00:00 Et on arrive maintenant dans un contexte inflationniste qui est, je dirais, qui vient s'ajouter à tout ça, dans un contexte déjà difficile.
00:09 Et on a parlé de l'augmentation des intrants. Donc qu'est-ce qu'un intrant ?
00:14 C'est les matières premières, c'est le verre, c'est le carton, c'est l'aluminium, c'est tout ce qui sert à la fabrication du médicament.
00:24 On estime à peu près qu'on est entre 15 et 20 % sur les deux dernières années en matière d'augmentation d'intrants, c'est-à-dire purement l'API.
00:34 Maintenant, il y a des cas très spécifiques et on ne peut pas généraliser. Il y a des cas où vous allez avoir, moi j'ai eu sur certains produits, plus de 300 % d'augmentation sur un API.
00:44 Après, vous avez également tout ce qui est augmentation de l'aluminium, du verre, qui sont dramatiques. Et on arrive aussi effectivement dans une concurrence industrielle
00:54 qui fait que, par exemple, sur le verre, aujourd'hui, on est non seulement à des augmentations qui sont de plus de 600 %, mais en plus, on a des temps d'approvisionnement qui sont de plus en plus longs.
01:06 Donc, tout ceci fait qu'on a des augmentations très significatives. Juste pour vous donner un exemple très concret de l'augmentation du coût de l'énergie.
01:15 Au niveau d'un CDMO, par exemple, que je connais, il avait à peu près 300 000 € de coût d'énergie en 2021. Aujourd'hui, il est à 850 000 €.
01:28 Ensuite, on a l'augmentation de la masse salariale. Donc, on est aussi dans une industrie qui est extrêmement soumise aux mêmes aléas que tout le monde.
01:41 C'est-à-dire qu'on a en face de nous des gens, notamment dans les usines, qui demandent des augmentations de salaire et qui sont parfaitement légitimes au regard de l'inflation que l'on a.
01:50 Et donc, du coup, on a en moyenne une augmentation salariale qui est plutôt autour de 7 % si on veut être compétitif.
01:58 Parce que l'objectif, c'est de faire tourner les usines et qu'on ait des gens qui acceptent de travailler pour nous.
02:03 Donc, tout ceci fait que votre boulanger, par exemple, quand il décide qu'il a son coût d'électricité qui augmente, il a son coût de sa farine qui augmente,
02:13 il a le coût de sa vendeuse qui l'augmente, il augmente sa baguette. Nous, ce n'est pas possible.
02:19 Nous, on a des prix fixes et ce qui fait que derrière, la baisse de marge est totalement pour nous.
02:25 Donc, on considère que sur des produits, je dirais, classiques, si on a une marge brute qui est de moins de 20 %,
02:34 on ne peut pas faire face à tout ce qui est coût réglementaire, coût de la qualité, etc.
02:42 Je vais juste vous donner un exemple parce que c'est assez intéressant.
02:45 Donc, Philippe vous a donné tout à l'heure l'exemple du bicarbonate de sodium.
02:49 Vous savez, le bicarbonate de sodium, c'est quand vous allez à l'hôpital, vous avez, par exemple, vous devez avoir une perfusion d'antibiotiques.
02:57 On ne vous met pas directement l'antibiotique dans votre veine, on va le mettre dans une poche de soluté qui va diffuser tout au long de la journée.
03:09 Donc, ce bicarbonate de sodium, vous êtes d'accord avec moi, c'est absolument indispensable.
03:13 Le bicarbonate de sodium, on nous demande de le vendre à 1,40 €.
03:18 Pour 1,40 €, on nous demande d'avoir un flacon de 500 ml en verre stérile et stérilisé.
03:26 Ça veut dire que chaque flacon de bicarbonate de sodium, on doit savoir où il se trouve.
03:31 1,40 €. Je ne vais pas vous refaire la front de la baguette, mais on est à peu près au coup de la baguette.
03:38 D'accord ? Donc, typiquement, aujourd'hui, ce 1,40 € de bicarbonate de sodium, le fabricant aujourd'hui, il met 1,74 € pour le produire.
03:49 C'est-à-dire qu'on lui demande de vendre moins cher que ce que ça la coûte.
03:53 Je vais vous donner un autre exemple, un produit que moi, je commercialise.
03:57 On me demande de fabriquer, pour 0,89 €, une boîte de 50 comprimés qui sont utilisés.
04:06 Ces comprimés, je ne vais pas soutenir la marque, qui sont utilisés dans les EHPAD pour calmer les personnes qui sont en démence sénile.
04:14 D'accord ? Qui sont utilisés aussi dans les prisons pour calmer les prisonniers qui sont en cure de désintoxication.
04:21 D'accord ? Donc, on me demande de vendre à 0,89 € 50 comprimés qui sont dans des blisters aluminium et d'avoir tout le suivi réglementaire et qualité que l'on doit avoir.
04:37 Le pharmacien, lui, quand il voit devant cette boîte, il a 1,01 € de marge de dispensation.
04:45 D'accord ? Donc, ça veut dire que le pharmacien, je suis pharmacienne, donc il n'y a rien contre les pharmaciens dans ce que je vais dire.
04:54 Le pharmacien qui se tourne pour ouvrir son tiroir pour chercher la boîte, il gagne plus d'argent que moi, qui derrière, moi je gagne 12 centimes par boîte.
05:09 D'accord ? Donc, moi je gagne 12 centimes pour tout fabriquer et derrière c'est 12 centimes de marge brute.
05:16 Je dis encore marge brute parce que derrière il faut que je paie aussi les gens du réglementaire, de la qualité, etc.
05:21 D'accord ? Donc, ça c'est totalement impensable. Je veux dire, derrière on ne peut pas gagner.
05:26 La conséquence de quoi ? C'est que nous, on décide derrière de dérembourser le produit.
05:33 Puisque nous, on ne peut plus assurer la production de ce produit, on décide du coup de se dire, tant pis, ce produit sera mis à disposition,
05:42 mais ne sera plus pour rembourser parce qu'on ne peut plus continuer à commercialiser à ce niveau-là de prix.
05:49 Donc...
05:50 [Musique]
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