00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 RTL matin
00:06 RTL 7h43, excellente journée à vous tous qui nous écoutez. Amandine Mégot, vous recevez donc ce matin Guillaume Faury, président exécutif d'Airbus.
00:14 Bonjour Guillaume Faury.
00:16 Bonjour. Président d'Airbus, donc exécutif d'Airbus et président aussi, je le rappelle, du groupement des industries françaises
00:22 aéronautiques et spatiales. Merci beaucoup d'être en direct avec nous ce matin.
00:25 Depuis le salon du Bourget, un salon où il faut bien le reconnaître, Airbus fait la course en tête des commandes depuis lundi.
00:32 Il y a bien sûr cette commande record.
00:34 500 avions du jamais vu pour l'indien Indigo, mais pas que. J'imagine que vous êtes un patron heureux Guillaume Faury ce matin.
00:40 Ah bah c'est important de pouvoir prendre des commandes dans notre industrie. En ce moment
00:45 l'aviation va mieux après une période difficile qui était celle du Covid,
00:48 période presque existentielle pour notre industrie. Et là oui les choses repartent vers l'avant très fortement. On voit que la croissance mondiale
00:55 de l'aviation est une réalité, en particulier dans les pays en développement.
00:58 Et en Inde, l'aviation est vraiment le moyen de transport qui se développe très très vite.
01:02 Donc on est ravi de prendre des commandes avec des clients historiques ou aussi avec des nouveaux clients comme Air India
01:08 récemment, nouveaux clients au sens où
01:10 ils ont un développement très très important en ce moment et dans les années qui viennent. Voilà donc oui oui un patron très heureux de ce
01:15 point de vue là. Et vous nous confirmez d'ailleurs le montant du contrat avec Indigo, 55 milliards de dollars, c'est ce qu'on a pu lire.
01:21 Oui non mais il faut pas forcément croire ce qui est écrit parce que... Pourquoi c'est toujours secret Guillaume Fauré ?
01:26 Parce que c'est le secret des affaires et puis parce que c'est des contrats qui sont des contrats très importants, qui sont compliqués,
01:32 qui sont sur des durées très longues et donc avec des clauses particulières à chaque contrat.
01:36 Voilà les prix des avions dans les contrats sont des prix confidentiels.
01:40 Donc quand on entend 55 milliards de dollars c'est quoi ? Deux tiers de moins ? Un tiers de moins ? Deux fois moins ?
01:46 Quand vous entendez 55 milliards de dollars c'est des calculs qui sont faits avec
01:51 des prix dits catalogues qui d'ailleurs n'existent plus vraiment aujourd'hui, qui sont des prix de référence.
01:55 Non mais pour vous donner une idée...
01:57 Les ordres de grandeur ne sont pas mauvais.
01:59 Les ordres de grandeur ne sont pas mauvais.
02:01 Ce salon n'est pas terminé, il ferme ses portes je le rappelle dimanche, est-ce qu'il faut s'attendre encore à d'autres commandes ?
02:07 Il faut s'attendre à d'autres commandes, je pense qu'il n'y en aura pas d'autres
02:10 d'une telle ampleur. Le contrat Indigo que nous avons signé lundi c'est pour 500 avions de type A320.
02:17 C'est le plus grand contrat de l'histoire de l'aviation en nombre d'avions donc on n'a pas des contrats comme ça tous les jours.
02:22 Ça veut dire du travail j'imagine et donc sans doute des emplois chez Airbus une telle commande ?
02:28 Oui c'est effectivement
02:31 rempli de notre carnet de commandes,
02:33 c'est à dire les avions pour lesquels il y a des contrats signés sur des durées très longues.
02:36 Ça donne beaucoup de visibilité, ça donne beaucoup de raison à l'ensemble de la filière
02:40 d'investir, d'embaucher et de savoir qu'il y a du travail pour longtemps. Donc c'est effectivement très important en termes de visibilité,
02:47 de crédibilité, d'investissement, d'embauche, de formation. Ça diffuse dans toute
02:51 notre industrie. Est-ce que vous pouvez chiffrer justement les recrutements, les besoins que vous allez avoir pour les années à venir chez Airbus ?
02:58 Oui on a embauché l'année dernière 13 000 personnes, c'est beaucoup 13 000 dans le monde,
03:03 3 500 en France et on vise d'embaucher à peu près le même nombre de personnes cette année. On vient d'annoncer qu'on avait déjà fait 7000 recrutements
03:11 sur l'année chez Airbus. Donc on est dans une période de très fort recrutement avec des profils qui sont
03:16 des profils
03:18 dont on a besoin qu'ils soient très complets sur les métiers traditionnels de l'aviation mais aussi de plus en plus dans les métiers
03:23 dits du numérique parce que nos outils sont numériques, que ce soit des outils de
03:27 conception, de production, de soutien, des appareils en service ou même dans les métiers
03:32 de service en général dans l'entreprise. Donc oui, beaucoup d'embauches en ce moment et des métiers qui sont absolument passionnants parce qu'on fabrique
03:39 l'aviation de demain, l'aviation décarbonée ou alors
03:43 l'espace, les satellites, les petits satellites, les constellations, il y a énormément de choses en termes d'innovation en ce moment, c'est passionnant.
