00:00 Dans cette enquête, je vous révèle comment l'industrie pharmaceutique
00:03 investit tranquillement une mission interministérielle chargée de lutter
00:07 contre les pénuries de médicaments en France.
00:10 Comble de l'ironie, ces pénuries sont parfois provoquées
00:12 par les laboratoires eux-mêmes pour faire gonfler les prix.
00:15 Voici comment les big pharmas gardent la main à Matignon,
00:17 une enquête que j'ai menée, à retrouver sur le site du Média TV,
00:21 seulement accessible aux abonnés.
00:22 [Générique]
00:30 La France manque de médicaments.
00:32 Les chiffres de l'Agence de sécurité du médicament sont effrayants
00:35 et se dégradent depuis une dizaine d'années.
00:37 La France, patrie de pasteurs et des vaccins,
00:40 manque d'anticancéreux, d'antinfectieux, d'antidouleurs, bref.
00:43 Les pharmaciens des CHU de France sont dans une gestion de pénuries permanente.
00:47 Mais rassurez-vous, on est sauvés.
00:49 Elisabeth Borne a mis en place une mission interministérielle
00:52 chargée de lutter contre ces pénuries.
00:54 Cette mission doit garantir un meilleur accès aux soins
00:56 et la soutenabilité des dépenses de santé.
00:59 Mais il se trouve que cette mission est gangrénée
01:01 par les lobbies des big pharma et des entreprises de santé numérique.
01:04 Appeler les big pharma et la e-santé pour lutter contre les pénuries de médicaments
01:08 peut prêter à sourire.
01:09 Pourquoi ?
01:10 Car ce sont souvent les médicaments les moins rentables qui sont en pénurie.
01:13 Dans un cynisme assez terrifiant,
01:15 l'industrie pharmaceutique s'emploit en effet à raréfier l'offre
01:18 pour faire augmenter les prix.
01:19 Pour le dire autrement, les pénuries font les profits des big pharma.
01:23 Dans l'enquête, je parle des médicaments qui sont retirés du marché
01:26 et réintroduits quelques mois plus tard, parfois dix fois plus chers.
01:29 J'évoque également le cas du laboratoire sud-africain Aspen
01:32 qui a menacé plusieurs États membres de l'Union européenne
01:35 de détruire ses stocks d'anticancéreux pour faire du chantage aux prix.
01:39 Pendant quatre ans, la Direction Générale de la Concurrence va enquêter sur Aspen.
01:45 Elle vient de mettre au jour un vaste système de chantage utilisé par la firme
01:51 pour faire flamber les prix de plusieurs anticancéreux dans 25 pays en Europe.
01:57 Dans notre enquête, on a trouvé qu'Aspen était prête à utiliser
02:07 une série de tactiques, de stratégies pour augmenter les prix.
02:13 Et ça comprenait des menaces.
02:15 On a trouvé un document interne qui résumait assez clairement
02:20 la stratégie pour toute l'Europe de négociation avec les autorités nationales.
02:25 L'approche était vraiment d'accepter le prix demandé ou en retirer le produit.
02:29 Je cite également Sanofi qui n'hésite pas à stopper la production
02:33 de médicaments pourtant vitaux mais pas assez rentables pour ses actionnaires.
02:37 On ne s'attendait pas à ce qu'ils nous annoncent un arrêt définitif de la production.
02:41 Ce qui nous laissait entendre nos deux collègues du laboratoire Sanofi,
02:46 c'est que c'était ce genre d'ordre de valeur, de 7 à 10 % de marge sur le médicament.
02:54 Ce qui, à leur dire, était quelque chose d'assez faible
02:57 comparativement à d'autres collègues au sein du laboratoire
03:00 qui travaillaient sur des médicaments beaucoup plus rentables.
03:03 Un laboratoire qui réalise plus de 80 % de son chiffre d'affaires français
03:08 grâce au remboursement de la sécurité sociale.
03:11 A-t-il le droit d'abandonner des traitements essentiels ?
03:14 Bref, Elisabeth Born et Mattignon appellent en renfort des pompiers pyromane.
03:19 Sur 6 membres de la mission, en effet, on retrouve 3 représentants
03:22 plus ou moins proches des Big Pharma, dont Frédéric Collet, ex-président du LEM,
03:26 l'un des principaux lobbies de l'industrie pharmaceutique
03:29 mais aussi ex-patron de Novartis France.
03:32 Cette Big Pharma suisse est notamment connue pour commercialiser le Solgesma,
03:36 le médicament le plus cher du monde et non remboursé à ce jour.
