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Transcription
00:00 Avec Jean Mondray, vous allez tout connaître sur le pataouette parlé à Alger grâce à Cagayus et à ses savoureuses histoires.
00:09 Auguste Robinet est né à Alger en 1862. Il y est mort en 1930.
00:15 Il a fait là-bas une longue carrière de journaliste, polémiste ardent, pamphlété, redouté.
00:20 Mais le meilleur de lui, il l'a donné à ce garnement de Cagayus dont il commença dès 1894 à raconter les savoureuses histoires.
00:28 En fait, les premières histoires nous le présentent en grand gamin des rues avec sa bande de petits schnappants qui font 1000 tours pendables.
00:35 Déjà, il en est le plus terrible et aussi le plus avisé, le plus sage, qui conduit et commande les autres.
00:41 Premier texte, extrait de Cagayus, roi des Salawitch.
00:45 En garde.
00:46 Si vous savez pas comment il faut faire pour se battre ici à Alger, que tous y sont canailles et qui s'est donné le coup de tête, moi je vous apprends.
00:53 Les nouveaux débarqués, quand même ils sont bien taillés, mastoc, costauds et tout, toujours ont su foutre des trompes par nous autres. Pourquoi ? Mieux nous connaissons.
01:01 En regardez.
01:02 Quand vous marchez dans une rue où il y a des fourraïnes qui cherchent des histoires, tout le temps à ceux-là qui sont propres, des pachos qui ont le chapeau en arrière, le tricot et le mouchoir,
01:10 et c'est qu'ils vous cherchent dispute premier, vous arrêtez, et puis vous regardez celui-là, qui l'en veut, en dedans les yeux.
01:19 S'il vient sur vous, mettez le chapeau en arrière et abaissez un peu la tête.
01:22 Lui avec les deux mains ensemble devant la figure, il vous parlera.
01:25 A qui vous regardez comme ça ? Quoi si vous voulez, espèce de con.
01:30 Alors vous ne laissez pas qu'il vous attrape le pateau et tout de suite, si vous ne savez pas lancer le coup de tête, toc, vous y allongez un coup de poing fort au milieu de la fâche,
01:38 que le sang il y pisse par les yeux et le nez, et avant qu'il voit clair, vingue à taper un autre coup sur la poitrine, qu'il y lève la respiration.
01:46 Si vous savez lancer le coup de tête, meilleur.
01:49 Voilà comment vous faisiez.
01:51 L'autre, il vient avec les mains en dessous du menton.
01:54 Vous, vous tenez la main gauche un peu en bas et la main droite plus en l'air, la même chose que quand vous voulez voir là où il y a du soleil.
02:00 Vous abaissez vite la tête et puis vous dites comme ça, moi, et tchaf, vous y donnez le coup de tête en plein dans la figure.
02:07 Rendez-vous attention à ça que je dis moi.
02:09 Toujours quand vous vous embarouffez avec un qui sait, vous ne laissez pas qu'il approche trop.
02:13 Vous tapez premier.
02:15 Ce texte appelle évidemment quelques commentaires du point de vue linguistique.
02:19 Par exemple, ici, on lit dans la première phrase "Alger que tous y sont canailles".
02:24 Bien évidemment, il faut connaître, il faut comprendre que dans ce cas "que" remplace tout simplement le pronom relatif "où".
02:32 Il y a aussi, au point de vue du vocabulaire, des choses à remarquer.
02:36 "Fourain", par exemple, qui veut dire "vaut rien", "bon à rien", "marginal", et qui est un mot arabe.
02:43 Qui est exactement d'ailleurs la traduction de "fourachaud".
02:47 On dit un fourachaud pour désigner un individu de ce genre, qui n'a pas de situation, qui traîne dans les rues.
02:52 Ou aussi bien on emploie le terme arabe "fouraini".
02:55 Ce sont deux synonymes exactement et on les retrouve dans le langage de Cagayus très fréquemment.
03:00 Il y a aussi le terme "pacho".
03:02 Alors là, c'est différent.
03:03 D'une part, à l'origine, ce terme signifiait au tout début...
03:06 Il vient de l'espagnol, on pense, "pachón".
