00:00 accoucher en prison, dans une cellule, ou attachée, etc.
00:03 Tout ce que j'ai entendu, c'est absolument faux.
00:05 Bonjour, je m'appelle Marianne Correll.
00:10 J'ai travaillé 37 ans au centre pénitentiaire des femmes de Rennes.
00:15 Suite à ça, j'ai écrit un livre au cœur de la prison des femmes.
00:19 Dans ce livre, je parle de ma vie professionnelle,
00:23 de certaines rencontres que j'ai faites,
00:25 et je parle également d'un quartier qui s'appelle le quartier mère-enfant.
00:29 À savoir que dans certaines prisons de France,
00:32 certaines mamans gardent leurs enfants avec elles jusqu'à l'âge de 18 mois.
00:37 J'étais donc responsable du quartier mère-enfant,
00:40 et on avait un grand respect dans ce quartier,
00:44 puisque notre rôle n'est pas de garder des enfants,
00:47 mais de garder des adultes.
00:50 On avait une bienveillance pour ces enfants,
00:52 et vraiment un accompagnement d'une grande richesse.
00:55 Donc, concernant la prise en charge,
00:57 elle est calquée complètement sur le citoyen lambda,
01:00 une maman qui est incarcérée.
01:02 Au moment de son incarcération et est enceinte,
01:04 au bout de son septième mois,
01:06 elle intégrera le quartier mère-enfant.
01:08 Au même titre qu'une maman à l'extérieur qui travaille,
01:11 eh bien, on le fait la même chose en prison,
01:13 c'est-à-dire qu'on invite la détenue à venir au quartier mère-enfant
01:17 pour s'isoler des autres détenus,
01:20 et puis avoir une certaine tranquillité.
01:23 Donc, une grande pièce de vie,
01:24 cinq cellules,
01:26 une cuisine,
01:27 un beau jardin,
01:28 une buanderie,
01:29 ouverture des cellules le matin à 7h30,
01:32 fermeture des cellules à 19h.
01:34 Donc, pas d'enfermement H24 avec un enfant loin de là.
01:39 Comment se passe un accouchement en prison ?
01:41 Alors, j'ai tout entendu, là aussi.
01:43 Aujourd'hui, j'ai 62 ans.
01:44 En 37 ans de carrière,
01:46 je n'ai jamais vu une détenue accouchée en prison.
01:49 À partir du moment où la détenue est enceinte,
01:52 elle a des visites ponctuelles à l'hôpital,
01:55 avec une préparation, avec une sage-femme,
01:57 qui vient à l'établissement et qui est aussi à l'hôpital.
02:01 La personne détenue, lorsqu'elle sent qu'elle a les premières douleurs,
02:06 on réagit très vite,
02:08 on est en direct avec le 15, le SAMU.
02:11 Le 15 se déplace, accouchée en prison,
02:13 dans une cellule,
02:15 ou attachée, etc.
02:16 Tout ce que j'ai entendu, c'est absolument faux.
02:18 La différence, c'est que la détenue est surveillée
02:21 par du personnel pénitentiaire ou du personnel de police,
02:25 mais en aucun cas un pénitentiaire ou un policier
02:29 rentrera dans une salle d'accouchement.
02:31 L'administration pénitentiaire n'est pas seule
02:35 avec cette prise en charge.
02:37 Elle est épaulée à 100% par l'APMI.
02:41 Donc l'APMI délègue deux personnes
02:45 pour venir régulièrement ou ponctuellement,
02:48 à savoir une puéricultrice et une éducatrice jeune enfant.
02:53 Tous les mois, un pédiatre se déplace en ambulatoire
02:57 pour venir visiter les enfants.
02:59 Existe une assistante maternelle
03:01 qui, elle, vient trois fois semaine également
03:04 sortir les enfants.
03:06 Alors l'assistante maternelle est très disponible,
03:09 je dirais H24.
03:11 Concernant la prise en charge financière,
03:13 il faut savoir qu'il y a deux cas de figure.
03:15 Les mamans qui sont incarcérées
03:17 touchent, au même titre que les mamans dehors,
03:20 les allocations de la CAF.
03:21 Cet argent doit servir à l'enfant.
03:23 C'est-à-dire que la maman se prend en charge
03:26 et commande ce qu'elle a besoin pour son enfant,
03:29 les produits d'hygiène, les produits d'entretien
03:32 et bien sûr l'alimentation.
03:34 Sauf que nous avons, sur le territoire français,
03:37 des mamans qui ne sont pas françaises
03:40 et qui ne touchent rien,
03:41 qui ont à l'aide de l'État.
03:43 C'est-à-dire nos impôts,
03:44 le budget de l'État de l'administration pénitentiaire
03:47 prend en charge tout ce qui touche l'enfant.
03:50 Un enfant incarcéré avec sa mère,
03:52 on sait pertinemment qu'il ne va pas rester avec sa mère.
03:55 Il partira à 18 mois.
03:57 Donc il faut préparer ce départ.
04:00 Ce n'est pas un départ...
04:01 Ça ne doit pas être un départ violent.
04:03 D'ailleurs, ça ne l'est pas.
04:04 C'est un départ progressif.
04:05 Déjà, il commence à sortir avec l'assistante maternelle.
04:09 Il apprend à vivre sans sa maman tranquillement.
04:13 Donc bien sûr, avant 18 mois,
04:15 l'administration pénitentiaire, la PMI, les services sociaux
04:19 s'occupent du placement de cet enfant.
04:21 Soit il part dans sa famille, et tant mieux pour lui.
04:24 Soit il part dans une famille d'incules,
04:26 si famille toxique, déviante, je vous passe les détails.
04:31 Mais moi, ce que j'ai pu constater,
04:33 lorsqu'il commence à rentrer dans l'autonomie et de la marche,
04:36 un enfant se fait entendre.
04:39 Le départ se fait tranquillement.
04:43 Et presque chez certaines mamans,
04:47 ce n'est pas toujours un déchirement.
04:50 Ça peut être un soulagement
04:53 pour le bien-être de l'enfant.
04:55 Les personnes détenues,
04:58 pour la plupart, ont quand même été malmenées.
05:01 Malmenées par la vie, malmenées parfois par des hommes,
05:05 malmenées parfois par des familles, par des parents,
05:08 par des familles d'accueil.
05:10 Je pense que les groupes de parole,
05:11 ça pourrait être sympa avec des personnels de santé
05:16 pour qu'elles puissent reprendre confiance en elles
05:18 et se dire qu'elles aussi sont capables d'eux.
05:21 Elles sont capables de quelque chose.
05:23 Et je garde ce côté positif pour transmettre le message
05:27 qu'en prison, il se passe aussi des bonnes choses.
05:30 Mais je vous invite à lire mon livre
05:33 dans lequel je parle aussi de la maternité en prison.
05:36 Sous-titrage ST' 501
05:40 Sous-titrage ST' 501
05:43 [Musique]
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