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  • il y a 2 ans
Directeur-fondateur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Pascal Boniface publie "Guerre en Ukraine, l'onde de choc géopolitique", aux éditions Eyrolles (en librairies le 31 août).
Regardez Le débat du 30 août 2023 avec Yves Calvi et Amandine Bégot.

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00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 7h, 9h
00:05 RTL matin. Il est 8h22, bonjour Pascal Boniface. Bonjour Yves Calvi. Vous dirigez l'institut des relations internationales et stratégiques,
00:12 lyriste, vous êtes un spécialiste de géopolitique et vous publiez "Guerre en Ukraine, l'ombre de choc politique" aux éditions Erol.
00:18 Le livre sort demain en librairie, je le précise. Mais avant de parler de la guerre en Ukraine,
00:22 revenons un instant sur l'information de la nuit au Gabon, pays d'Afrique centrale, je le rappelle, un groupe d'une douzaine de militaires et
00:27 de policiers gabonais ont annoncé sur la chaîne de télévision nationale
00:30 l'annulation des élections présidentielles de samedi qui ont consacré une nouvelle victoire du président Ali Bongo. Il est au pouvoir depuis 14 ans, je le
00:38 rappelle. La dissolution de toutes les institutions de la république est la fin du régime.
00:42 On a un coup d'état militaire ?
00:44 Très clairement. Le président de la République Macron parlait de l'épidémie de coups d'état militaire en Afrique, ça continue, c'est pas l'Afrique de l'Ouest
00:51 mais c'est pas très loin. Il fait que la démocratie a beaucoup progressé au début de ce siècle en Afrique,
00:56 constamment, et là il y a une régression des régimes qui continuent, qui se perpertuent, ou des coups d'état militaire, mais en même temps de quelle démocratie
01:02 parlait-on au Gabon ? Le président Bongo était là depuis 14 ans, il succède à son père au pouvoir pendant 41 ans,
01:08 donc on ne peut pas dire que c'était vraiment la démocratie. Et en tous les cas, la remise en cause de la démocratie en Afrique,
01:14 il faut pas le voir comme la fin de la démocratie, c'est aussi la remise en cause de la démocratie qui ne serve pas les populations,
01:20 qui ne donne pas de services aux populations. C'était le cas au Mali, c'était le cas également au Niger,
01:25 la corruption endémique dans ces pays vient corrompre l'idée de démocratie.
01:29 A chaque fois que la France se fait chasser de ces pays, ou en tout cas que ces pays souhaitent le départ de la France,
01:34 est-ce qu'on fait de la place, quoi, à la Chine ?
01:36 Plutôt à la Russie d'un point de vue militaire, et la place à la Chine est déjà faite du point de vue économique.
01:41 La Chine est désormais un partenaire économique plus important pour les pays africains que la France.
01:46 On est donc bien dans l'onde de choc géopolitique.
01:48 Tout à fait.
01:48 On va continuer de suivre ce qui se passe aujourd'hui au Gabon, et on en vient à l'Ukraine avec la publication de votre livre.
01:54 Je m'arrête sur ce titre. À contre-courant des analyses émotionnelles, nous dites-vous, notamment. Pourquoi ?
01:59 Parce qu'il y a beaucoup de...
02:00 C'est normal d'être ému par ce qui se passe en Ukraine ?
02:02 Oui, bien sûr, mais moi mon métier c'est d'analyser, c'est pas d'être ému.
02:05 Donc, effectivement, je serai ukrainien, je serai complètement dans la solidarité avec mon peuple et avec mes dirigeants,
02:10 mais je ne suis pas ukrainien.
02:12 Mais vous nous dites quoi ? Qu'on fait de l'affectif et qu'une finesse est dangereuse ?
02:15 Oui, bien sûr, parce qu'on ne peut pas...
02:16 Pour qui et pourquoi, Pascal Bolli ?
02:17 Pour tout le monde, pour tout le monde, parce qu'il faut un peu de raison.
02:20 La réelle politique a la mauvaise réputation, mais l'irréelle politique c'est pire encore.
02:24 On ne peut pas faire de la politique à travers uniquement les sentiments.
02:27 Alors, bien sûr, il faut de la morale, bien sûr, il faut condamner l'agression russe,
02:30 bien sûr, il y a des crimes de guerre qu'il faut condamner,
02:32 mais il faut aussi réfléchir à la façon dont on peut s'en sortir
02:35 et à la façon dont on est parvenu à cette situation pour éviter de commettre les mêmes erreurs.
02:40 En gros, si on commet à l'avenir les mêmes erreurs à l'égard de la Chine que celles qu'on a commises à l'égard de la Russie,
02:45 ça va coûter très très cher.
02:47 Ça veut dire qu'à un moment ou à un autre, il faudra se rapprocher de Vladimir Poutine ?
02:50 Tant qu'il est au pouvoir, c'est bien avec lui qu'on va un jour ou l'autre arrêter la guerre.
02:53 Donc, il y a deux solutions.
02:54 Soit il est remplacé, si Prigogine avait pris le pouvoir,
02:57 je ne pense pas que la solution aurait été plus acceptable pour nous.
03:00 Soit le peuple va le chasser, ce n'est pas encore le cas.
03:03 Donc, de toute façon, le réalisme c'est de dire que c'est avec les dirigeants d'un pays,
03:07 quelle que soit l'opinion que l'on peut avoir d'eux,
03:10 qu'il faudra un jour ou l'autre faire l'arrêt de la guerre.
