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  • il y a 3 ans
Des équipes lilloises de médecins et de chercheurs ont mis au point un outil en ligne qui prédit la perte de poids pour chaque patient après une opération bariatrique. Le professeur François Pattou, qui a participé à ces travaux, était ce matin l'invité du 6-9 de France Bleu Nord.

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Transcription
00:00 Bonjour François Patou. Pendant 15 ans, les équipes du CHU de Lille ont compilé des informations sur les patients qui se sont fait opérer,
00:06 des données qui ont été compilées pour créer une sorte d'intelligence artificielle.
00:10 C'est un logiciel qui permet en cas d'opération chirurgicale contre l'obésité de prévoir combien un patient va perdre de poids.
00:18 En quoi est-ce important d'avoir une vision quand on subit ce genre d'opération ?
00:23 Quand on subit ou plutôt quand on bénéficie, car les personnes en situation d'obésité sont en grande souffrance,
00:29 il faut trouver des traitements. La chirurgie est aujourd'hui le traitement le plus efficace.
00:33 Ce ne sera pas le seul dans l'avenir, on sait que les médicaments sont en développement,
00:36 se répandent aujourd'hui dans le monde. Mais aujourd'hui, c'est une stratégie thérapeutique importante.
00:41 Il y a 1% de la population adulte française qui a été opérée.
00:45 On ne parle pas d'une pointe d'épingle, c'est un segment important de la médecine.
00:49 Les patients sont ensuite suivis de nombreuses années pour le restant de leurs jours avec ce traitement,
00:54 ses bénéfices mais aussi bien sûr ses effets secondaires potentiels.
00:56 Ce logiciel que vous avez mis au point, vous et les équipes du CHE d'Île, intervient dans ce suivi ?
01:03 Dans le suivi et même avant l'intervention, parce que pour un patient,
01:06 se lancer dans une décision aussi engageante, c'est un point important et ça nécessite beaucoup d'informations.
01:12 Vous savez bien que l'information entre les équipes médicales et les patients,
01:15 ce n'est pas souvent facile parce que les uns pensent qu'on les comprend et les autres pas forcément.
01:22 En pratique, l'intérêt c'est de trouver une interface entre les deux mondes qui soit compréhensible,
01:26 utile pour l'équipe médicale, réelle, solide, mais aussi très facile à comprendre et à utiliser
01:31 pour faciliter la décision pour les patients. Et c'était l'objectif que nous avions.
01:35 Ce logiciel concrètement, on rentre plusieurs critères, son poids, sa taille, si on est fumeur ou non,
01:40 et il va en sortir une courbe de poids, c'est-à-dire une fois que l'opération chirurgicale est terminée,
01:45 une fois qu'on s'est fait poser un anogastrique, qu'on s'est fait enlever un morceau d'estomac,
01:48 on peut suivre sa courbe de poids et si on s'en écarte, on peut réajuster ce qui n'était pas capable
01:54 jusqu'à présent ou alors pas capable de manière aussi précise.
01:56 L'idée déjà, c'est de pouvoir rendre les choses simples. Et en fait, finalement, les choses sont assez simples.
02:02 Nos collègues de l'INRIA, l'équipe de Philippe Preux qui s'est lancée dans cette aventure avec nous,
02:06 ont pu réunir des tas de données, parce qu'on avait des centaines de données pour chaque patient,
02:11 pour réduire la dimension de ces informations et en sélectionner les quelques-unes qui sont les plus importantes.
02:15 Ces informations sont disponibles pour tout le monde et elles peuvent être utilisées dans l'algorithme
02:20 pour dire effectivement une trajectoire de poids.
02:22 Donc la trajectoire de poids, c'est donnée au patient en kilos, donc c'est facile à comprendre,
02:27 et ça se voit sur une courbe, ce qu'il attend en termes d'efficacité de perte de poids.
02:32 Il ne s'agit pas d'avoir un poids idéal au gramme près, il s'agit d'avoir une zone où on est dans le confort,
02:36 on est dans le résultat habituel, donc on est loin des risques les plus importants qui peuvent arriver
02:42 si le poids est trop important ou s'il est trop faible, parce que ces deux situations,
02:45 un peu comme pour les courbes des enfants, les courbes de croissance qu'on utilise tous avec nos enfants,
02:49 nous nous disent bien qu'il y a une zone où on est dans le confort, et l'un des autres où on est un petit peu plus vigilant.
02:54 Donc voilà à quoi ça sert en pratique.
02:56 Donc cela va servir avec cette courbe de poids de savoir où on se situe et de réajuster par exemple
03:01 si jamais on s'écarte de cette courbe et de savoir immédiatement réagir.
03:04 Cela garantit finalement une meilleure efficacité de l'opération chirurgicale sur le long terme ?
03:08 Alors d'abord, avant l'intervention, ça permet de guider la décision.
03:12 Va-je être opéré ? Est-ce que le résultat que je vois sur la courbe est celui auquel je m'attendais
03:16 et celui que je souhaite ? Ça c'est un premier point.
