00:00 Il est 8h10, c'est l'interview d'actualité avec un témoignage fort ce matin, Julia, puisque vous recevez Dominique Tapie, l'épouse de Bernard Tapie.
00:06 Elle publie "Bernard, la fureur de vivre" aux éditions de l'Observatoire. Bonjour et bienvenue à vous.
00:11 Bonjour Dominique Tapie, merci d'avoir accepté notre invitation.
00:14 Alors, à la lecture de ce livre, on s'aperçoit que vous avez passé toute votre vie dans l'ombre de votre mari, en retrait en tout cas des médias.
00:22 Pourquoi vous avez choisi aujourd'hui pour sortir ce livre, un an et demi après la mort de Bernard ?
00:27 J'avais envie de poser ma voix sur la sienne, c'est-à-dire qui s'est toujours battue pour rétablir certaines vérités.
00:35 Sa voix n'a pas été entendue et j'espère, moi, que la mienne le sera.
00:40 Vous prolongez son combat en quelque sorte ?
00:43 Oui, en quelque sorte.
00:45 Je n'ai pas envie de trop m'engager parce que j'ai vu ce que ça donnait, mais c'est vrai qu'il y a quand même des vérités à rétablir.
00:55 C'est pour ça que vous avez notamment écrit ce livre maintenant.
00:58 Est-ce que vous pouvez nous raconter votre rencontre ?
01:01 On le lit dans votre livre, mais j'aimerais l'entendre de votre voix parce que je crois comprendre qu'au départ, ce n'était pas vraiment votre type d'homme.
01:08 Il était un peu trop show-off, c'est ça ? C'était quoi le problème ?
01:10 Oui, il prenait l'espace.
01:13 Quand il rentrait, tout le monde se focalisait sur lui.
01:17 Il avait une présence terrible, mais peut-être un peu trop à mon goût.
01:21 Après, ça ne m'a pas dérangé.
01:23 C'est vrai que quand je l'ai rencontré la première fois, je me suis demandé ce que c'était que cet énergumène.
01:29 Vous voulez dire qu'il était un peu trop boucan à votre goût ?
01:33 Je crois que vous n'aviez pas été particulièrement séduite et c'est ça par ailleurs qui l'a séduit, lui ?
01:38 Évidemment. Il y avait un challenge à relever.
01:42 Il fallait vous séduire à celle qui n'était pas séduite alors qu'il séduisait toutes les autres femmes, on est d'accord.
01:46 Tout à fait.
01:47 On découvre également dans votre livre que sa vie familiale reposait sur un équilibre très traditionnel.
01:55 Lui travaillait et vous vous restiez à la maison pour veiller sur le clan, comme vous dites.
02:00 C'était sa plus grande fierté ce clan ?
02:02 Oui, je crois. Et puis sa force.
02:06 Qu'est-ce qu'il trouvait dans ce cocon familial auprès de vous ?
02:09 Vous aviez les deux enfants que vous aviez eus avec lui.
02:12 Je crois que souvent, ces deux premiers enfants vivaient avec vous également.
02:15 Vous avez recomposé la famille ?
02:17 Oui, complètement.
02:19 Nous avons réussi à recréer ce qu'il avait connu avec ses parents, son frère.
02:28 Une entité comme ça, une cohésion familiale.
02:32 Et puis on a réussi à reconstituer ça aussi.
02:36 Et dans les moments où ça n'allait pas ? Parce qu'il y avait vraiment eu des hauts et des bas, si je puis dire.
02:40 Mais tout ce clan était autour de lui.
02:44 On était tous vent debout derrière lui.
02:50 Je pense que ça l'a beaucoup aidé.
02:52 Ça l'a aidé probablement à tenir, c'est ce qu'on comprend en lisant le livre.
02:56 On connaît la force de caractère de votre mari.
02:59 Il fallait forcément à ses côtés une femme de caractère comme vous pour lui résister.
03:03 Et notamment supporter sa jalousie maladive.
03:06 J'étais hallucinée de lire à quel point il était jaloux.
03:11 Vous racontez notamment qu'il a fait une scène de jalousie une semaine avant de mourir au médecin qui venait le voir, c'est ça ?
03:17 Oui, oui.
03:18 Qu'est-ce qui s'est passé ?
03:19 On avait appelé en urgence son médecin urgentiste.
03:23 Et à 2h du matin, il l'a trouvé dans la maison, évidemment, puisqu'on avait fait appel à lui.
03:32 Et ça l'a interpellé. Il était quand même un peu shooté.
03:35 Et il l'a apostrophé en lui disant "mais qu'est-ce que tu fais là, toi ?"
03:41 Le pauvre médecin lui a dit "mais vous m'avez appelé, je viens".
03:46 T'en as après ma femme, fais gaffe à ta gueule.
03:49 C'est vrai. Il avait encore l'énergie une semaine avant de mourir d'être jaloux.
03:53 Vous l'avez pris comment ? Comme un acte d'amour ?
03:55 Bah évidemment.
