00:00 Je suis Asaf Raluca et je suis sur France Inter.
00:03 Je vais dessiner les deux personnages principaux du bouquin.
00:07 Un, c'est Abraham, qui est mon arrière-grand-père,
00:10 et l'autre, c'est moi, il y a 20 ans, quand j'étais un peu plus jeune.
00:14 Ce que je dessine d'abord, c'est la façon dont il tient son cœur,
00:20 en position un peu différente,
00:21 parce qu'Abraham, c'est un marchand de tissus,
00:26 donc quelqu'un qui a une famille, il est assez fier.
00:29 Un peu plus responsable.
00:31 Et moi, quand j'avais 20 ans, j'étais un peu perdu,
00:36 donc quelque chose qui est un peu plus faible dans le corps.
00:40 Et puis, le truc important, en fait, c'est qu'ils ont le même visage.
00:43 Abraham, c'est les années 20,
00:46 donc il avait ce chapeau qui était, à l'époque, à la mode.
00:50 Et apparemment, il avait ce veste comme ça,
00:55 mais c'est surtout le Galabia.
00:57 Et puis moi, quand j'étais un peu artiste,
01:01 où je rêvais de devenir quelque chose,
01:03 donc toujours en noir,
01:05 beaucoup plus maigre que maintenant.
01:07 Après, les détails sont moins importants,
01:09 pour moi, c'est plus, je veux trouver la masse qui marche bien.
01:13 Faire l'ancrage, c'est, en fait,
01:17 la chance de corriger toutes les choses qui sont ratées.
01:21 Après, tous les détails, les petites plis,
01:25 tout ça, c'est quelque chose que je fais avec l'ancrage.
01:28 Et voilà comment j'ai dessiné le juif arabe.
01:31 Le juif arabe, c'est une histoire sur la mémoire.
01:36 Un mémoire que j'avais d'un meurtre
01:39 qui s'est passé dans ma famille il y a 100 ans.
01:42 Et essayer de découvrir qui a tué mon arrière-grand-père Abraham.
01:47 Et je voulais vraiment savoir la vérité.
01:49 Et donc, j'ai commencé à faire cette enquête.
01:52 Et ça, c'est le début, en moi, de l'histoire du juif arabe.
01:57 Le héros de mon enfance et le personnage que je dessine
02:02 le plus souvent, c'est bien sûr Batman.
02:06 C'est intéressant de dessiner Batman à cause de son masque,
02:10 parce que les yeux, c'est un peu bizarre.
02:12 On ne se passe pas exactement ce qu'on voit les yeux ou pas.
02:15 C'est nous qui décidons.
02:17 Et il y a une autre chose que j'aime en Batman,
02:19 c'est qu'il faut vraiment comprendre la forme de la tête
02:22 pour que toute cette histoire avec les oreilles marche bien.
02:27 La dernière chose que j'aime bien avec Batman,
02:30 c'est qu'en fait, il est toujours un peu mal rasé.
02:33 Et donc, ça donne un prétexte pour faire tous les petits détails
02:39 qui sont toujours agréables à dessiner.
02:41 J'ai pris l'habitude d'ajouter Batman de lunettes comme la mienne.
02:48 Donc, c'est Batman avec des lunettes.
02:51 Et donc, ça en fait, devient moi comme Batman,
02:55 qui est en fait la rêve d'enfance.
02:58 Finalement, ça n'est pas arrivé.
02:59 Je suis devenu juste quelqu'un de normal,
03:02 mais au moins, je peux dessiner ça.
03:05 Batman, le héros de mon enfance mélangé avec moi.
03:09 Ma première référence, c'est le dessinateur
03:13 alternatif américain Robert Crumb,
03:15 parce que Robert Crumb, en fait, dans son travail,
03:18 montrait pour moi le courage de pouvoir mettre en scène son personnage,
03:24 mais d'une façon qui est un peu ridicule.
03:26 Et je pense que ça m'a donné beaucoup d'inspiration
03:28 à mettre moi-même en scène et faire des comics autobiographiques,
03:33 mais pas comme un héros, mais comme un loser, un hétéro.
03:37 Mon deuxième référence, c'est le dessinateur français Mobius, Jean Giraud.
03:42 Je pense qu'il m'a inspiré de trouver un moyen de dessiner qui était facile,
03:47 mais en même temps, qui était réaliste.
03:50 Il a vraiment inventé, je pense, une méthode de faire
03:53 quelque chose qui est très compliqué, mais présenté d'une façon simple.
03:57 Mon troisième référence, c'est Otomo,
04:00 dessinateur et auteur japonais qui a fait Akira.
04:04 Il y a quelque chose que j'appelle le storytelling kinétique,
04:08 parce que la façon dont il raconte l'histoire
04:12 et arrange les images dans la planche,
04:16 et moi, ce qui m'intéresse vraiment dans la bande dessinée,
04:19 c'est comment on peut manipuler le temps.
04:22 Je pense que c'est vraiment l'art des manipulations du temps,
04:26 le storytelling, la mise en page, plus que le dessin.
04:30 Pour moi, Otomo est vraiment le master du storytelling.
04:34 La quatrième référence, c'est mon père.
04:36 Mon père est très différent de moi.
04:38 Il est ingénieur des avions, en fait.
04:41 Son approche pour la vie, c'est qu'il y a des problèmes
04:44 et il y a des solutions.
04:46 Et moi, comme artiste, je vivais une vie complètement différente,
04:50 parce que c'était toujours autour de ce que je sens,
04:53 ce que je veux faire, j'aime ça, j'aime pas ça.
04:57 Quand on a commencé à travailler sur les Juifs arabes,
05:00 j'ai passé beaucoup plus de temps avec lui, mais en tant qu'adulte.
05:04 J'ai appris, en fait, comment être humble sur des problèmes
05:07 et un peu me mettre à côté et essayer de trouver des solutions.
05:12 Et je suis vraiment, vraiment heureux que j'ai eu cette chance
05:16 de re-rencontrer mon père comme adulte
05:19 et apprendre de lui ça.
05:22 Sous-titrage ST' 501
05:24 ...
05:28 [SILENCE]
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