03:09 Mais au tout début, il signifiait quelque chose comme "brigand", "vaut rien".
03:13 Et puis avec le temps, il a fini par évoluer jusqu'à désigner des gens sans distinction.
03:18 Des lourdauds, plutôt des rustres.
03:21 On va trouver ensuite des termes qui sont directement venus de l'espagnol.
03:25 Comme par exemple "escarmente", qui veut dire "apimer", "esquinter", etc.
03:30 S'il y a quelque chose qui est assez caractéristique de la population pied-noir,
03:36 c'est son goût pour la mer, pour la natation, bien sûr, mais aussi pour la pêche.
03:41 Et Cagayus ne fait pas exception, à la règle.
03:45 Il faut noter qu'à son époque, existe à Alger un quartier italianophone,
03:50 c'est-à-dire qu'à côté du Babeloued, où vivent notamment beaucoup d'Espagnols et de Juifs,
03:56 il y a ce quartier de la marine où vivent des pêcheurs, originaires du sud de l'Italie,
04:01 souvent napolitains, et qui, à l'époque, continuent de parler leur dialecte.
04:06 C'est donc tout à fait naturellement que nous allons maintenant parler et de la pêche,
04:11 et de la baignade, car c'est une chose qui est absolument caractéristique.
04:17 La pêche.
04:19 Je ne sais pas pourquoi, l'autre dimanche, il m'est venu le goût d'aller à pêcher.
04:23 Une idée qui m'a passé par travers la tête, et par force, il s'est fallu que j'aille.
04:27 Alors je m'en vais tout de suite à chez M. Félix, et j'y dis comme ça,
04:31 si ça lui fait rien, qu'il me prête sa pastéra qu'elle est à Babeloued, chez Taouloun.
04:36 M. Félix, gentil qu'il est, me répond, ma pastéra elle est à vous,
04:41 quand c'est qu'il vous fera plaisir d'aller, n'ayez pas peur de la prendre.
04:44 Moi, content de ça, j'y dis merci, j'y paie un verre, et je me la cavale pour chercher les camarades.
04:50 T'as pas l'œil qu'il a la cagaille de la mer, il me sort une charife pour s'en sauver.
04:55 Bon, alors j'y parle à Embrouillon, lui dit oui, ça fait un mois, et lui deux.
05:00 Qui c'est l'autre qu'il a le courage ? Loulou, que sa mère il a besoin de lui pour qu'il fait les commissions.
05:07 Il serait venu, mais il se pleuvait pas.
05:09 Gasparet, il savait attraper des boutons tout pleins en dessous les bras le pauvre,
05:13 et il se tenait des quatre à place de zonions.
05:16 Celui-là qui a la calotte jaune, quand même il est petit, mais dégourdi, hein,
05:20 il a voulu venir que nous autres.
05:23 Ça fait rien, allez viens, il dit Embrouillon, tu fais le broumiches, moi je t'apprends.
05:28 Comme ça la compagnie elle était arrangée pour la pêche.
05:32 Moi je pose les lignes, parce que vous savez, pour les lignes, y'a pas comme moi.
05:36 Tout ça qu'il faut, bras saulades, crin de cheval, crin de Florence, hamson,
05:42 toutes les qualités, boulentin, palangrode, voleur, calamareira, ganche, qu'est-ce que je sais moi.
05:49 Embrouillon lui, il pose la coucra et le pain, pourquoi nous pêchons à la pelote ?
05:54 Ça va bien, nous allons chercher les couffins, la corde pour donner fond,
05:59 et après nous venons à la pêcherie pour acheter la coucra.
06:03 Juste un arabe que je le connais un peu, il s'amène avec un chouari tout plein.
06:07 "Sawna, ké coucra, toute la viande, ma parole."
06:12 J'y dis à Embrouillon qu'il fait seins sous et qu'il commande.
06:16 Pendant qu'il ouvre le coufin, moi je regarde l'arabe du côté de l'œil, pour qu'il lui fasse bonne mesure.
06:20 Pas besoin de tuer le sable, à la plage pour rien il pousse.
06:24 Après nous allons rubar blouette en devant Notre-Dame des Victoires, chez le boulanger vieux.
