00:00 J'étais en couple, mais pas forcément heureux.
00:02 Dans ma famille, c'était pas l'extase.
00:05 Mes parents, ils sont en train de se divorcer, donc...
00:08 C'était pas de la joie.
00:10 Ma grand-mère est décédée à cette période-là.
00:12 C'était pas évident.
00:14 C'était compliqué de ma vie.
00:16 -Son mal-être submerge rapidement le jeune pompier
00:21 sans qu'il ne soit capable de l'extérioriser ni d'en parler.
00:24 Une impasse psychologique
00:27 que le professeur Laurent Laillet observe chez la plupart des auteurs d'incendie.
00:32 Experts auprès de la cour d'appel de Nîmes,
00:34 ils mènent les examens psychiatriques des pyromanes présumés
00:38 avant leur procès.
00:39 -On met le feu parce qu'on ne peut pas gérer
00:43 cette frustration ou cette colère
00:45 qui est finalement générée par d'autres facteurs,
00:49 qui sont des facteurs de la vie de tous les jours, une déconvenue.
00:53 Donc, un individu, face à la difficulté à gérer
00:57 cette dimension émotionnelle, puisqu'il ne peut pas la penser,
01:01 puisqu'il n'est pas en capacité de la digérer par son système psychique,
01:05 il va la mettre dans l'agir.
01:08 Et ce qu'on va voir, la face visible de l'iceberg,
01:11 ça va être son passage à l'acte.
01:13 -Quand le feu prend, qu'est-ce que vous recherchez ?
01:23 ...
01:26 -L'adrénaline, en fait.
01:28 On doit faire de l'adrénaline pour intervenir après, derrière.
01:31 ...
01:33 Même si ce n'était pas toujours le cas,
01:36 mais intervenir derrière.
01:37 J'allumais les feux et...
01:40 Je rentrais vite chez moi et j'attendais qu'on soit déclenchés.
01:44 -Ce comportement, le psychiatre et criminologue Roland Coutenceau
01:48 l'a souvent observé chez les pompiers pyromanes
01:52 et les a reçu dans son cabinet.
01:53 -Qu'est-ce que c'est, le pompier pyromane ?
01:56 C'est quelqu'un, au fond, qui va créer lui-même
01:59 un feu qui n'existe pas
02:01 pour pouvoir se présenter en homme d'action,
02:07 en héros.
02:09 Et souvent, comment on les a décotés,
02:12 c'est qu'ils étaient les premiers soit à signaler le feu,
02:16 soit à être disponibles ce soir-là,
02:19 au moment où il faut qu'on envoie l'équipe de pompiers sur le feu.
02:23 -En quittant rapidement les lieux pour éviter d'être repérés,
02:26 le pyromane ignore tout de l'ampleur du feu
02:29 lorsqu'il est appelé pour intervenir quelques minutes plus tard.
02:33 Au risque de se faire surprendre, comme cette nuit d'été,
02:37 où il fait partie du premier équipage à se rendre sur place.
02:40 -Moi, je savais que ça pouvait potentiellement brûler beaucoup,
02:45 sauf que ça a bien brûlé, en fait.
02:47 Ca a vachement bien brûlé.
02:49 Et je m'attendais pas autant à une telle ampleur.
02:53 Déjà au loin, quand on arrive avec les collègues,
02:58 on voit un énorme panache de fumée dans la nuit, de toute façon,
03:02 et une lueur de la lumière qui a éclairé pas mal toute la montagne.
03:08 -Son équipage est rapidement dépassé par l'ampleur des flammes
03:13 et doit appeler des renforts.
03:15 -On a survécu avec au moins 4 véhicules de 5 pompiers.
03:19 Et puis, je fais des réflexions.
03:22 Putain, c'est vraiment...
03:24 Je dirais une vingtaine de secouristes.
03:27 -Quand vous intervenez sur cet incendie avec vos collègues,
03:30 vous venez de vous mettre en danger,
03:33 mais aussi de mettre la vie de vos collègues en danger.
03:36 -Oui, bien sûr. Ca m'en revient, aussi.
03:39 De remettre mes collègues en danger, alors que c'était pas le but.
03:43 -On peut à la fois ressentir cette montée d'adrénaline,
03:47 mais aussi avoir dans un coin de son cerveau
03:50 qu'on est en train d'effectuer un acte transgressif.
03:53 Donc, il va avoir à gérer cette culpabilité-là.
03:56 Peut-être que c'est aussi ce qui va le motiver
03:59 pour intervenir, pour éteindre le feu.
04:01 Mais jusqu'à ce qu'une nouvelle séquence se produise
04:04 et qu'à nouveau, ils soient en recherche de cette adrénaline,
04:07 et le scénario va se répéter comme ça à plusieurs reprises,
04:10 jusqu'à ce qu'il soit stoppé.
04:13 -Le jeune pompier pyromane reproduira son acte 20 fois,
04:17 en mettant le feu à des hangars agricoles,
04:20 des baleaux de paille et des voitures,
04:22 mais aussi à plusieurs hectares de Pinède et de Garrigue.
04:27 -Les incendies se suivent, les mois passent.
04:29 Il y a une période où j'ai arrêté totalement de moi-même.
04:33 Pendant plusieurs mois, j'avais arrêté, en fait.
04:37 Et un jour, on m'a convoqué à la gendarmerie.
04:40 On me met face à mes actes, et là, je réagis...
04:44 Je réagis...
04:46 Je réagis en assumant mes actes, en avouant.
04:54 -On le prend comme une trahison,
04:57 parce que les sapeurs-pompiers sont une équipe soudée.
05:01 Et donc, quand l'un des nôtres trahit la confiance,
05:05 c'est douloureux.
05:06 -Il sera condamné à 3 ans de prison, dont un an ferme,
05:11 et devra indemniser les victimes pour les dommages provoqués,
05:15 plus de 100 000 euros qu'il continue de rembourser encore aujourd'hui.
05:19 ...
05:23 -Combien de soldats du feu basculent-ils dans la Pyromanie ?
05:27 ...
05:28 Il n'existe aucune statistique précise,
05:31 mais il ne représente qu'une minorité des auteurs d'incendies volontaires.
05:36 -Le pompier pyromane, finalement, c'est le mouton noir
05:40 en nombre très faible parmi le groupe des pompiers.
05:45 C'est peut-être celui qui est le plus étonnant,
05:49 le plus choquant, le plus intriguant,
05:52 mais statistiquement, ce n'est pas le pompier pyromane
05:56 qui est à la racine de la plupart des feux
05:59 dont on voit qu'ils occupent l'actualité année après année.
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