- il y a 3 ans
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00:00:00 [musique]
00:00:19 Si nous avions mieux défendu la grandeur de notre prophète,
00:00:22 alors aucun sale chrétien n'aurait osé le dessiner.
00:00:25 Tous les blasphémateurs méritent le même sort.
00:00:29 Cet homme a blasphémé.
00:00:31 Si c'était ma mère, je l'aurais tué.
00:00:33 Si c'était mon fils ou ma fille, je les aurais tués de mes propres mains.
00:00:36 Le blasphème est utilisé à des fins personnelles.
00:00:39 Ça donne aux gens un permis de tuer.
00:00:42 [cris]
00:00:46 L'intolérance religieuse est en hausse. C'est terrible.
00:00:49 Bonsoir et bienvenue dans "Quête exclusive"
00:00:53 qui s'intéresse ce soir au blasphème.
00:00:55 Après la tentative d'assassinat contre Salman Rojli,
00:00:58 33 ans après la fatwa qui a été lancée contre lui,
00:01:01 l'inquiétude est ravivée à l'égard de cette forme de djihad
00:01:05 qui est en sa toile à travers le monde, mais aussi à travers le temps.
00:01:09 Il faut savoir en effet que le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo en 2015
00:01:13 est survenu plus de 9 ans après la publication des caricatures de Mahomet.
00:01:18 Nous sommes ce soir en Afghanistan,
00:01:20 où comme dans 5 autres pays musulmans à travers le monde,
00:01:23 le blasphème est condamné à mort.
00:01:26 Alors bien souvent c'est la foule qui se rend justice elle-même.
00:01:30 Ici même, à Kaboul, il y a quelques années,
00:01:33 une jeune fille accusée de blasphème a été torturée à mort
00:01:36 et son corps incendié dans la rue.
00:01:39 Nous reviendrons tout à l'heure en Afghanistan
00:01:41 pour parler du blasphème au temps des talibans,
00:01:44 mais nous nous rendons d'abord au Pakistan, un pays voisin,
00:01:47 où les accusations de blasphème sont légion.
00:01:50 Là-bas comme ailleurs, le blasphème est utilisé comme une arme de destruction massive
00:01:54 à l'égard de toute critique de l'islam.
00:01:57 Pakistan, la dictature du blasphème, c'est un document signé Marie Claverie
00:02:00 pour Giraffe Prod et Enquête Exclusive.
00:02:03 Le jour se lève sur Sialkot, dans le nord-est du Pakistan.
00:02:09 La ville de plus de 600 000 habitants est l'une des plus riches du pays.
00:02:14 Derrière l'apparente normalité,
00:02:20 quelque chose provoque le regard ahuri des passants.
00:02:24 Cet amas de cendres sème les froids.
00:02:29 À cet endroit hier, un homme a été tabassé à mort par une foule enragée.
00:02:34 Puis son corps a été brûlé au milieu de la rue, devant des policiers impuissants.
00:02:40 La victime, c'était lui, Priyanta Kumar.
00:02:45 Il était ingénieur, père de deux enfants
00:02:48 et directeur de cette usine textile, à la tête de près de 2000 employés.
00:02:54 Ce sont ses propres ouvriers qui l'ont mise à mort.
00:02:57 Motif ? Leur patron se serait rendu coupable d'un blasphème,
00:03:02 c'est-à-dire d'une insulte à l'égard du prophète Mahomet.
00:03:06 Adnan Malik était un collègue et un ami de la victime.
00:03:15 Depuis le drame, il a les yeux rivés sur sa télévision.
00:03:19 Les chaînes d'information ne parlent que du lynchage.
00:03:23 Le manager a été lynché et son corps a été brûlé.
00:03:28 La police affirme que les coupables seront arrêtés.
00:03:31 Le meneur ainsi que l'homme qui a pris des selfies avec le cadavre ont également été arrêtés.
00:03:36 Adnan Malik travaillait depuis trois ans avec le manager.
00:03:41 Il se connaissait très bien.
00:03:43 - Quatre jours avant d'être tué, il m'a organisé un anniversaire surprise pour mes 40 ans.
00:03:50 Il avait invité tous les collègues et les cadres.
00:03:54 Il a décoré le bureau avec des ballons, des guirlandes.
00:03:57 Il y avait un gâteau. Je ne m'y attendais pas du tout.
00:04:02 J'étais très touché.
00:04:08 Le prétexte du lynchage paraît dérisoire.
00:04:12 D'après les témoignages des ouvriers,
00:04:14 Friyanta Kumar aurait décroché du mur de son bureau une affiche avec une inscription religieuse.
00:04:20 Une offense aux prophètes aux yeux des ouvriers.
00:04:24 - Vers 10h du matin, il était en réunion avec des managers.
00:04:32 Au même moment, j'ai reçu un appel du hall qui disait que des ouvriers avaient quitté leur poste et se rassemblaient en bas.
00:04:39 Puis, des passants extérieurs au bâtiment ont également commencé à les rejoindre.
00:04:45 Ils hurlaient de colère.
00:04:47 J'ai essayé de les calmer, mais ils ne m'ont pas écouté.
00:04:51 La rumeur de blasphème se propage comme une traînée de poudre au sein de l'usine.
00:04:57 Les ouvriers s'acharnent d'abord sur la voiture de la future victime.
00:05:02 Puis ils se lancent dans une chasse à l'homme.
00:05:09 - Mon chef s'est précipité sur le toit pour essayer de s'échapper.
00:05:17 Mais les gens l'ont suivi et rattrapé.
00:05:20 Ils ont commencé à le frapper.
00:05:22 Il est tombé par terre.
00:05:25 Je me suis penché sur lui comme un bouclier.
00:05:28 Mais la foule a échappé à mon contrôle.
00:05:31 Et à ce moment-là, certaines personnes ont même commencé à m'attraper pour me jeter du toit.
00:05:37 Mais j'ai été tiré en arrière et sauvé.
00:05:40 Je ne sais pas comment.
00:05:42 Sur le toit, il a été frappé jusqu'à sa mort.
00:05:45 Le corps est ensuite traîné au sol.
00:05:55 La foule s'acharne sur lui à coups de bâton.
00:05:58 Le supplice va durer près de deux heures.
00:06:01 Face aux télévisions locales dépêchées sur place, les ouvriers se vantent du lynchage.
00:06:09 - Tous les ouvriers se sont réunis.
00:06:17 Ils l'ont torturé à mort et envoyé en enfer.
00:06:20 Après l'avoir lynché, on a brûlé le blasphémateur dans la rue.
00:06:24 Le jour même, ces deux hommes seront arrêtés par la police,
00:06:28 qui dit avoir emprisonné 180 agresseurs.
00:06:31 Mais dans les rues de Sialkot, le meurtre passe presque inaperçu.
00:06:37 Deux jours après le drame, près de la scène de crime,
00:06:40 les clients de ce restaurant prennent leur repas, comme si de rien n'était.
00:06:46 - De mon point de vue, les ouvriers et la foule ont bien fait de le mettre à mort.
00:06:51 Tous les blasphémateurs méritent le même sort.
00:06:56 A quelques mètres de là, l'usine textile a rouvert
00:07:04 et les employés ont repris le travail.
00:07:07 Devant l'entrée, un petit drapeau retient notre attention.
00:07:11 Un drapeau bien connu au Pakistan.
00:07:14 Il est le symbole du TLP, un groupe religieux extrémiste,
00:07:19 souvent à l'origine des violences commises contre des blasphémateurs présumés.
00:07:24 Son nom signifie "le pays des purs", le Pakistan.
00:07:33 Un géant démographique de 229 millions d'habitants,
00:07:37 dont la création remonte à 1947, à la fin de la colonisation britannique.
00:07:44 Deux Etats indépendants émergent alors, l'Inde hindoue d'un côté
00:07:49 et le Pakistan musulman de l'autre.
00:07:52 La raison d'être du pays, c'est donc l'islam, qui se divise en plusieurs courants.
00:08:00 Certains sont extrémistes et prônent la haine,
00:08:04 d'autres sont réputés pour leur tolérance, comme le soufisme,
00:08:08 qui rejette toute forme de violence.
00:08:11 Cette pratique mystique fédère des millions d'adeptes au Pakistan.
00:08:16 Née au 7e siècle, elle repose sur l'adoration des saints et du prophète,
00:08:21 des rites axés sur la musique et la danse.
00:08:25 Notre religion prône l'unité, elle croit seulement en l'humanité.
00:08:36 Mais ces dix dernières années, un mouvement soufis devenu parti politique,
00:08:40 le TLP, s'est radicalisé.
00:08:43 En poussant l'adoration du prophète jusqu'à l'extrême,
00:08:53 le TLP refuse toute critique à l'égard de Mahomet.
00:08:57 L'injure au prophète, appelée le blasphème, lui est insupportable.
00:09:03 Cet homme a blasphémé. Si c'était ma mère, je l'aurais tué.
00:09:07 Si c'était mon fils ou ma fille, je les aurais tués de mes propres mains.
00:09:11 Ce fanatisme se nourrit du double jeu de l'État pakistanais,
00:09:15 qui cherche à séduire les groupes religieux, car ils rapportent des voix,
00:09:19 tout en condamnant officiellement leur violence.
00:09:23 L'extrémisme s'appuie aussi sur le désœuvrement de la population,
00:09:27 très pauvre et peu éduquée.
00:09:32 Je pense que notre gouvernement a joué un rôle énorme
00:09:35 dans la montée et la banalisation de cette intolérance religieuse.
00:09:39 Le TLP profite aussi de la montée de l'islamisme depuis 50 ans
00:09:44 sur la scène internationale, qui médiatise la question du blasphème.
00:09:49 Au Pakistan, la loi sur le blasphème est l'une des plus dures au monde.
