00:00 J'ai été brûlé à 97% au troisième degré,
00:02 mais ça ne m'empêche pas d'avoir une vie, un boulot, des enfants, d'être heureux.
00:06 Et je vais vous raconter mon histoire.
00:07 J'ai eu mon accident lorsque j'avais 9 ans.
00:09 J'étais en camping sauvage avec mon père.
00:12 C'est une lampe à gaz qui s'est renversée,
00:14 qui a fait prendre feu à la tente et qui a déclenché un incendie.
00:16 On atteint un tel niveau de douleur que le système nerveux,
00:20 il pète les plombs instantanément.
00:21 Ce qui fait que moi je ne me suis pas réveillé en fait.
00:22 Il a fallu qu'on vienne me réveiller et que derrière,
00:25 ben voilà on m'emmène dans une voiture pour aller jusqu'au secours,
00:28 tout en se consumant. J'ai eu mon accident dans le sud de la France.
00:30 Et donc j'ai été rapatrié dans le plus grand hôpital de grand brûlé de l'époque,
00:35 l'hôpital La Perronnie à Montpellier.
00:37 Sauf qu'en fait, 97%, ils n'avaient jamais vu.
00:40 Il n'y avait aucune chance de survie pour eux.
00:41 Donc eux, ils étaient dans un état de chaque jour attendre la fin.
00:45 Et c'est qu'au bout d'un mois, un mois et demi,
00:47 qu'on a réussi à me faire transférer dans un hôpital militaire à Paris,
00:51 où ils ont réussi à me sauver.
00:52 J'en ai suivi de ça, donc 5 mois de réanimation.
00:55 Ensuite, j'ai eu à peu près dans les 5-6 ans de centre de rééducation,
00:58 ce qui me donne à peu près 7 ans en tout d'hôpitaux
01:01 pour une cinquantaine d'opérations.
01:03 Moi j'avais 9 ans, donc en fait à 9 ans, on se pose pas trop de questions,
01:07 on avance. Je dis pas que c'était pas dur, c'était hyper dur.
01:09 Mais globalement, voilà, j'avais l'école, j'avais les amis,
01:12 donc l'hôpital c'était quand même un peu ma maison.
01:14 Je pense que c'est une chance quand ça t'arrive que t'es petit,
01:16 parce que du coup tu grandis avec.
01:18 Et j'ai eu la chance de par mon parcours d'avoir une vie au final plutôt classique.
01:23 J'ai eu des copines, je sortais.
01:25 Donc voilà, ça m'a permis de vivre ma vie, d'avoir des enfants, de me marier.
01:28 Et voilà, d'avoir un job, je me suis mis à mon compte en dépannage informatique,
01:32 je me développe sur les réseaux.
01:34 Je pense que globalement, déjà dans la vie, et ça vaut pour tout,
01:37 pas que pour les relations sentimentales, mais on attire un peu ce qu'on dégage.
01:41 Même quand on part avec un handicap,
01:43 il y a toujours moyen de compenser, de faire avec.
01:45 Les traits de caractère, le charisme, l'humour, peu importe, la discussion,
01:49 enfin ce qu'on a.
01:50 Je pense qu'aujourd'hui, à notre époque, c'est plutôt une force d'être atypique.
01:54 J'aime bien tout ce qui n'est pas normal et tout ce qui ne se fond pas dans la masse.
01:58 Un vécu un peu "extraordinaire", ça enrichit la vie.
02:03 Donc on a des choses à raconter, donc c'est super.
02:05 Alors le regard des gens, il a vachement évolué.
02:07 J'ai eu mon accident dans les années 90.
02:09 Quand je me promenais dans la rue,
02:10 j'étais un des trucs les plus énervés que les gens pouvaient avoir vu.
02:13 Aujourd'hui, je suis banal.
02:16 Les gens et les jeunes voient bien pire sur Internet.
02:18 Et en plus de ça, les gens sont extrêmement bienveillants.
02:20 Au final, j'ai une communauté et des retours qui sont 99,9% positifs.
02:27 Je n'ai jamais de soucis.
02:28 J'ai perdu l'intégralité de mes doigts quand j'ai eu mon accident.
02:30 D'où les 7 ans de centre d'éducation,
02:32 parce que tu devrais apprendre à tout faire, te laver, manger, t'habiller, écrire.
02:36 Aujourd'hui, j'ai la chance d'avoir récupéré une autonomie de 100%.
02:39 Et voilà, ça me permet de m'occuper de mes enfants au quotidien,
02:42 même quand ils étaient petits, de changer leur couche, de leur donner le biberon.
02:46 Et plus largement, même chez moi, faire des travaux,
02:49 de faire du mobilier, de construire des trucs,
02:51 vivre dans un corps de grand brûlé.
02:54 Aujourd'hui, il y a plus de 28 ans après mon accident,
02:56 donc tout s'est bien stabilisé.
