00:00 On en parle avec Arnaud Loctin, bonjour.
00:02 Vous êtes délégué national poli-scientifique Allianz Police Nationale.
00:06 On accueille également Eric Gulli, membre de la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers.
00:11 Vous êtes spécialiste du sauvetage et du déblément.
00:14 Maxime Brandstetter du service poli-justice de BFMTV est à Marseille.
00:18 Est-ce que les enquêteurs sont entrés en action ?
00:21 C'est une bonne question.
00:25 On sait que leur entrée en action a été très difficile.
00:27 L'enquête a commencé dès le début de l'explosion.
00:31 Les enquêteurs ont commencé à recueillir ce qu'ils pouvaient recueillir.
00:35 Par exemple des témoignages, des récits de témoins oculaires de l'explosion
00:39 qui pouvaient raconter le déroulement des choses.
00:41 Mais on sait que accéder au site est assez compliqué.
00:44 Déjà parce qu'il est instable, on l'a assez répété sur notre antenne.
00:47 Les immeubles autour menacent de s'effondrer.
00:49 C'est dangereux, mais surtout parce qu'aujourd'hui, à l'heure où on se parle,
00:52 la priorité c'est toujours les opérations de sauvetage.
00:54 Tant qu'il y a un espoir de sauver quelqu'un, les pompiers ont la priorité
00:57 et font tout pour déblayer le plus rapidement possible en étant prudents pour sauver des gens.
01:02 Malgré ça, un pompier nous disait hier que pourtant la police judiciaire,
01:05 on sait qu'ils sont déjà sur place, il y a 18 personnes de la police judiciaire de Marseille,
01:09 22 policiers scientifiques ici, ils ont déjà de temps en temps pu accéder au site
01:15 lorsque les pompiers leur laissent un peu d'espace, faire quelques relevés
01:18 pour essayer déjà de comprendre, recueillir les premiers éléments sur l'explication de ce drame.
01:23 Mais ce qui est sûr, c'est que quand tout sera déblayé,
01:25 ce sera beaucoup plus simple pour eux de travailler, évidemment.
01:27 - Gulli, justement, où en est le déblayement ? On sait où en est le déblayement ?
01:31 - Alors, les opérations se poursuivent inassablement, cailloux par cailloux,
01:35 il y a encore de nombreux...
01:37 - Ils partent à la décharge d'ailleurs, tous ces éléments, ces cailloux, ces gravats,
01:40 ils sont aussitôt évacués et transportés à la décharge ?
01:42 Ou est-ce que ce sont des éléments d'enquête ?
01:44 - Non, ce sont des éléments d'enquête qui sont à la charge de la police scientifique.
01:47 - Ah, c'est la police scientifique qui prend le relais après ?
01:50 - Les matériaux doivent être inspectés.
01:53 - Arnaud Loctat, vous nous confirmez ça, c'est-à-dire que tous ces gravats,
01:56 on parle de combien de mètres cubes de gravats ?
01:58 - 700 mètres cubes de gravats.
02:01 - Ils vont être analysés en détail, c'est bien ça ?
02:05 - Oui, ça va être le rôle de la police scientifique,
02:09 et particulièrement de la cellule incendie-explosion
02:12 qui va se charger de tout ce travail.
02:15 C'est pour ça qu'ils ont été mis par secteur.
02:19 Ils sectorisent la scène de manière à pouvoir travailler par morceaux,
02:26 et ce qui va permettre effectivement de trier à l'intérieur de ces déchets
02:30 d'éventuels éléments qui pourront orienter l'enquête.
02:33 - Qu'est-ce que vous allez chercher précisément ?
02:37 - En l'état actuel des choses, il va être compliqué de vous donner des éléments sur ce point-là,
02:44 parce que l'enquête est évidemment en cours,
02:47 et on ne connaît pas aujourd'hui encore la nature de l'effondrement de cet immeuble.
02:51 Il ne faut écarter aucune hypothèse,
02:53 donc tous les éléments susceptibles d'orienter l'enquête seront mis de côté et analysés.
02:58 - Mais par exemple, quel est l'élément précis qui va permettre de dire, ou non,
03:02 si cette explosion était due au gaz ?
03:05 - Alors ça, je laisserai évidemment le soin à des spécialistes en la matière de répondre.
03:13 - Mais des éléments carbonés par exemple ?
03:16 - On peut retrouver des éléments carbonés,
03:22 il peut y avoir des résidus de gaz ou d'autres éléments
03:27 qui peuvent amener l'enquête vers telle ou telle hypothèse.
03:31 - Maxime Brandstetter, il y a un double travail des enquêteurs,
03:35 il y a également l'identification des victimes. Comment cela se passe ?
03:41 - On sait que les corps, quand on en retrouve,
03:45 sont retirés très délicatement des gravats pour plusieurs raisons.