03:12 Alors, vous commencez ce livre "Guerre en Ukraine, l'onde de choc géopolitique"
03:16 en expliquant que nous, les Occidentaux, nous sommes les rois de l'indignation sélective.
03:20 Très émus par la situation des Ukrainiens,
03:22 mais aux abonnés absents concernant par exemple les annexions illégales d'Israël au Proche-Orient
03:26 ou encore les massacres commis en Afrique.
03:29 Oui, effectivement, nous on se voit comme étant très vertueux.
03:31 On suit nos intérêts ou on fait juste le choix ?
03:32 Bien sûr, et on ne le dit pas, mais en fait, si on est contre la Russie, c'est par intérêt.
03:36 Ce n'est pas seulement sur les valeurs.
03:37 De deux choses, soit les valeurs sont universelles,
03:39 il faut les faire respecter partout, y compris en Afrique, y compris en Asie.
03:43 Soit ce sont nos intérêts géopolitiques qui sont mis en cause par l'agression russe,
03:47 et on le dit franchement.
03:48 Il y a eu 500 000 morts en Ethiopie dans une guerre récente, on n'a pas beaucoup réagi.
03:53 Il y a eu beaucoup plus de morts qu'en Ukraine, mais c'était plus loin, ça nous mettait moins en cause.
03:57 Et le vrai problème, c'est que par rapport à cette perception,
03:59 il y a une différence très grande de l'Ouest, The West versus The Rest,
04:02 versus les non-Occidentaux, dont on a vu une émanation au sommet des briques récemment,
04:07 club qui s'élargit.
04:08 Et pour ceux qui ne sont pas Occidentaux,
04:10 les briques, c'est Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud,
04:12 élargie à six nouveaux pays, donc c'est l'émanation du Sud global.
04:16 Ceux, en fait, ils n'ont pas tellement de projets communs, ils ont un rejet commun.
04:19 Le rejet commun, c'est la domination occidentale.
04:21 Le fait que le dollar soit la monnaie de l'économie mondiale, ils ne le veulent plus.
04:25 Et donc, ils ont par rapport à la guerre en Ukraine, une autre appréciation que nous,
04:29 parce qu'ils disent "ça c'est une guerre européenne".
04:30 Quand nous on a la guerre chez nous, vous ne vous en occupez pas.
04:33 Et vous voulez qu'on prenne les mêmes positions que vous, parce que là ça vous concerne.
04:36 Vous voulez qu'on sanctionne la Russie ?
04:38 La plupart ont condamné l'agression russe de l'Ukraine,
04:41 mais ils ne veulent pas prendre de sanctions contre la Russie,
04:43 parce qu'ils se seraient sanctionnés eux-mêmes et qu'ils y ont des intérêts.
04:46 Alors, on doit faire quoi du coup ? On doit accepter l'annexion russe ?
04:49 Non, non, bien sûr, il ne faut pas l'accepter,
04:51 parce qu'elle est illégale, qu'elle est immorale,
04:53 et qu'on ne peut pas récompenser la guerre d'agression.
04:56 Mais quand le Président de la République dit
04:58 "la Russie ne peut ni ne doit gagner cette guerre, la Russie a perdu cette guerre",
05:01 le statut de la Russie, Poutine est venu mettre en l'air
05:05 tout ce qu'il avait bâti pendant 22 ans.
05:07 Pendant 22 ans, il a restauré le statut de la Russie dans le monde.
05:10 Et tout ça a été finalement explosé par cette agression,
05:15 parce que la Russie sera, après la guerre,
05:17 beaucoup moins puissante, beaucoup moins forte,
05:19 et beaucoup moins respectée qu'elle ne l'était auparavant.
05:21 Pourquoi nous ont-ils terrorisés pendant des années ?
05:23 On parlait de la troisième armée du monde,
05:25 on avait l'impression qu'à tout moment ils pouvaient nous envahir.
05:27 Écoutez, effectivement, quand on parle de la menace militaire russe,
05:30 ils ne sont pas capables de garder Kersaune,
05:32 je ne vous les vois pas, arriver à Strasbourg ou à Varsovie.
05:35 Donc il faut aussi réaliser le relativisme.
05:37 C'est une armée qui a été incapable de conquérir l'ensemble de l'Ukraine,
05:41 qui peut par contre défendre les territoires qu'elle a conquis.
05:43 Et on voit que là, il y a une sorte de patte stratégique
05:45 entre les Ukrainiens et les Russes.
05:47 Ils se bombardent mutuellement, l'Ukraine avance un peu, la Russie.
05:50 Et je doute que le but de guerre ultime de l'Ukraine,
05:53 qui est de récupérer la Crimée, soit tout simplement possible.
05:56 Lorsque le président dit que la Russie ne peut ni ne peut ni ne doit gagner la guerre,
06:00 OK, mais comment on fait, vu qu'on ne veut pas envoyer de soldats
06:03 pour battre la Russie ? On ne va pas se lancer dans une guerre contre la Russie.
06:06 Donc peut-être qu'il y aura un effondrement de l'armée russe.
06:09 Mais peut-être que cette guerre va encore durer longtemps
06:11 et on aura de nouveau des pertes humaines de part et d'autre.
06:13 Guerre en Ukraine, Londres de choc géopolitique.
06:16 Votre Livre.
06:16 !
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