00:00 Et un peu comme le journal de 13h qui a lieu à 11h, c'est l'invité de 8h15 qui a lieu à 8h11.
00:04 Allez savoir ce qui se passe sur Télématin, franchement il n'y a plus de saison ma bonne dame.
00:08 Et aujourd'hui vous recevez Ali Rebeihi, Estelle, toute l'année on l'écoute sur les ondes radio,
00:13 on le voit sur les antennes de France Télévisions dans Bel et Bien,
00:16 mais là ce n'est pas le journaliste que vous recevez mais le romancier.
00:19 Et c'est un tout jeune romancier puisque c'est son tout premier.
00:22 Oui Ali Rebeihi, hyper connu, ça m'amuse d'ailleurs de vous voir. Bonjour.
00:26 De l'autre côté du micro, être l'intervieweur interviewé, ça vous fait quoi ?
00:32 Honnêtement je préférais être à votre place Estelle.
00:35 Non ça fait un peu bizarre parce que c'est un travail très personnel,
00:38 écrire un roman et c'est vrai que c'est une position…
00:42 Je suis un peu timide là puisqu'on m'interviewe pour mon premier roman.
00:46 Non je ne suis pas timide de nature mais là c'est un peu particulier.
00:48 Je préférais être à votre place Estelle.
00:50 Alors on va parler de votre roman justement Tantalies s'enquête, le bonheur est dans le crime.
00:54 C'est le titre de l'ouvrage qui est paru aux éditions du Masque.
00:58 Un polar à la façon Cluedo, il y a un peu de l'Agatha Christie dans ce polar.
01:05 Ce n'est pas très franco-français comme type de bouquin.
01:08 Oui c'est un genre très british, très britannique, c'est un genre anglo-saxon.
01:12 La grande prêtresse de ce genre c'est évidemment Agatha Christie,
01:15 on connaît tous Miss Marple et c'est vrai que Tantalies
01:19 c'est un peu une cousine éloignée de Miss Marple.
01:22 Le roman se déroule dans une ville fictive qui s'appelle Valmont-sur-Loin du côté de Fontainebleau.
01:29 C'est vrai qu'il y a un côté très anglo-saxon de ce côté-là de l'île de France.
01:32 C'est vrai que c'est un genre très anglais mais il commence à y avoir des romanciers français
01:37 qui investissent ce qu'on appelle le "cosy crime", en bon français c'est le polar un peu léger.
01:42 Un peu doux.
01:43 C'est un type de roman qui marche très très bien à Outre-Manche,
01:47 ils sont très friands, ils marchent aussi de plus en plus en France.
01:50 La recette c'est un crime, une énigme, pas de violence, pas de vulgarité.
01:55 C'est ça la clé du succès de ce type de roman ?
01:58 Oui, il y a peu de violence, on ne décrit pas dans le détail les crimes,
02:02 c'est pas sanguinolent, il n'y a pas de serial killer.
02:05 C'est vrai que ce qui est important dans ce genre-là, le "cosy crime",
02:08 c'est l'atmosphère, c'est les personnages auxquels on s'attache, c'est l'humour.
02:12 Il y a beaucoup d'humour dans ce type de roman,
02:14 il y a évidemment une intrigue pour accrocher le lecteur
02:17 mais ce n'est pas décrit dans des détails sanguinolents.
02:23 C'est quand même assez doux.
02:24 Pourquoi ça marche si bien en ce moment ?
02:26 C'est quoi la suite de la pandémie ?
02:30 On a besoin de légèreté, on vit des moments très très difficiles,
02:36 la guerre en Ukraine, l'inflation, le post-covid etc.
02:40 Donc on a besoin quand même de fiction relativement douce.
02:42 Ça ne veut pas dire que dans les "cosy crime", ce sont des histoires de bisounours,
02:47 ce sont des passions humaines comme l'envie, la colère, la jalousie
02:51 qu'on retrouve dans les polars classiques.
02:53 Sauf que dans le "cosy crime", c'est un peu des beignets…
02:57 - Sucrés. - C'est sucré mais à l'intérieur, c'est du fumier quand même.
03:00 C'est du fumier enrobé de sucre.
03:02 Ça donne envie.
03:03 Le personnage principal, c'est Tante Alice, on a compris,
03:06 une enquête qui tourne autour du meurtre de Paul Fey,
03:08 surnommé "le grand pape de la méditation bienveillante".
03:12 Ça me rappelle un peu quelqu'un.
