00:00 Jean Moulin était l'arrière-petit-fils
00:01 d'un soldat de la Révolution,
00:03 petit-fils d'un insurgé de 1851,
00:06 fils d'un hussard noir de la Troisième République.
00:10 Dans ses veines coulait cet amour des lumières
00:13 réchauffé au grand soleil de son Languedoc natal.
00:17 Jean Moulin était enfant de la République,
00:21 serviteur de l'Etat au point d'être nommé
00:23 plus jeune préfet de France à 37 ans,
00:25 à Rodez, puis à Chartres.
00:28 Soldat de la France,
00:30 au point de demander à être relevé de ses fonctions de préfet
00:33 pour pouvoir aller se battre.
00:36 Cela ne lui fut pas permis, et c'est face aux nazis
00:39 que le préfet de Chartres mit à l'épreuve son propre courage,
00:42 refusant, lors de la débâcle de 1940,
00:46 de signer un texte mensonger accusant à tort
00:48 des tirailleurs sénégalais de l'armée française
00:51 de massacre sur les civils du Hamo de la Thé,
00:54 en Neures et Loire.
00:57 Arrêté, emprisonné, torturé,
01:01 il tenta d'échapper à l'étau des nazis
01:02 en se tranchant la gorge avec un tesson de verre.
01:07 Libéré par ceux qui n'avaient pu le briser,
01:09 révoqué par le régime du maréchal Pétain,
01:12 il rejoignit alors à Londres le général de Gaulle.
01:18 C'est de sa main qu'il reçut en décembre 1941
01:22 la mission de constituer l'armée secrète,
01:25 d'accomplir le rassemblement de tous les éléments
01:27 qui résistaient à l'ennemi,
01:30 d'unir les droites et les gauches,
01:32 les gaullistes et les socialistes,
01:34 les communistes et les radicaux,
01:36 les francs-maçons et les catholiques,
01:37 les protestants et les libres-penseurs,
01:39 les civils et les militaires,
01:41 les chefs de réseau et les politiques
01:43 de la Troisième République.
01:46 Alors Jean Moulin se mit à la tâche.
01:49 Parachuté en Provence dans la nuit du 2 janvier 1942,
01:54 il commença à sillonner la France en tous sens,
01:57 à multiplier les rencontres secrètes
01:59 où se déployaient ses talents de diplomate.
02:02 Ses compagnons de route qu'il épaulait sans relâche,
02:05 se dénommaient Daniel Cordier, Colette Ponce,
02:07 Pierre Meunier, Robert Chambéron et tant d'autres.
02:12 A force de pourparler de négociations, de persuasions,
02:15 défiant la menace de la police de Vichy,
02:18 les chefs des 3 principaux mouvements de la zone
02:21 dites alors "libre", "combat", "libération" et "franc-tireur",
02:25 Henri Frénet, Emmanuel Dacier de la Vigerie et Jean-Pierre Lévy,
02:30 s'assemblèrent en janvier 1943
02:33 au sein des Mouvements unis de la résistance.
02:36 Voici Jean Moulin dans le bureau londonien du général de Gaulle
02:40 ce 14 février 1943 pour lui rendre compte
02:43 de ses 1ers succès.
02:45 Et le voici dans la nuit du 20 février grave,
02:50 méditant les paroles du général qui lui a confié la tâche
02:53 d'aller plus loin encore et de fédérer
02:55 toutes les autres forces résistantes.
02:57 Et le voici, infatigable,
03:00 parlementante avec chacune d'elles.
03:03 Le voici enfin, le 27 mai 1943,
03:08 président dans un appartement de la rue du Four à Paris,
03:11 la réunion fondatrice du Conseil national de la résistance.
03:17 Le Parti communiste est là avec André Mercier,
03:20 le Parti radical avec Marc Rucard,
03:23 la SFIOU avec André Le Troquer,
03:25 l'Alliance démocratique, la Fédération républicaine
03:28 avec Joseph Lagnel et Jacques de Bruyredel,
03:31 le Parti démocrate populaire est là avec Georges Bidot.