06:29 Vous savez que tout le temps il a le boeuf.
06:32 Et nous nous faisons deux pains, trois sous, trois sous et escapades.
06:36 Dans demi-heure, nous nous amenons chez Taoulon, où se tient la pasteira de M. Félix.
06:43 Près de ça, nous y levons le paillasson, nous sortons l'eau,
06:46 jotons la chaîne qui s'attache les avirons et le baquet,
06:50 et j'y dis à un homme qui nous donne coup de main pour que nous nous tirons la main.
06:53 "Vingao, un amiqueta mèche, lourde quelle est, allez ça fait rien, coure un coup, yasta."
07:00 Embrouillon et celui-là qui a la carotte jaune, ils s'avaient assis dedans.
07:04 Et moi que je m'avais levé les souliers, je saute dessus sur la popa.
07:08 Main, je ne me pensais plus de prendre la pierre pour donner fond.
07:12 Par force, il s'a fallu que je descende à terre pour chercher un bloc de tramway à vapeur.
07:17 Après ça, j'y dis à Embrouillon, "Vogare, moi en attendant, je mouille le pain."
07:23 Alors ici, quelques commentaires sémantiques s'imposent.
07:28 D'abord, on remarquera le terme de pasteira, qui en espagnol veut dire "bête"
07:33 et qui, chez les Pieds-Noirs, désignait couramment "une barque à fond plat".
07:38 Ce mot était très courant et il est resté vivant jusqu'en 1962.
07:44 "Tape à l'œil qu'il a la cagaye de la mer."
07:47 Comprenons par là, évidemment, "tape à l'œil qu'il a peur de la mer."
07:51 On dira aussi, on pourrait dire de la même façon, qu'il a la pétoche de la mer.
07:56 Et parfois, on entrera même dans d'autres textes le terme "cagade".
08:00 De nouveau, Cagayus emploie le terme "chalif", dont j'ai parlé tout à l'heure, pour dire "mensonge".
08:06 Et notez cette syntaxe, évidemment, très particulière.
08:10 "Loulou, que sa mère, il a besoin de lui pour qu'il fasse les commissions, il serait venu, mais il ne se pouvait pas."
08:16 Traduction, car il s'impose presque ici.
08:19 "Loulou, dont la mère avait besoin pour faire les commissions, serait bienvenu, mais il ne pouvait pas."
08:29 On notera également que Cagayus emploie toutes sortes de termes maritimes et de pêche.
08:36 Mais le plus important ici, qui mérite un commentaire, c'est le terme de "bromidge".
08:40 Alors "bromidge" est un terme qui vient du catalan.
08:42 On l'emploie aussi, ou presque surtout, le pourtour du bassin méditerranéen de langue romane.
08:49 À Nice aussi, chez les Provençaux, on dit le "bromège".
08:53 Il faut comprendre par là un mélange un petit peu fermenté qui va servir d'appât.
08:58 Bien sûr, ce terme est employé aussi au sens figuré, on dira "bromidgé" dans le sens de vomir.
09:06 Tout simplement parce que les vomissures ont un goût aigre, une odeur plutôt aigre,
09:12 qui évoque évidemment la fermentation du bromide.
09:15 Mais on emploiera aussi le terme de "bromidgé" un peu moins couramment, me semble-t-il, dans le sens d'appâter.
09:21 Appâter quelqu'un.
09:22 Et même, on dira "jeter le bromide", toujours dans le sens d'appâter,
09:27 mais aussi au sens figuré, en parlant d'une femme, ou d'ailleurs d'un homme,
09:31 dans le sens de séduire, d'essayer d'enjoler quelqu'un, etc.
09:41 Il y a question également ici de "coucra".
09:45 La coucra est une serre évidemment d'amorce.
09:48 Il s'agit d'une petite crustacée très petite, je crois, qui a été recueillie sur la plage,
09:54 et qui était très prisée des poissons.
09:57 Bien sûr, nous avons d'autres expressions à remarquer.
10:00 "Chouari", que j'ai déjà commenté.
10:03 Et puis, très intéressant, n'est-ce pas, lorsqu'il parle du boulanger,
10:06 il dit "celui que tout le temps il a le boeuf".