03:48 On va parler de l'aviation décarbonée, de l'aviation du futur dans un tout petit instant
03:51 mais juste un mot. Bruno Le Maire était hier au Bourget et il a lancé un appel au grand groupe, les sous-traitants dit le ministre de
03:59 l'économie doivent eux aussi profiter de cette reprise que vous évoquiez.
04:02 Est-ce que vous vous engagez ce matin Guillaume Fauré sur RTL pour que les sous-traitants, vos sous-traitants en profitent aussi ?
04:08 Alors écoutez, je ne peux pas m'engager personnellement plus que ce que je fais en ce moment puisque comme vous l'avez dit,
04:12 je suis aussi président du JIFAS qui est la filière et cette filière elle travaille vraiment en équipe. On a traversé la crise tous ensemble
04:19 les petits et les grands, on est tous dépendants les uns des autres d'ailleurs, avec un très grand nombre d'initiatives
04:25 et d'initiatives solidaires. On a en particulier, nous les grands groupes, contribué à un fonds d'investissement pour faire
04:34 du soutien et de la restructuration dans la période du Covid. D'ailleurs on l'a fait aux côtés de l'état français d'investisseurs privés.
04:39 Donc on est très très solidaires en cette filière, c'est ce qui fait d'ailleurs qu'on est très
04:43 performant en français, en européen. C'est une filière où on est leader mondiaux, il n'y en a pas beaucoup et c'est parce qu'il y a beaucoup de
04:48 solidarité dans la filière. Donc
04:50 Bruno Le Maire nous l'a rappelé mais c'est quelque chose qu'on fait au quotidien.
04:53 Toutes ces commandes, ça peut étonner quand même
04:55 certains de nos auditeurs à un moment où certains pointent du doigt l'avion, les écologistes notamment, il y a eu ce débat
05:01 avec cette idée de lancer quatre vols par habitant dans une vie. La flotte mondiale d'avions devrait doubler d'ici 20 ans.
05:09 On est très loin de ceux qui annoncent la mort de l'avion.
05:12 Oui tout à fait, en fait l'aviation est vraiment en plein développement. C'est un moyen de transport
05:16 extraordinaire pour
05:18 connecter les peuples, pour permettre de se déplacer sur des distances longues ou même des distances courtes. Il y a beaucoup
05:24 d'incompréhension sur l'avion. Un avion qui fait un vol de 1000 km par exemple entre l'Espagne et l'Italie
05:31 et là il faut plusieurs jours pour y aller par la route ou par le train.
05:35 Ce vol là, la consommation de carburant avec des avions modernes, ceux qu'on fabrique en ce moment,
05:40 elle est de l'ordre de 2 litres par 100 km et par passager.
05:46 Donc beaucoup moins que la voiture.
05:47 Oui alors une voiture c'est 6 ou 7 litres au 100, une voiture conventionnelle.
05:50 Donc si on met plusieurs personnes à bord,
05:52 on peut arriver à descendre par passager effectivement à 2 litres. Mais il y a beaucoup d'incompréhension par rapport à ça.
05:58 Donc moi je trouve que
06:01 la perception de l'aviation...
06:03 Oui ça nous agace beaucoup de mettre l'aviation comme bouc émissaire
06:06 du réchauffement climatique parce qu'effectivement l'aviation émet du carbone. On est à peu près 2,5 % des émissions
06:12 de carbone. Mais 2,5 %, voilà vous mettez 100 pièces sur la table, 100 pièces de 1 euro, vous en enlevez 2,
06:18 vous voyez que vous n'avez pas résolu le problème. Donc on a un réseau de la partie
06:21 aviation, on est absolument engagé dessus. Moi je suis personnellement
06:27 convaincu qu'il faut faire la décarbonation du secteur aérien parce que
06:30 c'est la façon de le projeter dans l'avenir et donner à nos enfants la capacité
06:33 de voler sans impact sur le climat. Mais une fois que vous avez résolu le problème du carbone,
06:37 l'avion est le moyen de transport idéal. D'abord c'est le moyen de transport le plus sûr et ensuite vous n'avez pas besoin de mettre une
06:42 infrastructure au sol. Les infrastructures routières ou ferroviaires ont extrêmement dommagé
06:47 les régions du monde où elles ont été mises de façon très très dense.
