00:00 - Et 6h41, excellente matinée sur Europe 1. En pleine période d'inflation, nos nouvelles habitudes de consommateurs sont passées à la loupe, en particulier avec l'étude
00:07 qu'on vous dévoile ce matin sur Europe 1, étude de l'Observatoire Cet'Elem sur le modèle du low-cost.
00:12 Votre invité Alexandre Flavien Neuville, économiste et directeur de l'Observatoire Cet'Elem.
00:17 - Bonjour Flavien Neuville. - Bonjour.
00:19 - À chacun son low-cost, voilà le thème de votre étude très fouillée, qui ne se limite pas d'ailleurs aux consommateurs français,
00:25 puisqu'elle a été réalisée dans 15 pays européens. À chacun son low-cost, ça veut dire quoi ?
00:30 Que tous les types de consommateurs désormais se retrouvent à un moment ou un autre dans les offres à bas prix ?
00:35 - Oui, c'est exactement ça. Dans cette étude, on a essayé de comprendre d'abord quel était le niveau de consommation des produits low-cost en Europe,
00:43 et on voit que c'est un niveau de consommation qui est élevé, qui n'est pas homogène dans tous les pays,
00:47 mais qui est quand même assez élevé dans l'ensemble des pays, puisque 54% des Européens nous disent consommer régulièrement des produits low-cost.
00:52 Et puis après, on a essayé de comprendre, notamment par niveau de revenu, si cette consommation était homogène ou pas.
00:57 Alors évidemment, elle n'est pas homogène. Ceux qui ont des revenus les plus élevés ont moins recours au low-cost,
01:02 mais ils y ont recours aussi, plutôt par choix, tandis que les gens qui ont les revenus les plus faibles, qui sont plus durement touchés par l'inflation,
01:08 eux, ils y ont recours plutôt par contrainte, mais globalement, c'est vrai que c'est un phénomène qui touche à la fois toutes les catégories sociales,
01:14 mais également tous les pays d'Europe.
01:15 - Alors effectivement, plus du tout marginal, je vois qu'en France, 4 consommateurs français sur 10 consomment souvent des produits
01:21 ou des services low-cost. C'est intéressant si on rapporte d'ailleurs ces chiffres, puisqu'on les a, vous les avez chez nos voisins européens,
01:28 c'est plus de 5 consommateurs sur 10, plus de la moitié en Allemagne, qui consomment du low-cost, et même plus de 6 sur 10 chez nos voisins britanniques.
01:35 - Oui, c'est ça. Et puis on pourrait même parler aussi de l'Europe du Sud, c'est-à-dire l'Italie, le Portugal, l'Espagne, où là aussi, on est au-delà des 6 sur 10,
01:42 avec également la Suède. Et puis après, c'est vrai qu'en Europe centrale, on voit que le low-cost est moins développé,
01:47 notamment en Pologne, par exemple, qui est quand même un grand pays européen, avec beaucoup d'habitants, mais c'est donc pas une consommation qui est homogène.
01:53 Et c'est vrai que les Français sont un petit peu en retrait par rapport à la moyenne européenne, même si quand même 4 consommateurs sur 10
01:58 qui disent consommer régulièrement des produits low-cost, c'est quand même beaucoup.
02:02 - C'est pas marginal du tout. Alors le low-cost, c'est d'abord le hard discount alimentaire, on est tous familiarisés avec ces enseignes,
02:08 mais ça va bien au-delà ! Flavien Neuville d'ailleurs, vous avez demandé au sondé de citer les marques low-cost qui leur viennent le plus spontanément à l'esprit.
02:16 Quelles sont-elles ?
02:17 - Oui, alors c'est vrai qu'il y a le hard discount alimentaire, et notamment avec des enseignes comme Aldi ou Lidl qui reviennent très régulièrement.
02:23 Il y a l'aérien également, qui est quand même historiquement le secteur dans lequel le low-cost s'est beaucoup développé depuis une trentaine d'années,
02:31 avec des compagnies aériennes comme Ryanair. Et puis on a également le textile, qui est avec des enseignes, notamment une enseigne qui s'est beaucoup développée
02:38 dans les pays d'Europe du Sud, Primark, qui arrive également en France. Et puis après, il ne faut pas non plus négliger, par exemple, tout ce qui est non-alimentaire,
02:45 c'est-à-dire le bazar non-alimentaire, avec des enseignes de type Action, de type Stockholmanie, etc., qui se développent beaucoup,
02:55 et qui d'ailleurs vont prendre des parts de marché sur les hypermarchés traditionnels, qui eux aussi ont des rayons non-alimentaires,
03:00 mais qui sont durement concurrencés par toutes ces nouvelles enseignes qui se développent beaucoup.
03:04 - Trois secteurs qui incarnent le low-cost donc, la grande distribution, le transport aérien et l'habillement.
03:10 Il y a aussi ce constat dans votre étude qu'on est arrivé à l'heure du low-cost décomplexé, c'est ce que vous dites, il n'y a plus ce côté dévalorisant qu'il y avait à ses débuts.