03:40 Ce traitement est facturé près de 2,1 millions d'euros
03:43 contre 150 000 euros de coût de fabrication.
03:45 Cette somme astronomique oblige des familles de malades à s'endetter
03:49 et à recourir aux financements participatifs pour se soigner.
03:52 Cette mission s'annonce d'ores et déjà sous les meilleurs auspices.
03:56 Aux côtés de l'ex-boss de Novartis France, on retrouve encore du Big Pharma,
03:59 notamment Magali Leo, une juriste consultante chez Nextstep,
04:03 un cabinet de lobbying qui conseille Agifarma,
04:06 le représentant d'intérêt des laboratoires américains en France.
04:09 Enfin, côté Big Pharma, on retrouve encore Annie Soldier,
04:12 directrice associée de Boston Consulting Group,
04:15 un cabinet de conseil omniprésent chez Sanofi.
04:17 L'industrie de la santé numérique, nouvelle eldorado du capitalisme mondial,
04:22 a également son rond de serviette à Matignon.
04:24 Dans cette mission, on retrouve notamment Claire Biot,
04:26 vice-présidente de santé chez Dassault Systèmes.
04:29 Et ça tombe bien, l'éditeur de logiciels français a fait ses meilleurs résultats
04:33 dans le secteur de la santé au dernier trimestre 2022.
04:37 Autre présence qui pose question, celle d'Anne Aurélie Epice de Florian,
04:41 directrice associée chez Igvia,
04:43 le leader mondial de la collecte et de l'analyse de données médicales.
04:46 En 2021, Cache Investigation révélait que nos données de santé
04:50 étaient monnayées par Igvia dans près de 50% des pharmacies françaises,
04:54 et ce, sans recueillir le consentement des principaux intéressés.
04:57 C'est vraiment une catastrophe.
05:00 Les français devraient être très en colère.
05:03 Des données de pharmacie qui, une fois compilées, vont être revendues.
05:07 Pour information sur une pathologie,
05:09 pour avoir un peu les informations, c'est minimum 20 000 balles.
05:12 Quand on n'est pas conscient de la valeur de la donnée,
05:15 on n'est pas forcément conscient du pillage que ça peut représenter.
05:17 Alors bien sûr, du côté de Matignon,
05:19 on assure que tout ce beau monde rencontrera les autorités sanitaires,
05:22 les syndicats, les associations de défense des malades.
05:26 Mais avec autant de lobbies, on pressent que les solutions apportées
05:28 dans cette mission n'iront pas à l'encontre frontalement des intérêts du privé.
05:32 Mais de toute façon, le gouvernement a d'ores et déjà lâché du lest à l'industrie pharmaceutique.
05:37 Le ministre de la Santé, François Braun, a déjà donné son feu vert début février
05:42 à une hausse des prix ciblés sur certains génériques.
05:44 Une demande réclamée à corps et à cri par les laboratoires
05:48 depuis de nombreux mois pour lutter contre les pénuries.
05:51 En somme, ce que disent les laboratoires,
05:53 c'est "augmenter le prix de nos médicaments et vous lutterez contre les pénuries".
05:57 Sauf qu'entre-temps, les malades attendent des traitements, parfois vitaux.
06:00 Si le sujet vous intéresse, vous pouvez lire mon enquête détaillée sur lemediatv.fr.
06:05 Tous ces journalistes qui sont dans ce système qui disent
06:07 "non mais attends, moi je suis quand même extrêmement libre".
06:09 Enfin, ça suffit quoi, ils ne sont pas libres du tout.
06:10 Ces grands systèmes médiatiques sont tenus par une poignée de milliardaires
06:13 qui pour la plupart ont soutenu Emmanuel Macron en 2017 et encore aujourd'hui.
06:16 La question de la répartition des richesses est enfin en train vraiment de basculer
06:23 et de s'imposer dans le pays et c'est essentiel.
06:26 Imaginez une chaîne de télé,
06:29 du côté des gens
06:32 et non des puissances de l'argent.
06:35 Qui parle de la vraie vie plutôt que de chanter les louanges de la Macronie.
06:43 Tu vois quand tu as 1800 pages pour un accord Corée-Europe
06:46 et une cinquantaine de pages pour la COP21,
06:48 tu sais très bien que le commerce est plus important que le climat.
06:51 Qui lève le poing plutôt que d'abattre la matraque.
06:54 Imaginez une chaîne qui soit enfin du bon côté de la barricade.
06:58 Qui lève le poing plutôt que de l'abattre la matraque.
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