- il y a 13 ans
06 Mars 2013
Enfants morts et pluie de cendres, cette semaine, Karim nous emmène à Silent Hill selon Christophe Gans, une adaptation en demi-teinte d'un incontournable de l'horreur ludique.
Enfants morts et pluie de cendres, cette semaine, Karim nous emmène à Silent Hill selon Christophe Gans, une adaptation en demi-teinte d'un incontournable de l'horreur ludique.
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00:13Chère journal, cela fait maintenant deux épisodes de cross que je consacre à des films insignifiants.
00:18J'ai peur de devenir une caricature de moi-même. Ma démarche est-elle stérile ?
00:31Hugo Jouxtel vient d'arriver, il me suggère de passer plus de temps à chercher des films intéressants à critiquer.
00:36Pas con, Monsieur Jouxtel.
00:41Donc, c'est parti.
00:42Je commence par lister les films susceptibles de passer dans l'émission. Une liste sur internet les répertorie déjà. Facile.
00:4671 films entrent dans le concept, la liste est longue, il va falloir écrémé.
00:49La dernière émission concerne les gamers, je décide donc cette fois de traiter d'une adaptation.
00:52Tout le reste, à la poubelle. Il reste 30 films.
00:54J'ai envie de m'intéresser à un film plus récent que les deux précédents, histoire de varier un peu
00:57les plaisirs.
00:57J'enlève tous les films qui sont sortis en 2001 et avant.
01:0021 films.
01:00Ça commence à devenir vraiment difficile de filtrer.
01:02Heureusement, Gilles Stella vient d'arriver et il a l'ingrédient qu'il me manque.
01:17Eureka.
01:21Salut à tous, c'est Karim Debach et l'épisode d'aujourd'hui sera placé sous le signe de la
01:24souffrance, de la douleur, des ténèbres, des larmes et des enfants morts.
01:28Bienvenue à Silent Hill.
01:33Ok, Silent Hill est un film américain sorti le 21 avril 2006 aux Etats-Unis et réalisé par Christophe Gans,
01:38cinéaste français émérite,
01:40qui a déjà accouché de Crying Freeman et du Pacte des loups.
01:42Il est également à noter que le film est écrit par Roger Avary, co-scénariste du Pulp Fiction de Tarantino.
01:46Wow, Karim Debach, tu veux dire que l'adaptation filmique d'une des plus grosses licences de l'histoire du
01:50jeu vidéo a été confiée à des gens... talentueux ?
01:52Oui, jeune spectateur lambda, tu as raison !
01:54Gans et Avary, adaptant Silent Hill, est une nouvelle fort enthousiasmante.
01:57Elle est d'autant plus que Gans, peu avant la sortie du film, expliquait en interview ses intentions et semblait
02:02avoir tout compris du jeu,
02:03de sa force esthétique et de l'implication émotionnelle du joueur.
02:06Mais alors, Karim Debach, ça veut dire que le film... est une réussite ?
02:10Oui, non mais attends, je vais te le dire après.
02:11Bon, le film nous raconte l'histoire des Da Silva, petites familles tranquilles comme il en existe...
02:16dans tous les films du monde.
02:23Ne passons pas à côté des choses simples.
02:26Sauf que papa et maman Da Silva sont un peu concernés par leur fille adoptive qui souffre de crise de
02:30somnambulisme
02:31et d'une pathologie fort commune aux personnages de cinéma qui consiste à répéter le nom du film dans lequel
02:35ils sont.
02:36Silent Hill ! Silent Hill !
02:39Donc, maman Da Silva décide d'emmener sa fille à Silent Hill où cette dernière rencontre un épouvantail idiot,
02:43un lion trop mignon, un homme de fer et un magicien.
02:46Ensemble, ils combattent une sorcière et des singes volants et finalement, la petite réussit à rentrer au Kansas.
02:51Mais peut-être que tout ceci n'était qu'un rêve.
02:57Non, en fait, maman Da Silva a un accident de voiture et découvre en se réveillant que sa fille a
03:00disparu.
03:01Du coup, elle décide d'explorer la ville pour la retrouver et... ok, c'est classe.
03:05L'univers de Silent Hill dans ce film a de la gueule, je veux dire grave de la gueule.
03:08Au-delà de la fidélité au jeu, les plans sont magnifiques, la lumière est superbe et la mise en scène,
03:12bien qu'un peu maniérée,
03:13fait honneur à l'énorme soin apporté à la production design.
03:16Ça défonce à mort.
03:17Mais trêve de contemplation, une sirène retentit.
03:26Vous savez probablement ce que ça veut dire, on va pénétrer dans le monde des ténèbres.
03:29Je préfère vous prévenir tout de suite, le film contient pas mal de scènes assez graphiques, surtout dans ses passages.
