00:00 Tu es tellement à l'image de la femme où, complètement débile, fais-toi violer.
00:03 On va te faire la peau et on va aussi massacrer ta raclure de bâtard.
00:06 Vidéo d'une femme jetée à terre, un peu grosse, brune.
00:11 Quelqu'un en dessous va mettre "C'est Raquel Garrido".
00:13 Sale grosse pute de salope, nique ton parti de merde.
00:16 En fait, c'est fou parce que j'ai pris l'habitude.
00:18 Le plus grave que j'ai reçu, c'est en fait un tutoriel sur comment m'assassiner.
00:23 Ça a d'ailleurs donné lieu au fait que j'ai dû me cacher avec ma famille et mes enfants.
00:26 Dans un premier temps, ils ont été condamnés.
00:28 Et puis, en appel, ils ont été relaxés.
00:30 J'ai de tout, de la menace de mort, menace de viol.
00:33 Dès qu'on te dérange, la menace qui arrive, c'est "On va te violer".
00:36 Enfin, ça dit tout, en fait.
00:37 On peut recevoir "Grosse pute", on peut recevoir "Salope".
00:40 C'est souvent quand même des insultes sexistes.
00:42 De manière très fréquente, des insultes sur mon poids,
00:45 sur le fait que je suis une grosse vache, une grosse truie.
00:48 Et puis souvent aussi xénophobe.
00:50 Parce que des fois, ça va ensemble.
00:51 Retourne au Chili, etc. Ça, je me le prends souvent.
00:54 En vérité, ils vont réifier mon corps, m'inventer des pratiques sexuelles.
01:00 Quand j'étais encore à Lille, ma maison a été couverte d'autocollants.
01:03 Il y a même eu des insultes ou des menaces dans la rue.
01:07 Ça dépasse largement les réseaux sociaux.
01:09 J'ai envie de dire, c'est tout le temps, en fait.
01:11 Moi, par exemple, je m'étais retrouvée sur une liste d'extrême droite
01:14 où on expliquait que si j'étais devenue députée,
01:16 c'est parce que j'avais sucé ensemble des hommes grands remplacés de ma circonscription
01:21 et que c'est comme ça que j'avais été élue députée.
01:23 Avec un appel à me cibler avec une photo de moi.
01:26 J'ai tweeté une partie de la lettre de menace que j'avais reçue.
01:30 Ça me paraissait important aussi de rappeler à nos compatriotes
01:33 ce à quoi on peut être soumis en tant que femme,
01:35 que femme mariée et que femme mère d'enfant.
01:38 Et il y a une espèce d'emballement où certains pensent que ce sont des faux courriers.
01:42 Alors, je voudrais dire à ceux qui pensent que ce sont des faux courriers
01:44 que j'ai autre chose à faire de mes journées que d'écrire des faux courriers.
01:47 Au sein de l'hémicycle, il se passe aussi des choses.
01:48 Depuis que je suis élue, mais ça s'est calmé quand même ces dernières semaines.
01:51 Par exemple, à chaque fois que je prenais la parole, il y avait vraiment un brouhaha,
01:55 il y avait des remarques du type "votre voix est insupportable, arrêtez de parler".
02:00 On couvrait ma voix systématiquement
02:01 pour que ce que je dise ne soit pas entendu dans l'hémicycle.
02:04 Une fois, je suis montée à la tribune
02:06 et avant même que j'aie pu prononcer un seul mot,
02:08 un député de la majorité m'a crié que j'étais folle
02:12 et l'autre m'a insultée, ou en tout cas a cru m'insulter, de poissonnière.
02:16 Alors déjà, je voudrais dire qu'entre membres de l'Assemblée,
02:19 même si parfois ça n'apparaît pas, il y a beaucoup de respect entre les parlementaires.
02:23 Il y a des moments de tension, il y a des moments de gueulade aussi.
02:26 Et donc, moi je trouve que c'est normal que la politique,
02:29 ce soit le lieu de rencontre des passions.
02:31 Une fois lors d'une des toutes premières séances de questions au gouvernement,
02:35 je me suis assise, ma robe est restée coincée, je me suis un peu refagotée.
02:39 Ils en ont fait un gif, ils en ont fait un mème
02:42 et ils ont dit que c'était la marque de la grossièreté.
02:45 Et puis, un mépris social extrêmement fort aussi,
02:48 avec, je pense là à Caroline Fiat qui est députée de mon groupe,
02:52 qui est aujourd'hui vice-présidente de l'Assemblée nationale.
02:55 Mais lorsqu'elle est arrivée comme députée, comme première aide-soignante
02:58 à jamais être élue à l'Assemblée nationale,
03:00 que les macronistes aimaient appeler la députée bac -2.
03:03 Après, je dois quand même aussi dire, pour être sincère,
03:05 que j'ai énormément de messages de soutien, énormément.
03:08 C'est pas que des messages d'insultes.
03:10 On reçoit tout type de messages,
03:12 à la fois bien sûr des messages d'encouragement, de félicitations.
03:15 C'est difficile d'avoir une analyse de soi-même qui soit juste.
03:18 Quand on écoute les habitants, on se dit "mais tout ce que je fais est formidable"
03:21 et quand on écoute des camarades, des collègues ou des adversaires,
03:24 on se dit "mais ce que je fais, ça ne va pas du tout".
03:26 J'ai pas fait le compte, mais je pense que c'est 95% d'hommes.
03:29 C'est à parité sur la question des insultes,
03:30 il y a autant de femmes que d'hommes qui écrivent des messages d'insultes.
03:32 Les hommes politiques peuvent se faire insulter, oui.
