peine capitale et qui nous avait parlé il y a 16 ans.
21:05 Un témoignage que Russ Martinez découvre pour la première fois.
21:11 Il aurait pu être libéré sur parole au bout de 15 ans.
21:15 Nous avons donc pensé que nous n'avions pas la garantie qu'il resterait en prison suffisamment longtemps pour le crime auquel il avait participé.
21:24 C'est pourquoi nous avons demandé la peine de mort.
21:27 Pensez-vous que la peine de mort soit vraiment dissuasive ?
21:31 C'est dissuasif pour celui que l'on exécute, car il ne commettra jamais plus aucun crime.
21:40 Vous en pensez quoi ?
21:41 Injustice.
21:43 C'est une énorme injustice.
21:46 C'est très injuste.
21:48 Parce qu'ils savaient la vérité.
21:51 Ils connaissaient les coupables.
21:53 Ils connaissaient chaque détail de l'affaire.
21:56 Et malgré cela, ils l'ont condamné.
21:58 Car si Miguel Martinez a bien avoué avoir été présent sur les lieux du crime,
22:04 il n'a jamais reconnu les accusations de meurtre.
22:09 Ce n'est pas moi qui ai tué ces personnes.
22:11 En fait, j'ai été condamné bien plus sévèrement que la personne qui l'a vraiment fait.
22:18 Venegas, l'autre accusé, avait à peine 16 ans.
22:23 Il était trop jeune pour comparaître.
22:25 Diorubio avait semble-t-il besoin d'un coupable.
22:28 Car aux Etats-Unis, les procureurs sont élus par les citoyens.
22:33 Et l'année du procès, ils faisaient justement campagne pour sa réélection.
22:38 Ils ont accusé Miguel d'avoir tout fait.
22:43 Une fois, je suis allée au palais de justice et j'ai vu le bureau de Rubio.
22:47 Ils avaient accroché au mur un article de presse sur Miguel.
22:52 Il y avait une photo et le titre avec le jugement, peine de mort pour Miguel Martinez.
22:57 Il avait affiché l'article comme un...
23:01 Un trophée.
23:03 Oui, c'est ça.
23:05 Non pas parce qu'il avait rendu la justice, non.
23:09 Mais comme un trophée.
23:11 Et ça, c'est très différent.
23:13 Pourtant, à leur manière, Miguel et Laquan ont eu de la chance.
23:18 Ils ont finalement échappé à la peine de mort.
23:21 Car depuis notre premier tournage en 1995,
23:25 13 mineurs ont été arrêtés.
23:29 En 2015, 13 mineurs ont été exécutés aux Etats-Unis,
23:33 tous dans l'état du Texas.
23:36 La vie, c'est prendre des décisions difficiles.
23:44 Je sais que si la situation l'impose,
23:49 si besoin est,
23:51 je demanderai la peine de mort,
23:55 si le cas le bérait.
23:58 Mais en 2005, les opposants à la peine capitale aux Etats-Unis
24:02 remportent une victoire historique.
24:05 La Cour suprême, saisie du cas de Christopher Simmons,
24:08 un assassin adolescent,
24:10 rend un jugement exemplaire
24:12 et supprime la peine de mort pour les criminels de moins de 18 ans.
24:16 Il a été décidé qu'exécuter une personne âgée de moins de 18 ans était cruel.
24:26 Il est normal.
24:27 Je suis heureux qu'il y ait une limite.
24:37 Ils devaient fixer une limite.
24:40 Parce qu'on ne savait pas s'il fallait être âgé de 17 ans et 350 jours,
24:44 ou même 15 ans.
24:46 Certaines personnes dans notre pays voulaient mettre la peine de mort à partir de 14 ans.
24:50 La Cour suprême devait donc fixer une limite.
24:55 C'est bien, elles l'ont fait.
24:57 En 2005, 70 détenus, tous mineurs condamnés à mort,
25:03 voient leur peine commuée, le plus souvent en prison à vie.
25:07 Mais après avoir échappé à la peine de mort comme Laquan ou Miguel,
25:12 il faut ensuite survivre à la privation de liberté.
25:16 Je pense que vivre en prison, c'est difficile pour tout le monde.
25:22 Quand vous êtes éloigné des gens que vous aimez,
25:24 quelque soit la durée, c'est difficile.
25:27 Mais pour ce qui est de survivre ici,
25:30 j'ai eu la chance de naître parmi les forts.
25:33 Je me suis bien débrouillé.
25:37 Ça veut dire quoi ?
25:43 Ça veut dire que je suis un survivant.
25:47 Un survivant.
25:50 Et pour survivre, Laquan s'est mis à écrire,
25:53 un passe-temps dont il compte bien faire son prochain métier.
