00:00 Bonjour Benjamin Laurent. Bonjour Céline Bailly-Viacoubeau.
00:02 Cette plateforme est baptisée Cortex. Il y a des documentaires, des films, des podcasts.
00:06 On va détailler tout ça dans un instant.
00:08 Racontez-nous d'abord la naissance du projet.
00:10 Vous êtes parti de quels constats ?
00:12 Je suis parti de deux choses.
00:13 En fait, d'abord une expérience personnelle.
00:16 Parce que moi, je suis né avec un trouble du neurodéveloppement qui s'appelle le TDAH.
00:20 Qu'est-ce que c'est ?
00:20 Alors, ça veut dire trouble déficit d'attention avec ou sans hyperactivité.
00:23 C'est un trouble qui se caractérise par différents symptômes comme de l'impulsivité,
00:28 l'impossibilité de rester en place, des problèmes de concentration.
00:31 Et donc ça, forcément, ça avait impacté ma scolarité.
00:34 Et moi, j'ai pu observer mes parents se débattre pour essayer de comprendre
00:37 qu'est-ce qui lui arrive, qu'est-ce qui arrive à notre enfant.
00:40 Et après, plus tard, quand je me suis lancé dans le journalisme et la réalisation,
00:45 j'ai repensé à ce parcours et naturellement, je me suis dirigé vers une association
00:49 qui s'appelle Hyper Super TDH France et qui m'a permis de réaliser mon premier film.
00:53 Et donc là, c'est la rencontre avec une deuxième expérience, expérience professionnelle,
00:56 où en interrogeant des parents, en interrogeant des personnes concernées, des professionnels,
01:02 je me suis rendu compte qu'il y avait un vrai problème.
01:04 Tout le monde me disait « mais je ne trouve pas l'info ».
01:06 Alors que moi, qui travaillais sur le sujet, l'info, je la trouvais et je la comprenais.
01:11 Et en fait, je me suis rendu compte qu'il y avait un vrai problème d'accessibilité
01:14 et de représentativité des personnes en situation de handicap.
01:17 Voilà, il y a deux sujets en fait.
01:19 Le problème d'accessibilité, on a du mal à trouver les informations.
01:23 Et aussi, les personnes en situation de handicap sont, on peut le dire, invisibilisées à l'écran.
01:29 Oui, et ça, c'est vraiment la plus cruelle des exclusions.
01:31 Parce que l'invisibilisation des personnes en situation de handicap, je donne juste un chiffre.
01:36 0,8%, ça c'est l'ARCOM qui l'a évalué, c'est le nombre de personnes en situation de handicap
01:42 présentes dans les médias.
01:43 Ça c'était en 2021, monsieur Leclerc ?
01:44 C'était en 2021, c'est ça.
01:45 Bon, ça n'a pas beaucoup évolué et on est monté, je crois, le maximum à 0,9%.
01:49 Alors qu'il y a 20% de personnes en situation de handicap en France.
01:53 Oui, 20% de personnes en situation de handicap, mais on peut même considérer que 100% de nos concitoyens
01:58 peuvent être concernés par une situation de handicap.
02:00 Parce qu'on peut compter parmi ça aussi la perte d'autonomie d'une personne âgée.
02:04 On peut considérer les aidants familiaux qui sont autour des personnes en situation de handicap
02:09 qui sont également concernées par ces situations.
02:12 Tout ça fait qu'il y a énormément de personnes concernées, mais qu'on les voit assez peu au final.
02:16 Et quel problème cela pose ?
02:17 Ça pose un vrai problème d'altérité, c'est-à-dire de se rencontrer, de voir des personnes qui nous ressemblent.
02:22 C'est aussi une façon de ne pas avoir honte de ce qu'on est.
02:25 Il y a quelques jours, il y avait une personne qui parlait des personnes LGBTQI+,
02:30 qui venait à votre micro et qui disait "le fait de ne pas se rencontrer fait qu'il y a des jeunes filles
02:33 qui ont encore honte d'être lesbiennes".
02:35 Dans le handicap, c'est pareil.
02:36 Et là, par exemple, je suis en train de tourner un film sur une unité d'enseignement maternel autisme.