03:48 La première, c'est que comme toutes ces opérations de sauvetage,
03:51 il faut faire attention qu'il n'y ait pas un éboulement
03:53 qui puisse tuer des ventes à survivants ou des pompiers.
03:55 Donc il faut y aller très doucement.
03:57 Les pompiers, lorsqu'ils repèrent un corps,
03:59 ils enlèvent pierre par pierre à la main pour le dégager.
04:02 Ensuite, ils y vont doucement parce que le corps, il faut évidemment le respecter.
04:06 Et la troisième raison, c'est justement pour faciliter cette identification.
04:09 Parce que si sur le corps, il y a des signes distinctifs
04:12 comme un tatouage, des vêtements, des couronnes dentaires,
04:15 cela peut permettre d'accélérer cette identification.
04:18 Une fois que le corps est retiré très délicatement,
04:20 il part tout de suite à l'Institut de médico-légal
04:23 où il sera analysé et là va commencer le processus d'identification.
04:26 Soit simplement par des signes distinctifs, comme je vous l'ai dit,
04:29 soit par des signes scientifiques comme l'ADN,
04:32 les empreintes digitales qu'on récupère sur le corps.
04:34 On compare l'ADN, par exemple, à des affaires qu'on a pu retrouver,
04:37 à une brosse à dents ou à un parent.
04:39 Et tout cela permet à un moment donné d'avoir la certitude
04:42 que ce corps appartient bien à une personne et de l'annoncer à la famille.
04:46 Les pompiers qui sont sur le site travaillent désormais
04:49 en collaboration avec la police scientifique ?
04:52 Dès le début de l'intervention, nous sommes en force concurrente
04:55 avec nos collègues de la police.
04:57 Et sur les lieux, lorsque vous faites une découverte,
05:00 vous gelez les lieux jusqu'à ce que la police vienne faire les constatations.
05:04 Et ensuite, on peut procéder au dégagement de celui-ci.
05:08 Désormais, vos hommes arnauloctens peuvent aller sur le site même,
05:12 maintenant qu'il est à peu près sécurisé ?
05:15 Oui, sur la vie des pompiers, évidemment,
05:18 puisque la sécurisation leur appartient,
05:20 la sécurisation des personnes et des lieux.
05:23 Et c'est à ce moment-là que nos collègues de la police scientifique
05:26 peuvent aller sur les lieux.
05:28 C'est-à-dire qu'ils vont effectuer, j'imagine, des prélèvements,
05:30 mais aussi ils vont regarder la façon dont la structure s'est désintégrée ?
05:34 Il faut analyser dans son ensemble, par l'intermédiaire de clichés photographiques
05:39 qui pourront être aériens, qui pourront être également en 3D,
05:42 et qui pourront aider à reconstituer l'ensemble des éléments
05:46 qui pourraient permettre de comprendre ce qui s'est passé.
05:49 C'est un travail qui peut prendre combien de temps ?
05:51 On parle de plusieurs semaines, de plusieurs mois ?
05:55 Un minima déjà, quelques jours pour les premières constatations,
05:59 et puis après il y aura effectivement un travail minutieux de tri
06:04 dans les déblés éventuellement.
06:07 Mais le travail le plus urgent reste évidemment,
06:10 comme vous l'avez souligné, l'identification des victimes de catastrophes
06:13 qui sont dans l'immeuble.
06:15 Est-ce que la façon dont l'immeuble s'est effondré
06:18 sera une indication sur l'origine de l'explosion ?
06:22 Est-ce qu'il y a une caractéristique particulière, par exemple,
06:24 de la dégradation d'un édifice quand c'est le gaz qui est impliqué ?
06:28 C'est très difficile de répondre à cette question
06:32 parce que si c'est une fuite de gaz,
06:34 elle peut être infime depuis des jours et des semaines
06:37 et elle peut avoir été importante d'un seul coup.
06:40 Je ne peux vraiment pas répondre à cette question.
06:43 Les sauveteurs, là, ils vont rester sur site combien de temps, a priori ?
06:47 Pour l'instant, on est toujours dans une opération de sauvetage.
06:50 Il y a encore deux personnes manquantes à l'appel.
06:53 C'est pour ça que mes collègues continuent inlassablement
06:55 à déblayer caillou par caillou
06:58 afin de pouvoir retrouver ces personnes
07:00 avec l'aide des équipes cynotechniques.
07:01 Et ils se relaient ?
07:02 Et ils se relaient jour, nuit,
07:04 à faire de la détection avec tous les moyens qu'ils ont à leur disposition
07:08 sur une zone qui est sectorisée,
07:10 tout en prenant des précautions sur le secteur
07:13 car vous savez que les façades sont affaiblies tout autour.
07:16 Donc à chaque fois que vous retirez des éléments,
07:18 vous prenez un risque d'avoir une façade qui puisse s'effondrer.
07:22 Deux personnes portées disparues, six corps retrouvés
07:26 et des recherches qui se poursuivent à Marseille.
07:29 Merci beaucoup à tous les trois.
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