25:58 J'ai une telle passion pour l'écriture.
26:02 Je sais que, quelle que soit la date à laquelle je sortirai d'ici,
26:07 je ferai un métier en relation avec le journalisme.
26:10 Je sais que je ne pourrai pas sortir d'ici et trouver un travail tout de suite,
26:14 mais je sais qu'au final, un jour,
26:18 j'écrirai pour un magazine.
26:20 Quel genre d'histoire aimez-vous écrire ?
26:23 Tout ce qui me passe par la tête.
26:26 Je peux écrire sur tout.
26:28 En ce moment, j'écris beaucoup de portraits.
26:32 C'est une thérapie. Ça me sort d'ici.
26:35 Ça me fait m'évader.
26:38 Mais Laquan peut surtout compter sur les visites de son fils,
26:47 tout juste 18 ans.
26:48 Nathan est né alors qu'il venait d'entrer en prison.
26:52 Je suis excité. Je suis fou de joie de le voir grandir et devenir un homme.
26:59 Il est tellement éloigné de ce que j'étais.
27:05 Et je suis fier de ça.
27:08 Miguel, de son côté, a repris les études.
27:11 Il vient d'ailleurs de passer l'équivalent du baccalauréat.
27:16 Je peux faire tellement de choses ici.
27:18 Tellement plus que ce que je faisais dans le couloir de la mort.
27:22 Des choses simples.
27:25 Marcher, par exemple.
27:30 J'ai un travail ici.
27:32 Je peux préparer mes repas.
27:35 Je cuisine aussi pour les officiers.
27:37 Je lis beaucoup de recettes.
27:39 J'ai une amie, en fait. Elle est de France.
27:42 Elle m'envoie des recettes.
27:45 J'essaie de les faire ici.
27:46 La dernière que j'ai tenté de réaliser, c'était gratin dauphinois.
27:50 Mais je n'avais pas de fromage.
27:52 Mais je fais ce que je peux.
27:54 C'est intéressant.
27:56 À la différence de la France, où la peine maximale ne peut excéder 30 ans,
28:05 les États-Unis appliquent la prison à perpétuité réelle, sans possibilité de sortie.
28:13 C'est la peine à laquelle a été condamné Miguel.
28:16 Mais malgré cela, tous les deux ans, il peut demander une libération conditionnelle,
28:21 pour bonne conduite.
28:23 Une permission qui, en principe, n'est que très rarement accordée.
28:27 Maintenant, je veux juste espérer et prier pour qu'ils lui pardonnent.
28:34 Et qu'il pourra sortir de prison.
28:40 Je veux sa liberté.
28:41 Je veux qu'il soit libre.
28:43 Complètement.
28:45 Laquan, lui, a été condamné à 45 ans de prison.
28:50 Et lorsqu'il sortira en 2036, il aura 62 ans.
28:54 Je vais demander une libération conditionnelle à la fin de l'année.
28:58 Ça ne veut pas dire qu'ils vont me laisser sortir.
29:00 Mais j'ai déjà vu trois fois, peut-être la quatrième,
29:04 et je crois que la seule chose à faire, c'est de me laisser sortir.
29:08 La seule chose à faire, c'est de me laisser sortir.
29:10 Dans toutes ces affaires, il faut toujours avoir à l'esprit
29:18 qu'il y a des victimes,
29:20 et des familles de victimes,
29:23 et des personnes innocentes tuées par des criminels qui ont été jugés.
29:29 Laquan et Miguel, sont-ils encore des criminels ?
29:37 Sont-ils encore dangereux ?
29:39 Parce que la société américaine ne peut y apporter une réponse certaine,
29:44 elle a choisi pour l'instant de ne pas leur donner de secondes chances.
29:50 Parfois, quand je cuisine, j'utilise ce que j'ai sous la main.
29:57 Et j'essaye de préparer des choses différentes.
30:00 Je crois que c'est ce qu'on doit faire dans la vie.
30:05 Peu importe ce que l'on a,
30:07 il faut essayer de faire, de vivre du mieux qu'on peut avec cela.
30:12 Je crois que j'apprends toujours à devenir un homme.
30:16 On apprend tous les jours à devenir un homme.
30:19 Je me suis amélioré.
30:21 Je serai toujours là pour lui.
30:29 Je serai toujours là pour mes enfants.
30:32 Je serai toujours là pour lui.
30:34 Il a été possible de sortir du couloir de la mort.
30:44 Je pense qu'il est possible de sortir de prison.
30:48 Je pense qu'il est possible de sortir de prison.
30:50 [Musique]
30:59 Sous-titrage Société Radio-Canada
31:01 [SILENCE]
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