03:36 Jean Moulin est l'homme de Londres
03:38 et pourtant, les résistants de l'intérieur sont là,
03:41 tout comme les 2 grands syndicats de la France républicaine,
03:44 la CGT et la CFTC.
03:48 Sont ainsi présentes toutes les forces du renouveau,
03:50 forces du travail, forces de la jeunesse,
03:53 assemblées enfin au sein de la même organisation
03:56 et qui toutes désignent Jean Moulin, président du CNR.
04:01 Le dépassement voulu par de Gaulle était accompli.
04:07 Ainsi, Jean Moulin répondait à Marc Bloch.
04:12 Il existait encore en France une catégorie de Français
04:16 qui vibrait au souvenir du Sacre de Reims
04:18 et lisait avec émotion le récit de la fête de la Fédération.
04:25 Le CNR, dès sa naissance, portait l'ambition prophétique
04:28 d'une 4e République qui instaurait un vrai suffrage universel,
04:32 ouvert aux femmes, nationaliserait l'énergie,
04:35 fonderait la sécurité sociale,
04:37 libérerait la presse des forces de l'argent.
04:40 Tout cela germa en mars 1944.
04:47 C'est grâce à ce qu'il avait semé que de Gaulle
04:49 put imposer son gouvernement provisoire aux Américains
04:52 qui entendaient mettre la France sous tutelle
04:55 lors de la Libération,
04:57 et que notre pays put recueillir le 8 mai 1945
05:02 la capitulation de l'Allemagne nazie.
05:07 Et si Jean Moulin n'a jamais vu la publication
05:10 de ce programme qui porte son empreinte,
05:13 moins encore sa concrétisation,
05:16 il n'a jamais douté de l'issue du combat.
05:21 La tristesse de ceux qui n'ont pas d'espérance
05:25 n'avait pas prise sur lui.
05:28 Car il avait la certitude intime, indéracinable,
05:32 que la France en laquelle il croyait serait victorieuse,
05:36 que d'autres, si ce n'est lui, en cueilleraient les fruits
05:40 et que la justice triompherait.
05:43 Mais il ne pouvait imaginer à quel point ce serait vrai
05:45 dans les lieux même de son agonie,
05:47 et que ces murs où nous nous tenons en seraient le prétoire.
05:52 En 1983, 40 ans après sa mort,
05:55 alors que Montluc n'était plus depuis longtemps une prison nazie,
05:59 la grande porte de la Jaule s'est ouverte à nouveau sur son passé.
06:04 Un fantôme de son histoire est revenu hanter ces murs,
06:08 blanchi, vieilli, émacié.
06:12 Klaus Barbie.
06:14 Mais cette fois-là, il n'était pas vêtu de son uniforme.
06:18 La porte se ferma sur son destin
06:20 qu'il avait tant de fois refermé sur d'autres.
06:23 Car après 30 ans de cavale, d'espionnage et de trafic
06:26 en Amérique du Sud,
06:28 grâce à l'acharnement d'hommes et de femmes,
06:31 de courage et de mémoire,
06:33 Béathe et Serge Klarsfeld,
06:36 une fois encore, je remercie et admire.
06:39 Ladislas de Hoyos, Régis Debré,
06:43 le tortionnaire de Jean Moulin venait d'être extradé
06:45 pour être jugé à Lyon au cours du procès
06:49 qui allait faire retentir pour la 1re fois
06:51 dans les Assises françaises le terme de crime contre l'humanité.
06:57 Et le garde des Sceaux, Robert Bannater,
06:59 avait obtenu que la 1re incarcération du bourreau
07:03 fut sur le lieu même de ces crimes.
07:06 Dans la nuit de Montluc,
07:08 le boucher de Lyon s'est trouvé face à l'histoire.
07:13 Et cette nuit avait 10 000 regards.
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