00:00 Leurs déchets, ça a toujours été de la matière organique.
00:02 Ils ont toujours eu l'habitude de jeter à la mer.
00:04 Depuis quelques années, le plastique arrive un petit peu sur leurs îles.
00:07 Donc, leur solution, c'est soit de brûler les déchets, soit de les jeter à la mer.
00:12 Mais ils n'ont pas encore cette conscience écologique.
00:15 J'ai eu deux immersions différentes avec cette tribu-là.
00:19 La première a été avec San Blas Adventures,
00:21 une agence de voyage qui permet de traverser du Panama à la Colombie.
00:26 Il faut savoir que l'agence est dirigée par les Kuna eux-mêmes
00:29 parce que c'est les seules personnes qui sont autorisées
00:32 à faire entrer des touristes sur leurs îles.
00:34 En fait, c'est plusieurs îles.
00:36 Pour communiquer entre eux, c'est pratiquement que du verbal,
00:40 il n'y a pas vraiment d'écrit.
00:41 Ils parlent en Kuna.
00:42 C'est une langue totalement différente de l'espagnol ou des langues locales.
00:48 Ils ont vraiment leur propre dialecte.
00:50 Ce sont de vrais guerriers qui ont résisté à toutes les tentatives de colonisation.
00:54 La première fois qu'on est arrivé sur une île,
00:56 lorsqu'on est rentré dans le village,
00:57 on n'a pas tout de suite vu la communauté.
01:00 On voyait d'abord leurs petites maisons, leurs petites cabanes.
01:03 C'est très rudimentaire.
01:05 Ce sont des maisons qui sont faites en bambou.
01:07 C'est vraiment des petites cabanes.
01:09 Leur sol, c'est le sable de la plage.
01:11 En marchant un petit peu dans le village,
01:14 on a commencé par croiser quelques petits enfants
01:16 qui nous observaient, qui se cachaient un petit peu pour nous regarder.
01:18 Ils étaient aussi intrigués que nous, donc c'était assez marrant à voir.
01:21 En tant que touristes, on était vraiment amenés à être beaucoup avec les enfants
01:26 parce que c'est eux qui venaient le plus naturellement vers nous.
01:29 En fait, ils sont extrêmement dans le jeu, dans le sport.
01:31 Après, il y avait quelques petits temps qui étaient organisés
01:34 où on rencontrait d'autres personnes, mais on était en groupe.
01:37 Et c'est des adultes qui nous expliquaient un petit peu leur tradition, leur mode de vie.
01:42 Dans le quotidien, il y a les hommes qui vont à la chasse
01:47 ou à la recherche de condiments dans la jungle ou sur les îles.
01:52 Ils vont pêcher, ils vont chasser, ils vont récolter des fruits, des légumes, etc.
01:56 Et les femmes restent au village pour s'occuper des enfants,
02:00 de la maison, de la cuisine, le linge, etc.
02:04 Et en fait, ils dépendent vraiment de la nature,
02:06 c'est-à-dire que leurs ressources dépendent vraiment de ce qu'ils vont pouvoir récolter
02:12 dans la nature ou dans la mer.
02:14 C'est une société qui se dit matriarcale.
02:17 Donc en fait, ils ont trois fêtes traditionnelles chez eux.
02:20 Donc la première fête, c'est lorsque une femme naît.
02:24 La deuxième, c'est lorsqu'elle a 7 ou 8 ans
02:26 et qu'elle commence à devenir un petit peu plus grande
02:29 et qu'elle comprend beaucoup mieux le monde qui l'entoure.
02:33 Et la plus grosse fête, c'est lorsqu'une jeune fille a ses premières règles.
02:37 Et là, vraiment, tout le village se réunit pour une grande fête traditionnelle
02:42 qui va durer souvent plusieurs jours, en moyenne trois jours.
02:45 Du coup, la monnaie d'échange des Kuna, c'est la noix de coco.
02:49 Lorsque, par exemple, ils vont vendre une île,
02:51 ce n'est pas la superficie qui va être importante,
02:54 mais c'est le nombre de cocotiers qu'il y a sur l'île.