03:19 Puis ensuite, en fonction des interventions, parce qu'un élément très important dans la trajectoire,
03:22 c'est le type d'intervention, il en existe plusieurs, puis plusieurs médicaments, il y a plusieurs types d'intervention,
03:27 et on peut donc aider le patient à choisir en connaissance de cause.
03:31 Une fois opéré, ça ne va pas bien sûr changer l'intervention,
03:35 mais ça va permettre de mieux surveiller les patients et surtout de détecter assez simplement,
03:39 à la fois pour le patient comme pour l'équipe médicale et le médecin généraliste,
03:43 qui est souvent démuni devant ces techniques assez complexes,
03:45 parce qu'il n'a pas forcément tous les détails qu'une équipe spécialisée peut avoir,
03:49 mais c'est lui qui voit les patients en quotidien.
03:51 Donc c'est important d'avoir un outil simple qui permet de dire "attention, on s'écarte un peu de la route,
03:55 c'est zone orange, on n'est pas encore dans le rouge, mais attention, il y a peut-être quelque chose à faire".
03:58 - 1 7h49, sur France Bleu Nord, nous sommes avec François Patou, professeur de chirurgie au CHU de Lille
04:04 et directeur d'une équipe de recherche sur le diabète à l'Université de Lille.
04:08 François Patou, vous nous avez détaillé les avancées que permet ce logiciel,
04:13 tout de même une opération chirurgicale pour perdre du poids, ce n'est pas anodin,
04:17 vous avez rappelé 1% de la population, ça s'adresse à qui exactement ?
04:21 Parce qu'il y a des gens qui, peut-être qui nous écoutent ce matin, qui sont en surpoids,
04:24 qui disent "Ah chouette, il y a ce super logiciel, je vais me faire opérer",
04:26 mais ce n'est pas pour tout le monde, on le rappelle.
04:28 - Bien sûr, le traitement de l'obésité, c'est avant tout la prévention,
04:30 ça commence dans l'enfance, ça commence dans les familles, dans les écoles,
04:33 mais malheureusement on parle de patients qui sont adultes,
04:36 et pour lesquels l'obésité est installée, elle est parfois sévère,
04:38 elle est l'objet d'une souffrance considérable, que les gens qui ne sont pas atteints de cette pathologie n'imaginent pas,
04:44 souffrance quotidienne, dans le travail, mais aussi dans la santé, avec des tas de maladies associées,
04:49 et une espérance de vie diminuée d'environ 9 ans, ce qui est équivaut au tabagisme par exemple.
04:54 Il y a une partie de cette population atteinte d'obésité, dont la sévérité est telle qu'elle nécessite d'envisager des traitements plus efficaces,
05:02 et c'est le cas de la chirurgie.
05:04 Donc on s'adresse bien sûr à une petite proportion des patients qui sont atteints d'obésité,
05:08 mais pour lesquels aujourd'hui il n'y a pas d'autres solutions efficaces dans le long terme.
05:12 - Ce logiciel est déjà en ligne, il est déjà consultable, vous pouvez encore l'améliorer ?
05:16 - Alors, le logiciel actuel, il a fait l'objet de travaux importants depuis 3 ans,
05:21 il est en ligne, il est accessible, tout le monde peut, et je crois que vous aurez l'adresse sur le site,
05:25 donc il est facile à consulter, mais il est bien sûr améliorable.
05:28 L'ambition est bien plus importante, l'ambition c'est d'aider à la décision médicale,
05:31 dans le cadre des maladies chroniques en général, donc de l'obésité bien sûr,
05:35 pas seulement pour suivre le poids, mais aussi pour prédire les autres comorbidités,
05:38 et aider les équipes médicales et leurs patients à choisir le meilleur traitement pour chacun d'entre nous.
05:43 Il faut bien comprendre qu'on n'est pas en train de remplacer la décision humaine,
05:47 elle est toujours au cœur de la médecine, bien sûr, et elle le restera,
05:51 mais c'est dommage de ne pas se priver d'outils très efficaces.
05:54 On est tous avec nos outils informatiques en train de choisir des films,
05:57 ou de choisir nos actions quotidiennes, en cédant de ces outils,
06:00 qui utilisent encore une carte Michelin pour conduire ?
06:03 Ben oui, c'est comme ça, en médecine aussi, on peut s'utiliser pour se concentrer sur autre chose
06:07 que regarder la carte, avec des outils modernes qui facilitent la décision.
06:11 - Ça permet donc de guider cette décision, en tout cas, et vous l'avez souligné,
06:15 un logiciel qui est déjà en ligne, on a mis d'ailleurs le lien dans notre article sur francebleu.fr
06:19 pour tous ceux qui voudraient voir à quoi ça ressemble.
06:20 Merci beaucoup François Patou de nous avoir présenté ce matin cette avancée,
06:24 vous êtes je le rappelle professeur de chirurgie au CHU de Lille.
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