00:00 Il est 8h10, c'est le moment de retrouver l'invité d'actualité.
00:04 Estelle, vous recevez Anne Laveau, qui est déléguée générale de la prévention routière.
00:09 Bonjour Anne Laveau, merci d'être avec nous.
00:11 On commence tout de suite avec Elisabeth Borne, qui était notre invitée hier,
00:14 l'invité de Thomas Soto dans Les 4 vérités.
00:17 Elle a mis une fin de non-recevoir à une révision du permis de conduire à vie.
00:22 Écoutez et regardez.
00:24 Je pense que chacun, quand il prend le volant,
00:27 doit s'assurer qu'il est bien en état de conduire.
00:30 Ce n'est pas forcément qu'une question d'âge.
00:32 C'est une question de responsabilité et c'est sur cette voie-là que nous voulons rester.
00:35 Alors Anne Laveau, bonnes ou mauvaises idées ?
00:38 Pour notre association, c'est une excellente nouvelle.
00:41 Vous savez que l'association prévention routière considère que stigmatiser les seniors n'a absolument aucun sens
00:48 puisqu'il faut aller vers les plus de 75 à 80 ans pour retrouver le même taux de conducteur responsable que chez les 18-24.
00:55 Ça démontre bien que ce n'est pas l'âge qui est un problème.
00:58 Alors on a quand même vu le week-end dernier dans le Pas-de-Calais,
01:01 une personne qui a confondu la pédale d'accélération et la pédale de frein blessant 11 personnes,
01:06 dont 4 dans un état grave.
01:08 Il avait 76 ans.
01:10 Oui, bien évidemment, il y a toujours ce type d'accident et c'est vraiment dramatique.
01:14 Mais vous voyez bien, ça devient un sujet dans les journaux, d'actualité,
01:19 à partir du moment où la personne est une personne âgée.
01:22 Sans aucun doute que cet accident aurait été causé par quelqu'un de 40 ou 45 ans.
01:27 Ça n'aurait pas fait les gros titres.
01:29 Vraiment, il faut avoir en tête que vieillir n'est pas une maladie
01:32 et que la capacité à conduire n'est pas forcément liée à l'âge.
01:36 Alors, on est le week-end du 1er mai, un week-end très dense sur les routes.
01:41 La vitesse, c'est vraiment l'ennemi numéro 1, l'ennemi public numéro 1 ?
01:44 Alors, il y a deux causes qui, malheureusement, en France, se partagent le podium.
01:48 La première place du podium des accidents de la route et des accidents mortels,
01:52 c'est la vitesse et l'alcool.
01:54 Une année, c'est l'un, une année, c'est l'autre.
01:56 En tout cas, il faut vraiment avoir en tête que 30 % des accidents mortels sont liés à la vitesse.
02:01 Donc oui, c'est un ennemi public numéro 1.
02:03 Pourtant, dernière mesure en date, annoncée il y a tout juste quelques jours par Gérald Darmanin,
02:09 les légers excès de vitesse, 5 km/h, ne seront plus sanctionnés d'un retrait de points.
02:15 Ça, ça commence à partir du 1er janvier 2024.
02:18 C'est totalement inconscient ou pas ?
02:20 Pierre Chasseret, qui est d'ailleurs délégué général de 40 millions d'automobilistes,
02:24 dit que ça n'aura finalement aucune incidence.
02:27 Alors, vous avez dit "légers excès de vitesse".
02:30 Vous savez que, globalement, on parle de petits excès de vitesse.
02:33 5 km/h.
02:34 Voilà.
02:35 Et donc, avec cette espèce de conscience collective que, vous savez, on dit "petits enfants, petits problèmes",
02:41 "grands enfants, grands problèmes", "petits excès de vitesse", "petits dommages", "grands excès de vitesse", "grands dommages".
02:47 C'est absolument faux, et ça, c'est vraiment quelque chose qu'il faut avoir en tête.
02:50 Parmi, justement, ces accidents mortels qui sont liés à la vitesse,
02:54 on en a 46% qui sont liés à des vitesses excessives de 10 km/h maximum.
03:00 Donc, 5 km/h, ça fait vraiment la différence.
03:03 Oui, ça fait vraiment la différence.
03:04 Parce que, comme vous avez cette fameuse marge technique qui fait que, déjà,
03:07 vous n'êtes verbabilisé qu'à partir du 6e km au-dessus des vitesses maximales autorisées,
03:12 en réalité, là, on donne un blanc-seing pour ces fameux 10 km/h.
03:16 Or, 46%, je le répète, des accidents mortels qui sont liés à la vitesse,
03:21 sont liés à des vitesses uniquement entre ce fameux zéro et 10 km/h.
03:25 Alors, la question qu'on peut se poser, c'est est-ce que retirer un point, c'est vraiment dissuasif ou pas ?
03:29 Là aussi, pour notre association, ça pose un problème.
03:33 Vous savez que le permis à points, il a des vertus.
03:35 Il a une vertu pédagogique, d'ailleurs, et il a cette vertu qu'on peut finalement récupérer un point.
03:42 Donc, on a une tolérance à partir du moment où on a un comportement exemplaire
03:47 pendant 6 mois dans le cas de la perte d'un point.
03:49 Et les Français aiment ce permis à points.
03:52 Les Français, ils l'aiment parce qu'ils ont ce capital.
03:54 80%, d'ailleurs, des Français ont leur 12 points.
03:56 C'est peut-être votre cas, d'ailleurs.
03:58 C'est pas mal.
03:59 C'est beaucoup.
04:00 Globalement, les Français ont leur point et ils sont attachés à ce dispositif-là.
