00:00 La raison de notre présence principalement, c'est de rendre nos morts au travail invisible,
00:05 le plus visible possible pour aujourd'hui au moins, et que ça perdure en fait.
00:09 On a besoin de remettre des visages sur tous ces chiffres d'accidents du travail qu'on
00:14 nous annonce.
00:15 Deux morts par jour, c'est juste plus possible.
00:16 Il y a au moins huit accidents sur dix mortels qui pourraient être évités s'il y avait
00:20 un peu plus de prévention et un peu plus de répression.
00:23 J'ai perdu mon fils aîné, Benjamin, il avait 23 ans.
00:27 Il a fait une chute de nacelle de 15 mètres le 28 février 2022, il y a tout juste un
00:31 an.
00:32 J'en suis là aujourd'hui parce qu'on n'a aucune information sur nos enquêtes ni sur
00:38 l'accident lui-même.
00:39 Je suis un an plus tard, je ne sais toujours pas à quelle heure l'accident est arrivé.
00:42 On a un appel un soir, on nous dit que notre enfant est décédé et tout s'arrête là.
00:46 Et notre vie n'est plus jamais la même.
00:48 On a perdu notre fils Ludovic au travail, de 19 ans, apprenti barman.
00:55 Il a été dans la nuit percuté par un mot de charge au niveau de la tête.
01:00 Tout s'est détruit autour de nous, on est détruit et du coup ce collectif va nous rendre
01:06 plus visibles.
01:07 En fait, il y a tellement de choses à faire, tellement de choses à changer pour ne pas
01:12 qu'on soit… parce qu'on est seul.
01:13 On attend le résultat de l'enquête du travail pour déterminer la responsabilité ou non.
01:20 C'est en cours, c'est long, c'est très très très difficile.
01:23 Il faut que les accidents du travail, les morts au travail soient reconnus, que les
01:29 peines soient plus importantes parce que c'est ridicule, qu'il y ait plus de sécurité,
01:36 plus de contrôle dans les entreprises.
01:38 Voilà, beaucoup beaucoup de choses.
01:42 Moi j'ai perdu Alexandre le 3 avril 2020 d'un accident de travail.
01:48 Il s'est retrouvé enfermé dans un sèche-linge, dans une laverie industrielle.
01:52 Il est parti travailler le matin et il n'est jamais revenu parce qu'il est mort sur le
01:55 coup a priori.
01:56 Du moins c'est ce que j'en sais, parce que je ne sais rien.
01:58 Et en fait la raison de l'avenue aujourd'hui, donc avec tout le collectif Stop à la mort
02:02 au travail, c'est cette absence d'information qu'on peut avoir.
02:06 On n'est soutenu par personne, ni par l'État, ni par les entreprises dans lesquelles les
02:11 accidents ont pu avoir lieu.
02:12 On est seul, oui, parce que l'entreprise, bon oui, mais condoléances, voilà, c'est
02:17 tout.
02:18 Après l'échange s'en tient à un échange purement administratif.
02:20 Voilà les papiers, le solde tout compte, ça s'en tient à ça.
02:25 Au niveau de l'État, si on ne passe pas les coups de fil, si on ne s'inquiète pas, on
02:29 n'a aucune information.
02:30 À aucun moment on a un numéro à appeler dans ce cadre-là, où on nous dit, bon ben
02:36 voilà, maintenant vous avez ça à faire, ça à faire.
02:38 Non, il faut chercher.
02:39 Donc il faut se renseigner.
02:41 Et quand vous venez de perdre votre mari, que vous retrouvez comme moi, avec une petite
02:44 fille de 4 mois et un garçon de 4 ans, et bien moralité, vous êtes perdus.
02:48 Il s'est électrocuté sur son lieu de travail.
02:53 Il est le 2 novembre 2021.
02:56 Il est décédé après 18 jours de coma à La Rochelle.
03:00 Il était pisciniste.
03:01 Donc aucune raison de s'électrocuter normalement.
03:04 On a rejoint le collectif parce que le message c'est déjà rendre hommage en premier lieu.
03:08 Il y a toutes les personnes qui sont mortes au travail et en second lieu, surtout que
03:11 ça n'arrive plus.
03:12 Malheureusement il y a des familles qui rejoignent tous les jours, qui vivent la même tragédie
03:16 et qu'on est souvent démunis, on est choqués.
03:18 Je ne sais pas si vous avez prêté attention, mais c'est beaucoup de jeunes, d'hommes
03:24 jeunes.
03:25 Et forcément c'est choquant, il n'y a personne.
03:27 Non, il n'y a personne.
03:28 Aujourd'hui, le message que vous voulez envoyer aux gens qui vont regarder cette vidéo, chacun
03:33 va au travail tous les jours.
03:35 Est-ce qu'on a conscience ?
03:37 Exercez votre droit de retrait.
03:38 On sait très bien que les employeurs, ils ont la force, ils ont le pouvoir.
03:42 Parce que le travail, malheureusement, on ne le trouve pas en traversant la route.
03:46 Donc forcément, ils ont du pouvoir.
03:48 Mais exercez votre droit de retrait.
03:50 Si à un moment donné vous sentez le danger, arrêtez.
03:53 Parce que quand on va au travail le matin, on a le droit de pouvoir revenir vivant.
03:59 On va maintenant faire le plus bel hommage qu'on puisse leur faire et les applaudir
04:06 le plus fort que vous pouvez.
04:07 Merci.
04:10 [BIP]
04:12 Merci.
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