00:00 Avec Lionel Gougelot jusqu'à 9h.
00:02 Il est maintenant 8h14, votre invité Lionel, c'est Othmane Nassrou, vice-président LR de la région Île-de-France.
00:08 - Bonjour Othmane Nassrou. - Bonjour.
00:10 - Merci d'être en ligne ce matin sur Europe 1.
00:12 Le mois dernier, au lendemain des émeutes provoquées par la mort du jeune Nahel à Nanterre,
00:16 votre président de la région Île-de-France Valéry Pécresse annonçait vouloir pourrir les vacances des jeunes casseurs.
00:22 Est-ce que ça a vraiment été le cas ou bien n'était-ce qu'une punchline sans effet, Othmane Nassrou ?
00:28 - Ce qui est sans effet aujourd'hui, c'est la réponse du gouvernement qui est une réponse erratique.
00:34 J'ai l'impression que le gouvernement ne sait pas comment traiter ce sujet.
00:37 Je vois que la première ministre en est restée à nous expliquer qu'il fallait prendre le temps d'un diagnostic.
00:41 Ce que nous disons nous, que ce soit avec Valéry Pécresse, avec les Républicains,
00:45 c'est qu'il faut une réponse forte et une réponse qui soit une réponse éducative,
00:48 une réponse pénale aussi à la hauteur de ce qui s'est passé.
00:51 Le problème, c'est qu'on a dans notre pays un délitement de la réponse pénale,
00:55 on a un sentiment d'impunité et on a aussi une faillite de l'éducation nationale.
00:59 - La justice a été particulièrement sévère à l'égard de ceux qui ont été interpellés ? Tout le monde l'a reconnu ?
01:07 - Il ne suffit pas que la justice soit sévère une fois, on a un vrai sujet de réponse pénale.
01:12 Par ailleurs, nous avons ce sujet de l'exécution des peines.
01:15 Les peines qui sont prononcées peuvent être des peines sévères, mais seront-elles bien exécutées ?
01:20 Vous savez que nous sommes aujourd'hui dans un pays où vous avez des peines de moins d'un an de prison ferme
01:24 qui ne sont quasiment jamais exécutées, faute de place de prison, et donc qui sont des peines virtuelles.
01:29 Non, on a un sujet de réponse pénale dans notre pays, d'autorité de l'État,
01:33 qui donne le sentiment que sa main tremble quand il s'agit de sanctionner la délinquance.
01:37 Et par rapport à cela, aujourd'hui, le gouvernement ne semble pas apporter de réponse forte.
01:40 Et donc quand Valérie Pécresse dit qu'il faut que ceux qui se sont livrés à ces violences soient sanctionnés
01:45 et ne puissent pas reprendre simplement une vie normale et passer dans les mailles du filet,
01:49 elle a parfaitement raison de le dire.
01:51 Et je dois dire que je trouve que la réponse du gouvernement est pour l'instant faible sur ce sujet de l'autorité de l'État.
01:56 Il faudrait quoi ? Par exemple, un retour des peines planchées pour les agressions envers ce que l'on appelle les figures de l'autorité ?
02:03 La police, les pompiers, voire les professions médicales ?
02:06 Bien sûr, quand on touche à un policier, à un pompier ou à un professeur ou à un élu,
02:12 quelqu'un qui porte un uniforme ou qui représente la République, on doit être sévèrement sanctionné, c'est évident.
02:17 Et cela, nous le disons depuis longtemps.
02:19 Mais je veux aussi vous dire que nous avons attendu des réponses sur la justice des mineurs, sur l'excuse de minorité.
02:24 Nous n'avons aujourd'hui aucun élément pour avancer de la part du gouvernement là-dessus.
02:28 Nous avons parlé aussi tous de la responsabilisation des parents qui, pour certains, sont dépassés de bonne foi,
02:35 mais pour d'autres sont malheureusement totalement démissionnaires.
02:37 Il faut les sanctionner.
02:38 Le gouvernement et le président de la République ont exclu la possibilité de suspendre les allocations familiales.
02:43 Nous le regrettons.
02:45 Sur tous ces sujets-là, nous avons des signaux qui sont envoyés par le gouvernement et ensuite des renoncements successifs.
02:50 Je pourrais aussi vous citer le cas des centres éducatifs fermés.
02:53 Nous n'en avons pas suffisamment dans notre pays.
02:55 Tout le monde le dit, tout le monde le sait, rien ne se passe.
02:58 Ça ne peut pas continuer comme ça.
02:59 Vous êtes élu de Trappes, Haute-Main-de-Nassau, dans l'opposition, mais vous connaissez quand même bien le terrain.
03:05 Est-ce que vous sentez que le feu couve encore un mois après ces flambées de violence dans les quartiers difficiles ?