03:33J'ai donc décidé d'entrecouper les moments un peu durs avec ce que j'aimais appeler des instants de
03:37bonheur et d'insouciance.
03:39J'ai donc décidé d'entrecouper les moments un peu plus tard.
04:09Et pendant ce temps-là, dans le vrai monde réel de la réalité véritable, les aventures de Boromir !
04:15Boromir est bien embêté, il a perdu sa femme.
04:18Où est ma femme ? Demande-t-il au garagiste.
04:19Je ne sais pas, dit le garagiste.
04:21Où est ma femme, monsieur le policier ?
04:23Je ne sais pas, dit le policier.
04:24Mais je vais quand même vous aider, car je suis policier.
04:27Elle rencontre Sibylle, une flic qui elle aussi a eu un accident, et qui elle aussi se retrouve prisonnière de
04:31la ville.
04:32Et comme à chaque fois que le protagoniste d'un film rencontre un flic, il y a quiproquo.
04:36Je vous en prie, ma fille est disparue.
04:39Aidez-moi.
04:40Sortez de la voiture.
04:41Quoi ?
04:42Contre le capot.
04:45Enfin, qu'est-ce que vous faites ?
04:46Mais je vous jure que je suis gentil.
04:47Vos papiers, s'il vous plaît.
04:48Et enfin, ne soyez pas si procéduriers, on est dans une ville où il peut le descendre, et où des
04:51enfants morts reviennent à la vie.
04:53Vos papiers, s'il vous plaît.
04:55Vous êtes sûr que vous ne voulez pas qu'on discute ?
04:56Je suis sûr qu'à deux, on peut se sortir de cet enfer.
04:59Vos papiers, s'il vous plaît.
04:59Bon, elle réussit à s'échapper et fonce à l'école, puis s'enferme dans les toilettes et fait une
05:03découverte des plus inquiétantes.
05:12Ah, les gosses, ils ne savent plus comment se rendre intéressant.
05:15Elle trouve un item dans la bouche du... du truc.
05:18Item qui lui indique où elle doit se rendre.
05:20Et là, vous commencez à cerner un des plus gros problèmes du film.
05:22On n'est pas prisonnier de Silent Hill, la ville, on est prisonnier de Silent Hill, le jeu.
05:26Puisque la narration du film est un décalque de la progression du joueur,
05:29et que les articulations du récit qui font avancer l'intrigue sont des mécaniques de jeu.
05:33Le personnage trouve un objet qui lui indique où se rendre, les lieux visités sont des niveaux,
05:37et plutôt que de faire des plans d'ensemble pour nous présenter un lieu,
05:39on suit littéralement les personnages s'y déplacer, comme pendant une phase d'exploration.
05:43Et pendant ce temps-là, dans le vrai monde réel de la réalité véritable,
05:46les aventures de Boromir !
05:48Aujourd'hui, Boromir est bien bougon.
05:50Il est toujours loin de sa femme.
05:52Comment faire pour la retrouver sans l'aide du garagiste et du policier ?
05:55J'ai la solution, se dit Boromir.
05:57Il faut faire des recherches sur l'internet et dans les étagères.
06:00Bref, Maman da Silva continue son petit périple,
06:03elle retrouve Sibyl et rencontre tout un tas de personnages secondaires,
06:05joués par les acteurs les moins convaincants du monde, maquillés à la truelle.
06:09Oui, elle est à moi.
06:12C'est à moi.
06:13Non, c'est à moi.
06:13C'est à moi !
06:14Bon, une fois qu'on a compris le système, le reste du film va de soi,
06:16les protagonistes vont de niveau en niveau toujours à la recherche de la gamine,
06:19le tout étant entrecoupé de scènes un peu trachouilles,
06:21parfois efficaces et souvent un peu grotesques.
06:32Et les protagonistes finissent par arriver au dernier niveau, l'église,
06:35où elle rencontre la grosse méchante du jeu.
06:37Après ça, on a droit à un flashback qui nous explique toute l'histoire.
06:40Leurs parents leur disaient qu'elle était vilaine.
06:44Parce que elle, elle n'avait pas de père.
06:47Voyez-vous, le public est con.
06:48Son esprit ne laisse aucune place au mystère et à la fantaisie.
06:51Il est donc de notre responsabilité de lui donner une explication rationnelle
06:53pour chaque décision scénaristique.
06:55Sinon, son cerveau risque à tout moment d'exploser
06:57sous le poids des questions qu'il pourrait se poser.
06:58Merci à toi, film, de nous prendre pour les abrusis que nous sommes probablement.
07:02Donc, on apprend que la petite Da Silva était en fait
07:04une des incarnations bienfaisantes d'une autre petite fille
07:06morte brûlée vive quelques années auparavant
07:08par une secte maléfique.
