00:00 J'ai été kinésithérapeute, premier patient que j'ai eu.
00:02 Alors moi, non voyant, dans mon box de soins, tout ça,
00:07 lui très lourdement handicapé, un jeune de 14 ans.
00:10 Je l'installe sur ma table avec une aide soignante pour m'aider.
00:13 Et on se retrouve tous les deux, le box fermé à la fin, tout seul.
00:17 Donc je commence à faire le soignant, mon blabla, mon truc.
00:19 Voilà, on va s'occuper de toi, on va faire ça, ceci, cela.
00:21 Et au moment où le silence s'installe, où il n'y a plus aucun mot,
00:25 où il n'y a plus rien à dire, il me regarde et il me dit
00:29 avec la difficulté qu'il a pour parler, il me dit à ta place, je me tirerai une balle.
00:33 Et en fait, j'ai compris à ce moment là, ce que tu décris là,
00:37 c'est la différence de perception
00:39 que chacun peut avoir de sa situation et de la situation de l'autre.
00:41 C'est à dire que lui, dans son cas, il estimait que
00:45 sa situation était mille fois plus enviable que la mienne.
00:48 Il ne se projetait pas du tout dans ma vie, qui alors pourtant
00:52 qui marche, qui bouge, etc.
00:55 et qui me tient debout et qui était dans la position du soignant.
00:58 Oui, lui apporter quelque chose.
01:00 C'est ça, mais
01:02 quand les gens regardent nos vies,
01:06 ils partent du principe qu'il nous manque quelque chose.
01:08 Mais moi, le frère de ma grand mère m'a appris à l'âge de 4 ans à jouer au poker.
01:12 Et j'ai très vite compris que c'était vachement plus drôle de gagner
01:15 avec rien dans le jeu qu'avec une canne de flèche.
01:17 Et je ne dis pas que je n'ai rien dans mon jeu, parce que Dieu sait que j'en ai
01:22 vachement dans mon jeu, mais c'est d'autant plus facile de bluffer
01:27 quand les gens croient qu'il n'y a rien dans le jeu.
01:29 C'est vrai, c'est vachement drôle.
01:31 C'est vrai, c'est vachement drôle de miser sur les autres plutôt que sur les cartes.
01:34 Moi, j'ai toujours dit moi, j'ai un handicap de naissance.
01:37 Au bout d'un moment, quand on n'a jamais mangé de gâteau au chocolat,
01:41 on ne peut pas avoir envie d'en manger.
01:44 Par contre, les gens apprenaient que plus vous allez
01:47 passer votre vie à me dire que le gâteau au chocolat, c'est bon,
01:51 plus vous risquez si on n'a pas une force mentale
01:55 ou une envie de vivre de nous, de nous créer ce manque.
02:00 Donc, à vouloir être bienveillant,
02:05 il faudrait arrêter de calquer nos propres perceptions
02:09 sur ce que vivent les autres, parce que
02:11 parce que ça ne sert à rien, que ça n'apporte rien
02:15 et qu'au pire, ça peut faire du mal.
02:17 Sous-titrage ST' 501
02:19 Merci.
02:20 [SILENCE]
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