03:12 Vous savez, nous sommes un certain nombre à alerter depuis longtemps sur le fait que le feu couve,
03:18 mais le feu couve à cause de tout ce que je vous ai indiqué.
03:21 Je parlais aussi de cette question éducative qui est une question immense,
03:25 sur laquelle nous sommes en échec profond dans notre pays.
03:28 Donc oui, les difficultés persistent.
03:30 Il y a un sujet aussi de tous ces entrepreneurs identitaires qui jouent de la détestation de la République
03:37 ou de la détestation de la France chez une partie de notre jeunesse qui ne cesse de les abreuver,
03:41 de la haine de la police, d'un discours de ressentiment qui crée aussi les conditions d'un passage à l'acte
03:47 ou du recours à la violence chez un certain nombre de jeunes.
03:51 Et donc tout cela est une réalité.
03:52 Ça rejoint la question du séparatisme dont le président de la République avait fait mine de vouloir s'emparer.
03:58 Malheureusement, là-dessus aussi, il ne se passe pas grand-chose.
04:01 Nous avons des défis immenses de cohésion dans notre pays.
04:04 Ça passe par l'autorité de l'État.
04:06 Ça passe par le fait de réapprendre à une partie de notre jeunesse
04:09 que nous sommes dans un pays où ils peuvent tout à fait avoir leur place à condition de respecter les règles.
04:13 Et ce discours-là, malheureusement, certains le combattent, le détruisent, le déconstruisent depuis longtemps.
04:18 – Dans ce contexte, vous avez, j'imagine, été témoin du malaise des policiers.
04:24 Vous sentez sur le terrain ce découragement devant certaines décisions de justice
04:29 sur leurs interventions qui sont vécues à tort ou à raison, comme injustes ?
04:34 – Il faut se mettre à la place des policiers aujourd'hui qui sont pris pour cibles précisément
04:38 parce qu'ils portent l'uniforme, qui ont eu énormément d'heures supplémentaires à faire,
04:43 qui ne leur sont pas payés d'ailleurs par l'État, qui ont des vrais sujets aussi professionnels,
04:51 mais surtout qui sont pris pour cibles, je l'ai dit, par des délinquants.
04:54 Aujourd'hui, s'attaquer à un policier devient malheureusement d'une banalité infligeante.
04:57 Il y a ces refus d'obtempérer qui sont devenus très endémiques.
05:02 Nous en avons aujourd'hui près de 28 000 tous les ans.
05:04 C'est 30 fois plus qu'il y a 30 ans.
05:06 Et ça c'est extrêmement grave parce que ne pas obéir aux ordres d'un policier,
05:11 ça crée tout de suite des conditions de tension et parfois évidemment des débordements et des incidents.
05:18 Mais ce que je veux dire surtout, c'est qu'ils sont pris pour cibles par des élus désormais,
05:21 par une partie de l'extrême gauche, par la France Insoumise,
05:24 qui a fait du policier une cible, un symbole dans le discours de détestation de la République
05:29 qu'ils entretiennent et ça c'est insupportable.
05:31 Et tout ce que nous avons entendu ces derniers temps concernant la police doit être combattu,
05:35 nous devons être solidaires et en soutien de la police qui est une belle institution dans notre pays
05:40 et qui dans l'immense majorité des cas fait parfaitement bien son travail.
05:43 Mais on sent quand même Haute-Main-de-L'Instru qu'il y a une espèce de ressort qui est rompu
05:47 entre l'institution policière et le gouvernement.
05:50 Comment on fait pour retisser ? Qu'est-ce qu'il faut faire pour retisser le lien ?
05:55 Je vous l'ai dit, d'abord restaurer l'autorité de l'État, c'est l'autorité du policier.
05:59 C'est de réexpliquer aussi qu'un refus d'obtempérer, ça n'est pas banal
06:02 et que moi j'ai été marqué par cette douzaine de députés, notamment de la France Insoumise et de Vert,
06:09 je crois qu'il y avait Sandrine Rousseau, qui se sont rendus à une manifestation interdite
06:12 refusant par là même d'obtempérer eux-mêmes à une décision du préfet de police validée par la justice.
06:18 Vous voyez que le rapport au respect des règles dans notre pays est profondément altéré
06:22 par ces mouvements politiques-là et ça contribue à affaiblir l'autorité d'un policier.
06:27 Vous me parliez de la ville où je suis élu, de Trappes.
06:30 Moi dans la ville de Trappes, il n'y a pas de police municipale le soir.
06:34 Et je veux le dire parce que peut-on encore aujourd'hui dans notre pays avoir des villes,
06:39 des élus qui ne font pas le nécessaire en matière de sécurité et qui laissent du coup
06:44 les policiers en faible nombre en première ligne sans le rapporter là aussi.
06:48 Et bien complément en matière de sécurité, parce que la police de proximité aujourd'hui dans notre pays,
06:52 ça doit être la police municipale et il en faut au moins dans toutes les villes de plus de 10 000 habitants.