00:09:54 Elle prévoit la peine de mort pour celui qui injurie le prophète.
00:10:01 Avec les caricatures de Mahomet, publiées dans Charlie Hebdo,
00:10:05 la France devient aussi une cible.
00:10:08 Si nous avions mieux défendu la grandeur de notre prophète,
00:10:13 alors aucun sale chrétien n'aurait osé le dessiner.
00:10:16 Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins.
00:10:20 Un affront pour le TLP.
00:10:23 Le 25 septembre 2020 à Paris, un de ses sympathisants
00:10:27 attaque à l'arme blanche deux personnes devant les anciens locaux de Charlie Hebdo.
00:10:31 L'homme pensait qu'ils y travaillaient.
00:10:34 La preuve de l'influence croissante.
00:10:43 De ceux qui se font appeler les soldats du blasphème au Pakistan.
00:10:50 Dans le sud du pays, le Sindh, une province essentiellement rurale.
00:10:54 C'est ici que vit Manjee Fakir, 56 ans.
00:10:58 Le propriétaire terrien est un maître soufi.
00:11:02 Une sorte de guide spirituel.
00:11:05 Il sensibilise des disciples au soufisme traditionnel.
00:11:09 Il les enseigne comment faire la chasse.
00:11:13 Il les enseigne comment faire la chasse.
00:11:16 Il les enseigne comment faire la chasse.
00:11:19 Un culte qui prône l'harmonie et la tolérance.
00:11:23 Il s'exerce dans des mausolées comme celui-ci,
00:11:26 situé dans le propre jardin de Manjee Fakir.
00:11:29 C'est ici qu'est enterré mon père.
00:11:32 Il n'était pas qu'un père pour moi, il était surtout un maître spirituel.
00:11:36 Alors tous les matins, je viens pour lui offrir mes prières avant d'aller au chant.
00:11:40 Son quotidien est monacal,
00:11:43 rythmé par la prière, le chant et le travail de la terre.
00:11:47 Une vie en accord avec la nature, un principe cher au soufisme.
00:11:52 Cette vie est d'un grand contentement spirituel pour moi.
00:11:59 Dans le soufisme, nous croyons que tout ce qui peut respirer a un esprit.
00:12:05 Nous devons en prendre soin, que ce soit un animal, un arbre ou tout être vivant.
00:12:11 Un soufi les aimera de tout son cœur.
00:12:15 Après sa visite quotidienne au chant,
00:12:20 Manjee Fakir retrouve ses élèves, des lycéens du village.
00:12:26 Une fois par semaine, le maître les initie à la poésie et à la musique soufis.
00:12:34 (Musique)
00:12:38 Plus vous travaillez sur votre son, plus votre chant s'améliorera.
00:12:58 Vous êtes tous jeunes, vous avez beaucoup à apprendre.
00:13:01 Le fond et la forme doivent se répondre, sinon il n'y aura pas d'harmonie dans ce que vous chantez.
00:13:07 Fakir, qui est assis ici parmi nous, est un de nos grands modèles.
00:13:12 Il ne fait pas de différence entre les hindous et les musulmans, ou entre riches et pauvres.
00:13:18 Certains disent que la musique est un péché dans l'islam, mais pour nous c'est très différent.
00:13:26 C'est une façon d'adorer Dieu qui est spirituel.
00:13:30 Pour les groupes radicaux comme le TLP, la musique est une distraction profane
00:13:35 qui dévie les fidèles de l'adoration du prophète.
00:13:38 C'est triste, car la musique est la nourriture de l'âme.
00:13:44 Quand on touche des notes de musique, elles font fondre les cœurs les plus durs.
00:13:49 La pensée soufie se résume à un seul message.
00:13:54 C'est l'unité entre les êtres humains sans distinction entre aucun groupe, aucune secte.
00:14:00 L'intolérance religieuse est en hausse, et c'est terrible.
00:14:05 Cette intolérance trouve ses racines dans la ville bastion du TLP, Lahore, dans l'extrême est du Pakistan.
00:14:16 La mégalopole est située à près de 20 km de l'Inde voisine.
00:14:21 Le pays des purs vit dans l'ombre du géant indien, bien plus puissant que lui économiquement.
00:14:30 Alors pour se démarquer, le Pakistan cherche à renforcer son identité musulmane.
00:14:40 A la frontière indienne, les groupes religieux comme le TLP se fortifient chaque année.
00:14:47 Noman Rizvi a toujours vécu à Lahore. Il est l'un des responsables locaux du TLP.
00:14:58 J'ai une bonne relation avec mes oiseaux.
00:15:03 Mais comme mes journées sont très occupées, je n'arrive pas à leur accorder autant de temps que ce que je voudrais.
00:15:12 Je n'arrive pas à leur donner le temps, c'est trop dure.
00:15:15 Dans une autre vie, le célibataire faisait des études de relations internationales.
00:15:23 Pourtant, il y a 7 ans, une rencontre avec des prêcheurs du TLP le transforme et le pousse à s'engager.
00:15:30 Depuis, il prône un retour au fondamentalisme islamique et souhaite un mode de vie proche de celui des compagnons du prophète au 7e siècle après Jésus-Christ.
00:15:41 C'est de l'atare. Nous n'utilisons pas de parfum car cela contient de l'alcool.
00:15:47 Ma barbe, mon turban, mon allure générale sont représentatifs de mon amour pour le prophète.
00:15:55 Je ne veux pas avoir l'air de m'inspirer de l'Occident ou de son style de vie.
00:16:01 Cette photo a été prise quand j'étais en fac en 2013.
00:16:08 Celle-ci en 2014.
00:16:11 J'étais à la grande université du Penjab.
00:16:15 Cette photo date d'après ma transformation en meilleur musulman.
00:16:20 Ces journées, Noman Rizvi les passe dans la rue.
00:16:27 Il tient une permanence politique, comme celle-ci, avec ses confrères du TLP.
00:16:34 Bonjour tout le monde.
00:16:38 Ça va ?
00:16:41 Une stratégie de prosélytisme pour acquérir toujours plus d'adhérents fatigués par la corruption de l'État pakistanais.
00:16:49 On en a marre des scandales de corruption des politiciens.
00:17:00 On se retrouve complètement dans les valeurs du TLP.
00:17:04 Notre but est seulement de promouvoir l'islam.
00:17:08 Pas comme ces autres politiciens alcooliques qui ne font que piller les citoyens.
00:17:13 Vous nous connaissez bien. Vous êtes très proche de nous.
00:17:17 C'est pourquoi je suis venu à vous tout de suite dès que j'ai vu votre stand.
00:17:21 Génial.
00:17:24 Où vas-tu après ça ?
00:17:28 Je ne sais pas pourquoi.
00:17:30 Tu dois amener tes frères avec toi.
00:17:33 Bien sûr. Ils sont avec vous. Ne t'inquiète pas. Nous allons tous venir te soutenir.
00:17:37 Le programme du TLP contient peu de mesures économiques ou sociales.
00:17:42 Il n'y est question que de la défense du prophète et d'une application rigoriste de la charia.
00:17:48 Un programme apparemment fédérateur.
00:17:51 C'est grâce à ces permanences que nous calculons les chiffres.
00:17:56 D'après nos registres, nous avons des millions de membres.
00:17:59 Des chiffres difficiles à vérifier.
00:18:03 Une chose est sûre, depuis sa création en 2015, le parti effectue de vrais percées dans les urnes.
00:18:10 Aux dernières élections de 2018, il a rassemblé 4 millions de voix, soit près de 8% du total des votes.
00:18:18 Un gros score pour un parti aussi récent.
00:18:23 Nous partons pour Islamabad, où le TLP diffuse aussi sa propagande.
00:18:28 Chaque année, au sein de ce mausolée, nos manres vies et les siens y vénèrent leur martyr.
00:18:41 Un homme que l'état pakistanais a fait pendre en 2016, Mumtaz Qadri.
00:18:47 "L'éclat va venir, l'éclat va venir"
00:18:55 "Razi Mumtaz Hussein Qadri est l'une des figures les plus populaires au Pakistan. C'est le soldat du prophète par excellence."
00:19:03 Le martyr Mumtaz Qadri appartenait à un commando d'élite de la police pakistanaise.
00:19:10 Il y a 10 ans, Qadri assassine le gouverneur régional dont il assurait la sécurité, car l'homme aurait blasphémé.
00:19:18 Il est aussitôt arrêté, puis condamné à mort.
00:19:22 Son exécution donne son envol au TLP, quasi inconnu jusqu'alors.
00:19:27 Pour ses membres, Mumtaz Qadri est un saint qu'il faut honorer.
00:19:36 "Aujourd'hui c'est le festival annuel de Mumtaz Qadri, donc nous nettoyons sa tombe, c'est une façon d'obtenir ses bénédictions."
00:19:43 Sur la tombe de Qadri, le TLP scande le slogan qui a fait sa renommée "un appel au meurtre sans ambiguïté".
00:19:52 Dès le plus jeune âge, les enfants sont embrigadés pour devenir des soldats du prophète.
00:20:05 Parmi eux, le fils du martyr.
00:20:08 "Je suis très fier de mon père, le martyr Mumtaz Qadri. Il ait fait un acte aussi courageux.
00:20:20 Oui, il est mort, mais ça ne me rend même pas triste.
00:20:23 Si Dieu le veut, si je suis confrontée à un blasphémateur dans ma vie, je suivrai les enseignements de mon père et j'enverrai ce blasphémateur directement en enfer.
00:20:32 Que Dieu accepte mon souhait."
00:20:35 Chaque année, le garçon de 12 ans vient décorer la tombe.
00:20:39 "Cette couverture vient tout droit de Karachi, on l'a fait tomber sur les côtés.
00:20:45 Puis nous mettons ces petits chapeaux en décoration.
