00:00 - Bonjour. - Bonjour.
00:02 - C'est à votre domicile aussi qu'il y a eu un home-jacking.
00:05 C'est votre épouse et votre fils qui en ont été victimes.
00:07 - Oui, exactement. - En 2021.
00:09 - En 2021, exactement, le 8 juillet, donc il y a bientôt deux ans,
00:12 on a eu cette malchance.
00:14 Moi, je n'étais pas au domicile.
00:16 Justement, j'avais annoncé sur mes réseaux que j'allais partir au Festival de Cannes,
00:19 justement, le lendemain matin.
00:21 Et ils ont attendu que je parte.
00:23 Ils avaient fait, je crois, à peu près trois mois de repérage.
00:25 Entre les moments où ils venaient avec des camionnettes pour repérer vraiment
00:27 les entrées et sorties de ma nono, de ma femme, mes horaires, ses horaires, etc.
00:31 Pour attendre qu'il n'y ait que, justement, que des femmes à la maison
00:34 pour attaquer à ce moment-là.
00:36 Et donc, le matin, quand je suis parti, j'ai pris un taxi
00:39 et ils en ont profité pour attaquer.
00:41 Nous, c'était à 9h du matin pour rentrer dans la maison.
00:44 - Ils étaient combien ?
00:46 - Ils étaient trois à l'intérieur et un driver, un conducteur devant,
00:49 qui attendait.
00:51 Et en fait, personne n'a rien vu dans la rue.
00:53 On est dans une petite ruelle, personne n'a rien vu.
00:55 Et à un moment donné, en entendant un bruit, mais tout petit,
00:57 elle a vu trois mecs qui a goulé, 1m95, avec des armes à feu,
01:01 et qui lui disent "chute", qui la prennent par le bras,
01:04 et qui se dirigent vers mon fils, qui lui mettent un petit nez sur la tête.
01:07 - Et là, il peut te plus ? - Sept mois.
01:09 - C'est un bébé, oui.
01:11 - C'est un bébé. En même temps, c'est quelque part, c'est quelque chose
01:13 dont on ne se remet jamais. Ma femme, c'est vraiment ça,
01:15 c'est cette image qui lui reste en tête, parce que je ne l'ai jamais racontée,
01:18 mais je pensais que c'était important.
01:20 Et je pense très fort à Bruno, à sa famille, à ses enfants,
01:22 parce que c'est vraiment quelque chose de difficile, j'ai envoyé un message,
01:25 dont on met des années à se remettre.
01:27 Je vois ma femme, ça fait donc...
01:29 Après cet événement-là, ça fait maintenant quasiment deux ans,
01:32 elle ne s'en est pas vraiment remise aujourd'hui.
01:34 Pour vous expliquer le modus operandi, vraiment, que l'on a vécu nous,
01:37 il rentre dans la maison, il attrape le bras de ma femme, il la tire,
01:40 alors il ne la frappe pas, mais il la jette dans l'escalier,
01:43 il la tire par les cheveux, il fait semblant d'exécuter avec un revolver,
01:47 vous savez, avec le chien du revolver à genoux,
01:49 pour ouvrir un petit coffre dont elle n'avait pas le code,
01:51 ni moi d'ailleurs, c'est un vieux coffre qu'on avait acheté avec la maison,
01:54 qu'elle était dedans, il n'y avait rien dedans.
01:56 Il cherchait des montres, il cherchait des choses qu'on avait pu mettre
01:59 sur les réseaux sociaux, donc il faut faire très très attention.
02:02 - A ce qu'on affiche.
02:03 - A ce qu'on affiche, parfois même un arbre,
02:05 ils peuvent reconnaître un arbre dans le jardin, un énorme arbre,
02:08 quand ils savent la ville, ils peuvent regarder sur Google Maps,
02:10 aujourd'hui c'est vraiment beaucoup plus développé qu'avant.
02:12 Il y a plein de manières de retrouver, avec les plaques d'immatriculation des voisins, etc.
02:16 C'est beaucoup plus facile qu'autrefois.
02:18 Moi c'est avec un tout petit bout de montre, j'avais une montre
02:20 que je m'étais achetée pour offrir à mon fils plus tard,
02:22 parce que je n'avais pas pu avoir de montre de mon grand-père,
02:24 j'ai voulu faire pareil.
02:25 Ils ont vu le bout de la montre dans une émission,
02:27 ils ont zoomé, repixelisé, ils ont vu le modèle de montre,
02:30 et ils savaient qu'elle avait un peu de valeur,
02:32 et ils voulaient cette montre-là.
02:34 Et donc ils ont pris, pour traumatiser ma femme,
02:36 mon bébé avec un flingue sur la tête, et pareil sur ma nounou, etc.
02:39 - Le flingue sur la tête de votre bébé ?
02:41 - Oui, c'était ça, vraiment, l'énorme traumatisme pour ma femme.
02:46 - Ça a duré combien de temps ?
02:48 - Ça a duré 16 minutes, sur la police.
02:50 - Le point commun de tous ces home-jacking, c'est qu'ils sont très rapides.
02:53 - Oui, de ce que l'on sait, cette nuit, pour Bruno Guillian,
02:56 ça a duré moins de 15 minutes.
