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  • 07/09/2023
Viols, agressions, deuils insurmontables, accidents de la vie : dans "Trauma", anonymes et célébrités reviennent pour Yahoo sur un traumatisme qui a bouleversé leur vie.
Sa vie a basculé le 15 décembre 2019. Ce jour-là, les parents de Margaux Muller, Sylviane et Jean-Claude, ont été sauvagement assassinés de plusieurs coups de couteau dans leur maison près de Bordeaux. Pour Yahoo, la jeune femme de 27 ans a accepté de se livrer sur ce drame, revenant notamment sur l’enquête en cours et sur son état psychologique, quatre ans après les faits.
Au total, chaque année, 20% des enquêtes pour meurtre n'aboutissent pas et finissent par être "classées". Ce sont les fameux cold cases. À noter que depuis le 1er mars 2022, un nouveau pôle judiciaire spécialement dédié aux affaires non élucidées et aux crimes en série a été créé à Nanterre.

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Transcription
00:00 Bonjour, moi c'est Margot Muller, j'ai 27 ans.
00:02 J'habitais à Ison avec mes parents jusqu'à mes 19 ans.
00:05 Du coup, je les ai retrouvés il y a 4 ans assassinés dans leur lit.
00:10 Et du coup, l'enquête est toujours en cours.
00:12 Alors le jour où j'ai retrouvé mes parents,
00:17 c'était à 18h40 un dimanche le 15 décembre 2019.
00:21 J'allais chez mes parents, comme chaque dimanche,
00:24 pour prendre des nouvelles, aller les voir,
00:28 passer du bon temps avec eux, faire mes machines de linge.
00:31 Et ce jour-là, du coup, je suis arrivée dans le jardin.
00:35 Il y avait la voiture de chacun de mes parents qui était dans le jardin.
00:39 Du coup, je me suis dit "Ah trop bien, il y a mes deux parents,
00:43 je vais pouvoir les voir ensemble, ça va être cool".
00:46 Or, quand j'ai ouvert la porte d'entrée de mes parents,
00:49 elle n'était pas fermée à clé.
00:50 Quand j'ai ouvert la porte, il n'y avait personne à l'intérieur de chez moi,
00:54 j'utilisais le sapin de Noël qui clignotait.
00:56 Du coup, j'appelle mes parents, je dis "Papa, Maman",
01:00 personne ne me répond.
01:01 Jusqu'à le moment où il y a la chienne de mes parents
01:05 qui arrive en courant avec des gros yeux qui sortent par la tête.
01:09 Du coup, je comprends tout de suite qu'il y a un truc de bizarre.
01:12 Je vois juste la lumière de la chambre au fond du couloir.
01:15 Et arrivé à la chambre, je vois mon père allongé sur le lit, dénudé,
01:20 et ma mère par terre, la tête face au sol.
01:24 Dans ma tête, je me dis "Bon, c'est bizarre, peut-être je les ai dérangés,
01:29 ils sont tombés dans les pommes".
01:30 Du coup, mon cerveau direct se dit "Il faut que je les réveille".
01:34 Du coup, je commence à me mettre au-dessus d'eux,
01:37 à les secouer, à dire "Papa, Maman".
01:40 Jusqu'au moment où je capte que c'était tout dur, tout froid.
01:45 Et là, je me dis "Ils sont morts".
01:50 Et d'un coup, quand je réalise, tout le sang apparaît sur la scène de crime.
01:55 Le sang sur le lit, par terre, sur les murs.
01:59 Mon cerveau avait fait des barrières.
02:01 Et je me dis "Ce n'est pas réel".
02:03 Je commence à me mettre des grandes baffes.
02:05 Et en fait, c'était bien réel.
02:08 Du coup, la première chose que j'ai fait, c'est que j'ai pris le téléphone,
02:11 j'ai appelé direct la police.
02:13 En même temps que j'ai appelé la police, je me dirigeais vers la sortie de la maison.
02:17 Et en fait, il s'est passé peut-être dix minutes
02:21 avant que je comprenne que j'étais au téléphone avec la police
02:24 et qu'ils essayaient de me calmer.
02:26 Et moi, en fait, je ne les entendais pas pendant ce temps-là.