00:20:48 Ça, c'est une épée faite à la main.
00:20:53 Voici l'empreinte de la sandale du prophète.
00:20:59 Que Dieu me pardonne d'utiliser le mot "sandale" pour cela.
00:21:02 C'est forcément quelque chose de beaucoup plus pur que le prophète a porté."
00:21:09 Retour à Lahore.
00:21:20 Ici, il y a 50 ans, 20% de la population pakistanaise était issue des minorités religieuses, surtout chrétiennes et hindous.
00:21:29 Aujourd'hui, à force de persécutions, particulièrement dans les affaires de blasphèmes, les minorités ne représentent plus que 5% de la population nationale.
00:21:39 Monsieur et Madame Massi sont chrétiens.
00:21:42 Dans cette chapelle catholique, ils viennent unir leurs prières.
00:21:47 "Oh Dieu, s'il te plaît, libère mon fils de prison.
00:21:52 Je te serai toujours reconnaissante."
00:21:54 "S'il vous plaît Dieu, aidez-nous à nous unir à notre fils.
00:22:01 Nous sommes impuissants.
00:22:03 Mon fils pourrit derrière les barreaux.
00:22:05 S'il vous plaît, ayez pitié de lui.
00:22:07 Il a besoin de votre pitié."
00:22:10 Il y a 4 ans, leur fils Patras leur a été arraché.
00:22:16 Le voici sur ces images que nous avions tournées en 2020.
00:22:20 Le jeune homme est en prison depuis 2 ans et se rend ce jour-là au tribunal où il doit être jugé pour blasphème.
00:22:28 Quand il avait 16 ans, il a été arraché dans un bureau de la police.
00:22:34 Quand il avait 16 ans, à la suite d'une dispute après un match de cricket,
00:22:40 Patras a été accusé de détenir dans son téléphone une photo jugée blasphématoire.
00:22:45 Une accusation lancée par les mauvais perdants de l'équipe adverse.
00:22:51 Mais étonnamment, à peine rentré dans la salle d'audience, Patras ressort.
00:23:01 Son jugement a été reporté.
00:23:04 A l'extérieur, l'avocat de l'accusation, membre du TLP, était pourtant déterminé à le faire condamner à mort.
00:23:12 "Cet homme a blasphémé. Si c'était ma mère, je l'aurais tué.
00:23:17 Si c'était mon fils ou ma fille, je les aurais tués de mes propres mains."
00:23:21 5 ans après les faits, le procès du jeune chrétien ne s'est toujours pas tenu.
00:23:27 Malgré les efforts d'Anika Maria, l'avocate de Patras.
00:23:31 Cette mère de famille de 40 ans vit à Lahore dans un quartier très sécurisé.
00:23:38 "Est-ce que c'est le bon dossier ? Oui, c'est celui-là."
00:23:43 Anika Maria risque sa vie à défendre des blasphémateurs présumés.
00:23:48 Ces dernières années, les assassinats de magistrats et d'avocats
00:23:53 impliqués dans les affaires de blasphème se sont multipliées.
00:23:57 Sur ce mur, l'avocate conserve les visages des clients qu'elle a réussi à faire acquitter
00:24:03 au prix de longues années de procédures, tous accusés de blasphème sous de faux prétextes.
00:24:10 "Ici, c'est une victime qui a été accusée à tort de blasphème
00:24:16 parce que son voisin voulait prendre sa terre.
00:24:22 Voici Shamim Bibi, voici sa photo depuis la prison.
00:24:26 Alors qu'elle était mariée, son voisin la harcelait physiquement.
00:24:31 Et quand elle a menacé de le dénoncer à sa famille,
00:24:34 il l'a accusée de blasphème pour sauver sa peau."
00:24:38 Même les enfants ne sont pas épargnés.
00:24:43 "Voici Nabil, il avait 14 ans au moment des faits.
00:24:50 Et voici Patras Massi, au moment de l'arrestation, il avait 16 ans.
00:24:56 Le blasphème est utilisé à des fins personnelles.
00:25:01 Vous n'avez pas à prouver quoi que ce soit.
00:25:04 Tout ce que vous avez à faire est de dire que vous avez été témoin du blasphème et c'est tout.
00:25:08 Ça donne aux gens un permis de tuer."
00:25:11 En l'absence de preuves, le Code pénal pakistanais prévoit l'acquittement des prévenus.
00:25:17 Mais dans un tel climat de violence,
00:25:20 dénoncer les accusations infondées devient presque impossible.
00:25:24 "Vous ne pouvez pas en parler.
00:25:27 Si vous dénoncez cela, vous prenez le risque d'être pris en chasse et vous serez abattu."
00:25:32 Une énième audience de Patras, le jeune chrétien,
00:25:36 est prévue pour aujourd'hui à la cour de justice de Lahore.
00:25:40 Mais Anika Maria a peu d'espoir qu'elle se tienne.
00:25:44 "Les juges évitent d'auditionner Patras. Ils ne veulent pas l'entendre.
00:25:48 C'est sans doute lié à l'implication de la cellule juridique du TLP,
00:25:52 le Forum des avocats anti-blasphème, qui est très activement impliqué dans cette affaire."
00:25:57 "Ah, c'est mon associé du tribunal.
00:26:03 Bonjour cher confrère.
00:26:07 Quoi de neuf ?
00:26:12 Je suis en route.
00:26:14 Personne n'est venu ?
00:26:17 Encore annulé ?
00:26:21 Que veux-tu faire de plus ?
00:26:24 Allez, on se parle plus tard.
00:26:28 Merci."
00:26:30 À nouveau, le juge ne s'est pas présenté.
00:26:35 Anika Maria ne paraît même plus surprise.
00:26:41 Allons annoncer la nouvelle à la famille de Patras
00:26:44 et nous verrons comment est leur morale, s'ils accusent le coup pour leur fils.
00:26:48 Les délais de la justice se sont tellement rallongés qu'ils sont très abattus.
00:26:54 "Bonjour.
00:27:04 Comment ça va ?
00:27:09 Bonjour monsieur. Comment allez-vous ?
00:27:12 C'est une ONG occidentale qui règle les honoraires d'Anika Maria.
00:27:17 Les parents n'en auraient pas les moyens.
00:27:20 Plus de 80% des chrétiens du Pakistan vivent dans une très grande pauvreté.
00:27:24 Après toutes ces années de lutte, l'avocate est devenue proche de la famille.
00:27:29 Elle essaie de leur apporter un peu de réconfort.
00:27:34 Le jour où le tribunal examinera l'affaire, Patras sera libérée, vous verrez.
00:27:39 Les juges décalent constamment sur des prétextes administratifs
00:27:44 et les avocats de l'accusation font exprès de ne pas venir.
00:27:48 Aujourd'hui, les juges ont même dit qu'ils ne faisaient pas venir Patras aux audiences
00:27:54 pour des raisons de sécurité.
00:27:57 Depuis le drame, les parents de Patras vivent cachés,
00:28:01 menacés de mort par les militants du TLP.
00:28:04 Vous savez, ils peuvent tuer qui ils veulent au Pakistan,
00:28:09 quand ils veulent, et personne n'ose les questionner.
00:28:12 Ils scandent des slogans en pleine rue.
00:28:16 Ils se mettent au milieu de la rue, à chaque fois que j'entends crier "l'abaïk, l'abaïk",
00:28:24 j'ai très peur qu'ils viennent me chercher,
00:28:29 que ce soit pour moi.
00:28:32 Et je me précipite dans la cachette la plus proche.
00:28:36 Nous ne pouvons pas rencontrer les membres de notre famille
00:28:45 sans avoir peur de nous faire prendre.
00:28:48 Personne dans notre entourage n'est au courant du cas de notre fils.
00:28:56 Chaque dimanche, Patras me demandait de lui faire du riz à la viande.
00:29:00 Maintenant, je fais du riz le vendredi, quand je vais le voir en prison.
00:29:10 Chaque vendredi, lors de cette visite, la mère reconnaît de moins en moins son fils.
00:29:22 Ça, c'était mon Patras. C'était un mois avant qu'il ne soit arrêté.
00:29:26 Là, c'était le mariage de mon frère, alors il était bien habillé pour l'occasion.
00:29:30 Il m'a demandé de lui acheter un costume, puis il est allé dans un salon de coiffure.
00:29:34 Il a tellement changé physiquement.
00:29:37 En prison, Patras est placé à l'isolement.
00:29:42 C'est la procédure pour les accuser de blasphème,
00:29:45 afin d'éviter les attaques des codétenus.
00:29:49 500 km plus au sud, Sadikabad.
00:29:52 Dans cette ville, la minorité religieuse hindoue
00:29:55 coexiste avec les musulmans depuis des siècles.
00:29:58 Mais là encore, le vent a tourné en faveur des idées du TLP.
00:30:04 Et la violence s'est propagée.
00:30:09 Comme sur ces images amateurs, tournées l'an dernier,
00:30:13 on y voit une foule même sans coutume.
00:30:16 On y voit une foule mettre à sac un temple hindou
00:30:19 et détruire toutes les statues.
00:30:22 L'origine de la fureur, c'est lui.
00:30:31 Nous l'appellerons Janak, accusé de blasphème à 8 ans.
00:30:43 - On joue à policier-voleur ?
00:30:46 - Ouais, c'est parti.
00:30:49 - Des chefs religieux ont accusé Janak d'avoir soi-disant
00:30:52 uriné près d'un koran, à l'intérieur d'une cour de mosquée
00:30:55 où il jouait avec des camarades musulmans.
00:30:58 Le livre saint aurait été souillé.
00:31:01 Selon la loi pakistanaise, le blasphème contre le koran
00:31:04 est puni de la prison à perpétuité.