02:56 C'est eux les premiers producteurs de coco de la région du Darien.
03:00 Ils arrivent à échanger les cocos pour acheter certaines choses sur la côte,
03:06 que ce soit au Panama ou en Colombie.
03:08 Un des souvenirs qui m'a le plus marquée,
03:10 moi, je n'aime pas venir les mains vides,
03:12 surtout quand je sais qu'on va m'accueillir
03:13 et que ce sont des personnes qui n'ont pas grand-chose.
03:16 Donc j'avais prévu quelques petits cadeaux pour les enfants.
03:18 Je m'étais renseignée auprès de l'agence.
03:20 Ils m'avaient expliqué qu'il ne fallait pas ramener de consommables,
03:23 mais plutôt des jeux ou des choses qui peuvent réutiliser
03:26 et qui durent sur le long terme.
03:28 Donc je leur avais ramené des frisbees, des balles, quelques petits jeux.
03:34 J'ai ramené les frisbees et j'ai commencé à les jeter pour jouer avec eux
03:37 parce qu'on était en train de se courser.
03:39 Ça allait dans tous les sens.
03:40 J'ai expliqué à quelques-uns des enfants que c'était pour eux tous
03:43 et qu'il fallait partager.
03:45 Et juste après avoir fini de jouer, au bout de 2-3 minutes,
03:48 ils réunissaient les quelques frisbees et venaient me les ramener.
03:51 Je leur disais "mais non, c'est pour vous, vous pouvez les garder".
03:53 Ils ne comprenaient pas en fait.
03:54 Ils avaient vraiment ce truc de se dire "merci d'avoir prêté, mais c'est à vous".
04:00 Je disais "non, mais c'est un cadeau pour vous, vous pouvez le garder".
04:02 Et ils étaient vraiment surpris d'avoir quelque chose.
04:06 Ils avaient du mal à comprendre qu'ils pouvaient le garder et le partager.
04:10 Et j'ai trouvé ça vraiment très beau.
04:13 Une des choses qui m'a le plus surprise,
04:15 c'est vraiment la modernisation qu'il y a eu ces dernières années.
04:18 Lorsqu'on a eu l'occasion d'assister à une fête traditionnelle avec eux,
04:22 il y avait beaucoup de musique.
04:24 Le Kuna qui nous a accueillis à ce moment-là,
04:26 a ramené une enceinte de 1m sur 1m, je pense,
04:30 et a mis la musique à fond.
04:31 Et j'étais vraiment étonnée de voir une aussi grosse enceinte.
04:35 Et en fait, ils essaient vraiment de se moderniser.
04:39 Comme il commence à y avoir un peu d'écran dans les communautés,
04:42 ils sont plus ou moins au courant de toutes les choses auxquelles on a accès.
04:46 Même s'ils veulent garder leur fête un petit peu traditionnelle, etc.,
04:50 ils ont quand même une grosse partie d'eux qui ont envie de se moderniser,
04:54 de se rapprocher des côtes pour aller à l'école,
04:56 pour pouvoir accéder à d'autres métiers, etc.
04:59 C'est une inquiétude de la part des plus anciens
05:03 parce qu'ils ont peur que leurs traditions se perdent.
05:08 Mais en même temps, les jeunes aimeraient avoir un autre mode de vie,
05:11 un peu plus moderne.
05:12 Sur le coup, moi j'étais un petit peu gênée des fois,
05:15 donc j'évitais de parler de notre quotidien à nous en France
05:19 parce que j'avais peur que ce soit un petit peu déplacé,
05:22 de montrer que nous, on est vraiment dans un confort absolu
05:27 alors qu'eux, ils manquent de beaucoup de choses.
05:29 Et en fait, le dernier soir, les enfants ont commencé à vouloir prendre mon téléphone
05:35 pour filmer, pour faire des vidéos, etc.
05:37 Donc déjà, j'étais un petit peu surprise de voir qu'ils savaient se servir d'un téléphone.
05:41 Et je leur ai laissé pendant longtemps
05:44 et ils ont commencé à aller sur TikTok, sur Instagram
05:48 et ils sont allés voir mes photos, mes vidéos.