02:29 Du coup, j'étais dehors en train de crier à l'aide.
02:33 À un moment, il y a une voiture qui est passée sur la route.
02:36 Je me suis jetée sur cette voiture.
02:38 Je lui ai dit "Excusez-moi, mes parents ont été assassinés.
02:42 Il faut que vous m'aidiez".
02:43 Et le mec, hyper surpris, il me regarde avec des grands yeux.
02:47 Et il me dit "J'arrive, je vais vous aider, j'arrive, vous aidez".
02:50 Au final, le monsieur fait un petit burn et s'en va, il ne revient jamais.
02:57 Ensuite, j'ai eu conscience de l'appel où il y avait la police derrière le fil.
03:01 Et du coup, là j'ai compris, j'aurai expliqué.
03:05 Ils sont venus en peut-être cinq, dix minutes.
03:08 Ça a été assez rapide.
03:09 Après, mon cerveau aussi, il a fait des blocages avec le temps.
03:12 J'avais l'impression que c'était cinq, dix minutes,
03:14 mais ça peut que ce soit plus long.
03:16 Du coup, mes parents ont été assassinés d'une vingtaine de couteaux
03:20 dans la région du cœur, pour mon père.
03:24 Avec plusieurs coups de défense, coups de couteau au niveau de la tête, des mains.
03:29 Et pour ma mère, qui a été violée.
03:34 Et aussi, coups de couteau, pareil, dans la région du cœur.
03:39 Et un sillon au niveau de la gorge, en fait.
03:42 Comme si ils avaient, les deux, eu la gorge un peu tranchée.
03:47 Mon père, il était informaticien et lectricien à son compte.
03:51 Ça se passait hyper bien, niveau travail, il était hyper reconnu.
03:56 Niveau amis, il était aimé de tout le monde.
04:00 Je sais qu'ils avaient plein, plein, plein d'amis.
04:02 Ma mère, du coup, elle avait arrêté de travailler avant.
04:05 Elle avait un restaurant.
04:06 Et sa passion, c'était les animaux, du coup les chiens.
04:09 Et elle avait un élevage de boules d'octes français.
04:12 Il faut savoir que l'élevage de boules d'octes français ne lui faisait pas gagner d'argent.
04:16 C'était plus une passion.
04:18 Après ça, c'était des parents en or.
04:21 Ils nous aimaient plus que tout.
04:22 Moi et ma sœur, ils faisaient tout pour nous.
04:24 Non, du coup, mes parents, ils n'avaient pas d'amis, ils n'avaient que des amis.
04:27 Après, mon père pouvait avoir des personnes un peu bizarres dans son entourage,
04:32 mais pas à ce point-là.
04:33 Quand on écoute l'enquête, on se rend compte que la personne visée, en soi, c'est ma mère.
04:39 Mon père a été sécéné en premier rapidement
04:42 pour que les personnes puissent prendre leur temps avec ma mère.
04:45 Et ma mère, elle n'avait pas forcément d'amis.
04:49 Elle avait des amis, mais elle était plus mère au foyer,
04:52 qui reste tout le temps à la maison et qui vit pour son mari et ses enfants.
04:55 On n'arrive pas à pouvoir se dire qui détestait ma mère,
04:59 parce que tout le monde l'aimait.
05:01 Perdre ses parents d'une façon aussi dramatique à ses 24 ans,
05:05 c'est la pire chute pour moi.
05:08 C'est la pire façon de perdre un de ses proches.
05:11 Je trouve quand même ça fou
05:16 qu'une affaire aussi grave soit toujours en cours,
05:20 pas élucidée, et qu'une ou des personnes qui ont fait ça
05:24 soient toujours en liberté et impunies.
05:27 Je trouve ça horrible.
05:29 Pour moi, continuer à grandir après mes 24 ans,
05:32 après la mort de mes parents, ça a été très dur.
05:35 Ça a été très, très, très, très dur.
05:37 J'ai l'impression que je n'ai pas grandi depuis.
05:40 Je suis restée bloquée à cet âge-là.
