00:00 Faut-il liquider les labos Rosen pour renflouer la sécu ?
00:03 Tout simplement.
00:04 En tout cas il faut être en mesure de leur faire face.
00:07 Le client c'est l'Etat finalement et les états sont de plus en plus soumis
00:12 aux laboratoires pharmaceutiques.
00:14 Pourtant on a un marché assez infini en France, on est quasiment tous couverts
00:19 avec des médicaments qui sont remboursés par la sécu, par les complémentaires santé
00:23 même si le gouvernement a une idée derrière la tête d'augmenter les franchises médicales
00:28 et nous faire payer plus les boîtes de médicaments alors que finalement
00:32 ce serait pour récolter quelques économies et pour soi-disant responsabilité
00:36 les français comme si on était responsable du trou de la sécu
00:40 alors qu'en réalité les laboratoires font de plus en plus de profits,
00:43 versent de plus en plus de dividendes et vendent de plus en plus cher leurs produits
00:47 quitte à faire du chantage parfois aux états pour obtenir des prix élevés,
00:52 les menacer de ne pas les livrer, de ne pas leur donner les médicaments
00:56 dont on a besoin pour sauver des vies sous prétexte que les prix demandés ont du mal à passer.
01:01 Ok, mais Maya, notre reine maison de la contradiction n'est pas d'accord avec vous, c'est sa mission.
01:07 Exactement, déjà je ne suis pas du tout d'accord sur le diagnostic sur le trou de la sécu
01:11 parce que j'ai été voir sur Santé publique France et j'ai vu qu'en fait
01:14 ce qui creusait le trou de la sécu c'était vraiment deux choses,
01:16 le vieillissement de la génération du baby-boom et le manque de cotisation des actifs français.
01:20 Ça n'a rien à voir avec les labos.
01:22 C'est une des causes, l'assurance maladie dit en gros, il y a deux causes.
01:25 C'est une cause minoritaire.
01:26 Il y a le vieillissement de la population et puis il y a le prix de traitement innovant, il y en a deux.
01:31 Oui, mais du coup le titre de votre livre, enfin le sous-titre,
01:33 c'est "Comment les labos vident les caisses de la sécu", c'est assez trompeur comme titre du coup.
01:37 Ce n'est pas trompeur, c'est pour expliquer leur méthode en fait,
01:41 peut-être j'écrirai un deuxième livre sur le vieillissement de la population qui est la deuxième cause,
01:44 mais la principale et la plus choquante, parce que le vieillissement de la population n'y peut pas grand-chose,
01:49 c'est que là il y aurait moyen d'agir et puis qu'on n'agit pas finalement
01:54 pour éviter que ce soit les labos qui bénéficient de cet argent dont on a tant besoin pour la santé de tout le monde.
01:59 J'ai très hâte de lire ce deuxième livre.
02:00 Je voudrais revenir sur le chantage que selon vous les labos font subir à l'État.
02:05 En fait, j'ai l'impression dans le livre, vous accusez les labos alors que c'est l'État qui est faible.
02:10 En fait, l'État, ce que vous dites, c'est qu'il y a une licence d'office, des licences obligatoires.
02:13 En fait, l'État aurait vraiment les moyens de s'opposer aux labos et l'État ne le fait pas.
02:17 Du coup, pourquoi vous accusez les labos ? C'est bizarre, non ?
02:19 Je n'accuse pas simplement les labos, mais aussi les pouvoirs publics.
02:21 Même Olivier Véran a dit qu'il y avait un chantage qui était exercé par les laboratoires pharmaceutiques
02:26 avant qu'il soit ministre de la Santé.
02:28 Une fois qu'il est allé au gouvernement, il était un petit peu moins loquace sur la question.
02:33 Mais effectivement, l'État aurait moyen d'être plus puissant face aux laboratoires.
02:36 Joe Biden, aux États-Unis, a eu la force de dire non,
02:39 nos patients diabétiques ne peuvent plus se soigner parce que l'insuline est trop chère.
02:43 Il va falloir que le prix diminue et il a obtenu une baisse de 80% du prix de l'insuline.
02:47 Les laboratoires se font encore de la marge quand on diminue de 80% le prix de leurs médicaments.
02:52 Donc, si on avait le courage politique de s'opposer, ça irait un petit peu mieux.
02:57 Mais alors justement, j'ai l'impression que vous reprochez aux laboratoires de faire de l'argent
03:01 alors que l'État, il n'investit pas des masses dans la recherche et développement dans le domaine de la santé.
03:05 En fait, est-ce qu'on peut reprocher aux labos de se faire de l'argent
03:08 quand l'État ne fait pas son travail d'investissement ?
03:10 Alors, je pense que vous croyez que l'État n'investit pas
03:13 parce qu'il n'y a aucune transparence sur ce qui est donné aux laboratoires.
