00:00 - Heureux fin ! - Heureux fin, il est 8h13, autre invité ce matin, Alexandre, Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E-Leclerc.
00:08 - Bonjour Michel-Edouard Leclerc. - Bonjour. - Elisabeth Borne a affirmé hier soir que le pic de l'inflation est sans doute derrière nous, alors tout est dans le sans doute j'imagine.
00:16 Est-ce que vous partagez le point de vue de la première ministre ? Est-ce qu'on arrive enfin au bout de la flambée des prix ?
00:22 - On arrive en haut de la flambée des prix, depuis mars 2022 c'est +17% sur les produits alimentaires.
00:32 Alors l'inflation moyenne en France se stabilise à 5%, mais pour ceux pour qui l'alimentaire compte beaucoup, et notamment les revenus les plus modestes en pourcentage de budget et de dépenses,
00:43 on est encore dans des prix très élevés, et donc je voudrais juste rappeler que la baisse ou l'arrêt du taux d'inflation ne veut pas dire baisse des prix.
00:52 Les 17% qui ont augmenté, ils ont été pris. - Ils ont été pris.
00:56 Quand Elisabeth Borne parle d'un ralentissement à partir de la rentrée, ça veut dire quoi ? C'est pas une décrue ? Les prix vont simplement augmenter moins vite quand on dit ralentissement ?
01:03 - Les prix vont augmenter moins vite. Alors vous savez, Bruno Le Maire a lancé une sorte de campagne sur laquelle on s'appuie pour dire aux industriels,
01:12 "les marchés de gros redescendent, quand ça montait, vous avez augmenté vos prix, maintenant il faudrait que dans vos tarifs à la distribution, ça baisse".
01:22 Seulement ce qu'on oublie de dire, c'est qu'en France, légalement, on a le droit de discuter qu'une fois par an.
01:28 Et même un groupe comme Leclerc, on est poursuivi, Carrefour aussi, d'autres, peu importe nos maimans, on est poursuivi quand on négocie tout le temps.
01:37 Or là, Bruno Le Maire voudrait qu'on ramène des baisses de prix alors qu'on n'a pas le droit de négocier.
01:42 Donc en fait, ce que je vous annonce, c'est qu'il n'y aura pas de septembre vert, il n'y aura pas de baisse de prix massive,
01:50 plus exactement, il y aura des promotions, parce qu'on est allé chercher avec les dents, on est allé dire aux fournisseurs,
01:58 "vous voyez, vous avez trop augmenté, ils vont sans doute nous faire les promotions pour écouler les invendus des grandes marques qui avaient trop augmenté".
02:05 Et puis, nous, on va prendre sur nos marges parce qu'il y a une grosse bataille entre distributeurs, et donc ça, ce sera profitable aux consommateurs.
02:12 Mais fondamentalement, l'exhorte politique, même si elle montre un tournant, ne nous donne pas les moyens d'aller chercher des baisses de prix.
02:21 - Vous allez prendre sur vos marges, Michel-Edouard Leclerc, ça veut dire que vous n'êtes pas encore au max de ce que vous pouvez faire pour votre clientèle ?
02:25 - Non, parce que, par exemple, pour la rentrée des classes dont tout le monde parle, il ne faut pas oublier que les produits de rentrée des classes ont été achetés il y a un an,
02:34 donc ils étaient à la hausse, et donc sur beaucoup de produits de rentrée des classes, et notamment à marque de distributeurs,
02:42 on prendra pratiquement pas de marge de manière à ce que ça reste abordable et accessible.
02:49 Moi, aujourd'hui, je ne me risque plus, d'ailleurs, vous avez vu, depuis 15 jours, j'avais quitté tous les plateaux alors que tout le monde me disait que j'étais partout,
02:55 parce que je trouvais que le discours sur l'inflation s'était devenu du n'importe quoi.
02:58 On n'aura pas de grosses baisses de prix à la rentrée, par contre, les distributeurs vont essayer, pour garder leur clientèle,
03:07 de prendre sur leurs marges et faire des opérations de promotion, du ticket, notamment sur la rentrée des classes, ça va bagarrer assez dur.
03:17 - Alors, vous avez entendu votre concurrent et confrère, Michel Biro, l'un des patrons de Lidl, hier, alors il dit lui pareil, il n'y aura pas de septembre vert,
03:25 il dit aussi qu'il n'y aura pas de baisse significative tout court, il ne faut pas s'attendre à revenir au prix d'avant la crise inflationniste que l'on connaît,
03:33 d'avant la crise sanitaire, vous partagez ce...