10:08 Alors le boeuf ici vient de l'italien "buffo", et signifie "une bouffée de colère".
10:13 C'est le mot "buffo" qui a été en quelque sorte francisé en "boeuf",
10:18 et avoir le boeuf, c'est être en colère, un peu comme l'on dirait, par ailleurs,
10:24 nous l'avons vu tout à l'heure, se tenir le manche,
10:27 ou encore, qui était plus courant, se tenir la "rabia".
10:31 La "rabia" venant de l'italien ou de l'espagnol, et voulant dire la rage.
10:36 Notons cette expression "escapa",
10:39 c'est-à-dire "ça peut venir de l'espagnol ou de l'italien, sauvons-nous, préça, vite",
10:44 qui vient de l'espagnol.
10:46 Et cette expression de "hiasta", qui est d'origine espagnole également,
10:50 qui était très couramment employée en Algérie,
10:53 même dans les derniers temps, n'est-ce pas, "hiasta",
10:57 ce qui veut dire tout simplement "ça y est".
11:00 Mais parler des pieds noirs, parler de Babeloued, parler de Cagayus,
11:07 bien entendu, ça ne peut pas se faire sans parler de bain, de nage, de natation,
11:14 et c'est tout naturellement que nous allons enchaîner là-dessus.
11:17 Où c'est que vous allez à nager, vous autres ?
11:19 À Mustapha, au bain d'Elson, à Babeloued, ou en Balamarine ?
11:23 Allez, parlez, vous avez hâte ou quoi ?
11:25 Dans l'ancien temps, moi, je m'en allais au 4 Canons, des fois au Mol,
11:28 et dedans le bassin de Rado.
11:30 À présent, je ne quitte plus les bains, à la plage Babeloued,
11:33 côté où se tient Matarez.
11:35 Ma, ques gousteaux nous avons fait l'autre fois,
11:38 moi et ceux-là qui s'écrivent dans des journaux.
11:40 Le kiff tout le temps.
11:42 Tous, ils en pensent pour moi maintenant, je vous jure.
11:45 Un midi comme ça, je m'amène tout seul,
11:47 pourquoi les autres, ils avaient fait rendez-vous à 5h30.
11:50 La madame du bureau, quelle louette,
11:52 tout de suite, elle a en deviné que c'était moi,
11:54 et elle s'est foutue à rigoler.
11:56 Moi, j'ai dit qu'elle me donne tout ça qu'il faut pour baigner.
11:59 Alors, il me sort une serviette propre, et puis un canson rouge,
12:02 que si le taureau, il le voit, il vient fou.
12:05 Moi, poli, j'y demande combien ça fait.
12:07 Vous ne savez pas quoi c'est qu'il me dit ?
12:09 Il me dit, pour Cagayous, c'est battu.
12:11 Quand j'entends qu'elle parle comme ça,
12:13 ma parole de tant fier que j'ai été,
12:15 je viens large comme un tonneau des trapistes.
12:17 Bon, ça va bien, je rentre dans le fond,
12:19 où est-ce qu'elles sont les cabines,
12:21 et qui je me trouve ?
12:23 Magie, Sahamagie.
12:25 Oh, Cagayous, d'où es-tu sorti ?
12:28 Fais voir ici une cabine chouette, hein ?
12:31 Si tu en as avec le canapé et le piano, donne.
12:34 Nous faisons la fête aujourd'hui.
12:36 Magie, il se tire une clé de la boudjak de son serroile de nager,
12:39 et il me rouve une cabine neuve,
12:41 que le plus douille de vous autres, il ne peut pas toucher le plafond.
12:44 Mais à grande vitesse, je me lève les effets,
12:47 le tricot et tout.
12:49 Et après, je me monte le canson Garibald,
12:51 que si les camarades y me verraient,
12:53 ils se croient que je suis le cardinal.
12:55 Avant de plonger, je me suis fait trop quatre sous-prix
12:58 dessus sur la barre fixe,
13:00 et chaf ! Je me piquais une mauresque numéro un.
13:03 Quelle chose de l'eau, de la pisse à cheval, pareil.