03:15 Mais par exemple, ce médicament qui a été vendu 2 millions d'euros,
03:18 le médicament le plus cher de France, ce qui est encore plus choquant...
03:20 Mais ça, c'est un cas particulier, on est d'accord ?
03:21 Non, ce n'est pas un cas particulier. Il a été développé sur les fonds publics
03:24 parce que ce sont des chercheurs du généthon.
03:27 Donc, un laboratoire public est abreuvé par même les dons qu'on fait tous
03:31 chaque premier week-end de décembre. C'est eux qui ont trouvé l'invention.
03:35 Ça a été racheté par une start-up qui a ensuite prouvé l'efficacité du traitement.
03:39 Et Novartis est arrivé en bout de course pour racheter la start-up
03:42 et enclencher la machine de guerre et du profit.
03:44 Il y a aussi le crédit à impôts recherche qui est une aide fiscale...
03:48 Ça, ce n'est pas seulement pour les laboratoires pharmaceutiques,
03:50 c'est pour la recherche en général.
03:51 Non, mais c'est le secteur qui en bénéficie le plus.
03:52 Le rapport de la sénatrice Laurence Cohen, notamment,
03:56 qui a été rendu en juillet sur les pénuries de médicaments,
03:58 a montré que c'était le secteur de l'industrie pharmaceutique
04:01 qui bénéficiait le plus du crédit à impôts recherche.
04:03 Est-ce que vous avez un souci avec l'argent ?
04:05 Parce que finalement, on se dit, voilà, bon, 2 millions d'euros, très bien,
04:08 pourquoi pas, ça sauve des vies, c'est merveilleux, non ?
04:09 Moi, je trouve ça génial.
04:11 Ça sauve des vies dans les pays où on a les moyens de payer,
04:15 mais les enfants qui sont atteints de maladies rares...
04:18 En France, on est le deuxième pays au monde
04:20 où les médicaments sont les moins chers après la Thaïlande.
04:23 Donc justement, ça ne coûte rien chez nous, en fait.
04:24 Si ça se trouve, ça serait 10 000 des moyens.
04:26 Moi, je me demande comment vous le savez, parce qu'il n'y a pas de transparence.
04:27 Ça, c'est ce que l'industrie pharmaceutique nous le dit.
04:29 Donc, je suis contente parce que ça veut dire que leur lobbying,
04:32 les idées qu'ils infusent, bon, fonctionnent.
04:35 Le lobbying, c'est légal en France.
04:37 Ah oui, c'est légal, oui.
04:37 Vous vous en plaignez, mais c'est légal.
04:39 Moi, je suis pour.
04:40 Je ne m'en plains pas, mais en fait, le lobby pharmaceutique,
04:43 il finance à hauteur de 1 million d'euros
04:45 ses actions de lobbying auprès des pouvoirs publics.
04:47 C'est dans les défenses, quand on est une industrie, enfin.
04:50 C'est pour ça qu'après, il y a des fausses informations qui sont diffusées,
04:55 comme le fait que l'État n'investirait pas suffisamment sur la recherche,
04:59 ou le fait que les médicaments ne seraient pas vendus assez cher.
05:01 On a manqué d'amoxycyline pendant l'hiver dernier,
05:03 en Suisse aussi, alors que l'amoxycyline est vendue beaucoup plus cher.
05:06 Ce n'est pas ça, le problème.
05:08 Pour résumer, Rosane Le Sens, en très court,
05:11 faut-il liquider les labos pour renflouer la Sécu ?
05:13 En l'occurrence, vaut mieux arriver à des solutions plus réalistes,
05:17 c'est-à-dire avoir un petit peu plus de puissance face à eux
05:20 pour exiger des prix moins élevés.
05:21 Et si les laboratoires ne sont pas capables de fournir des médicaments
05:25 qu'ils estiment peu rentables, dans ces cas-là,
05:27 le public pourrait effectivement prendre le relais
05:28 pour qu'on s'assure de la mission principale,
05:31 que les patients aient accès à leurs médicaments.
05:33 Et puissent se soigner marine, un petit résumé ?
05:36 Absolument, faut-il liquider les labos pour renflouer la Sécu ?
05:38 Maya pense que non, vous pensez que oui,
05:40 et moi, ce débat m'a donné mal à la tête,
05:42 mais je ne veux froisser personne.
05:43 Est-ce que ça s'achète en kit à faire à la maison, le paracétamol ou pas ?
05:47 Mais écoutez, il faut demander à Rosane Le Sens la réponse.
05:51 Merci Rosane Le Sens, je rappelle le nom de votre livre,
05:54 "Chantage sur ordonnance, comment les labos vident les caisses de la Sécu".
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