03:35 - Complètement, j'ai écouté sur Europe 1 ce qu'il vous a dit, je partage complètement son analyse, de toute façon c'est un des bons sur le marché,
03:44 Lidl fait partie de nos concurrents, si bien que moi j'arrête de parler de hausses ou de baisses, je dis au public,
03:51 allez dans les magasins, comparez et allez chez le moins cher, parce qu'en fait, aujourd'hui, la vraie lutte contre l'inflation,
03:59 elle se fait entre distributeurs, moi, chez Leclerc, nous on essaye d'être le moins cher, nos concurrences c'est Lidl, c'est Intermarché,
04:10 c'est System U, en province on a des Hyper U, mais dans les villes où il y a ces enseignes là, ça bagarre bien,
04:18 il y a un léger retour de Carrefour dont tout le monde parle dans les journaux ce matin, c'est bien,
04:24 mais c'est pas à la hauteur des 17% de hausse que les industriels ont pris, et qu'on retrouve dans la publication des bénéfices
04:34 dans les grandes sociétés cotées et multinationales, c'est incroyable !
04:38 - Justement, les industriels, 75, les 75 plus gros industriels de l'agroalimentaire de France ont accepté de rouvrir des négociations avec les distributeurs,
04:47 elles en sont où ces négociations, Michel Dornleclerc ?
04:49 - Comme vous l'a dit Michel Biro, comme vous le dira Dominique Schellcher de System U, ou que vous le dira Alexandre Bompard de Carrefour,
04:56 en fait ces industriels aujourd'hui ont trop augmenté leurs prix, ils ont fait leur gras,
05:02 mais pour le coup les consommateurs boudent les grandes marques qui ont trop augmenté,
05:07 et nous nous prenons en fait notre attractivité, la force de notre attractivité sur les marques de distributeurs,
05:15 la marque Eco Plus, on doit faire des campagnes de pub chez vous en ce moment,
05:19 la marque Eco Plus c'est plus 50%, c'était notre marque premier prix, c'est plus 50%,
05:26 donc ça veut dire que les grands industriels aujourd'hui vendent moins,
05:29 donc c'est sûr qu'ils vont faire des promos pour écouler leur stock,
05:32 mais au-delà de ça, aujourd'hui le top 75 désigné par Bruno Le Maire et Olivia Grégoire
05:40 ne nous propose pas des renégociations qui permettraient de répercuter aux consommateurs
05:45 la baisse des cours de matières premières, et il y a même parmi ces industriels,
05:49 beaucoup d'industriels qui nous reproposent des hausses.
05:51 - Sur la baisse des cours des matières premières, à plusieurs reprises sur Europe 1,
05:54 on a reçu des industriels, des représentants de l'industrie agroalimentaire,
05:58 qui nous disent à chaque fois en gros "on ne veut pas porter le chapeau pour tout le monde,
06:02 il est faux de dire que nos coûts de production à nous ont baissé,
06:05 on ne peut plus rogner davantage sur nos marges".
06:08 C'est le message qu'ils vous disent aussi ?
06:12 - Leur malchance c'est que leurs comptes sont publiés dans des journaux comme Investir,
06:17 à Boursorama, vous-même vous en parlez, si vous regardez les comptes du secteur,
06:23 par exemple du transport, les conteneurs, vous avez vu c'est par milliards.
06:29 Si vous prenez le secteur de l'énergie, les bénéfices c'est par milliards.
06:32 Même si vous regardez l'industrie agroalimentaire internationale,
06:35 vous apercevez que des grands groupes comme Procter, comme Unilever, comme Nestlé,
06:40 ils ne sont pas à la ramasse.
06:42 Donc ça c'est une première chose, ça veut dire que quelque part,
06:45 on nous a demandé d'aller taper les consommateurs,
06:49 avec des hausses que les pouvoirs publics ont laissées passer aussi,
06:53 et maintenant on ne nous donne pas les moyens de les restituer aux consommateurs.
06:58 Pour moi c'est un combat, c'est ce qui fait que je ne vais pas prendre beaucoup de vacances
07:01 et que nos équipes ne vont pas prendre beaucoup de vacances,
07:03 parce que je trouve que ce n'est pas moralement sain
07:08 que des boîtes sous prétexte qu'elles soient internationales,
07:11 et parce que le cours du café ou du tournesol avait augmenté,
07:15 quand ça baisse ils devraient pouvoir le baisser.
07:17 C'est pour ça d'ailleurs que sur les carburants,
07:19 on fait des opérations prix-coûtants tous les week-ends,
07:21 c'est une manière d'entraîner le marché à la baisse,
07:25 parce qu'on prend sur nos marges, on vend à prix-coûtant,
07:27 on ne fait pas de profit dans les centres Leclerc,
07:29 mais du coup vous avez vu qu'Intermarché l'a fait aussi de temps en temps,
07:32 Système E aussi, mais c'est une manière d'essayer d'entraîner la mécanique à la baisse,
07:37 mais on a du mal parce qu'on n'a pas le cadre juridique
07:41 qui nous permettrait de l'exiger de l'année de l'année.
07:43 - Michel Steyer-Leclerc, vous nous disiez il y a quelques minutes
07:45 n'être pas au max de ce que vous pouvez faire pour votre clientèle,
07:47 l'inflation elle vous a profité aussi ?