04:04 Et donc là, finalement, on donne comme une espèce de coup de canif
04:07 dans un dispositif qui est apprécié.
04:09 Ça ne s'explique pas.
04:11 Cette problématique de la vitesse, en fait,
04:14 est-ce que c'est pas au fond une carotte électorale un peu démago ?
04:17 On se souvient des 80 km/h.
04:19 Edouard Philippe, en 2018, il avait fait beaucoup, grinçait les dents.
04:24 Sur 5 ans plus tard, on revient, machine en arrière,
04:27 plus de la moitié des départements ont remis les routes départementales à 90 km/h.
04:33 Alors, si vous le permettez, moi, je vais monter d'un cran,
04:38 dézoomer et aller sur une dimension politique qui est peut-être à plus long terme.
04:44 La France, comme tous les pays européens,
04:47 comme la plupart des pays de l'ONU, s'est engagée à réduire de moitié
04:52 le nombre de tués et le nombre de blessés graves sur la décennie.
04:56 Cet engagement a été pris en 2020.
04:58 Donc ça veut dire que sur la décennie, il faudrait qu'en 2030,
05:01 en France, il n'y ait plus que 1500 tués sur les routes.
05:04 C'est tenable ou pas tenable ?
05:05 Vous voyez bien, vous venez de le dire.
05:07 On envoie des messages qui sont totalement contradictoires
05:09 avec cet objectif ultime et qui n'est qu'une étape vers zéro tué.
05:14 À partir du moment où on sait que la vitesse est le facteur aggravant
05:17 de toutes les autres causes, à partir du moment où on sait
05:20 que 30% des accidents mortels sont liés à la vitesse,
05:23 donner le sentiment qu'on lâche sur cet item de la vitesse,
05:27 ça veut dire de toute façon ne pas se mettre en condition
05:30 de remplir cet objectif.
05:31 Ça veut dire que les Français ont un problème avec la vitesse ?
05:34 Les 30 km/h en ville, c'est très peu respecté au fond.
05:37 Alors, quand moi j'ai passé, moi je suis une vieille dame,
05:40 quand j'ai passé mon permis, c'était 60 km/h en ville.
05:43 Aujourd'hui, on a une grande majorité des villes qui,
05:46 au moins sur leur hypersonde, sont à 30 km/h.
05:49 Est-ce que c'est respecté ou pas ?
05:51 C'est sans doute pas respecté à la lettre, mais globalement,
05:54 ça a fait baisser énormément la vitesse dans les centres-villes.
05:58 La zone 30, elle a 30 ans.
06:00 Et c'est vrai qu'aujourd'hui, on n'a pas une majorité
06:03 des villes qui le font, mais vous savez que l'association
06:05 a créé un label qui s'appelle "Ville prudente"
06:07 et qui labellise justement les communes qui agissent
06:10 en termes de sécurité et de prévention routière.
06:12 Et on est très fiers aujourd'hui de compter 383 communes
06:15 qui sont labellisées, soit à peu près 7 millions de Français.
06:18 Ceux-là vivent dans des communes où le centre-bourg
06:21 est en tout cas à 30 km/h.
06:23 Alors avec les nouvelles mobilités, on voit bien que le paysage
06:26 en ville a changé, trottinettes, vélos, c'est devenu une jungle,
06:30 en vérité, ces centres-villes.
06:32 Est-ce que c'est devenu plus dangereux ces dernières années ?
06:35 Alors là, il y a effectivement un paradoxe, c'est que
06:39 quand on est en ville, quand on circule en ville,
06:42 on est dans cette espèce de foisonnement
06:45 qui est d'ailleurs souvent discourtois.
06:48 - De trottinettes, de vélos. - Voilà, etc.
06:50 Et donc on est très anxieux.
06:52 Et donc il y a une anxiété qui en réalité ne révèle pas
06:55 la réalité des accidents mortels.
06:57 En ville, à Paris par exemple, ou dans les centres-villes,
07:00 on est sur une mortalité qui est autour de 19 à 22 tués
07:07 par million d'habitants, alors que globalement en France,
07:10 on est à 49 tués par million d'habitants.
07:12 Donc vous voyez, la réalité de la mortalité routière,
07:15 elle se fait malheureusement sur les réseaux secondaires.
07:19 Alors où se situe en fait la France par rapport à ses pays voisins,
07:25 par rapport à l'Europe ?
07:27 Eh bien juste à la moyenne.
07:29 C'est-à-dire qu'on est vraiment, la moyenne européenne
07:33 doit être à 48 ou 49 tués par million d'habitants,
07:37 et nous selon les années, on est à 49 ou 50 tués par million d'habitants.
07:40 Donc on n'est pas mauvais, mais on n'est pas très bon.
07:44 En revanche, on a, en tout cas je prêche pour ma paroisse,
07:48 on est un des pays où la prévention du risque routier
07:52 auprès des enfants, etc. est vraiment un des pays les plus exemplaires.
07:56 Bon, pour conclure, juste une petite phrase,
07:58 quelques conseils pour ce week-end de 1er mai,
08:00 puis tout ce mois de mai ?
08:02 On vient de voir la météo, donc si on croise la météo
08:05 et le bison futé, on fait attention, et surtout,
08:08 on sort de l'hiver, il y a cette fameuse fatigue printanière
08:11 qui est liée à un certain nombre de paramètres,
08:14 qui fait que si vous partez ce soir, et que vous êtes fatigué,
08:17 eh bien ne partez pas ce soir, partez demain !
08:20 Merci beaucoup Anne Laveau, merci d'avoir été avec nous.
08:23 Merci à toutes les deux.
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