05:52 Et on s'est mis autour de la table comme ça
05:55 et on a commencé à tous regarder un petit peu nos vidéos,
05:57 enfin les vidéos et les photos que je propose sur les réseaux sociaux.
06:01 Ce qui m'a le plus dérangée, entre guillemets, pendant le séjour,
06:05 c'est de voir à quel point ils ont envie de se moderniser.
06:07 Et le problème de ça, c'est qu'ils ont des habitudes qui sont différentes des nôtres.
06:13 Depuis quelques années, le plastique arrive un petit peu sur leurs îles.
06:16 Ils ont mis en place quelques shops.
06:17 En général, leurs déchets, ça a toujours été de la matière organique.
06:21 Donc des restes de poissons, des palmiers, du bambou.
06:25 Ils ont toujours eu l'habitude de jeter à la mer tous leurs déchets.
06:29 Sauf qu'aujourd'hui, avec l'arrivée du plastique,
06:31 ils ont gardé un petit peu ce même mode de gestion des déchets.
06:35 Donc ils jettent énormément de choses à la mer.
06:37 Et au-delà de ça, il y a déjà le courant des Caraïbes
06:41 qui fait que tous les déchets de l'Europe et du reste des Caraïbes
06:45 arrivent déjà sur leurs îles.
06:47 Donc en fait, ils voient déjà une tonne de déchets qui sont sur leurs îles,
06:52 tels des déchetteries, vraiment, on dirait vraiment des déchetteries.
06:55 Et en fait, je pense qu'ils se disent "il n'y a aucun problème,
06:57 c'est comme ça que ça fonctionne, on jette dans la mer
07:00 vu que ça revient vers nous toujours".
07:02 Donc ça, ça m'a fait un peu de peine quand même de voir ça.
07:06 Mais après, il faut savoir qu'ils n'ont pas vraiment d'autres solutions
07:08 en fait pour gérer ces déchets-là.
07:12 De temps en temps, il y a certaines grosses communautés sur des grosses îles
07:16 où il y a des bateaux qui arrivent de temps en temps
07:19 pour récupérer un petit peu de bouteilles contre de l'argent,
07:23 des bouteilles en plastique pour le recyclage.
07:25 Mais la majorité des îles sont très, très éloignées et très petites
07:31 et ils n'ont pas du tout accès à ce genre de bateaux.
07:33 Donc leur solution, c'est soit de brûler les déchets,
07:37 soit de les jeter à la mer.
07:38 Mais ils n'ont pas encore cette conscience écologique
07:42 et ça, ça m'a fait un petit peu mal au cœur quand même.
07:45 Je pense qu'il y a beaucoup d'entre eux qui commencent à le savoir,
07:50 à connaître l'importance de tout ça.
07:53 Mais je pense que ça va venir petit à petit.
07:56 J'avais l'impression vraiment de dire au revoir à une nouvelle partie de moi,
08:01 quelque chose qui s'était ouvert en moi
08:05 et c'était dur en plus au niveau des barrières de la langue
08:10 de leur expliquer à quel point ils nous ont apporté.
08:13 Je pense qu'aujourd'hui, ils n'en ont même pas encore conscience.
08:16 Du coup, je suis rentrée en France depuis trois semaines
08:20 et c'est vrai que je me sens extrêmement chanceuse de plein de choses.
08:26 J'ai ouvert les yeux sur beaucoup de choses
08:28 et rien que le fait d'avoir de l'eau potable aux robinets,
08:31 je me sens extrêmement chanceuse.
08:34 Le fait d'avoir des magasins, accès à de la nourriture.
08:39 Surtout qu'on est en ce moment dans une période un petit peu compliquée
08:42 où il y a plein de choses qui augmentent, etc.
08:46 On a l'impression de perdre un petit peu en qualité de vie ces derniers temps.
08:50 Et finalement, je me dis qu'on est quand même très loin
08:53 de la pauvreté et du manque en fait.
08:57 Depuis que je suis rentrée, c'est comme ça que je me sens.
08:59 C'est vraiment chanceuse et reconnaissante de tout ce que j'ai et de ce que j'ai toujours eu.
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