00:00 J'avais pas encore mes règles et en fait on a découvert que j'étais atteinte d'un syndrome MRKH
00:05 qui fait que mon utérus ne s'est pas développé.
00:08 Donc je n'ai pas la possibilité de porter un enfant.
00:10 En revanche, j'ai un cycle ovarien classique.
00:13 J'ai aussi appris que j'avais mon vagin qui n'était pas développé à ce moment-là.
00:17 Donc je me suis d'abord focalisée sur ça.
00:19 Le désir d'enfant, je ne l'avais pas encore. On me l'a enlevé, mais je ne me suis jamais posé cette question-là à 16 ans.
00:25 Quand on commence à avoir 30 ans, le poids de la société nous fait sentir que c'est le moment pour nous de se poser des questions sur la parentalité.
00:31 Avec mon conjoint, il fallait qu'on réfléchisse au fait de ne pas avoir d'enfant.
00:35 Pour nous, c'était important aussi de se poser cette question-là.
00:37 Naturellement, on s'est dit qu'on allait se lancer dans la GPA,
00:42 une pratique qui nous permettait d'avoir un enfant qui était génétiquement le nôtre.
00:45 C'est un projet qui coûte 150 000 euros.
00:47 On a dû faire un prêt, on a aussi récupéré toutes nos économies.
00:50 Puis, avec l'aide des amis, de la famille, on a réussi à réunir cette somme qui est assez énorme.
00:56 On a choisi les États-Unis parce que, historiquement, la GPA est installée là-bas depuis la fin des années 80.
01:03 Juridiquement, ça assure une certaine sécurité.
01:06 Quand elle est née, elle a eu des papiers d'identité qui nous permettent ensuite de rentrer en France,
01:09 pour ne pas qu'elle se retrouve dans une situation apatride.
01:13 Effectivement, on s'est posé un tas de questions, notamment sur la marchandisation du corps,
01:18 dans quoi on s'engageait, est-ce que c'était éthique.
01:21 On s'est rapidement dit qu'à partir du moment où les trois parties sont d'accord,
01:25 que tout le monde a toute sa tête et a la capacité de réfléchir,
01:29 ce qui est important pour nous, c'est que ce ne soit pas quelqu'un qui soit dans le besoin financier.
01:33 C'est une personne qui a deux enfants, qui a un logement,
01:36 qui est complètement honnête et transparent sur la pratique,
01:40 qui, elle, dit qu'elle veut évidemment aider un couple et que c'est une de ses motivations.
01:46 Mais une autre de ses motivations, c'est qu'elle veut aussi payer des études à ses enfants.
01:50 À partir du moment où les choses sont dites et les choses sont transparentes,
01:53 je considère que c'est éthique et à part nous trois,
01:57 personne d'autre devrait se poser la question.
02:00 Ça nous regarde, elle et nous.
02:02 Je me suis confrontée à moi-même, où j'imaginais que ça allait être beaucoup plus simple.
02:06 J'avais plein de belles idées en me disant que peut-être je serais son amie,
02:11 qu'on construirait une relation particulière, fusionnelle,
02:14 et je me suis rendue compte que moi-même, je ne pouvais pas,
02:17 parce que c'était compliqué de trouver sa place à la fois pour elle et à la fois pour nous.
02:22 C'est pas sans conséquence que de voir naître son enfant du corps de quelqu'un d'autre,
02:26 j'aurais toujours l'impression que je lui dois quelque chose.
02:29 Je pense que toute ma vie, j'aurais ce sentiment.
02:31 Après, c'était en connaissance de cause.
02:34 On peut contrôler le cadre, mais on ne contrôle pas les émotions et la rencontre.
02:40 L'accouchement n'a pas été simple parce que déjà, c'était la période Covid.
02:43 Donc on ne pouvait pas être tous les deux présents.
02:46 Yoann a dû patienter des heures à l'accueil de l'hôpital,
02:50 pendant que moi, j'étais avec Samantha.
02:53 Ce qui a été compliqué, c'est de me sentir un peu seule au monde.
02:57 Tout d'un coup, je suis devenue mère.
02:58 Ça paraissait normal pour tout le monde, mais pour moi, c'était un peu improbable.
03:03 Disons qu'on a maturé ce projet pendant des années et des années.
03:06 Tout d'un coup, que les choses se concrétisent, c'était un peu impensable.
03:10 impensable.
03:12 [SILENCE]
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