02:58 Mais voilà, au quotidien, on est sur de l'hydratation,
03:00 surtout et principalement de la peau.
03:02 Éviter de trop s'exposer au soleil, ce genre de choses.
03:05 Essayer de ne pas trop grossir, surveiller l'alimentation.
03:08 Parce que forcément, comme la peau tire et on n'a pas des stocks de souplesse,
03:14 essayer de contrôler ça, mais sinon, pas plus compliqué que ça au quotidien.
03:17 Concernant les tatouages, j'ai dû faire mon premier tatouage il y a une douzaine d'années.
03:20 Donc je me suis dit, on va tester sur une petite zone et j'ai vu que ça avait bien pris.
03:23 Donc maintenant, j'en suis à une bonne dizaine de tatouages sur tout mon corps
03:27 et je compte bien continuer.
03:28 J'ai toujours été habitué à avoir mon bonnet.
03:30 Comme j'ai le crâne qui est brûlé, ça remplace des cheveux.
03:32 C'est mon style.
03:33 La seule conséquence au niveau interne, c'est les poumons.
03:36 Au moment de l'incendie, il y a des gaz carboniques qui se dégagent.
03:39 Moi, pour le coup, j'ai eu du bol.
03:40 C'est que mon accident était en extérieur et je pense que ça a aidé du coup à dissiper les vapeurs.
03:45 Mais globalement, voilà, mes poumons étaient impactés.
03:47 Ça a joué sur ma capacité respiratoire.
03:49 Mais aujourd'hui, à 37 ans, on va dire que quand même, j'ai eu une bonne récupération.
03:54 Je fais du sport et mes poumons sont moins attaqués que, par exemple, si j'avais fumé toute ma vie.
03:58 Début décembre 2022, j'ai découvert, je ne savais pas, que les grèves de peau
04:03 et notamment la culture de peau que j'ai pu avoir sur mon corps
04:05 augmentaient les risques de carcinome, des cellules dégénératrices.
04:09 Et en fait, j'ai chopé ça au niveau du cou de droit,
04:13 ce qui m'a conduit à me faire amputer du bras droit, là, il y a un mois.
04:16 Il a fallu une petite adaptation, une petite réflexion,
04:18 parce que je voulais être sûr, par rapport à ma décision d'amputer ou pas,
04:22 d'être sûr de pouvoir m'occuper derrière encore de mes enfants.
04:24 Et en fait, très rapidement, je me suis rendu compte que
04:27 mon autonomie était à 95% basée sur ma main gauche.
04:31 Ma main droite me servait à peu de choses et au final, c'était accepté d'être ponctuellement diminué
04:35 pour être optimisé derrière par une prothèse,
04:38 prothèse que j'ai d'ici quelques temps, quelques jours, à l'heure où on parle.
04:41 Donc franchement, moi, je trouve ça canon.
04:43 En ce qui concerne mes soins, c'est vrai que tout a été pris en charge depuis le début,
04:46 que ce soit de mes séjours à l'hôpital, de mes opérations.
04:50 A savoir que, par exemple, rien qu'une grève de peau que j'ai pu avoir au début
04:54 coûtait 150 000 francs, à l'époque on était en francs, et j'en ai eu beaucoup.
04:57 Et notamment, par exemple, par rapport à mon bras,
04:59 ma prothèse que je vais avoir dans les prochaines semaines,
05:01 on est sur une prothèse robotisée à plusieurs milliers d'euros.
05:04 Et donc, je m'estime chanceux à ce niveau-là que tout soit pris en charge.
05:07 À la base, ce que j'essaye de faire sur le réseau,
05:09 c'est principalement de la prévention et de la transmission.
05:12 Si j'arrive à accrocher les gens, de par mon histoire ou même de par mon apparence,
05:16 si derrière, ça permet de leur apprendre des choses
05:18 et de les préparer à d'éventuelles choses dans ce style-là,
05:22 je trouve ça vachement cool.
05:24 Alors, c'est assez difficile de donner des conseils,
05:27 mais globalement, c'est aussi pour ça que j'essaye de faire ces vidéos-là,
05:29 c'est pour lutter contre une forme d'enfermement,
05:32 pour montrer que, même notamment quand je m'adresse à d'autres brûlés,
05:35 j'essaye de leur expliquer que 97%,
05:39 ça faisait de moi le plus grand brûlé du monde et ça le fait peut-être encore.
05:43 Et du coup, je me dis que s'ils voient quelqu'un à ce niveau-là de brûlure
05:47 faire sa vie et réussir au final à avoir une vie à peu près ordinaire,
05:50 ça va les pousser à sortir et à prendre sur eux, et un pas après l'autre.
05:55 Et globalement, c'est le premier pas le plus difficile.
05:59 Parlez-en, essayez de ne pas rester seul,
06:02 mais globalement, avancez !
06:05 *BIP*
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