00:31:10 - Depuis que les émeutes ont eu lieu dans notre village,
00:31:13 je ne sors plus de chez moi.
00:31:16 La foule est venue chez nous et a détruit le temple.
00:31:19 Ici, ils disent que c'est arrivé à cause de moi.
00:31:22 - L'enfant a passé un mois dans une prison pour mineurs.
00:31:25 - Quand j'ai été libéré du centre fermé,
00:31:28 mes parents m'ont caché pendant 4 mois chez ma grand-mère.
00:31:31 Je ne suis pas sorti de la maison.
00:31:34 Quand j'étais en prison tout seul,
00:31:37 ma mère, mon père et mes amis me manquaient.
00:31:40 Maintenant, je me sens différent des autres enfants
00:31:43 parce que je passe toute la journée à la maison.
00:31:46 Les amis ne peuvent pas être autour de moi tout le temps pour jouer
00:31:49 et je m'ennuie.
00:31:52 Je m'occupe en grimpant sur les toits des voisins.
00:31:55 Je passe d'un mur à l'autre.
00:32:05 Ces poulets sont mes amis.
00:32:08 Ils sont toujours là pour moi.
00:32:11 Je joue avec eux. Ils ne me quittent jamais.
00:32:14 N'est-ce pas, mon ami?
00:32:17 - C'est dans cette mosquée de Sadikabad
00:32:20 que le drame a commencé.
00:32:23 L'imam Kari Mohamad n'a pas changé de discours.
00:32:26 Il appelle toujours ses fidèles à la vengeance.
00:32:29 - Des garçons de la communauté hindoue
00:32:32 sont entrés dans le séminaire.
00:32:35 Ils ont uriné sur les tapis et jeté des livres.
00:32:38 Le livre sain du Coran a été pollué.
00:32:41 Celui qui commet un blasphème est digne d'être tué.
00:32:44 Il doit être tué.
00:32:47 C'est la seule punition, musulman ou non-musulman.
00:32:50 Ils auraient dû être arrêtés et punis,
00:32:53 mais le gouvernement n'a rien fait.
00:32:56 - L'Etat pakistanien a fait un grand effort
00:32:59 pour que les gens ne soient pas tués.
00:33:02 - L'Etat pakistanais se trouve dans une position intenable.
00:33:05 D'un côté, sa justice punit très sévèrement le blasphème
00:33:08 et les auteurs présumés sont fréquemment incarcérés.
00:33:11 - Faites-les descendre.
00:33:14 - Voici des images que nous avons pu tourner
00:33:17 dans la prison de Karachi.
00:33:20 Nous n'avons pas eu l'autorisation
00:33:23 de filmer les cellules de blasphémateurs présumés,
00:33:26 mais plusieurs rapports d'association des droits de l'homme
00:33:29 dénoncent leur condition de détention inhumaine.
00:33:32 Contrairement à ces prisonniers de droit commun,
00:33:35 les condamnés pour blasphème sont isolés dans des cellules minuscules,
00:33:38 enchaînées pendant de longues années.
00:33:41 De l'autre côté, l'Etat pakistanais doit condamner les lynchages.
00:33:44 - Faites-les descendre.
00:33:47 - Faites-les descendre.
00:33:50 - Faites-les descendre.
00:33:53 - Le président du Parti démocrate, le ministre Imran Khan,
00:33:56 le 7 décembre dernier.
00:33:59 - Que cela soit bien clair, j'ai pris la décision
00:34:02 qu'à partir de maintenant, quiconque utilise la religion
00:34:05 et surtout le nom du Saint-Prophet pour des actes cruels
00:34:08 et injustes sera puni.
00:34:11 J'annonce ici que ce temps est révolu.
00:34:14 Nous ne leur donnerons pas la paix.
00:34:17 - C'est un acte de la religion.
00:34:20 - J'annonce ici que ce temps est révolu.
00:34:23 Nous ne leur pardonnerons plus.
00:34:26 (Applaudissements)
00:34:29 - Mais le TLP ne se laisse pas intimider.
00:34:32 A chaque fois qu'une affaire de blasphème éclate au grand jour,
00:34:35 le mouvement lance des manifestations violentes,
00:34:38 quitte à paralyser les principales villes du pays.
00:34:41 Ce jour-là, une nouvelle manifestation se prépare à Lahore
00:34:44 pour dénoncer le fait que les militants
00:34:47 ont été mobilisés.
00:34:50 Des dizaines de milliers de militants ont été mobilisés.
00:34:53 Noman Rizvi, le responsable local du TLP,
00:34:56 coordonne une partie des opérations.
00:34:59 - La foule veut défiler et s'impatiente.
00:35:02 - Dites-leur de se conformer aux ordres de la direction du parti.
00:35:05 - On avance ?
00:35:08 - Soyez patients, monsieur.
00:35:11 - On va se faire défendre.
00:35:14 - Vous devriez chanter des slogans ici
00:35:17 et montrer votre motivation.
00:35:20 (Chant)
00:35:23 - Le signal du départ est donné.
00:35:26 Une foule en liesse se met en marche.
00:35:29 Il n'y a que des hommes.
00:35:32 Direction Islamabad, la capitale,
00:35:35 à plus de 300 km.
00:35:38 (Chant)
00:35:41 - Nos adversaires devraient venir voir la foule ici aujourd'hui.
00:35:44 Vous avez vu le monde ?
00:35:47 La manifestation n'a pas encore commencé.
00:35:50 C'est juste l'échauffement.
00:35:53 - L'objectif de cette marche ?
00:35:56 Obtenir la libération de Saad Rizvi,
00:35:59 le chef du mouvement TLP,
00:36:02 emprisonné 6 mois plus tôt pour trouble à l'ordre public.
00:36:05 Et les militants ne comptent rien lâcher.
00:36:08 - D'autres partis religieux et politiques
00:36:11 sont présents au Pakistan.
00:36:14 Mais aucun n'a l'étincelle que nous avons.
00:36:17 A chaque marche, à chaque affaire de blasphème
00:36:20 ou sur la question de la France,
00:36:23 le TLP n'est jamais resté silencieux.
00:36:26 - Mais la marche a un autre but.
00:36:29 Obtenir l'expulsion de l'ambassadeur de France.
00:36:32 L'Hexagone est vue comme le pays blasphémateur par excellence.
00:36:35 - Je suis là pour sévir contre les blasphémateurs
00:36:38 et virer l'ambassadeur de France.
00:36:41 Nous sommes prêts à mourir pour ça,
00:36:44 pour notre cause.
00:36:47 Nous n'avons même pas peur d'être décapités.
00:36:50 Qu'ils nous décapitent.
00:36:53 - La paix, la paix, la paix, la paix, la paix !
00:36:56 - Dans ce camion, le cortège des chefs.
00:36:59 - La paix, la paix, la paix, la paix !
00:37:02 - Ils galvanisent leur troupe jusqu'à la fin du jour.
00:37:05 - La paix, la paix, la paix, la paix !
00:37:08 - C'est maintenant l'heure de la pause,
00:37:11 sous la vigilance de la police de Lahore
00:37:14 qui n'a pas encore reçu l'ordre d'intervenir.
00:37:17 Noman Rizvi en profite pour faire un live.
00:37:20 Le parti est très présent sur les réseaux sociaux
00:37:23 et très organisé.
00:37:26 - Ici, c'est notre borne de recharge de portable.
00:37:29 Nos militants ont leur propre système
00:37:32 pour identifier les propriétaires.
00:37:35 - Tout a été planifié pour que la marche tienne plusieurs jours.
00:37:38 - Là, c'est la distribution de nourriture
00:37:41 pour nos participants qui ont voyagé depuis d'autres villes.
00:37:44 C'est une installation de nourriture 24h/24.
00:37:47 Certains se reposent en ce moment sous l'attente.
00:37:50 - On va faire un petit déjeuner.
00:37:53 - On va faire un petit déjeuner.
00:37:56 - On va faire un petit déjeuner.
00:37:59 - On va faire un petit déjeuner.
00:38:02 - On va faire un petit déjeuner.
00:38:05 - On va faire un petit déjeuner.
00:38:08 - On va faire un petit déjeuner.
00:38:11 - On va faire un petit déjeuner.
00:38:14 - On va faire un petit déjeuner.
00:38:17 - On va faire un petit déjeuner.
00:38:20 - On va faire un petit déjeuner.
00:38:23 - Quel était notre crime ?
00:38:26 - Est-ce de parler du prophète ?
00:38:29 - Est-ce un crime dans ce pays qui a été construit au nom de la religion ?
00:38:32 - Qui a été fait pour les musulmans ?
00:38:35 - Pour eux, quiconque parle de Dieu et de son prophète est un terroriste.
00:38:38 - Pour eux, quiconque parle de Dieu et de son prophète est un terroriste.
00:38:41 - Pour eux, quiconque parle de Dieu et de son prophète est un terroriste.
00:38:44 - Si c'est ça du terrorisme, alors oui, nous serons ce terrorisme.
00:38:47 - Si c'est ça du terrorisme, alors oui, nous serons ce terrorisme.
00:38:50 - Quittez le Pakistan !
00:38:53 Au Pakistan, une loi anti-terroriste interdit les prêches de haine.
00:38:56 - La paix, la paix !
00:38:59 Mais le TLP n'obéit qu'à ses propres lois.
00:39:02 - La paix, la paix !
00:39:05 - La paix, la paix !
00:39:08 - La paix, la paix !
00:39:11 - La paix, la paix !
00:39:14 La foule, chauffée à blanc, se remet en route.
00:39:17 Les heurts avec la police commencent.
00:39:20 Les premières grenades lacrymogènes sont lancées.
00:39:23 Les premières grenades lacrymogènes sont lancées.
00:39:26 ...
00:39:29 ...