02:40 Il y a une maman qui me disait "moi, je n'en ai pas parlé à ma famille".
02:43 Je disais "mais pourquoi ?" "Parce que j'en ai honte".
02:45 Et ça, c'est vraiment dramatique d'avoir honte d'être soi pour quelque chose qui finalement n'est pas de notre ressort,
02:50 en fait, avoir un enfant autiste, c'est comme ça, c'est la vie, c'est la génétique.
02:55 Il y a toute une question autour de ça.
02:58 Et moi, je suis fondamentalement convaincu que le jour où on verra plus de personnes en situation de handicap,
03:03 ça permettra à ces gens de se reconnaître et de se dire "finalement, je vais en parler à ma voisine".
03:09 Et puis la voisine dira "oui, il n'y a pas de souci, ton enfant, il est autiste.
03:12 Je peux te le garder deux heures avec le mien qui ne l'est pas".
03:15 Et voilà. Et donc ça, c'est un vrai problème aujourd'hui.
03:18 Et pour l'aspect accessibilité du public, est-ce que vous trouvez que la télévision progresse ?
03:25 On voit de plus en plus souvent des émissions traduites en langue des signes.
03:30 Je ne vais pas faire le donneur de leçons ou distribuer les bons points.
03:34 C'est vrai que de plus en plus, on voit du SME, mais je dirais que ce n'est pas encore ce type d'accessibilité-là qui va aujourd'hui manquer.
03:43 C'est par exemple tout ce qui est le facile à lire et à comprendre.
03:46 Le FALC, en fait, qui est une façon de traduire le français pour le rendre accessible à des personnes qui ont des difficultés de compréhension.
03:53 Et ça, d'ailleurs, le FALC, c'est un bon exemple de ce qu'on cherche à faire nous sur Cortex.
03:57 C'est que c'est à la fois une technique qui permet aux personnes qui ont une déficience intellectuelle de comprendre l'information qu'on leur donne.
04:04 Je rappelle que depuis 2019, les personnes qui ont une déficience intellectuelle peuvent voter.
04:08 Et donc, il faut leur permettre d'avoir accès aux informations politiques, culturelles,
04:14 enfin les informations qu'on a tous accès, que vous donnez vous sur votre chaîne, sur France Info.
04:18 Et ensuite, ça permet aussi à des personnes qui sont primo-arrivants, c'est-à-dire des personnes qui ne parlent pas le français, qui sont migrantes.
04:24 Ça permet à des personnes âgées qui ont des fois une façon de lire qui est plus lente ou qui ont assimilé des informations plus...
04:29 Enfin voilà, ça sert vraiment à tout le monde.
04:30 Mais ça veut dire, Benjamin Laurent, que sur votre plateforme, vous allez...
04:33 Alors, je ne sais pas, je prends un exemple, une interview du président de la République.
04:37 On pourra la retrouver sur la plateforme en ce que vous avez dit, facile à lire, facile à comprendre.
04:41 Oui, alors nous, on ne fait pas du facile à lire, mais on fait du facile à entendre.
04:44 C'est-à-dire qu'on va plus loin, c'est-à-dire qu'on prend par exemple...
04:47 Oui, alors tout à fait, une interview du président de la République, ça serait vraiment quelque chose...
04:50 C'est vraiment quelque chose sur lequel on va aller.
04:52 Alors, ce n'est pas on prend l'interview, puis on la traduit telle quelle.
04:55 C'est on va sélectionner des informations, puis ensuite, on va les mettre en falc pour les donner
05:00 accessibles aux personnes qui ont une déficience intellectuelle.
05:02 Mais ce qu'on fait, par exemple, nous, c'est on fait une série qui s'appelle "Mes plus beaux contes",
05:06 où on a pris les contes du patrimoine, donc Cendrillon, Poulous, les Trois Petits Cochons, Boucle d'Or, c'est ça.
05:12 Et on les a traduits en files, puis on les a fait enregistrer par une voix off.
05:16 Ce qui permet de rendre accessible quelque chose qui fait partie de notre patrimoine commun à tout le monde.
05:21 Il y a aussi des films, notamment le vôtre.