03:20 - Oui, alors ça c'est vraiment un enseignement absolument essentiel de notre étude, c'est qu'on voit bien que l'image du low-cost a beaucoup évolué au cours de ces 20 dernières années.
03:28 Nous avions fait déjà des études il y a 20 ans sur le low-cost, et c'est vrai qu'à l'époque, le low-cost était plutôt perçu un peu comme une consommation hôteuse,
03:35 on ne pouvait pas faire autrement, on se cachait un peu, on ne le revendiquait pas, et aujourd'hui c'est vu comme étant plutôt une consommation intelligente,
03:41 c'est-à-dire que ce sont des produits qui se ressentent sur l'essentiel, on ne va pas payer plus cher pour des produits ou des services dont on n'a pas besoin,
03:47 et c'est vrai que dans ce contexte inflationniste, le low-cost revient un peu en grâce, la recherche du prix bas, pas forcément d'ailleurs de la qualité la plus mauvaise,
03:55 parce que le low-cost a plutôt une bonne image, mais c'est vu comme étant une consommation plutôt maligne.
03:59 L'image du low-cost a beaucoup évolué au cours de ces 15 dernières années, ce n'est plus du tout dévalorisant, en tout cas c'est ce que nous disent 75% des Européens qu'on a interrogés,
04:07 ce n'est pas dévalorisant d'acheter et de consommer des produits low-cost.
04:10 - Alors il y a beaucoup d'aspects très intéressants dans votre étude très fouillée, je vois globalement le prix est le premier critère des consommateurs,
04:17 plutôt pour les services, quand on parle de low-cost, on va aller vers l'énergie, le transport, l'abonnement de téléphonie mobile,
04:24 à l'inverse pour les produits, non pas les services mais les choses qui se gardent, c'est plus souvent la qualité ou la marque qui va compter,
04:31 on est à la recherche de fiabilité si on parle d'électroménager ou de son automobile par exemple, Flavien Neuville.
04:36 - Oui c'est ça, c'est absolument ça, c'est-à-dire qu'en fonction des produits achetés, les critères des consommateurs vont être différents,
04:42 et d'ailleurs ça devient très compliqué pour les entreprises de savoir comment communiquer vis-à-vis de ce consommateur,
04:47 comment faire de la publicité par exemple pour s'adresser à ses consommateurs,
04:50 parce qu'un même consommateur, pour prendre un exemple un peu caricatural mais qui est très vrai,
04:54 s'il décide de partir en vacances à deux heures de France par exemple, en Europe centrale,
05:00 il peut très bien prendre une compagnie aérienne low-cost parce qu'il considère qu'il ne voudra pas payer plus cher ce billet d'avion,
05:05 parce que deux heures d'avion ça ne mérite pas plus, et une fois arrivé sur place, il pourra très bien se payer un hôtel plutôt haut de gamme.
05:11 Et pourtant c'est le même consommateur, c'est le même projet des vacances, il y a à la fois du low-cost et du haut de gamme,
05:16 et c'est vrai qu'aujourd'hui c'est très difficile d'adresser les consommateurs parce que de temps en temps ils vont décider de consommer low-cost,
05:21 et c'est un choix complètement souverain, si je puis dire, en tout cas volontaire,
05:25 et puis de l'autre côté, en même temps ils pourront consommer des produits plus haut de gamme.
05:28 - Autre question intéressante à l'heure de l'explosion de l'occasion de la seconde main,
05:32 vous avez posé cette question, que faites-vous si vous avez le choix entre du neuf low-cost et un produit d'occasion de marque ?
05:39 Et là la réponse est tranchée, 62% presque deux tiers choisissent le neuf low-cost.
05:44 - Oui absolument, donc ça montre qu'effectivement le low-cost est quand même une réponse aussi au contexte inflationniste du moment,
05:50 ça vient spontanément à l'esprit, devant l'occasion, même si, il faut quand même le dire,
05:54 le marché de la seconde main se développe beaucoup, dans beaucoup de secteurs, on parlait du textile tout à l'heure,
05:58 de l'équipement de la personne, c'est un secteur qui se développe beaucoup,
06:01 le marché de l'occasion sur le vêtement, et c'est aussi une réponse à cette crise du pouvoir d'achat,
06:05 mais c'est vrai que le low-cost, les produits neufs, restent quand même très attractifs pour beaucoup de consommateurs,
06:10 notamment pour certains produits de type électronique grand public, téléviseurs, ifi, vidéos,
06:15 où là on va privilégier plutôt effectivement des produits neufs plutôt que des produits de seconde main,
06:19 parce qu'on a toujours un peu d'inquiétude sur la qualité des produits achetés.
06:22 - A chacun son low-cost, voilà pour cette étude très complète que vous nous dévoilez ce matin sur Europe 1.
06:26 Merci Flavien Neuville, économiste et directeur de l'Observatoire Cet'Elem.
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