00:39:32 Elles atteignent parfois des militants,
00:39:35 comme cet homme qui s'effondre, touché à la tête.
00:39:38 Mais malgré les blessés, la ferveur reprend.
00:39:41 ...
00:39:44 Pour Noman Rizvi,
00:39:47 cette première journée est une réussite.
00:39:50 - L'honneur du prophète est sauf.
00:39:53 La marche est toujours en cours.
00:39:56 Notre morale est meilleure que jamais.
00:39:59 Si Dieu le veut, notre manifestation atteindra sa destination.
00:40:02 - A la sortie de Lahore,
00:40:05 les militants s'accordent quelques heures de sommeil,
00:40:08 à même le bitume,
00:40:11 pour continuer de paralyser la circulation.
00:40:14 La route s'annonce encore bien longue jusqu'à Islamabad.
00:40:17 ...
00:40:20 ...
00:40:23 Le Pakistan est un pays paradoxal.
00:40:26 Tandis que les extrémistes prêchent la haine,
00:40:29 à l'autre bout de ce grand pays, près de Karachi,
00:40:32 l'ambiance est à la fête.
00:40:35 ...
00:40:38 ...
00:40:41 Des Pakistanaises dansent et chantent même pour leur liberté.
00:40:44 C'est la "Aurat March",
00:40:47 un rassemblement pour promouvoir les droits des femmes au Pakistan.
00:40:50 Ils réunissent des Pakistanaises de toutes origines.
00:40:53 ...
00:40:56 ...
00:40:59 Mais à cause de leur combat,
00:41:02 ces Pakistanaises sont entrées dans le viseur des extrémistes.
00:41:05 Et notamment dans celui du TLP,
00:41:08 très virulent à l'égard des femmes émancipées.
00:41:11 Arfana Mala, professeure de physique chimie à l'université,
00:41:14 n'a pas peur de les défier.
00:41:17 - C'est la puissance collective que nous avons, nous, les femmes,
00:41:20 qui irritent tous les partis religieux,
00:41:23 le gouvernement et la société patriarcale.
00:41:26 C'est pourquoi il y a tant de résistance
00:41:29 de nos adversaires contre cette marche.
00:41:32 En tant que femmes au Pakistan,
00:41:35 on ne peut même pas marcher seules sans avoir peur.
00:41:38 Mais ici,
00:41:41 parce qu'on est ensemble,
00:41:44 on peut danser, chanter, dire ce qu'on veut.
00:41:47 ...
00:41:50 ...
00:41:53 ...
00:41:56 ...
00:41:59 - Pour museler les féministes,
00:42:02 les mouvements religieux ont alors joué la carte du blasphème.
00:42:05 ...
00:42:08 Dans 3 villes pakistanaises l'année dernière,
00:42:11 des militantes ont été accusées de brandir des slogans
00:42:14 injuriant l'islam.
00:42:17 Des accusations montées de toutes pièces.
00:42:20 ...
00:42:23 - Nous sommes souvent menacées par les insinuations de blasphème.
00:42:26 Je me souviens d'une fois,
00:42:29 alors que des militantes chantaient leurs slogans féministes,
00:42:32 quelqu'un a enregistré une vidéo.
00:42:35 Il a fait un montage virtuel,
00:42:38 changeant les slogans par des cris blasphématoires.
00:42:41 La vidéo est devenue virale
00:42:44 et les femmes ont été accusées de blasphème.
00:42:47 C'était bien joué de leur part.
00:42:50 - Chaque année, malgré les cabales anti-blasphème,
00:42:53 des femmes ont été accusées de blasphème.
00:42:56 - Des hommes ont utilisé la carte du blasphème
00:42:59 contre nos militantes,
00:43:02 mais leur colère n'a rien à voir avec ça.
00:43:05 Ils pensent qu'on est contre les hommes,
00:43:08 qu'on veut vivre sans eux.
00:43:11 C'est complètement faux.
00:43:14 Mais comme souvent ils sont peu éduqués,
00:43:17 ils croient à ce fantasme.
00:43:20 - Arfana Malla,
00:43:23 l'une des meneuses de la manifestation,
00:43:26 a vécu cet enfer.
00:43:29 En 2020, la professeure de physique chimie
00:43:32 à l'université de Haïderabad a été accusée
00:43:35 d'avoir blasphémé sur sa page Facebook.
00:43:38 - Vous voyez ces poteaux électriques
00:43:41 avec les bannières ?
00:43:44 Ils portaient tous ma photo où était écrit
00:43:47 "Tout blasphémateur du prophète mérite une punition,
00:43:50 la décapitation".
00:43:53 - Faute de preuve, Arfana Malla n'a pas été inculpée
00:43:56 par les juges.
00:43:59 Mais plus d'une centaine de plaintes ont été déposées
00:44:02 contre elle, notamment de la part de militants du TLP.
00:44:05 - Vous voyez la bannière sur l'autoroute ?
00:44:08 Celles avec mon visage barré ont été hissées là aussi.
00:44:15 - Après trois mois d'arrêt forcé,
00:44:18 la physicienne a pu reprendre ses cours à la fac.
00:44:21 Son campus est mixte.
00:44:24 Il réunit plus de 30 000 étudiants.
00:44:27 Mais l'université, où elle enseigne depuis 25 ans,
00:44:30 ne ressemble plus à celle de ses débuts.
00:44:33 La fac représente même une menace.
00:44:36 Car certains de ses étudiants ont rejoint la fronde
00:44:39 qui appelait à la faire tuer.
00:44:42 - Combien de combinaisons sont possibles
00:44:45 entre ces quatre points ?
00:44:48 - Huit.
00:44:51 - Les molécules sont distribuées à travers différents niveaux
00:44:54 d'énergie.
00:44:57 Ici, c'est le puits des énergies potentielles de la molécule.
00:45:00 - Depuis le scandale, Arfana Malla se contente
00:45:03 des cours magistraux et ne dirige plus d'expérience chimique
00:45:06 dans les laboratoires de l'université.
00:45:09 Elle a été touchée par un étudiant qui ne lui envoie pas d'acide au visage.
00:45:12 - Même ici, dans cette université,
00:45:15 malheureusement,
00:45:18 certaines de nos collègues féminines
00:45:21 ont lancé une campagne contre moi sur les réseaux sociaux
00:45:24 pour provoquer les étudiants
00:45:27 en leur disant
00:45:30 qu'il y a peut-être une leçon à donner à cette dame renegade
00:45:33 avec l'acide qui se trouve dans le laboratoire.
00:45:36 Sur les photos qui circulaient,
00:45:39 il y avait écrit
00:45:42 "Il faut pendre la prostituée Arfana Malla".
00:45:45 C'était vraiment choquant pour moi.
00:45:48 Je n'arrivais pas à comprendre
00:45:51 comment on pouvait nourrir une telle haine envers quelqu'un.
00:45:54 Comment peut-on penser avec une telle violence
00:45:57 contre son collègue ou son collaborateur ?
00:46:00 Nous avons dîné ensemble pendant 25 longues années.
00:46:03 Pris le thé dans le même bureau
00:46:06 et passés des journées ensemble.
00:46:09 Mais brutalement,
00:46:12 ces personnes se sont dressées contre moi.
00:46:15 - Il y a 10 ans encore,
00:46:23 l'université était un lieu de culture réputé.
00:46:26 Aujourd'hui, l'idéologie des extrémistes
00:46:29 a gagné le campus.
00:46:32 - Au passé, le salon du livre
00:46:35 était le plus grand événement de l'université du SIND.
00:46:38 Et maintenant, les plus grands événements
00:46:41 sont les événements religieux.
00:46:44 Je dois récupérer le schéma sur les radiations chimiques.
00:46:47 - Tenez, la première copie est là.
00:46:50 - Si on regarde autour de nous,
00:46:53 on voit toutes les filles en abaya.
00:46:56 Très peu de filles sont libres de leur tenue.
00:46:59 De mon point de vue,
00:47:02 l'ambiance est beaucoup détériorée.
00:47:05 Aujourd'hui, tous les étudiants qui intègrent l'université
00:47:08 arrivent avec des valeurs conservatrices.
00:47:11 C'est criant et nous sommes nombreux à voir ce changement.
00:47:14 - Très peu d'universitaires ont défendu Arfa Namala
00:47:17 pendant l'épreuve qu'elle a traversée.
00:47:20 Par crainte des représailles,
00:47:23 l'OMER tat autour de la question du blasphème
00:47:26 a gagné toutes les sphères, même celle des élites pakistanaises.
00:47:29 ...
00:47:32 A plus de 1000 km plus au nord,
00:47:35 les responsables de ce climat de terreur, eux,
00:47:38 marchent toujours.
00:47:41 Nos manresvies et les siens sont sur la route
00:47:44 depuis 4 jours déjà.
00:47:47 Ils s'approchent d'Islamabad.
00:47:50 Depuis le ciel, l'armée se contente de surveiller le cortège.
00:47:53 Mais au sol, chaque jour, la situation dégénère.
00:47:56 Les échauffourées avec la police s'intensifient.
00:47:59 - De ce côté-là, ils lancent des gaz lacrymogènes
00:48:02 et utilisent aussi des canons à eau pour disperser la foule.
00:48:05 La marche du TLP a maintenant l'air d'une véritable insurrection.
00:48:08 - Nous étions en train de protester pacifiquement
00:48:11 quand les policiers nous ont attaqués par derrière.
00:48:14 Oui, ces lâches nous ont lancé toutes ces grenades par derrière.
00:48:17 Mais ils ont fait un grand défi.
00:48:20 - Une infirmerie de fortune est installée sur un camion.
00:48:23 - Regardez ça, on lui a tiré dessus.
00:48:26 - Donnez-moi une injection d'analgésique.
00:48:29 - Plus loin, on dénombre les premiers morts.