06:57 Et donc vous voyez que chacun doit jouer son rôle dans cette affaire et certains malheureusement ont joué avec le feu.
07:02 - En cette période de vacances Haughtman-Nassrou, une bonne partie de la classe politique est en train de réfléchir
07:07 sur ce que pourrait bien être l'initiative politique envisagée par Emmanuel Macron pour la rentrée.
07:15 Ça semble de plus en plus flou, en tout cas on ne sait pas trop vers quoi on se dirige.
07:19 Est-ce que c'est votre sentiment également ?
07:21 Pour dire les choses simplement, qu'est-ce que vous en attendez de cette initiative politique ?
07:25 - Écoutez, je n'en attends malheureusement pas grand-chose.
07:28 Alors je lis les déclarations du président de la République.
07:31 J'ai le sentiment qu'il ne veut pas donner à notre pays le cap dont nous avons pourtant besoin.
07:36 J'ai le sentiment qu'on est toujours dans ce en même temps qui consiste à faire un pas d'un côté et puis un pas de l'autre,
07:41 à défaire demain ce que l'on fait aujourd'hui et donc à ne pas avancer.
07:45 Nous avons besoin de choix politiques extrêmement forts et je ne vois pas du tout cette détermination de son côté.
07:51 Donc nous avons eu le Conseil national de la refondation, nous avons eu les 100 jours,
07:56 nous avons eu le Monde nouveau, nous avons eu une succession de concepts tous aussi prometteurs les uns que les autres.
08:03 Mais dans la réalité, il n'y a absolument pas de cap politique à la hauteur des défis sur la maîtrise de la dépense publique,
08:09 sur la réponse pénale et l'autorité de l'État, sur la maîtrise des flux migratoires ou chez les Républicains.
08:16 Nous avons fait des propositions très claires que malheureusement le président de la République ne semble pas vouloir suivre.
08:21 Sur tous ces sujets-là, nous avons besoin d'un cap et pas simplement de slogans.
08:24 – Alors justement, vous parlez de l'immigration, le projet de loi immigration qui va arriver à la rentrée,
08:29 à propos duquel d'ailleurs Emmanuel Macron, vous l'avez entendu, n'exclut pas l'utilisation du 49-3 pour passer en force.
08:35 Alors vous n'êtes pas parlementaire mais en tant que Premier secrétaire général des LR,
08:39 vous souhaitez que vos élus à l'Assemblée nationale par exemple fassent preuve quand même
08:43 d'une certaine ouverture vis-à-vis du gouvernement ?
08:46 – Il n'y a pas d'ouverture à avoir si ce n'est pas au service de nos convictions.
08:50 Si c'est pour un texte qui ne va pas dans le sens des intérêts du pays.
08:53 Chez les Républicains, nous avons toujours soutenu, nous avons toujours voté en fonction des intérêts du pays.
08:59 Et donc si le gouvernement nous propose un texte qui ne permet pas de maîtriser les flux migratoires,
09:04 je ne vois pas du tout comment on pourrait le voter et même je ne vois pas comment on pourrait ne pas le bloquer.
09:09 Puisque évidemment s'il y a un 49-3, il peut y avoir des motions de censure ensuite.
09:13 Et je le dis parce que ce sujet est un sujet important,
09:15 un sujet sur lequel beaucoup de Français ont le sentiment d'être dépossédés,
09:19 sur lequel nous souhaitons qu'il y ait un référendum, qu'on redonne la parole aux Français.
09:22 Aussi pour que l'État ait les moyens juridiques vraiment de choisir
09:26 qui on souhaite accueillir dans notre pays et qui on souhaite reconduire avec efficacité.
09:31 Et aujourd'hui ce n'est pas le cas, il n'y a pas de politique migratoire dans notre pays.
09:34 Nous avons déposé deux textes pour y arriver.
09:37 Le gouvernement, le Président de la République ne semble pas vouloir suivre ces orientations.
09:41 S'il prend de mauvaises orientations, notre responsabilité d'opposition sera de bloquer
09:45 bien naturellement cette initiative du gouvernement.
09:48 Et je souhaite encore au moment où je vous parle,
09:50 que le gouvernement revienne à la raison et reprenne nos textes
09:53 qui comprennent toutes les mesures juridiquement solides
09:56 dont on a besoin pour maîtriser les flux migratoires.
09:58 Autrement, ça veut dire qu'on fait à nouveau semblant,
10:00 comme le Président de la République le fait depuis 2017,
10:03 sur cette question de la maîtrise des flux migratoires.
10:05 Merci, merci Haute-Main-de-Nassau.
10:06 Merci d'avoir été en ligne ce matin sur Europe 1,
10:08 vice-président de la région Île-de-France.
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