00:00 Bonjour Céline Bahid Darcourt, l'invitée média de France Info va répondre à vos
00:04 questions dans un instant.
00:05 Elle a longtemps présenté la météo, notamment sur France 2, et elle incarne maintenant
00:08 un magazine documentaire sur TV5Monde intitulé « A la vie, à la terre », quatrième et
00:14 dernier numéro de la saison ce soir.
00:16 Bonjour Chloé Nabilian.
00:17 Bonjour.
00:18 C'est un magazine consacré à l'environnement, vous partez à la rencontre de celles et ceux
00:20 pour qui le dérèglement climatique est très concret.
00:23 Ils le vivent et même ils le subissent au quotidien.
00:26 Après le Québec, le Congo, le Maroc, vous êtes allée au Cameroun où la montée des
00:30 eaux inquiète les habitants et le phénomène est aggravé par les coupes sauvages du bois
00:33 des forêts.
00:34 On écoute un extrait, vous êtes auprès d'une militante écologiste.
00:37 « Regardez, regardez, ça c'est frais.
00:40 Ça c'est fraîchement coupé.
00:41 » « Ça te fait quoi quand tu vois ce bois coupé comme ça ? »
00:46 « Moi ça me donne la chair de poule.
00:48 Ça me gêne parce que nous sommes dans une zone insulaire.
00:53 Bientôt on va regagner la mer.
00:56 D'ici peu on est à l'océan.
00:58 Si on coupe toute la mangrove, la ville va disparaître.
01:01 » « Pourquoi ? » « Parce que c'est elle qui sert de protection naturelle contre
01:06 la montée des eaux.
01:07 Douala est toujours inondée.
01:09 Pourquoi ? Parce que l'urbanisation n'a pas été bien pensée.
01:13 Parce qu'on a détruit là où on ne devait pas détruire.
01:15 » Vous avez choisi, Chloé Nabédian, pour ce numéro, l'angle des femmes qui se battent
01:19 pour la protection de la nature.
01:21 Pourquoi ? Elles sont en première ligne.
01:22 Elles sont en première ligne et ce sont surtout elles qui sont les grandes défenseuses de
01:27 cette nature et qui peuvent la guérir et la reconstruire.
01:30 Il faut savoir qu'au Cameroun, ce sont vraiment les femmes qui travaillent la terre.
01:32 Ce sont elles qui nourrissent leur famille avec parfois leur production.
01:36 Elles peuvent vendre aussi leurs légumes, leurs fruits pour permettre aux enfants d'aller
01:40 à l'école.
01:41 Donc c'est elles qui sont vraiment en contact direct avec cette terre nourricière.
01:44 Et aujourd'hui, elles sont face à un vrai problème avec des notions même de famine
01:48 qui nous ont été très explicitement dites.
01:52 Et ça, ça nous a vraiment beaucoup marquées parce qu'elles ne savent plus quoi faire
01:54 aujourd'hui.
01:55 Avec cette pluie qui devient plus intense, on a des fruits qui sont en train de pourrir
01:59 ou alors avec une chaleur trop forte, ce sont les bananes plantins qui n'arrivent plus
02:02 à mûrir.
02:03 Vous avez voulu ce programme comme porteur d'espoir et de solution, pas alarmiste du
02:08 tout.
02:09 Effectivement, c'était vraiment Françoise Joly qui a créé ce magazine « À la vie
02:12 et à la terre » pour TV5Monde, qui avait vraiment cette envie et cette idée de vouloir
02:16 mettre en avant les solutions.
02:17 C'est vraiment retrouver sur cette idée ensemble parce que c'était important aujourd'hui
02:20 de ne pas montrer uniquement le côté apocalyptique mais bien le côté solution car elles existent
02:25 et montrer aussi que les conséquences sont déjà visibles sur d'autres pays dans
02:28 le monde.
02:29 Parce que vous trouvez que les sujets environnementaux à la télé sont justement trop anxiogènes ?
02:33 Oui, apocalyptiques souvent.
02:35 Donc ça fait un sentiment un peu de blocage, de rejet d'une population et puis aussi
02:39 un côté trop militant.
02:40 Je pense qu'on a du mal aussi à se projeter avec des visions un peu trop radicales de
02:44 l'écologie.