00:48:32 Les corbillards accompagnent la marche.
00:48:35 - Plutôt que d'être du côté du prophète,
00:48:38 le gouvernement se range du côté de la France.
00:48:41 Ils ont tué des gens, des hommes, des femmes,
00:48:44 des hommes qui ont été tués.
00:48:47 Le gouvernement se range du côté de la France.
00:48:50 Ils ont tué cet homme qui avait 4 enfants en bas âge.
00:48:53 Ah, mon prophète !
00:48:56 - Les chefs tentent de canaliser leurs militants.
00:48:59 - Qu'ils n'aillent pas tuer les policiers.
00:49:02 - Qu'ils n'aillent pas tuer les policiers.
00:49:05 - Nous avons pu rejoindre la police anti-émeute
00:49:08 de l'autre côté du front.
00:49:11 Après 4 jours de combat,
00:49:14 les hommes en sous-effectif sont épuisés.
00:49:17 Le commandant Chaudry compte déjà
00:49:20 plusieurs dizaines de blessés parmi ces hommes.
00:49:23 - Vous avez vu la façon dont nos soldats
00:49:26 ont été brutalement traités ?
00:49:29 Aucun être humain ne traite les autres
00:49:32 avec une telle brutalité.
00:49:35 Si les hommes du TLP se battent pour une cause sainte,
00:49:38 ils devraient suivre les enseignements du prophète Mahomet
00:49:41 et de la religion.
00:49:44 Le commandant et ses hommes retournent au front.
00:49:47 Leurs efforts seront inutiles car l'issue de la manifestation
00:49:50 ne se joue pas ici.
00:49:53 Les négociations se tiennent en coulisses à Islamabad.
00:49:56 Au 5e jour de marche,
00:49:59 le gouvernement pakistanais capitule et cède en partie
00:50:02 face aux demandes du TLP.
00:50:05 Le 18 novembre 2021,
00:50:08 Saad Rizvi, le chef du mouvement, est relâché,
00:50:11 soit moins d'un mois après la marche.
00:50:14 Après sa libération,
00:50:17 il défile triomphalement dans son fief du Penjab,
00:50:20 accueilli comme un prince.
00:50:23 - Aujourd'hui,
00:50:26 toutes nos demandes ont été satisfaites.
00:50:29 C'est une leçon pour nos enfants.
00:50:32 Ils sauront que nous sommes les meilleurs.
00:50:35 Ils sauront combien l'honneur du prophète
00:50:38 est plus important que tout.
00:50:41 - Cette fois encore,
00:50:44 le gouvernement pakistanais n'a pas su contrer
00:50:47 les fanatiques du TLP.
00:50:50 Les soldats du blasphème ont gagné.
00:50:53 ...
00:50:56 Le fanatisme,
00:50:59 cet homme l'a toujours combattu.
00:51:02 Dans cette ville qui porte son nom,
00:51:05 Abdul Latif Bitaï a fait rayonner
00:51:08 la culture soufie au XVIIIe siècle.
00:51:11 Inventeur de plusieurs instruments de musique,
00:51:14 il est l'un des saints soufis les plus connus d'Asie.
00:51:17 Son mausolée, très fréquentée,
00:51:20 reste un symbole de tolérance.
00:51:23 Arfana Mala, la professeure d'université,
00:51:26 vient souvent s'y recueillir.
00:51:29 Elle a fait partie de toutes les couches de la société,
00:51:32 des classes populaires aux élites intellectuelles.
00:51:35 ...
00:51:38 - Ces vers ont été composés par notre saint Bitaï.
00:51:41 Le poème raconte sa lutte pour atteindre son bien-aimé
00:51:44 et songer que cet amour n'est autre que le prophète Mahomet.
00:51:47 ...
00:51:50 - Bitaï, un saint patron doté de certains pouvoirs.
00:51:53 ...
00:51:56 - Nous croyons que le sanctuaire de Bitaï
00:51:59 a le pouvoir d'exaucer les souhaits.
00:52:02 On touche son mausolée,
00:52:05 puis on place les mains sur la poitrine.
00:52:08 Comme ça, on peut sentir la connexion spirituelle
00:52:11 entre nos âmes et le sang.
00:52:14 ...
00:52:17 - Plus de 1500 sanctuaires soufis quadrillent le Pakistan.
00:52:20 ...
00:52:23 ...
00:52:26 - Le problème, c'est que nos sanctuaires
00:52:29 sont progressivement convoités par les soufis extrémistes.
00:52:32 ...
00:52:35 - Ils ne sont pas la seule menace.
00:52:38 Les sanctuaires sont aussi visés par les attaques
00:52:41 des groupes djihadistes toujours actifs dans le pays
00:52:44 qui reprochent aux soufis d'être des hérétiques
00:52:47 et des mauvais musulmans.
00:52:50 ...
00:52:53 - Ce que ces espaces ont de précieux,
00:52:56 c'est qu'ils ne sont pas limités à une religion ou un genre.
00:52:59 Les mausolées sont ouvertes à tous, les hindous, les enfants,
00:53:02 les hommes et les femmes.
00:53:05 Ils sont les seuls espaces de liberté qui nous restent,
00:53:08 qui accueillent les gens comme moi, les progressistes.
00:53:11 Si les extrémistes parviennent à prendre
00:53:14 complètement le contrôle de ces lieux-là,
00:53:17 il ne nous restera plus rien.
00:53:20 ...
00:53:23 - Ce soir-là, entre les danses, la musique et le chant,
00:53:26 des centaines de Pakistanaises et de Pakistanais
00:53:29 célébreront la culture soufie populaire.
00:53:32 Une résistance affichée face aux extrémistes du TLP.
00:53:35 Mais contre le fanatisme croissant des soldats du blasphème,
00:53:38 l'espoir est fragile pour les disciples de la tolérance au Pakistan.
00:53:41 ...
00:53:44 ...
00:53:47 ...
00:53:50 ...
00:53:53 ...
00:53:56 - Notre reportage se poursuit en Afghanistan,
00:53:59 pays voisin où le blasphème est là aussi passible
00:54:02 de la peine de mort.
00:54:05 Ici, tout le monde se souvient de Farkunda,
00:54:08 une jeune afghane de 27 ans lynchée à mort par une foule d'hommes en 2015.
00:54:11 Elle était accusée de blasphème à tort.
00:54:14 Et contrairement au Pakistan,
00:54:17 ce meurtre avait à l'époque suscité la colère de la population afghane.
00:54:20 - Ceux qui ont tué et brûlé Farkunda doivent être punis.
00:54:23 Nous voulons les piétiner comme ils l'ont piétiné, elles.
00:54:26 - Un monument a depuis été érigé en la mémoire de Farkunda,
00:54:29 au bord de la rivière où la jeune femme avait été brûlée.
00:54:32 Depuis, en Afghanistan, personne ou presque
00:54:35 ne peut se faire de la mort.
00:54:38 Depuis, en Afghanistan, personne ou presque ne parle de blasphème.
00:54:41 Critiquer le prophète serait impensable.
00:54:44 Comme en témoigne le porte-parole du ministère de l'Intérieur,
00:54:47 Abdul Nafi Thakor.
00:54:50 - Est-ce que vous gérez des affaires de blasphème ?
00:54:53 - Pourquoi voulez-vous que les gens blasphèment ?
00:54:56 Si quelqu'un commet un blasphème,
00:54:59 alors il devra répondre de ses actes
00:55:02 et être puni selon la charia.
00:55:05 Le tribunal islamique décidera de la sanction.
00:55:08 - Nous sommes allés poser la même question
00:55:11 au ministère de la répression du vice
00:55:14 et de la promotion de la vertu,
00:55:17 en charge de la police religieuse qui sévit dans le pays.
00:55:20 Là aussi, le blasphème reste un sujet tabou.
00:55:23 - Est-ce que votre ministère gère des affaires de blasphème ?
00:55:26 - Les sanctions liées au blasphème dépendent du système judiciaire.
00:55:29 Ce n'est pas lié à notre ministère.
00:55:32 Nous ne sanctionnons personne.
00:55:35 - Et les blasphémateurs en courent-ils la peine de mort ?
00:55:38 - C'est au tribunal et au système judiciaire d'en décider.
00:55:41 Je ne dirai rien à ce sujet.
00:55:44 - Ce qui pose problème ici,
00:55:47 ce ne sont pas tant les affaires de blasphème,
00:55:50 mais plutôt la situation des femmes,
00:55:53 de plus en plus exclues de la société.
00:55:56 Depuis le retour au pouvoir des talibans,
00:55:59 les aventures de nombreuses salons de beauté ont été taguées
00:56:02 pour y effacer le visage des femmes.
00:56:05 À 20 ans, Soria est issue d'une famille aisée.
00:56:08 Ce matin, elle se rend en taxi
00:56:11 à un rendez-vous particulier.
00:56:14 - Là, on est en route pour le salon de beauté,
00:56:17 où je vais pouvoir me faire belle.
00:56:20 Le salon de beauté, c'est tout ce qu'il nous reste aujourd'hui.
00:56:23 - C'est dans une petite ruelle de la capitale,
00:56:26 derrière une façade rose,
00:56:29 que se trouve cet espace de liberté.
00:56:32 L'Institut accueille chaque jour de nombreuses clientes,
00:56:35 dont des femmes de talibans.
00:56:38 Un maquillage coûte une dizaine d'euros,
00:56:41 une somme importante pour la majorité des afghanes, comme Forozan.
00:56:44 Ce salon de beauté est tout ce qu'il lui reste de son ancienne vie.
00:56:47 - Tout le monde sait que nos vies ont été complètement bouleversées
00:56:50 par l'arrivée du nouveau gouvernement.
00:56:53 On ne peut pas s'en remettre du jour au lendemain.
00:56:56 Nos vies se sont effondrées.