02:58 Donc effectivement, extrêmement violent psychologiquement,
03:01 on prend les gens en pleine nuit,
03:03 vous c'était aux premières heures du matin,
03:05 mais ce qui s'est passé cette nuit, c'est ce que racontait aussi la femme de Bernard Tapie,
03:08 les gens sont en pleine sidération, en train de dormir,
03:10 donc tout d'un coup, on les réveille brutalement,
03:12 on les entrave, et on ne leur laisse pas le choix,
03:15 et tout ça dans un temps vraiment très très rapide.
03:17 - Alors, c'est à la fois très court, à la fois très long,
03:19 c'est 15 minutes de silence, c'est ce qu'a dit mon avocat lors du procès,
03:22 il disait "on va faire maintenant 15 minutes de silence,
03:24 que vous compreniez la longueur du temps,
03:26 quand on est avec des hommes armés chez soi à cagouler".
03:28 - Vous dites procès, parce qu'on a retrouvé des agresseurs,
03:30 et ils ont été jugés et condamnés.
03:32 - Exactement, la police de Nanterre a fait un travail exceptionnel,
03:34 pendant trois mois et demi, ils sont allés à la recherche de ces gars-là,
03:36 ils les ont retrouvés, ils sont aujourd'hui incarcérés,
03:38 il y a eu le procès, première instance,
03:40 qui est passé à Nanterre, il y a quelques semaines,
03:44 - Ils ont été condamnés à ?
03:46 - De 5 ans pour le driver à 10 ans ferme.
03:48 - 10 ans ferme, c'est une condamnation lourde.
03:50 - Ils ont fait appel, donc on aura le 18 octobre prochain,
03:54 à Versailles, cette fois.
03:56 - Donc vous allez revivre, en fait, votre femme va revivre cela.
03:58 - C'est compliqué, c'est un deuxième traumatisme, un procès, en vrai,
04:01 parce qu'on passe 48 heures, que ce soit aux assises ou en correctionnel,
04:04 face à ces quatre gars-là qui vous regardent dans les yeux,
04:07 et pendant deux jours...
04:09 - Il n'y a pas de remords, pas d'excuses, rien ?
04:11 - Non, parce que nous, ils nous ont dit que ce n'était pas eux qui avaient fait le braquage.
04:13 - Ah oui, ils n'ont jamais reconnu l'effet ?
04:15 - Non, non, non, ils n'ont jamais reconnu.
04:16 - Toujours pas ?
04:17 - On aurait préféré qu'il y ait au moins un mot d'excuse,
04:18 ça aurait fait du bien à ma femme, à ma nono.
04:20 - Et votre femme, comment elle s'en est sortie ?
04:22 Elle a été voir quelqu'un, elle s'est fait aider ?
04:24 - Elle a fait un an et demi de rendez-vous avec le psychologue,
04:28 elle était en post-trauma avancé, donc aiguë,
04:32 la nuit, elle se levait plusieurs fois,
04:34 elle se réveillait en sueur plusieurs fois par jour.
04:36 - Dès qu'elle entendait un bruit ?
04:37 - Une mouche qui vole, elle a l'impression que c'est encore ces quatre gars-là qui reviennent.
04:40 Encore aujourd'hui, deux ans après, on a calmé les séances chez le psychologue,
04:43 mais ça a été très, très difficile.
04:44 - Donc ça dure 16 minutes, mais les conséquences psychologiques peuvent durer plusieurs années.
04:49 - Exactement, mais on voit bien que la violence augmente de plus en plus.
04:53 Malheureusement, on en a été témoin,
04:55 j'ai un de mes voisins, le joueur de foot Marc Inos,
04:58 qui a été aussi témoin de la même chose.
05:00 On voit bien que dès qu'on reçoit sur notre média le moindre homme politique,
05:05 on reçoit des menaces, on sent que c'est beaucoup plus tendu qu'avant le climat,
05:08 et maintenant il y a des passages à l'acte aussi beaucoup plus récurrents.
05:10 - Vous avez parlé de votre épouse, la nounou aussi.
05:13 - Oui.
05:14 - La nounou traumatisait aussi.
05:16 - En fait, elle ne parle qu'anglais, ma nounou,
05:19 et du coup c'était encore plus compliqué,
05:20 parce qu'elle ne comprenait malheureusement pas ce qu'il disait,
05:23 comprenait qu'elle criait, elle a très très bien géré avec le bébé,
05:26 mais là vous voyez au procès, deux ans plus tard,
05:28 elle n'arrivait toujours pas à parler.
05:30 En fait, elle a fui un pays rugier pour venir travailler,
05:32 elle arrive en France, quelques mois plus tard,
05:34 elle se retrouve face à quatre gars.
05:36 - Comment a-t-il été confondu et retrouvé les malfaiteurs ?
05:38 - Grâce à la téléphonie.
05:40 Ils ont fait une erreur, qu'il ne faut pas dire,
05:42 parce que sinon ça peut aider la police sur d'autres enquêtes.
05:45 Il y a eu une petite erreur de téléphonie,
05:47 et une petite erreur d'ADN aussi.
05:50 C'est un endroit qui a permis, la police a vraiment beaucoup de moyens pour les retrouver,
05:54 ils sont vraiment très très forts, il faut les féliciter.
05:56 Et donc, heureusement, le crime parfait est assez rare,
06:00 et ils arrivent toujours à retrouver quelque chose,
06:01 donc j'espère qu'ils vont retrouver ceux de Bruno aussi.
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