00:00 "Ouais, c'est vrai, j'étais mal parlé devant tes potes,
00:02 mais en même temps, t'as vu ce que t'as fait ?"
00:04 Le premier outil, d'abord, c'est d'essayer de comprendre ce qui s'est passé.
00:18 C'est-à-dire de comprendre les mécanismes des violences
00:21 et de comprendre l'impact que les violences peuvent avoir sur moi
00:24 ou sur les personnes qui viennent me voir.
00:26 Souvent, on se rend compte que les personnes victimes,
00:27 elles vont avoir tendance à,
00:30 en fait, comme l'ensemble de la société,
00:32 à considérer que les émotions, c'est pas bien,
00:34 que c'est une faiblesse.
00:37 Et parfois, moi, je vois des personnes qui disent
00:38 "Ah, je suis désolée, je me mets à pleurer, c'est nul."
00:40 Et je suis là "Non, en fait, pleurer, avoir des émotions,
00:43 ça veut dire que ton corps, ton cerveau t'envoie un message."
00:46 Et c'est hyper intéressant.
00:48 Et donc, je trouve que le fait de valoriser les émotions,
00:50 c'est fondamental dans la reconstruction après des violences.
00:53 Parce que si on n'écoute pas son corps, si on n'est pas connecté à ses émotions,
00:56 en fait, on n'est pas capable, derrière, je pense, de les traiter correctement.
00:59 Donc ça, c'est le premier élément, c'est de valoriser les émotions,
01:02 de comprendre et puis de comprendre ce qui s'est passé.
01:04 Et pour ça, on donne des outils.
01:05 Par exemple, on va expliquer les mécanismes des violences.
01:08 Quand j'explique à une personne victime les mécanismes des violences,
01:11 on voit souvent le cerveau, les yeux qui s'allument en mode "Waouh, ah oui."
01:15 En fait, ce qui s'est passé, c'était pas ma faute,
01:18 c'était pas à cause de moi.
01:20 En fait, ça s'inscrit dans des mécanismes qui sont partagés dans la société,
01:23 qui sont des mécanismes de violence qu'on retrouve dans plein d'histoires.
01:26 Donc ces mécanismes, il y en a plusieurs, je donne les principaux.
01:30 Le premier, c'est l'isolement,
01:31 c'est-à-dire que la personne victime va être isolée par la personne qui est violente.
01:35 Le deuxième, ça va être la dévalorisation,
01:37 donc des propos, des pics, ce qu'on appelle des petites pics,
01:40 des petites pics, en général, on va avoir tendance à banaliser
01:43 sur ses habits, son poids, son apparence physique,
01:47 sur son travail, sur la parentalité.
01:49 Dans les violences conjugales, on voit beaucoup ça,
01:51 t'es même pas foutu de t'occuper correctement de tes gosses,
01:53 t'as vu comment les gosses sont élevés, bon.
01:54 Donc des choses dévalorisantes.
01:56 Trois, inversion de la culpabilité.
01:58 Ouais, non mais c'est vrai, j'étais mal parlée devant tes potes,
02:00 mais en même temps, t'as vu ce que t'as fait ?
02:03 La menace, c'est la peur,
02:04 et ça, ça va être lié à l'étape d'après qui est de se prémunir, en fait,
02:08 ou de détecter les futures violences ou les autres violences.
02:12 La peur, pour moi, c'est un signal d'alerte maximal.
02:15 En fait, c'est pas normal d'avoir peur de quelqu'un, d'accord ?
02:18 C'est vrai dans la vie conjugale, c'est vrai au travail,
02:21 c'est vrai dans la vie militante.
02:22 En fait, c'est pas normal d'arriver à une réunion féministe
02:24 avec une boule au ventre, par exemple.
02:25 Et le dernier mécanisme, c'est ce qu'on appelle assurer son impunité.
02:29 C'est-à-dire que la personne violente, elle va s'organiser,
02:32 consciemment ou pas, j'en sais rien,
02:33 mais en tout cas, elle va s'organiser
02:34 pour que tout le monde pense que c'est quelqu'un de formidable.
02:36 Donc ça, pour moi, ça fait partie des éléments de la réparation,
02:38 c'est de comprendre ce qui se passe.
02:40 Donc un, connecter à ses émotions et légitimer les émotions,
02:44 ce qui n'est pas trop l'ambiance, dans le pays dans lequel on vit.
02:47 Je pense d'ailleurs dans plein de pays dans le monde,
02:49 on a plutôt tendance à mettre les émotions sous le tapis.
02:52 Donc moi, je survalorise les émotions.
02:54 C'est un outil indispensable de la vie, en fait.
02:57 Le deuxième élément, c'est comprendre les mécanismes.
02:59 Et puis pour moi, le troisième élément très important,
03:01 c'est de s'organiser pour être entouré.
03:05 Pour être entouré, et c'est ce que j'appelle l'appel à un ami ou à une amie.
03:08 Et donc ça, pour moi, c'est aussi un outil important.
03:10 C'est que quand on a été victime de violence
03:12 ou quand on est victime de violence, il faut s'organiser.
03:15 Il faut prendre un papier et lister les gens sûrs autour de nous,
03:19 les prévenir qu'on a besoin d'aide.
03:20 Et puis voilà. Et moi, parfois, je dis ça à des copines.
03:23 Je dis mais moi, je peux être ton appel à un ami, en fait.
03:25 Donc je pense qu'il faut aussi assumer ça.
03:27 C'est-à-dire que quand on a besoin d'aide, on peut demander de l'aide,
03:30 y compris sur les réseaux sociaux, sur les groupes WhatsApp de potes, etc.
03:33 Et sinon, on peut appeler des numéros de téléphone.
03:35 Donc il y a le 3919.
03:37 Et puis il y a mon numéro favori, le 0800 05 95 95,
03:42 qui est le numéro de téléphone du collectif Féministes contre le viol,
03:45 qui est ouvert du lundi au vendredi de 10h à 19h et qui est gratuit.
03:48 [Musique]
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