00:56:59 Comme vous pouvez le voir, nous devons porter de longs vêtements
00:57:02 et couvrir nos visages.
00:57:05 Ces règles rendent notre vie très difficile.
00:57:08 Les talibans ont fait de nos jours et de nos nuits une prison.
00:57:11 Alors je viens ici pour me sentir jeune et être jolie quand je souris.
00:57:14 - Pour sa petite sœur Mariam, le salon est comme une parenthèse de liberté.
00:57:17 - Quand on vient ici, on a l'impression de vivre comme avant.
00:57:20 On retrouve nos amis, on essaie d'oublier nos problèmes
00:57:23 l'espace d'un instant.
00:57:26 On profite de chaque moment.
00:57:29 - A la tête du salon, Laila.
00:57:32 Depuis le retour des talibans, il y a un an,
00:57:35 la chef d'entreprise a perdu 40% de sa clientèle.
00:57:38 - J'ai beaucoup moins de clientes.
00:57:41 Celles qui franchissent la porte me disent qu'elles ont peur de venir,
00:57:44 qu'il leur arrive quelque chose
00:57:47 ou que quelqu'un les arrête sur le chemin.
00:57:50 - Nous retrouvons Soria.
00:57:53 Aujourd'hui, c'est la patronne elle-même qui va la maquiller.
00:57:56 - Garde tes yeux ouverts. Arrête de rire.
00:57:59 - Aujourd'hui, c'est mon anniversaire.
00:58:02 Je vais le fêter avec des amis ce soir.
00:58:05 Maintenant que je suis maquillée, je vais aller me préparer,
00:58:08 me coiffer et porter une belle robe pour ma soirée.
00:58:16 - Voilà, tu es prête. Amusez-vous bien.
00:58:19 - Merci beaucoup.
00:58:22 Une fois les clientes parties, nous retrouvons la directrice du salon,
00:58:25 à l'abri des regards.
00:58:28 Laila apparaît tendue.
00:58:31 Les talibans pourraient entrer d'une minute à l'autre et la menacer.
00:58:34 - Merci de nous avoir laissé tourner dans votre salon.
00:58:37 Je sais que vous prenez des risques
00:58:40 et que ce n'est pas facile de laisser entrer des caméras ici.
00:58:43 Est-ce que vous avez peur ?
00:58:46 Vous parlez à un homme
00:58:49 et cela vous est aujourd'hui interdit en Afghanistan.
00:58:52 - Oui, c'est certain. Nous avons toujours peur.
00:58:55 Les talibans imposent de nouvelles règles, de nouvelles lois aux femmes
00:58:58 tous les jours, surtout sur leur tenue vestimentaire,
00:59:01 sur le travail.
00:59:04 Ils n'imposent pas de telles lois aux hommes.
00:59:07 - Vous considérez-vous comme une femme qui résiste,
00:59:10 une femme qui défend la liberté ?
00:59:13 - Oui, je suis une activiste.
00:59:16 Je soutiens les femmes
00:59:19 et j'aime défendre nos droits.
00:59:22 - Quel avenir voyez-vous pour les femmes afghanes ?
00:59:25 - Ici, je ne vois aucun futur pour les femmes.
00:59:28 Notre situation ne changera pas
00:59:31 tant que nous serons gouvernés par les talibans.
00:59:34 - Et quelles sont justement les nombreuses restrictions
00:59:37 qui ont été imposées aux femmes afghanes ?
00:59:40 - Déjà, les jeunes filles n'ont plus le droit d'étudier.
00:59:43 Toutes les femmes doivent porter le voile
00:59:46 et si l'on souhaite sortir dans la rue ou voyager,
00:59:49 on doit être accompagnée.
00:59:52 - Quels sont vos projets pour le futur ?
00:59:55 Est-ce que vous envisagez de quitter votre pays un jour ?
00:59:58 - J'espère qu'un jour tout ira mieux en Afghanistan,
01:00:01 qu'un jour les femmes pourront réaliser leurs rêves.
01:00:04 Je souhaite même qu'un miracle se produise
01:00:07 et qu'une présidente soit élue dans notre pays.
01:00:10 Les femmes sont l'avenir de l'Afghanistan.
01:00:13 - Sur les étals de l'Institut,
01:00:16 une centaine de produits de beauté.
01:00:19 - Pourquoi les femmes se maquillent-elles ?
01:00:22 Parce qu'elles doivent porter un voile ou une burqa dans la rue ?
01:00:25 Elles ne montrent pas leurs visages.
01:00:28 - Se maquiller fait partie de la culture afghane.
01:00:31 Cela signifie qu'elles ne prennent pas soin d'elles.
01:00:34 - Mais elles se maquillent pour qui ?
01:00:37 Pour leur mari ?
01:00:40 - Oui, elles se maquillent pour leur mari,
01:00:43 mais aussi pour des soirées, des événements particuliers.
01:00:46 - Et sinon, quel genre de crème conseillerez-vous à moi ?
01:00:49 - Vous avez une peau fraîche
01:00:52 et vous venez d'Europe, donc, selon moi,
01:00:55 vous n'avez besoin de rien.
01:00:58 - Si j'en ai besoin.
01:01:01 - Éclat instantané.
01:01:04 - OK, je vais prendre ça.
01:01:07 - Merci beaucoup.
01:01:10 Sous les talibans, peu de femmes sont autorisées à travailler.
01:01:13 Seuls les métiers ne pouvant être exercés que par des Afghanes perdurent,
01:01:16 comme celui de sage-femme.
01:01:19 La maternité est l'un des rares endroits
01:01:22 où les hommes n'ont pas le droit d'entrer.
01:01:25 C'est la maternité de Malalaï, l'une des plus grandes de Kaboul.
01:01:28 Nous retrouvons Zarmina Nouri, la chef des sage-femmes.
01:01:31 - Voici notre salle de soins intensif.
01:01:34 - Les patientes admises ici ont des complications post- ou prénatales.
01:01:37 - Comment vous sentez-vous ?
01:01:40 - Pas très bien.
01:01:43 - Cette patiente était enceinte de 4 mois.
01:01:46 Elle a été admise ici après avoir eu de graves saignements,
01:01:49 mais il était trop tard.
01:01:52 Elle a perdu son enfant.
01:01:55 Avez-vous été suivie par une sage-femme
01:01:58 ou une gynécologue durant votre grossesse ?
01:02:01 - Je suis allée voir la docteure qu'une seule fois,
01:02:04 à mes 2 mois de grossesse.
01:02:07 Elle m'a dit que tout allait bien, alors je n'y suis pas retournée.
01:02:10 Ma situation financière n'est pas bonne, vous savez.
01:02:13 - La plupart de nos patientes viennent des provinces et sont très pauvres.
01:02:16 Elles souffrent de malnutrition et n'ont pas accès aux soins.
01:02:19 - Depuis le retour des talibans, il y a tout juste un an,
01:02:22 le pays connaît une crise humanitaire et économique sans précédent.
01:02:25 Le taux de pauvreté est passé de 72 % en 2021 à 97 % en 2022.
01:02:28 Et la quasi-totalité de la population afghane ne mange pas à sa faim.
01:02:31 - Les nouveaux-nés souffrent d'anémies sévères.
01:02:34 Nous essayons de faire de notre mieux pour sauver la mère et son enfant,
01:02:37 mais cela n'est pas toujours possible.
01:02:40 - Les enfants sont en danger.
01:02:43 - Je suis en danger.
01:02:46 - Le pays possède l'un des taux de mortalité maternelle
01:02:49 les plus élevés au monde.
01:02:52 Malalai Rahim Fezi est gynécologue.
01:02:55 Depuis 27 ans, elle consacre son quotidien à la santé des femmes afghanes.
01:02:58 En février, c'est elle qui a été nommée à la tête de la maternité,
01:03:01 une première dans l'Afghanistan des talibans.
01:03:04 - Nous sommes débordés, car nous avons grandement besoin
01:03:07 de femmes médecins.
01:03:10 Nous travaillons jour et nuit pour les enfants.
01:03:13 Le nombre de patientes a augmenté dans toutes les maternités publiques,
01:03:16 car nous leur donnons ce dont elles ont besoin,
01:03:19 comme des médicaments et de la nourriture.
01:03:22 Avant, les gens avaient les moyens d'aller dans des hôpitaux privés,
01:03:25 mais maintenant, ils ne peuvent plus se le permettre.
01:03:28 - Depuis 2 ans, le nombre de patientes a doublé,
01:03:31 passant de 5 à 11 000 chaque année.
01:03:34 Pour soigner ces mères et leurs enfants,
01:03:37 les sages-femmes comme Mouaïa et Aboulaïa,
01:03:40 veulent à tout prix transmettre leur savoir-faire
01:03:43 à une nouvelle génération.
01:03:46 - Qui prendra notre relève quand nous ne pourrons plus travailler ?
01:03:49 Personne, car les écoles ont été fermées pour nos filles.
01:03:52 Si rien ne change, l'Afghanistan s'effondrera,
01:03:55 car sachez-le, un homme ne pourra jamais être sage-femme.
01:03:58 - Depuis un an, les jeunes filles de plus de 12 ans
01:04:01 n'ont plus le droit d'aller à l'école publique.
01:04:04 Seuls les établissements privés et les centres de soins de santé
01:04:07 sont autorisés, un luxe réservé jusqu'à présent
01:04:10 aux familles les plus aisées.
01:04:13 Alors, pour continuer d'étudier,
01:04:16 la majorité des jeunes filles n'ont pas le choix.
01:04:19 Elles suivent des cours en secret.
01:04:22 - Entrée des filles.
01:04:25 Bonjour, comment allez-vous ?
01:04:28 - Nous nous sommes rendus dans l'une de ces écoles clandestines,
01:04:31 financées par quelques bienfaiteurs.