03:13 Non, ce n'est pas moi, je vous assure.
03:14 Vous êtes sûr que ce n'est pas autobiographique ?
03:16 Non, ce n'est pas moi.
03:17 Paul Fey, c'est vrai, c'est le pape du développement personnel.
03:21 C'est un ancien prof de philo qui a fait fortune avec les 5 vérités celtiques.
03:26 Ça fait penser un peu aux accords Toltec.
03:28 Et donc, il a un succès mondial et il est assassiné.
03:31 Il est assassiné parce qu'il suscite des jalousies.
03:34 Et c'est vrai que c'est un personnage qui m'a été inspiré peut-être
03:39 par l'auteur des 4 vérités, des 4 accords Toltec.
03:43 Oui, les 4 accords Toltec, pour les gens qui nous regardent,
03:46 en fait, c'est un livre qui est devenu culte,
03:48 "Promesses de liberté, de bonheur et d'amour".
03:52 Son auteur, c'est Don Miguel Ruiz.
03:54 Ruiz, oui, voilà, c'est ça.
03:55 Oui, c'est un succès mondial.
03:57 C'est vrai que les rayons de développement personnel dans les librairies
04:01 connaissent un succès absolument incroyable, c'est normal.
04:04 On vit dans une époque sans phare ni balise
04:07 de ce qu'on appelle les sociétés liquides qui sont très anxiogènes.
04:10 Et c'est vrai que les lecteurs ont besoin de ce type d'ouvrage
04:13 de développement personnel.
04:14 Donc, vous le dites là, devant la caméra,
04:16 maintenant, ce n'est pas votre double maléfique.
04:19 Non, ce n'est pas moi, ce n'est pas mon double maléfique.
04:21 Justement, quel est votre...
04:23 Je reviens aux personnages principaux, donc Paul Feige.
04:27 Ça n'est pas vous, on a bien compris.
04:30 Est-ce qu'on n'est pas à la limite du gourou dans cet ouvrage ?
04:36 C'est peut-être aussi pour vous une manière de faire la critique
04:39 de toute cette tendance des gourous qu'on a beaucoup vécue.
04:43 Paul Feige n'est pas vraiment un gourou, mais c'est vrai que,
04:45 moi, dans mes émissions de radio ou même dans Bel et Bien,
04:47 on lutte contre les gourous, les charlatans du développement personnel
04:49 qui se développent, on les connaît.
04:51 Ceux qui vont, par exemple, vous promettre des guérisons
04:55 grâce à des jus de légumes, à des jus de fruits,
04:57 alors que vous êtes atteint de maladies très graves, de cancers, etc.
04:59 Ça, ce sont vraiment des charlatans très dangereux
05:01 qui sont souvent visés par la myvilude,
05:04 la mission de lutte contre les sectes.
05:06 Évidemment que ces gourous-là, il faut lutter contre eux.
05:09 Paul Feige, non, ce n'est pas ça.
05:10 Ce n'est pas un gourou.
05:11 D'ailleurs, la philosophe Juliette Funès disait que ces gourous,
05:14 enfin cette façon de voir la vie, c'était le nouvel opium du peuple.
05:19 Vous partagez aussi ce point de vue ?
05:20 Partiellement, parce que c'est vrai que dans le développement personnel,
05:23 il y a l'idée que votre bonheur repose sur vos épaules.
05:26 C'est quand même assez vertigineux de vous dire que
05:28 « voilà, mon bonheur repose sur moi »,
05:30 alors que les recherches en psychologie positive
05:33 disent que le bonheur repose sur la relation aux autres,
05:36 aux relations avec les autres, avec ses amis, avec sa famille.
05:40 C'est ça la clé du bonheur.
05:41 Les grandes études internationales sur le bonheur,
05:43 notamment l'étude d'Harvard qui est très connue,
05:45 disent que le bonheur, ça passe par le lien social.
05:48 Et le développement personnel, le problème,
05:49 c'est que ça fait reposer le bonheur sur vos épaules.
05:52 C'est un peu vertigineux et un peu difficile.
05:54 Le bien-être à tout prix, ça fait vendre…
05:56 J'ai regardé quelques chiffres en imaginant que j'allais vous recevoir.
05:59 Le marché du développement personnel représentait déjà en 2018
06:03 32% du marché du livre.
06:05 C'est colossal.
06:06 Pour vous donner un peu une idée de grandeur à vous qui nous écoutez,
06:10 en fait c'est 11 milliards de dollars par an.
06:13 C'est énorme.