03:56 Les années 90 marquent le début de la tourmente, des scandales, des procès.
04:01 Vous, comment vous avez vécu, vous, en tant que femme ? Ça descend tout aux enfers.
04:05 C'était pas évident parce que je devais protéger les enfants.
04:12 J'avais quand même Sophie qui était toute petite.
04:15 Et voir son papa incarcéré, jeté en pâture dans les médias, c'était pas évident à vivre.
04:26 Donc ça a été dur mais encore une fois, le clan a fait bloc.
04:32 Alors ce que vous apprenez également, c'est que votre mari vous a impliqué dans ces affaires.
04:37 Vous l'ignoriez totalement, que vous aviez des parts dans son entreprise.
04:42 1% c'est ça, je crois. Il a fait signer des documents à votre place.
04:47 Comment vous avez vécu ça, j'imagine ?
04:49 Très mal.
04:50 Bah oui, comment on vit ça ? Il vous parlait pas du tout de ces affaires.
04:53 Il vous disait pas "je t'ai mis à hauteur de 1%" ?
04:56 Non, parce que je m'en occupais jamais.
04:58 Il aurait pu vous le dire, non ?
05:00 Il aurait pu, oui. Je suis d'accord.
05:03 Vous l'avez su ou pas ?
05:05 Je me suis aperçue quand on a été mis en liquidation la première fois.
05:08 Ah d'accord, donc vous l'avez su bien avant son décès, c'est ça ?
05:12 Bien sûr, quand le crédit lyonnais, on va dire, l'a roulé.
05:17 Et à ce moment-là, vous lui en avez voulu ? Qu'est-ce qui se dit ?
05:21 Bien sûr, je lui en ai voulu. Mais bon, qu'est-ce que je pouvais faire ?
05:26 Alors, à la mort de votre mari, vous découvrez une dette de 642 millions d'euros.
05:31 Vous êtes alors contrainte de vendre tous vos biens.
05:34 Aujourd'hui, comment vous vivez ? Comment vous envisagez l'avenir ?
05:38 Parce que 642 millions d'euros, ce ne sont que les intérêts, c'est ça, d'une dette ?
05:42 Oui, la dette a été complètement remboursée.
05:44 Par la vente des biens, justement, c'est ça ?
05:46 Oui, bien sûr, c'est ce qu'il affirmait d'ailleurs.
05:50 Il faisait ses comptes et il affirmait qu'il avait de quoi rembourser ce que l'arbitrage lui avait octroyé.
05:57 Mais vous n'aviez pas prévu qu'il y aurait des intérêts ?
05:59 Mais non, et lui non plus.
06:01 Et lui non plus ?
06:02 Vous ne pouvez pas imaginer qu'il y aurait des intérêts aussi importants.
06:06 Alors comment vous allez faire maintenant ?
06:08 Écoutez, je suis entre les mains d'un liquidateur, je le laisse faire et je verrai bien.
06:14 Il y a un moment, quand tous les actifs qui restent seront vendus, on va fermer le dossier.
06:20 Mais ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas de l'argent public, ce sont des intérêts que l'État font fructifier.
06:28 Mais comment vous vivez-vous au quotidien ?
06:30 Je crois que vous êtes aidée par les amis de Berna, c'est ça ?
06:33 Oui.
06:34 C'est-à-dire, ça veut dire quoi aider ?
06:37 Aider par tous les moyens.
06:39 J'ai des amis qui m'aident financièrement et j'ai la moitié de sa retraite de député.
06:46 Qui représente ? 600 euros.
06:48 Oui.
06:49 Mais je n'ai pas envie de faire du misérabilisme avec tout ce qui se passe, vous voyez.
06:55 Bien sûr.
06:56 Non, non, mais on se pose tous la question.
06:58 Vous avez vécu très longtemps dans l'opulence et maintenant ce n'est plus le cas.
07:01 Il y a eu plus d'années galères que d'années d'opulence.
07:05 Donc vous êtes en train de me dire…
07:06 J'ai eu une vie exceptionnelle avec des hauts, des bas, des très très hauts et des très très bas.
07:11 Et alors en ce moment c'est plutôt le très très bas, mais malgré tout si c'est à refaire…
07:15 Il faut… oui, j'irai, je pense que j'ai eu une vie exceptionnelle avec un homme exceptionnel.
07:23 Alors un jour vers la fin, Berna vous a dit « tout ce que j'ai fait c'était pour t'épater ».
07:27 Oui, c'est vrai.
07:28 Est-ce qu'il y est parvenu ?
07:30 Ça il m'a épaté, oui, dans tous les sens du terme.
07:34 J'en demandais peut-être pas tant.
07:36 Mais on peut dire que la mission a réussi.
07:38 Oui, oui.
07:39 Eh bien merci beaucoup, Dominique Tapie, d'être venue ce matin.
07:42 Je rappelle que votre livre « Bernard, la fureur de vivre » est paru chez l'Observatoire.
07:47 Merci.
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