00:00 L'édito politique sur Europe 1 avec le Figaro. Bonjour Alexis Brezé.
00:04 Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:06 Alors Bruno Le Maire, Alexis a annoncé hier que les pensions de retraite vont être revalorisées de 5,2% au 1er janvier.
00:13 Alors des critiques à Serbes s'élèvent contre cette mesure, certains la jugeant politique, inéquitable. Qu'en pensez-vous Alexis ?
00:20 Écoutez, quand on voit le niveau moyen des retraites dans ce pays, quand on voit surtout l'évolution du pouvoir d'achat des pensions,
00:27 qui selon les études, le pouvoir d'achat a reculé de 7 à 10% entre 2010 et 2020,
00:33 franchement on fera croire à personne que les retraités sont d'horribles privilégiés.
00:38 Qu'a décidé le gouvernement ? Ni plus ni moins que d'appliquer le code de la sécurité sociale
00:44 qui prévoit que les retraites, tous les ans, doivent être revalorisées au niveau de l'inflation.
00:48 Alors ils respectent la loi, on ne va pas non plus tirer un feu d'artifice.
00:51 Ce qui est vrai en revanche, c'est que pendant des années, les gouvernements successifs de François Hollande puis d'Emmanuel Macron
00:57 n'ont pas respecté cette obligation d'indexation. Et ils auraient très bien pu continuer de ne pas le faire.
01:03 Donc, que Bruno Le Maire décide d'appliquer cette fois le code de la sécurité sociale,
01:09 qu'il choisisse de consacrer 14 milliards d'euros à cette augmentation de 5,2% alors que l'argent est rare,
01:16 que les minimas sociaux ne progresseront que de 4, 6%,
01:21 que les traitements des enseignants ou des personnels de santé sont fort loin de ce chiffre,
01:25 que tout est fait pour enrayer la spirale prix-salaire dans le privé,
01:29 ce choix n'a rien de scandaleux. Mais c'est à l'évidence, comme toutes les grandes orientations budgétaires,
01:35 un choix politique. Et il est d'ailleurs assumé comme tel par le gouvernement.
01:39 - Quelles sont selon vous les raisons de ce choix ?
01:42 - Vous savez, Dimitri, quand on s'interroge sur une décision politique, il faut généralement aller chercher du côté des élections.
01:48 Et qu'observe-t-on à la dernière élection présidentielle ?
01:52 Que 40% des retraités, 40%, ont voté dès le premier tour pour Emmanuel Macron.
01:57 Et 68% au second tour. Et aujourd'hui encore, quand on considère la structure de la popularité d'Emmanuel Macron,
02:04 assez maigre il faut le dire, il n'y a quasiment plus que les retraités pour le soutenir.
02:08 C'est d'ailleurs un curieux paradoxe. Emmanuel Macron, le plus jeune de nos présidents, est tout sauf le président des jeunes.
02:15 Élu sur la promesse de favoriser la France qui travaille, il est devenu le champion des inactifs.
02:20 Et il était décidé à en finir avec les rentes, et le voilà désormais plébiscité par les rentiers. Avouez que c'est étonnant.
02:27 D'autant qu'il revient de loin. Rappelez-vous les débuts de son premier quinquennat.
02:31 L'augmentation de la CSG, qui frappe de plein fouet les retraités.
02:34 La création de l'IFI, concentrée sur le mémoulier, et donc les retraités.
02:38 Le gel des pensions de retraite, décrété en 2018.
02:41 Les seniors, on peut le dire, ont été allègrement matraqués.
02:44 Et puis, la crise des gilets jaunes est passée par là, qu'il a installée en garant de l'ordre contre la chianlie.
02:51 Et puis ensuite il y a eu le Covid, qui en a fait le gardien de la santé de nos aînés.
02:55 Et puis la réforme des retraites, qui a été désapprouvée par 90% des actifs, mais soutenue, et pour cause, par les retraités.
03:02 Et c'est ainsi que les seniors ont changé de camp.
03:05 Et aujourd'hui, Emmanuel Macron joint l'utile à l'agréable.
03:09 Il répare une injustice, en même temps qu'il tente de verrouiller le soutien d'une clientèle électorale décisive.
03:15 - Vous voulez dire pour les élections européennes à venir ?
03:17 - Oui, notamment.
03:19 Vous savez, les plus de 65 ans représentent 20% de la population.
03:24 Et dans les élections à faible participation, ils votent deux fois plus que les autres.
03:28 Ça veut dire qu'aux européennes, ils peuvent peser jusqu'à 40% des voix.
03:32 Mais à la présidentielle aussi, même si c'est dans une moindre mesure, leur poids sera déterminant.
03:37 Est-ce qu'ils continueront, par leur vote, d'empêcher Marine Le Pen d'accéder à l'Elysée ?
03:42 Est-ce que, rassurés par la modération qu'elle affiche désormais, ils lui donneront au contraire la victoire ?
03:47 Nul ne le sait, mais à mon avis, d'ici 2027, les retraités vont avoir beaucoup d'amis.
03:53 - L'édito politique sur Europe 1, merci beaucoup Alexis Brézé.
03:56 La une du Figaro ce matin, c'est le budget 2024.
03:59 Le recours aux économies en trompe l'œil.
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