03:35 Jamais de la même manière et pas du tout dans la même ampleur.
03:37 Ça n'a rien à voir.
03:38 C'est vrai que les hommes politiques se font insulter.
03:41 Et ?
03:42 Ils se font moins insulter quand même sur leur physique et sur leur sexualité.
03:46 Et c'est même l'inverse.
03:47 Un homme dont la sexualité pourrait faire l'objet de bavardages ou de critiques
03:53 n'est absolument pas gêné dans son ascension politique.
03:58 Ils ne sont pas soumis aux mêmes regards par rapport à leur corps.
04:01 Ils sont d'abord considérés par leurs verbes et leurs actes,
04:05 alors que nous, les femmes, nous sommes insultées comme eux,
04:09 mais pas comme eux justement.
04:10 Puisque nous, nous sommes ramenées à un tas de chair.
04:14 Et un tas de chair avec un vagin.
04:15 Et avec une activité sexuelle.
04:17 Ça, c'est quelque chose que les hommes politiques ne vivent pas.
04:21 Quand vous regardez les recherches Google associées à nos noms,
04:23 les premières recherches Google sont pour savoir si nous sommes enceintes,
04:26 quel est notre compagnon, si nous sommes célibataires.
04:29 Nous recevons des messages pour dire que un tel ou un tel veut se marier avec nous.
04:33 Et en quelque sorte, ça, je crois que ce sont des choses
04:36 que les hommes vivent beaucoup moins, là aussi en politique,
04:40 que ne le vivent les femmes.
04:41 Je pense que fondamentalement, ce que ces individus-là ne supportent pas,
04:45 c'est le fait qu'on pénètre dans des lieux de pouvoir.
04:48 Que ce soit le pouvoir médiatique, que ce soit le pouvoir politique,
04:50 le pouvoir économique, le pouvoir culturel,
04:53 pour eux, ce n'est pas notre place.
04:55 Donc, ils cherchent à nous en exclure par le dégoût,
04:58 par l'intensité de la violence qui fait qu'à un moment donné, on craquerait.
05:03 Et c'est pour cela que vraiment, je ne céderai pas.
05:06 Je ne céderai pas à ces menaces, déjà parce que
05:09 j'estime qu'elles ne font pas partie du débat,
05:11 elles ne fondent pas le débat.
05:12 Parce que si vous laissez ce type d'attaque
05:15 avoir un effet sur vous personnellement,
05:17 alors votre vie devient un enfer face à la violence
05:20 qu'est aujourd'hui la politique sur beaucoup des aspects.
05:22 Ce mandat, je suis légitime à l'exercer
05:24 puisque j'ai été élue par les habitants de ma circonscription.
05:26 On va être très clair, j'ai été élue au suffrage universel,
05:29 exactement comme n'importe quel député,
05:30 et ma légitimité à porter le message dans l'hémicycle ne se discute même pas.
05:34 Ça n'est pas un sujet.
05:35 Quand j'ai reçu le message de menace de mort,
05:37 j'ai fait le choix de porter plainte
05:39 et rappeler à tout un chacun qu'on est libre d'être en désaccord,
05:42 mais qu'en revanche, on ne peut pas s'en prendre à la famille d'un élu,
05:46 pas s'en prendre à ses enfants,
05:47 et ça, ça concerne souvent les femmes.
05:49 Moi aujourd'hui, j'ai réussi à faire condamner trois personnes quand même.
05:51 C'est très rare les cas de condamnation.
05:53 Et les trois personnes que j'ai réussi à faire condamner,
05:55 c'était pour des menaces de mort.
05:57 Il y en a un qui a eu un an de prison avec sursis
06:00 parce qu'il avait des dizaines et des dizaines de messages par jour.
06:03 Il me disait qu'il m'aimait, qu'il allait me violer, qu'il allait me tuer.
06:07 Et encore une fois, moi j'ai les épaules pour subir tout ça.
06:09 Il y a énormément de femmes qui subissent ça,
06:12 ou de personnes LGBT, ou de personnes trans, ou de personnes racisées,
06:15 parce qu'il faut bien comprendre que ce cyberharcèlement
06:19 s'adresse vraiment à toutes les personnes qui sont dominées dans la société.
06:22 Alors d'abord, moi je dis à toutes les femmes, surtout les plus jeunes,
06:25 ne laissez jamais personne sous-entendre
06:27 que vous n'avez pas votre place dans un lieu de pouvoir.
06:29 Jamais.
06:30 Vous n'êtes pas responsable des insultes ou des menaces que vous recevez.
06:33 Jamais.
06:34 Une femme n'est jamais responsable des coups qu'elle reçoit,
06:36 une femme n'est jamais responsable de son cyberharcèlement.
06:38 Un message à toutes les personnes qui subissent du cyberharcèlement,
06:40 elles ne sont pas seules,
06:42 qu'il y a des associations qui peuvent les aider.
06:44 Les féministes dans l'Assemblée nationale,
06:46 on peut se compter sur les doigts d'une main,
06:48 faisons le pari que lors de la prochaine mandature,
06:50 il y ait 100 députés féministes et déjà,
06:52 on n'osera plus applaudir
06:54 ceux qui se rendent coupables de violences conjugales par exemple.
06:56 Et je veux le redire aujourd'hui avec force,
06:59 les femmes ont leur place en politique,
07:01 tout le monde peut faire de la politique,
07:02 bien mieux que celles et ceux qui s'y croient prédestinées,
07:04 et que surtout, les femmes doivent prendre leur place,
07:07 que ça plaise ou non aux hommes de ce pays.
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