06:50 L'aviation permet d'éviter ça. Vous nous parlez d'avion décarboné, c'est le fameux avion vert.
06:55 Emmanuel Macron a dit vouloir faire cette semaine de la France un champion de l'avion vert. Est-ce que c'est vraiment possible ça Guillaume Fauré ?
07:00 Mais bien sûr, bien sûr. Non seulement c'est possible mais la feuille de route elle est déjà tracée.
07:04 On est en train aujourd'hui de faire les investissements en termes de technologie pour préparer la génération d'avions suivantes
07:11 qui permettra... Et alors on les verra quand ces avions Guillaume Fauré ?
07:15 Alors d'abord ils existent un petit peu aujourd'hui. Ceux qu'on livre aujourd'hui sont capables de voler avec 50% de carburant dit durable, ce qu'on
07:22 appelle les SAF dans l'aviation. Mais qui est super cher.
07:24 Malheureusement on en utilise moins d'un pour cent aujourd'hui. Donc il faut faire le développement,
07:29 la mise à l'échelle de ces carburants. Il y a beaucoup d'investissements en cours en ce moment. Il faut en réduire le prix.
07:34 Pour pouvoir se payer ces carburants là, il faut continuer à réduire la consommation des avions.
07:38 Donc la prochaine génération d'avions qui rentrera en service entre
07:41 2035-2040 qu'on prépare aujourd'hui pourra consommer jusqu'à 100% de carburant durable.
07:46 Mais on consommera beaucoup moins pour que l'équation économique fonctionne. Voilà donc la feuille de route elle est tracée. On est dessus.
07:53 Elle est extrêmement crédible et on est complètement
07:55 concentré pour la rendre possible. C'est ce qui se passe aujourd'hui au salon du Bourget. On a
08:00 beaucoup d'endroits en particulier, un endroit qui s'appelle le Paris Air Lab où on montre toutes ces technologies
08:04 pour que tout le monde vienne nous aider à réaliser l'aviation des carbonés.
08:08 Parce que le problème c'est pas l'aviation. L'aviation c'est une solution.
08:11 Le problème c'est le carbone qu'on émet. Mais là aussi il y a des solutions pour régler ce problème.
08:15 Vous parliez du SAF, le carburant durable.
08:18 Il coûte à peu près plus de cinq fois plus cher que le fuel. Nous disait hier la directrice générale d'Air France
08:23 5 000 euros la tonne contre 800 pour le fuel. Et aux Etats-Unis on est à 2 000 euros la tonne. Est-ce que
08:28 comme le demande le patron d'Air France, il faut alléger les taxes ici en France pour voir le prix baisser ?
08:33 Alors ce qui est absolument essentiel c'est de trouver les moyens qui vont permettre de faire la montée en puissance
08:39 de la fabrication et la consommation de ces carburants. C'est comme quand on a rentré les voitures électriques
08:45 dans le parc automobile. Au début elles étaient beaucoup trop chères, difficiles à utiliser.
08:48 Donc il y a eu tout un tas de mesures qui ont été mises en place pour rendre
08:52 possible et intéressant le fait de rouler avec une voiture électrique. On est dans un
08:55 schéma similaire dans lequel il faut un certain nombre de contraintes pour engager la filière dans cette direction là. Et puis des mesures d'accompagnement.
09:02 Et en effet une des mesures d'accompagnement les plus efficaces c'est des aides
09:08 à la production de carburants pour que ces carburants arrivent à des niveaux de prix qui deviennent...
09:12 C'est ce qui se passe aux Etats-Unis et ce qu'on ne fait pas encore en France ?
09:15 Alors en Europe c'est un système très contraignant. J'appelle ça le bâton.
09:20 Et aux Etats-Unis c'est un système sur les incentives avec les carottes. Je pense qu'on a sûrement
09:25 moyen de trouver un bon compromis ou une bonne complémentarité entre les deux. En tout cas c'est vrai que le système américain aujourd'hui entraîne des investissements
09:32 très très rapides et
09:34 montre son efficacité. Donc il faut que les Européens
09:37 utilisent leur système et regardent aussi les systèmes qui marchent ailleurs.
09:40 Un grand merci Guillaume Fauré d'avoir été en direct avec nous du salon du Bourget qui, je le rappelle, se tient jusqu'à dimanche.
09:47 Vous attendez très très nombreux visiteurs ces prochains jours. Je remercie aussi Jonathan Griveaux pour les moyens techniques.
09:52 13 000 embauches l'an dernier, ça devrait être la même chose cette année.
09:56 Merci.
09:57 [SILENCE]
Commentaires