02:45 Il est temps aujourd'hui de montrer une nouvelle voie.
02:46 On ne serait pas passé d'un extrême à l'autre, c'est-à-dire dans le déni pendant
02:49 des années et puis aujourd'hui peut-être un peu trop, tout ce que vous venez de dire.
02:53 Oui, c'est possible.
02:54 De toute façon, quand on est dans des extrêmes comme ça, c'est qu'il y a vraiment un
02:55 sentiment de peur qui est extrêmement fort parce qu'on est face à une situation où
02:59 malgré tout, même si on nous dit qu'on a des petits gestes à faire au quotidien,
03:02 le ratio c'est vraiment 80/20.
03:04 80 où l'État peut changer les choses au niveau systémique et 20 au niveau de la population
03:08 réellement.
03:09 La bonne nouvelle quand même, c'est que désormais tous les jours dans les médias,
03:11 on parle du dérèglement climatique.
03:13 Alors ça, ça a été un changement radical depuis les incendies de l'été dernier
03:16 et j'en suis vraiment très heureuse.
03:18 Aujourd'hui, on ne peut pas nous zapper sur une chaîne et ne pas entendre parler
03:22 du changement climatique.
03:23 C'est le cas aussi en radio, c'est le cas en presse écrite et c'est extrêmement
03:26 important que les médias s'emparent de ce sujet et puissent vraiment le décrypter
03:29 pour que les citoyens puissent réapproprier l'information.
03:32 Vous vous battiez pour avoir ce genre de format depuis des années parce que vous avez passé
03:36 alors six ans à France 2, mais ça fait 10 ans, voilà, vous avez présenté la météo
03:40 sur différentes chaînes et vous demandiez d'avoir plus de place et plus d'espace
03:45 pour ces sujets-là.
03:46 Bien sûr, ça a été un combat au quotidien sur toutes les chaînes de pouvoir vraiment
03:49 en parler, de prendre le temps d'en parler.
03:50 Je suis hyper heureuse de voir que France Télévisions a fait ce virage avec ce journal
03:54 Météo Climat parce qu'on en parle tous les jours et ça, on se battait vraiment pour
03:57 qu'on parle tous les jours du climat.
03:58 Pas uniquement qu'il y a une catastrophe, mais vraiment pour apporter du décryptage
04:02 et ensuite des magazines beaucoup plus complets, beaucoup plus longs, commencent à se mettre
04:05 en place et c'est essentiel aujourd'hui.
04:07 Mais ce journal Météo Climat est arrivé après votre départ.
04:10 Vous vous avez quitté France 2 il y a à peu près six mois.
04:11 Vous ne le regrettez pas ?
04:12 Non, c'était déjà dans les tuyaux quand j'avais pris ma décision de partir.
04:17 Ma décision de partir était vraiment liée au fait que je voulais partir sur le terrain,
04:21 faire du documentaire, du reportage et partir sur des sujets beaucoup plus longs et pas
04:24 uniquement cinq minutes.
04:25 Le journalisme, Chloé Nabédian, vous y êtes venue un petit peu par hasard, non ?
04:29 Oui, c'était une vraie découverte d'un stage quand j'étais en école de commerce.
04:33 J'ai eu un coup de cœur énorme pour ce métier, mais j'avais déjà 27 ans, donc
04:35 j'ai vraiment commencé sur le tard.
04:37 Et ça a été une opportunité incroyable quand j'ai découvert ce domaine de la
04:41 météo, ça a été mon deuxième coup de cœur.
04:43 Et là, j'ai tracé ma route parce que j'ai compris que ce sujet était très transversal,
04:47 touchait absolument tout le monde et qu'il y avait vraiment des choses incroyables à
04:49 faire.
04:50 Ça, c'est venu avec les années ou alors vous étiez sensibilisée aux questions climatiques
04:54 depuis toute petite ?
04:55 Non, je n'étais pas sensibilisée aux questions climatiques depuis petite.
04:58 On en parlait d'ailleurs assez peu.
04:59 Parce que je date maintenant, ça remonte dans les années 80, ma naissance.
05:03 Donc à l'époque, on n'en parlait pas forcément beaucoup.
05:05 Mais en revanche, quand moi, je me suis intéressée à ce sujet, j'ai vu à quel point il y
05:09 avait une difficulté des choses qui étaient en train de se mettre en place.
