00:00 l'État préfère qu'on mette des gens loin de leur famille, à la frontière avec la Belgique,
00:05 dans des institutions qui sont d'ailleurs sympas pour un certain nombre d'entre elles,
00:08 plutôt que de construire des lieux ici.
00:10 Et si vous voulez, la misère de la psychiatrie,
00:14 elle est révélatrice de la misère qu'on a fait aux services publics pendant 30 ans.
00:19 C'est-à-dire que si les gens quittent l'hôpital public, c'est pas pour rien,
00:22 c'est parce qu'il est devenu indésirable,
00:24 parce qu'on n'a plus de financement, parce qu'on passe plus de temps derrière un ordinateur,
00:27 à côté de nos actes, qu'à les faire, qu'à être avec les patients.
00:30 Si vous voulez, c'est vraiment le sens des choses qui a été détruit.
00:34 Et du coup, on se retrouve face aux patients,
00:36 on n'a plus le temps de faire notre travail,
00:38 on sait en plus qu'on le fait mal.
00:40 Quand on est soi-même pris dans toutes ces logiques qui vous rendent dingue,
00:44 vous n'arrivez pas non plus à être bien avec les patients, à bien les accompagner, etc.
00:49 Et puis, par exemple, moi quand je travaillais au CMP,
00:51 donc au Centre Médico-Psychologique, dans un secteur de psychiatrie adulte,
00:55 il fallait que je choisisse quel style d'exercice.
00:59 Est-ce que j'avais plein de personnes en attente ?
01:02 Est-ce qu'il fallait que je fasse voir 20 personnes sur une journée ?
01:05 Donc c'est-à-dire 15-20 minutes la consultation, c'est-à-dire rien.
01:09 Ou est-ce que je prends le temps pour 10 personnes ?
01:11 Mais alors les 10 qui ne consultent pas, ça ne va pas, elles ne sont pas soignées.
01:14 Et en plus, il y a un autre truc, et ça en médecine générale on le connaît aussi,
01:18 c'est plus la consultation est courte, plus l'ordonnance est longue.
01:21 Donc est-ce que c'est une vie aussi, pour les personnes qui sont psychiatrisées,
01:24 d'être assassinées de médicaments et de ne plus pouvoir vivre ?
01:28 Et en fait, la plupart des gens, ils veulent être actifs dans leurs soins,
01:31 ils veulent des soins, mais sauf que quand on dépasse ces situations-là
01:35 et qu'on n'arrive pas à les soigner, à un moment donné,
01:37 ils perdent confiance dans leurs soignants, dans la médecine,
01:40 dans les blouses blanches, dans l'hôpital, etc.
01:42 Et il peut se passer des drames comme ça.
01:44 Encore une fois, ces drames sont très très peu fréquents, sont très rares.
01:50 Et puis leur gravité, ce qui nous choque toutes et tous,
01:53 c'est qu'on ne les comprend pas.
01:55 Et puis je pense qu'il faut vraiment mesurer cette destruction-là.
01:59 Et toutes les annonces qui ont été faites depuis 30 ans en psychiatrie
02:03 avec les gouvernements successifs, ça n'a été que de la poudre aux yeux.
Commentaires