13:06 La planche, le bateau à vapeur,
13:09 les bracelets, la respiration, tout j'ai fait.
13:12 Sur le radeau, vingade montée, de plongée,
13:15 d'armonter encore, encore plongée,
13:17 la bombe, l'haricot, deux plats, deux panchas,
13:20 deux pieds, qu'est-ce que je sais, moi ?
13:22 Qui fait en plein jusqu'à trois heures ?
13:24 Le gouverneur, il ne me sire pas les souliers.
13:27 Pour qu'il me vienne la force et le goût,
13:30 je me fais un trou dans le sable,
13:32 et je laisse que le soleil me lève l'eau dans deux mois,
13:35 pourquoi toujours elle rentre,
13:37 et que c'est ça qui fait venir la crampe.
13:40 Mais premier, je commence à m'enlever l'eau,
13:42 que si ça avait rentré dans les oreilles avec un palais,
13:45 et puis un caillou pour taper.
13:47 Tac, tac, tac. Grand kiff, je vous dis, kiff, rôde-chill.
13:50 Les autres, ils m'avaient dit qu'ils s'amèneraient
13:53 à cinq heures et demie.
13:55 Ils venaient comme des mouches.
13:57 Des femmes, tout plein, ils se baignaient dans le bain
13:59 exprès pour eux, et moi, pour rigoler,
14:01 je me pensais en moi-même.
14:03 Tchala, qu'ils n'y tombent le pantalon
14:05 ou qu'ils se déchirent le caraco.
14:07 Et, pas besoin de dire des mensonges.
14:09 Toujours c'est bon voir des choses.
14:11 Alors là, ce texte présente,
14:13 avec quelques très importantes particularités idiomatiques
14:18 que je vais essayer de souligner.
14:20 Bien entendu, il y a des choses qui relèvent
14:22 de la prononciation, de la confusion phonétique
14:27 chez Quintec Caillouz, par exemple, lorsqu'il parle
14:29 du bassin de Radeau, qui est tout simplement
14:31 évidemment le bassin de Radou.
14:34 Mais lorsqu'il dit "ma che gusto",
14:36 "nous avons fait l'autre fois",
14:38 nous nous trouvons ici devant un terme
14:40 qui pourrait être d'origine italienne
14:42 ou d'origine espagnole,
14:44 et qui était assez courant à cette époque
14:46 et, vraisemblablement, jusque dans les années 30,
14:50 dans le parler pataouètes,
14:52 dans le parler des gens de Babelouët.
14:54 Avoir le gusto de quelque chose,
14:56 ça signifie évidemment avoir le goût,
14:59 avoir du plaisir à faire quelque chose.
15:01 A partir de là, Caillouz emploie le mot "gusto"
15:05 dans le sens pur et simple de "plaisir".
15:07 "Que gusto nous avons fait l'autre fois !"
15:09 C'est-à-dire, en somme,
15:11 si on devait traduire cette expression,
15:13 on pourrait dire "comme nous nous sommes bien amusés".
15:17 Il emploie dans le même sens, d'ailleurs,
15:19 le mot "kif", qui vient de l'arabe,
15:21 le "kif", c'est-à-dire,
15:23 le kif, chacun sait qu'il s'agit, n'est-ce pas,
15:27 d'une herbe ayant des propriétés énivrantes,
15:32 d'une sorte de stupéfiants,
15:34 et par conséquent, faire le kif
15:36 peut signifier tout simplement se droguer.
15:39 Mais dans le parler pataouètes, ça s'emploie,
15:41 il y a eu un déplacement de sens
15:43 qui signifie tout simplement que
15:45 le faire le kif, c'est-à-dire prendre du plaisir,
15:47 s'amuser, et alors, évidemment,
15:49 il s'agit toujours des plaisirs
15:52 charnels, sensuels, etc.
15:55 La madame du bureau, qu'elle est louette,
15:58 voici un mot qui vient de l'arabe, "louette",
16:01 et que l'on interprète généralement
16:04 comme louette rusée, malin.
16:07 C'est celui qui, évidemment,
16:09 est plus fort que les autres,
16:11 et les fait travailler pour lui,
16:13 et les faire rouler facilement.
16:15 C'est un terme extrêmement courant.