06:14 Ça marche toujours autant ?
06:16 Oui, ça marche toujours autant.
06:17 Je vous l'ai dit, on est dans une société difficile.
06:19 Il y a un sociologue qui s'appelle Zygmunt Boman
06:22 qui parle de société liquide sans farnibalise.
06:24 On est un peu perdu dans cette société contemporaine
06:28 et donc on a besoin de repères et les livres de développement personnel
06:31 aident à aller mieux.
06:33 C'est pour ça que les librairies et les rayons de développement personnel
06:36 ne désemplissent pas.
06:37 32%, c'est gigantesque.
06:39 Revenons au livre qui se moque quand même beaucoup,
06:41 des bobos parisiens qui plient bagages pendant le week-end
06:44 pour aller se mettre au vert.
06:46 Mais en fait, c'est pas un peu vous le bobo parisien
06:48 parce que vous dites que vous pliez bagages autant de fois
06:51 que vous le pouvez pour aller vous mettre au vert.
06:53 Vous avez d'ailleurs écrit votre bouquin du côté de Fontainebleau.
06:57 Alors vous êtes le bobo parisien par excellence.
07:00 J'assume.
07:02 Ce qui peut être embêtant, c'est notamment qu'il y a un personnage
07:04 de Parisienne qui redécouvre l'authenticité, le naturel
07:08 et qui a un discours comme ça qui assomme tout le monde.
07:10 Moi j'essaie de ne pas avoir trop ce discours-là
07:13 mais c'est vrai que oui, le bobo parisien, c'est un peu moi qui retrouve
07:16 les vertus de la nature, de la forêt, etc.
07:19 Non, ce qui peut être un peu agaçant, c'est d'en faire un discours permanent
07:22 qui saoule tout le monde.
07:24 Vous tirez à combien d'exemplaires ce nouveau bouquin ?
07:27 Vous étiez déjà célèbre,
07:28 maintenant vous allez peut-être devenir riche ?
07:30 Non, 10 000 exemplaires.
07:32 Le roman commence à bien fonctionner
07:34 mais non, on n'écrit pas pour devenir riche.
07:37 Si c'est le cas, ça sera très bien.
07:40 Ça vous titillait depuis longtemps ?
07:42 Oui, depuis très longtemps.
07:44 Je voulais écrire avant mes 50 ans.
07:46 Oui, j'ai lu ça.
07:48 Vous avez d'ailleurs fêté vos 50 ans le 22 juillet,
07:50 donc samedi dernier.
07:52 Pourquoi 50 ans ?
07:53 Non, c'est un cap symbolique les 50 ans.
07:55 Je ne les avais pas encore...
07:57 Tu choisirais ?
07:58 C'est un cap symbolique.
08:00 C'est vrai que j'avais envie d'avoir une création personnelle,
08:04 donc un roman,
08:05 et j'avais envie que ce soit publié avant cette tâche fatidique.
08:09 Pour revenir juste à la promotion de ce livre,
08:12 vous qui avez l'habitude d'être plutôt l'interviewer,
08:17 comment vous vivez cette période de promotion ?
08:20 Comment vous vivez le moment de...
08:22 Je viens avec quelque chose qui est moi, mon enfant,
08:25 et je viens en parler, ça vous fait quoi ?
08:26 C'est assez extraordinaire,
08:27 parce que c'est vrai, quand on est journaliste,
08:29 qu'on publie un roman,
08:30 on ne sait pas comment ça va être accueilli,
08:31 si vous allez être adoubé en tant que romancier.
08:34 Et c'est vrai que ce qui est beau,
08:35 c'est d'abord les premiers rapports avec les lecteurs,
08:37 c'est assez extraordinaire.
08:38 Et puis la critique qui est plutôt bonne
08:41 et qui vous adoube comme écrivain.
08:43 Et c'est vrai que c'est un moment assez extraordinaire.
08:46 Un nouveau cap dans votre carrière.
08:48 Après le cap des 50 ans.
08:50 Bon 50 ans, bon anniversaire.
08:53 Merci beaucoup Estelle.
08:54 Merci beaucoup Ali Rebeihi.
08:55 Je vous rappelle le titre de votre ouvrage.
08:58 Tante Alice enquête, vous le voyez à l'écran,
09:01 "Enquête, le bonheur est dans le crime",
09:03 Paris, aux éditions.
09:04 Le masque à mettre dans vos valises.
09:06 Merci Estelle.
09:07 Merci à vous.
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