07:09secte qui se charge de brûler Sibyl façon kaka kaka.
07:13Ku Klux Klan Kebab.
07:15Et veut faire de même avec la petite Da Silva.
07:17Heureusement, la maman arrive à temps pour sauver sa progéniture.
07:20Ne croyez pas ces mensonges !
07:24J'arrive d'un monde en dehors du vôtre.
07:26Allez, vas-y, fonce, maman Da Silva.
07:27Montre-leur le tout-puissant pouvoir de l'amour.
07:29J'arrive d'un monde qui est plein de vie.
07:37Et pendant ce temps-là,
07:38dans le vrai monde réel de la réalité véritable,
07:41les aventures de Boromir.
07:43Boromir commence à en avoir ras la casquette.
07:45Cela fait bien trop longtemps que sa femme a disparu
07:47et les étagères n'ont pas aidé.
07:49Qu'à cela ne tienne, se dit Boromir.
07:51Si les étagères ne mettent pas,
07:52j'irai demander aux bonnes sœurs de l'orphelinat.
07:55Ok, bon, son sang fait apparaître Alessa,
07:57la petite fille brûlée dont je vous parlais tout à l'heure,
07:59et la grande scène de combat finale
08:00est une sorte de bordel grand-guignolesque
08:01qui voudrait probablement transformer le film
08:03en un Evil Dead moderne,
08:04mais qui au final ressemble juste à un hentai dégueulasse.
08:14Après ce grand port-nawak assumé,
08:16Maman Da Silva rentre chez elle avec sa fille,
08:18mais on comprend qu'elle est toujours dans une autre dimension,
08:20puisqu'elle ne peut ni voir, ni parler à son mari.
08:23Effrayant, n'est-ce pas ?
08:24Mais c'est rien par rapport à ce qui suit,
08:26puisque le film se termine sur l'image la plus terrifiante
08:28que l'esprit humain n'ait jamais imaginé.
08:32Un buisson.
08:35Le film est assez décevant.
08:37Le problème majeur étant un rythme complètement bâtard,
08:39le film est souvent chiant comme la mort,
08:41puisque comme je l'ai dit, la narration semble tout droit sortie d'un jeu vidéo.
08:44De plus, les séquences mettant en scène Boromir sont superficielles,
08:47brisent le rythme du film, empêchent toute forme d'immersion
08:49et trahissent le propos métaphorique du film sur le matriarcat
08:51et sur la place de la femme dans la société.
08:53D'ailleurs, il est à noter que ces scènes ont été ajoutées contre l'avis du réalisateur,
08:56par décision des producteurs qui trouvaient que le film manquait de rôles masculins forts,
08:59tous les autres personnages importants étant des femmes.
09:02Pour autant, tout n'est pas à jeter.
09:04L'univers de Silent Hill est sublimement retranscrit,
09:06la mise en scène est inspirée, la lumière est superbe et les décors majestueux.
09:08Le film est une œuvre théorique fantastique,
09:10et il est évident que Gans est un vrai passionné du jeu
09:12et qu'il a fait ce film avec les meilleures intentions du monde,
09:14en essayant, tant que faire se peut,
09:16de faire plaisir aux fans hardcore de la série.
09:18A ce sujet, il est bon de rappeler que Gans reçut des menaces de mort
09:20au moment où les fans ont appris qu'il allait se charger de l'adaptation du film.
09:24Ceux qui aident le démon doivent être purifiés par les flammes qui les ont engendrées.
09:30Mais c'est fou ! Vous êtes dingue !
09:32Le film est aussi très intéressant pour ses choix de mise en scène.
09:34A un moment où l'horreur au cinéma se résumait aux tortures porn vulgaires façon saut,
09:38Silent Hill ne tombe jamais dans la facilité,
09:40économise les effets beaufs,
09:41et les jumpscares préférant créer des atmosphères viscérales
09:43par une mise en scène sobre et élégante.
09:47Et si vous êtes cinéphile et que vous aimez l'univers de Silent Hill,
09:50je vous recommande plutôt de vous tourner vers l'échelle de Jacob,
09:52un film d'Adrien Lin sorti en 1990
09:54et qui a beaucoup inspiré Silent Hill le jeu.
09:56Quant à Silent Hill le film,
09:58le résultat est en demi-teinte.
09:59Tout n'est pas blanc ou noir.
10:01Il y a aussi des arabes, des chinois,
10:03et des films bourrés de nobles intentions
10:05qui échouent misérablement à raconter une histoire intéressante.
10:07C'est la vie, mais il y a du progrès,
10:09suffisamment pour me redonner espoir.
10:10Et suffisamment aussi pour vous offrir encore quelques instants de bonheur et d'insouciance.
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