16:17 Cagayous va même jusqu'à parler de louettisme,
16:20 c'est-à-dire de ruse, d'astuce,
16:22 en parlant de certaines personnes,
16:24 et souvent d'ailleurs en parlant de lui-même.
16:27 Il est à noter d'ailleurs qu'il emploie le mot "baigner",
16:30 et ça, je l'ai entendu en Algérie,
16:32 pas du tout au sens réfléchi.
16:35 Il dira donc "baigner"
16:37 dans le sens où, en français régulier,
16:39 on dirait "se baigner".
16:41 "Moi j'y dis qu'elle me donne tout ça qu'il faut pour baigner."
16:45 Et, là encore, une déformation phonétique,
16:49 Cagayous, au lieu de parler de "calçon",
16:51 parle de "canson".
16:53 Et un peu plus loin, il dit quelque chose qui est très intéressant,
16:55 parce qu'il parle, évoquant la couleur de son calçon,
16:58 il parle de "canson garibald",
17:01 et faisant ainsi allusion à Garibaldi,
17:03 et à ses chemises rouges vifs.
17:05 Par conséquent, il faut comprendre ici
17:07 que son maillot de bain était
17:09 en couleur rouge vif.
17:11 Des mots arabes, lorsqu'il dit pour Cagayous,
17:13 c'est "battle", c'est-à-dire "à l'œil",
17:16 on employait aussi en pataouette
17:19 le mot "aouf", qui vient de l'italien "auf",
17:22 et qui veut dire "à l'œil", "gratuitement".
17:26 De là, on avait créé d'ailleurs le substantif "aoufiste",
17:29 un "aoufiste" étant tout simplement un "resquilleur".
17:33 Un peu plus loin, il est question de "twill",
17:35 qui est un adjectif en arabe
17:37 qui signifie "grand", "long".
17:39 Celui qui est une cabine neuve,
17:41 que le plus "twill" de vous autres,
17:43 il ne peut pas toucher le plafond.
17:46 Enfin, quand il évoque
17:48 toutes les différentes façons
17:51 de plonger et de nager,
17:55 alors la bombe, l'arricade,
17:57 il faut comprendre ici, n'est-ce pas,
17:59 le corps en boule.
18:01 L'arricade, ça vient probablement de l'italien "l'arcata",
18:04 c'est-à-dire le corps arqué, faisant comme une arche,
18:07 de plat, de "pancha".
18:09 "Pancha" peut venir de l'italien ou de l'espagnol,
18:11 il signifie, bien sûr, "le ventre".
18:15 Et d'ailleurs, il faut noter qu'il n'est pas du tout recommandé
18:18 de faire une "pancha" ou de tomber de "caplate",
18:21 c'est-à-dire "le ventre en avant",
18:22 car généralement, ceci fait mal.
18:26 Et, notez cette expression en passant,
18:28 "le gouverneur, il ne me cire pas les souliers",
18:31 c'est-à-dire que pour lui, nul ne pouvait le surpasser
18:35 en gloire et en plaisir à ce moment-là.
18:39 À un autre moment, il dit "je vous dis kiff Rothschild",
18:43 et bien sûr, il faut comprendre ici, Rothschild,
18:45 c'est-à-dire le milliardaire bien connu.
18:48 "En attendant, le monde y venait comme les mouches",
18:51 c'est-à-dire en attendant,
18:53 et ceci est assez caractéristique,
18:55 en attendant, les gens venaient comme des mouches,
18:57 Cagayus a tendance à procéder par "aferes",
19:04 c'est-à-dire que très souvent, il supprime la première syllabe,
19:07 ou alors il en ajoute une autre,
19:09 et ceci par assimilation avec des mots espagnols.
19:12 Alors ici, il supprime,
19:14 il y a suppression de la première syllabe,
19:17 "en tendant" au lieu de dire "en attendant",
19:19 alors qu'à d'autres moments, au lieu de dire "se sauver"
19:22 ou "se suicider" ou "s'habiller",
19:24 il aura la tendance à dire "sans déshabiller",
19:27 "sans suicider", etc.,
19:29 par assimilation avec des verbes espagnols.
19:33 [Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org]
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