07:50 Je vois les chiffres de Leclerc l'année dernière,
07:53 votre chiffre d'affaires a bondi, après une progression déjà en 2021 ?
07:57 - Non seulement ceux qui vendent moins cher aujourd'hui
08:00 récupèrent la clientèle de ceux qui sont chers,
08:02 d'où les déboires de casinos par exemple.
08:04 Aujourd'hui Leclerc depuis le 1er janvier
08:06 voit arriver 750 000 consommateurs supplémentaires,
08:10 mais ce n'est pas nos marges qui ont augmenté, c'est notre chiffre d'affaires.
08:13 C'est-à-dire qu'on a considéré par exemple qu'il ne fallait pas appliquer
08:17 un certain nombre de hausses,
08:19 où risque quelquefois d'avoir l'administration contre nous,
08:22 on a décidé là tout 2023 de retarder de 2 à 3 mois
08:26 toutes les hausses tarifaires pour creuser cet écart de prix
08:31 avec nos concurrents.
08:33 Et donc ça marche, Leclerc ça marche, Lidl ça marche,
08:37 mais ce n'est pas en termes de profitabilité capitalistique,
08:43 c'est parce que les gens viennent acheter nos marques de distributeurs,
08:45 nos éco+, nos marques repères,
08:47 mais on a choisi d'abord de ne pas appliquer les hausses.
08:50 - Mais la conséquence de l'inflation maintenant,
08:52 c'est que les gens font tellement attention à leurs dépenses
08:54 qu'on voit ce phénomène de déconsommation,
08:57 la part du gâteau en fait elle diminue.
08:59 Sur les 6 premiers mois de l'année, en volume,
09:02 les ventes dans la grande distribution,
09:04 elles ont baissé de plus de 4% je crois.
09:06 - Alors il faut arrêter de dire "dans la grande distribution",
09:07 c'est comme si on disait "dans les radios" ou "dans les télés",
09:09 ce n'est pas les mêmes,
09:11 même la moyenne ne veut rien dire.
09:14 Aujourd'hui Leclerc fait la course en tête
09:17 avec un taux de croissance très élevé,
09:19 parce que les consommateurs plébiscitent
09:21 cette espèce de constance dans notre discours de prix bas.
09:24 - C'est-à-dire que vous ne constatez pas chez vous
09:26 une baisse du panier moyen ?
09:28 - De panier moyen, si, mais avec une plus grande fréquence.
09:31 Donc en fait, en chiffre d'affaires, ça marche.
09:35 Non, ce qu'on voit, c'est des baisses de volume,
09:37 et notamment sur les produits les plus chers,
09:39 les grandes marques.
09:41 Et par exemple, je vous dis, notre marque Eco+
09:43 c'est plus 50% de chiffre d'affaires.
09:46 Donc ça montre qu'autrefois, il n'y a pas si longtemps,
09:48 on disait "moi les marques premier prix,
09:50 c'est pas mon truc", même chez les bourgeois,
09:52 même chez les gens qui avaient un peu de pouvoir d'achat.
09:54 Aujourd'hui, la marque Eco+ c'est plus 50%,
09:57 donc ça veut dire que quelque part,
09:59 ce qui est acheté sous forme de premier prix
10:01 n'est plus acheté comme grande marque.
10:03 Et donc, les distributeurs qui étaient chers,
10:05 comme Casino,
10:07 les industriels qui croyaient trop à la force de leur marque,
10:11 aujourd'hui, ils sont en baisse de volume,
10:13 quelquefois de 10 ou 11%.
10:15 - Pour terminer Michel, je vais d'abord le claire en deux mots,
10:17 je voudrais quand même vous l'entendre le redire,
10:19 il n'y aura pas de baisse de prix à la rentrée,
10:21 en tout cas pas significative.
10:23 - Il y aura quelques baisses de prix,
10:25 parce que les distributeurs, non non, pas des pièces jaunes,
10:27 par exemple sur la rentrée des classes,
10:29 on fait vraiment des très gros efforts,
10:31 c'est dans 15 jours le lancement de nos campagnes,
10:33 donc je ne veux pas dire à travers vous,
10:35 à Carrefour, ce que je vais faire,
10:37 mais non, il y aura des baisses de prix,
10:39 mais pas à la hauteur des 17%
10:41 qui ont été prélevées sur le consommateur.
10:43 Par contre, il faut se battre pour ça,
10:45 et mon exhorte, c'est de demander
10:47 au Président de la République et à Bruno Le Maire
10:49 de changer momentanément la loi
10:51 pour qu'on puisse légalement aller exiger
10:53 des fournisseurs les répercussions
10:55 des marchés de gros.
10:57 Parce que tant que la politique ne fait que du discours
10:59 mais ne change pas la loi,
11:01 les industriels ne sont pas obligés
11:03 de répercuter ces baisses.
11:05 - Et bien votre appel au Président de la République
11:07 est lancé ce matin sur Europe 1.
11:09 Merci Michel-Edouard Leclerc.
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