05:42 Mais bon, il faut quand même avancer, évoluer
05:45 et ne pas baisser les bras, parce que là, ils me regardent
05:48 et ils ne veulent pas que je baisse les bras.
05:51 Et même pour eux,
05:54 pour les personnes en or incroyables qu'ils étaient,
05:57 je n'ai pas le droit de baisser les bras et de devenir faible.
06:00 Parce que sinon, les personnes qui ont fait ça,
06:02 elles n'ont pas gagné que mes parents.
06:04 Elles ont gagné moi et ma sœur,
06:06 et on ne leur laissera pas ça.
06:08 L'image du corps de mes parents et du sang
06:12 qu'il y avait partout, par terre et sur les murs,
06:15 il m'est resté très, très longtemps en tête.
06:18 Par chance, j'ai réussi à mettre des barrières sur ces images-là
06:21 et les mettre de côté.
06:24 Mais c'est vrai qu'au début, dès qu'il y avait quelque chose
06:27 qui me reliait à mes parents, à moins de rendre proie,
06:30 direct, dans ma tête, c'était la scène du crime, les images.
06:34 Et surtout, ce que je voyais,
06:36 ce n'était pas forcément que les images du meurtre,
06:39 c'était la tête de mes parents de très près, mort.
06:44 C'est vraiment la pire image qu'on peut avoir dans sa tête.
06:50 Je me demande comment j'ai fait pour ne pas devenir folle après ça.
06:54 J'ai été suivie une seule fois, enfin trois fois,
06:57 mais en un suivi par le centre de psychotraumatisme de Charles Perrin.
07:03 Ils m'ont dit que je n'avais pas forcément besoin de psy sur le moment
07:07 parce que je suis une personne qui arrive assez vite à se diagnostiquer,
07:12 à se dire qu'il faut que je fasse telle chose ou telle chose.
07:15 Ma soeur, ça n'a pas été différent.
07:17 Ma soeur a eu besoin de plein de séances, plein de séances, plein de séances.
07:22 Après, ma soeur n'arrivait pas aussi à se dire que c'était réel.
07:26 Elle n'avait pas vu mes parents.
07:27 Moi, j'avais cette conscience de me ramener l'image de mes parents morts
07:33 et de me dire si c'est réel, maintenant, il faut que tu avances.
07:36 Mes parents sont enterrés au cimetière de Arctique, près de Bordeaux.
07:40 Le prêtre qui les a mariés dans cette église est aussi le prêtre qui les a enterrés.
07:44 Après, je n'y vais pas souvent parce que ça me fait grave de mal.
07:50 Et surtout, la dernière fois, des amis de la famille sont allés au cimetière
07:55 et qui envoient une photo de ma soeur d'un petit chat mort déposé sur la tombe.
08:01 Du coup, en plus d'avoir cette histoire hyper dramatique,
08:07 on nous poste des trucs un peu chelous dessus.
08:09 Et du coup, ce n'est pas très réconfortant.
08:12 Ça fait un peu peur et ça fait reposer encore plus de questions.
08:16 Et ça rend un peu plus fou.
08:17 On se dit, bon, ça se trouve, ce chat a été déposé en mode...
08:21 Par les personnes peut-être qui ont fait ça.
08:23 Du coup, j'ai surtout cette appréhension quand je me dis au cimetière
08:29 de retrouver un petit truc bizarre.
08:30 Aujourd'hui, si je réponds aux questions de Yahoo,
08:33 c'est surtout pour pouvoir faire avancer l'enquête,
08:37 avoir des réponses pour moi et ma soeur,
08:39 de faire avancer.
08:40 On ne peut pas faire de deuil tant qu'on est comme ça.
08:44 Je refais plein d'interviews avec ma soeur,
08:46 aussi dans le but de repartager un lien d'une cagnotte
08:49 pour pouvoir aujourd'hui prendre un détective privé
08:52 qui nous a été recommandé par notre avocat.
08:55 Donc, un détective privé, ça coûte très cher,
08:58 dans les 10 000 à 15 000 euros.
09:00 Parce que si on est beaucoup et que chaque personne
09:03 mette 50 centimes ou un euro,
09:06 on peut aller très vite à la somme et prendre un détective.
09:10 [Générique]

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