01:04:34 Notre journaliste et sa traductrice afghane
01:04:37 filment discrètement pour ne pas éveiller les soupçons du voisinage.
01:04:40 Nous appellerons la professeure Amina.
01:04:43 - Vous avez des questions ?
01:04:46 Face à la détresse de ces jeunes filles privées de scolarité,
01:04:49 Amina a transformé son salon en salle de classe.
01:04:52 6 jours sur 7, elle reçoit une dizaine d'élèves.
01:04:55 - Nous allons commencer.
01:04:58 Qui veut lire ce qu'elle a écrit devant la classe ?
01:05:01 Les élèves sont invités à se souvenir de leur vie,
01:05:04 celle d'avant les talibans.
01:05:07 - Avant, j'étais comme une grande rivière.
01:05:10 Je poursuivais mon chemin fièrement, quand soudain,
01:05:13 une tempête est arrivée du jour au lendemain
01:05:16 et m'a complètement détruite.
01:05:19 Je suis alors devenue un lac sans espoir.
01:05:22 Merci.
01:05:25 - Nous souffrons toutes de la douleur que tu décris.
01:05:28 Merci pour cette lecture.
01:05:31 - Les cours vont de la 5e à la terminale.
01:05:34 Toutes les matières sont enseignées.
01:05:37 - Quelle est notre étude aujourd'hui ?
01:05:40 La réflexion de la lumière.
01:05:43 Elle voyage dans cette direction jusqu'à l'objet,
01:05:46 puis se reflète depuis cet objet.
01:05:49 - Pour ces jeunes filles, ces cours sont leur seul espoir
01:05:52 de réaliser leurs rêves.
01:05:55 - Je voudrais obtenir une bourse et partir à l'étranger
01:05:58 après le lycée.
01:06:01 Depuis mon enfance, j'adore regarder le ciel et les étoiles.
01:06:04 Alors je ferai de mon mieux pour réaliser mon rêve
01:06:07 et devenir astronome.
01:06:10 A quoi cela sert-il de vivre s'il n'y a plus d'espoir ?
01:06:13 - Moi, je veux devenir journaliste pour montrer
01:06:16 au monde entier ce qu'il se passe.
01:06:19 Bien sûr que j'ai peur quand je vois des talibans
01:06:22 sur le chemin de l'école.
01:06:25 J'ai peur qu'ils nous tirent dessus ou s'en prennent à nous.
01:06:28 Quand je viens en cours, je ne me sens pas en sécurité.
01:06:31 Je n'ai pas l'esprit libre.
01:06:34 Nous ne sommes pas censés étudier dans de telles conditions.
01:06:37 Mais je n'abandonnerai jamais pour réaliser mon rêve,
01:06:40 pour être journaliste.
01:06:43 - Pour réussir à venir jusqu'ici, elle et ses camarades
01:06:46 ont dû mentir à leur famille, qui pense qu'elles étudient le Coran.
01:06:49 - Mes proches ne savent pas que je viens ici pour étudier
01:06:52 et c'est très difficile de leur cacher.
01:06:55 Un jour, ils me demanderont pourquoi j'étudie d'autres matières
01:06:58 que la religion et je devrais trouver une explication.
01:07:01 - Ma famille non plus ne sait pas que je viens ici
01:07:04 car mes parents ne sont pas éduqués.
01:07:07 Ils ne me laissaient pas aller à l'école.
01:07:10 Ils disent que les filles n'ont pas besoin d'être éduquées,
01:07:13 qu'elles doivent uniquement être de bonnes mères au foyer.
01:07:16 Parce que j'ai voulu aller à l'école, j'ai été menacée
01:07:19 et beaucoup battue par ma famille. J'ai tellement souffert.
01:07:22 - Les restrictions des talibans vous rendront plus fortes.
01:07:25 Ne laissez aucune loi vous rendre faible.
01:07:28 Tout finira par s'arranger. D'accord ?
01:07:31 - Oui, madame.
01:07:34 - Chaque cours se termine par un message d'espoir,
01:07:37 lu en persan et même en anglais.
01:07:40 - Never give up !
01:07:43 - Ne vous abandonnez jamais, d'accord ?
01:07:46 - Oui.
01:07:49 - Les filles, ne sortez pas toutes en même temps.
01:07:52 Faites des petits groupes et ne restez pas devant la porte
01:07:55 car cela pourrait éveiller les soupçons. D'accord ?
01:07:58 - Allez, mettez-vous deux par deux.
01:08:01 - Au revoir.
01:08:04 - Au revoir.
01:08:07 Quelques heures plus tard, nous retrouvons la professeure Amina.
01:08:10 - En fait, je n'étais pas autorisé à entrer dans l'école car je suis un homme.
01:08:13 - Oui, et aussi pour des raisons de sécurité.
01:08:16 Les voisins vous auraient vu et m'auraient demandé pourquoi vous étiez venue.
01:08:19 Notre école doit rester secrète. Personne n'est au courant.
01:08:22 - Donc vous avez aussi peur que vos voisins vous dénoncent,
01:08:25 qu'ils alertent les talibans ?
01:08:28 - Oui, qu'ils alertent les talibans et nous causent des problèmes.
01:08:31 - Vous avez peur que vos voisins vous dénoncent,
01:08:34 qu'ils alertent les talibans ?
01:08:37 - Oui, qu'ils alertent les talibans et nous causent des problèmes.
01:08:40 - Et que risqueriez-vous si votre école était découverte par les talibans ?
01:08:43 - Et que risqueriez-vous si votre école était découverte par les talibans ?
01:08:46 - Si les talibans découvrent mon école, ils la fermeront.
01:08:49 Ils pourraient également me faire du mal,
01:08:52 s'en prendre à ma famille, mais aussi à mes élèves.
01:08:55 - Vous voulez dire aussi que vous pourriez être battu ?
01:08:58 - Oui.
01:09:01 - Ou jeté en prison ?
01:09:04 - Oui.
01:09:07 - Ils nous font nous sentir tellement...
01:09:10 - Faibles.
01:09:13 - Oui.
01:09:16 - Votre famille est-elle au courant de ce que vous faites ?
01:09:19 - Non, ma famille n'est pas au courant.
01:09:22 S'il l'était, ils ne m'autoriseraient pas à donner ses cours
01:09:25 pour ma sécurité et pour la leur.
01:09:28 - Vous dites qu'ils ont peur pour votre sécurité,
01:09:31 mais vous avez toujours été un homme.
01:09:34 - Oui, je suis un homme.
01:09:37 - Amina a grandi dans un village pauvre de la province du Wardak,
01:09:40 en Afghanistan.
01:09:43 C'est à son arrivée à Kaboul, à l'âge de 5 ans,
01:09:46 qu'elle a commencé à étudier.
01:09:49 - Et quel a été votre parcours ?
01:09:52 - Une fois diplômée, mon travail était de vacciner des enfants
01:09:55 contre la polio.
01:09:58 - Vous êtes très jeune et très courageuse.
01:10:01 D'où vous vient cette volonté de promouvoir les droits des femmes ?
01:10:04 - Quand je vaccinais des enfants en 2016,
01:10:07 j'étais envoyée de foyer en foyer.
01:10:10 J'ai vu toutes ces femmes, toutes ces mères de famille
01:10:13 qui n'avaient pas d'opportunité.
01:10:16 Elles n'avaient aucun soutien et étaient dans de mauvaises conditions.
01:10:19 La plupart d'entre elles n'apprenaient rien
01:10:22 sur les droits des femmes.
01:10:25 C'est pour cela que j'ai décidé de faire quelque chose pour ces femmes,
01:10:28 afin qu'elles deviennent fortes,
01:10:31 qu'elles travaillent pour elles
01:10:34 et qu'elles aient de meilleures perspectives d'avenir.
01:10:37 - Êtes-vous optimiste quant au futur de votre pays ?
01:10:40 Pensez-vous que les talibans vont assouplir leurs politiques
01:10:43 à l'égard des femmes ?
01:10:46 - Je vois l'impact du régime taliban tous les jours.
01:10:49 Je ne sais pas pourquoi,
01:10:52 mais je vois l'impact du régime taliban tous les jours.
01:10:55 Ils contrôlent les femmes.
01:10:58 Les talibans imposent sans cesse des règles.
01:11:01 Ils veulent que toutes les afghanes leur obéissent.
01:11:04 Le futur des femmes en Afghanistan est incertain.
01:11:07 - Combien de temps pensez-vous pouvoir continuer
01:11:10 à donner ces cours en secret sans être découverte ?
01:11:13 Parce qu'un jour vous le serez.
01:11:16 - Je donnerai des cours à ces jeunes filles
01:11:19 tant que les talibans ne découvriront pas notre école secrète.
01:11:22 Mais c'est dangereux, je le sais.
01:11:25 - Vous êtes très courageuse.
01:11:28 - Vous savez, l'Afghanistan est comme une prison pour les femmes.
01:11:31 Nous n'avons pas le droit d'apprendre,
01:11:34 nous ne sommes pas libres de faire ce que l'on veut
01:11:37 et nous ne pouvons même pas décider par nous-mêmes.
01:11:40 Grâce à cette école,
01:11:43 les jeunes filles peuvent réaliser leurs rêves.
01:11:46 C'est leur seul espoir et je peux le leur donner.
01:11:49 Je suis un être humain
01:11:52 et c'est le rôle de l'humanité de s'entraider.
01:11:55 Alors j'aiderai ces femmes tant que je le pourrai.
01:11:58 - Merci beaucoup.
01:12:01 - Merci à vous.
01:12:04 Aujourd'hui, les droits des femmes sont plus que jamais menacés
01:12:07 par l'intolérance religieuse.
01:12:10 Mais certaines afghanes sont décidées à se battre.