05:24 Alors, je ne sais pas si c'est le vôtre ou l'un des vôtres, si vous en avez fait plusieurs.
05:27 J'ai vu "HSA, Handicap sans abri".
05:29 Oui, alors "HSA sans abri", j'ai eu la chance de le réaliser.
05:31 C'est un film qui raconte l'histoire de quatre personnes sans abri qui sont également en situation de handicap.
05:38 Ça a été fait avec le CREAIL d'Île-de-France, qui avait fait une étude justement pour essayer de comprendre
05:44 est-ce que le handicap était un facteur de non-recours aux aides sociales d'urgence ?
05:48 Donc, c'était vraiment un sujet innovant et qu'on a mis sur la plateforme.
05:52 D'autres exemples de contenus ?
05:53 Oui, il y a un exemple de contenu que j'adore et ça, je tiens vraiment à rendre hommage à mon équipe qui l'a trouvé.
06:00 C'est "Koji Inoue, regardez-moi, je vous regarde".
06:02 C'est un film qui est fait entièrement en langue des signes.
06:05 Et ce contenu, pour nous, il est très intéressant parce que c'est nous, personnes entendantes,
06:09 qui sommes obligés de nous adapter au film qui est fait en langue des signes.
06:13 Donc, c'est une réalisatrice qui s'appelle Brigitte Le Men qui a fait ces films.
06:17 Elle en a fait énormément.
06:19 Et en septembre, on prépare une grosse rétrospective de son travail,
06:22 avec notamment un film que j'attends avec impatience,
06:25 qui raconte l'histoire des personnes sourdes pendant la Shoah et qui témoigne en langue des signes.
06:30 Et ça, c'est vraiment exceptionnel.
06:31 C'est un film qui a été assez peu diffusé et on est vraiment très content de le présenter.
06:36 Et ça, ce n'est pas excluant pour les personnes qui ne sont pas en situation de handicap ?
06:40 Eh bien non, pas du tout, parce qu'en plus, ils sont sous-titrés,
06:43 ce qui permet à des personnes entendantes de pouvoir suivre.
06:46 Et je trouve que ça fait partie de quelque chose qui est important pour nous,
06:49 c'est-à-dire de transmettre une culture autour du handicap.
06:53 C'est-à-dire qu'il y a plein de pans de notre histoire qu'on peut aussi voir à l'aune du handicap,
06:57 à l'aune de la différence.
06:58 Parce qu'il faut bien se dire que le handicap, ce n'est pas une différence de la nature humaine,
07:02 c'est uniquement une variation d'un même thème.
07:05 L'être humain n'est pas différent lorsqu'il est en situation de handicap,
07:09 il vit simplement des situations différentes.
07:12 Et c'est vraiment ce qu'on cherche à faire sur Cortex,
07:14 une plateforme pour tous qui parle de situations, de personnes et qui met en avant la différence.
07:21 Ça vient de démarrer, quels sont les premiers retours ?
07:23 Les premiers retours, ils sont plutôt bons.
07:26 Après, on aimerait toujours avoir plus d'abonnés, je pense que c'est...
07:29 Vous en êtes à combien ?
07:31 C'est peut-être un peu secret, on est à peu près à un millier.
07:34 Vous en espérez combien ?
07:35 On espère d'ici trois ans être à 10 000.
07:38 On a eu la chance d'avoir un partenaire, le Gapas, qui nous a suivis dans cette aventure
07:43 et qui a tout de suite abonné tous ses professionnels.
07:46 Notre plateforme, c'est aussi un centre de ressources pour informer, former, sensibiliser autour de ces sujets-là.
07:53 Quel rôle joue, s'il y en a un, le ministère de la Santé ?
07:57 On les voit la semaine prochaine, le 5 juin, donc je pourrais revenir vous dire quel rôle ils ont joué.
08:02 En tout cas, ils ont été très accueillants.
08:04 C'est-à-dire qu'on a pu faire notre présentation au sein de la salle La Roque, qui est au ministère de la Santé.
08:10 Merci beaucoup d'être venu sur France Info, Benjamin Laurent.
08:12 Merci beaucoup, Céline Baillevert-Court.
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