05:11 Il y a la COP21 qui est arrivée, donc on a pu commencer à mettre en place des sujets
05:14 autour du climat.
05:15 Et ensuite, ça devient un combat personnel qui commence à se mettre en place parce que
05:19 vous vous rendez compte de ce qui est en train de se passer.
05:20 Vous voyez qu'il y a des inactions totales qui ne se font pas.
05:24 Donc, c'est vraiment compliqué de gérer cet entre deux.
05:27 Et donc, vous vous dites à mon niveau, qu'est ce que je peux faire ?
05:30 Moi, je travaille dans les médias.
05:31 Je suis journaliste.
05:32 Peut-être que je peux apporter ma pierre à l'édifice de cette façon là.
05:34 Et c'est pour ça que je me suis engouffrée dans la brèche.
05:36 Sans militantisme ?
05:37 Sans militantisme, c'est le côté un petit peu compliqué de la chose parce qu'effectivement,
05:40 lorsqu'on voit ce qui se passe, on a envie effectivement d'aller dans l'action et
05:44 d'être un petit peu plus proactif.
05:46 Mais moi, je suis vraiment convaincue, et ça c'est une conviction profonde, que les
05:51 gens ne vont pas changer en étant touchés par la grâce du jour au lendemain en se disant
05:55 il faut que je fasse quelque chose parce qu'effectivement, le changement climatique.
05:57 En revanche, si on arrive à les intéresser au sujet par rapport à ce que ça pourrait
06:01 leur apporter, là, à mon avis, on a vraiment un déclencheur qui pourrait se faire.
06:05 Et donc, il faut parler à chaque catégorie.
06:07 Vous ne parlez pas de la même chose à quelqu'un qui touche au SMIC, à un milliardaire, à
06:09 un industriel, à un journaliste.
06:11 Vous parlez différemment de ce sujet là, mais vous pouvez les toucher selon ce que
06:14 ça pourrait leur apporter.
06:15 Vous ne portez pas une écologie très radicale ?
06:17 Non, je...
06:18 Vous ne portez pas la décroissance par exemple ?
06:20 Alors, la décroissance à sobriété, c'est des choses sur lesquelles on va devoir aller.
06:24 Mais en revanche, moi, c'est plutôt sur les termes choisis de décroissance et sobriété
06:27 où j'ai vraiment envie de retravailler parce qu'aujourd'hui, on nous dit ce qu'on va perdre.
06:30 Donc, vous n'allez peut-être plus pouvoir manger de viande rouge, plus circuler comme
06:33 vous voulez, etc.
06:34 Mais on ne dit pas toujours ce qu'on va gagner.
06:35 Donc, on aura peut-être une meilleure santé, on aura une meilleure justice sociale, on
06:38 va avoir des meilleurs logements qui nous protégeront, des températures à 40 degrés
06:41 l'été.
06:42 Il faut parler de tout ce que ça va nous apporter et finalement de ce mieux vivre qu'on aura
06:45 à la fin.
06:46 Est-ce que ce magazine de TV5MONDE, "A la vie à la terre", va revenir à la rentrée ?
06:49 Oui, il revient à la rentrée.
06:51 On a un numéro qu'on va tourner cet été en Suisse pour parler justement de la fonte
06:55 des glaces.
06:56 Est-ce que vous avez d'autres projets ?
06:57 Oui, il y a une chronique sur France Bleu d'ailleurs qui va démarrer chez vos confrères
07:01 cet été à partir du 3 juillet.
07:03 Ça s'appelle "Les mots de la météo".
07:04 Et on va décrypter justement ces mots qu'on entend dans nos bulletins météo qui paraissent
07:08 un petit peu compliqués.
07:09 Et après, on va montrer leur évolution par rapport au changement climatique et on va
07:11 parler des solutions.
07:12 Et donc, vous n'avez pas de vacances cet été ?
07:14 Non, pas de vacances.
07:15 Alors, bon courage et merci d'être venu, Chloé Nabédian.
07:19 "A la vie à la terre" au Cameroun.
07:21 C'est donc ce soir à 21h sur TV5MONDE, Chloé Nabédian.
07:25 Et c'est l'inbyte d'Harkour, on vous réécoute sur franceinfo.fr
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