http://www.un.org/icty/transe54/020214IT.htm
http://www.un.org/icty/transf54/020214IT.htm
LA HAYE (AFP), le 14-02-2002
Horreur contre horreur: Slobodan Milosevic a choisi de contre-attaquer, jeudi à La Haye, au troisième jour de son procès, en montrant les dévastations provoquées par les bombardements de l'Otan sur son pays, de mars à juin 1999, tout en ignorant superbement les atrocités imputées aux forces serbes.
D'une voix forte, le visage parfois déformé par une grimace de colère, M. Milosevic, 60 ans, parle pendant plusieurs heures devant le Tribunal pénal international (TPI), passant rapidement sur "l'impudence" et la "duplicité" de l'accusation, pour concentrer ses attaques sur l'Otan et ses dirigeants.
Après avoir annoncé qu'il demanderait le témoignage de Jacques Chirac, pour l'interroger sur le choix des cibles des bombardements, M. Milosevic fait projeter devant la Cour plusieurs dizaines de photos de ponts, d'usines et de maisons détruites.
"Ces bombardements étaient sans merci. Ils visaient à provoquer les plus grandes souffrances possibles, le plus grand nombre de morts possibles. Leur objectif était clairement civil", commente M. Milosevic.
L'ancien président yougoslave revient en particulier sur le bombardements de deux colonnes de réfugiés albanais à côté de Djakovica (Kosovo) le 14 avril 1999 par les avions de l'Otan. Une photo montre les corps d'une mère et de sa fille. Une autre une toute jeune fille. Un filet de sang s'écoule de ses lèvres. Sur une troisième: une tête ensanglantée, arrachée du corps, gît au milieu d'un champ. Le bombardement de Djakovica avait fait plus de 70 morts. L'OTAN avait exprimé ses "vifs regrets" à la suite de cet incident.
Enchaînant sur le thème "deux poids, deux mesures", l'ancien président yougoslave observe qu'il se trouve sur le banc des accusés pour avoir fait hier exactement ce que fait le président George W. Bush aujourd'hui: "combattre le terrorisme", à cette différence près, ajoute-t-il, que les Serbes se battaient dans leur propre pays.
"Les Américains vont de l'autre côté de la planète, en Afghanistan, pour combattre le terrorisme et tout le monde trouve ça normal. Mais quand nous nous battons contre le terrorisme dans notre propre pays c'est considéré comme un crime", lance M. Milosevic.
Aux yeux de M. Milosevic et de son régime, la guerre du Kosovo avait essentiellement pour objectif l'élimination des "terroristes" de l'UCK (armée de libération du Kosovo), la branche armée de l'indépendantisme albanais, soutenue par les extrêmistes du monde musulman.
Sur les charges qui pèsent contre lui --66 chefs d'accusation-- M. Milosevic est en revanche moins loquace. Il n'évoque pas ses liens avec les chefs serbes bosniaques Ratko Mladic et Radovan Karadzic. Il ne mentionne pas le massacre de Srebrenica, ni les bombardements par les forces serbes de Dubrovnik et Vukovar (Croatie). Il ne parle que quelques secondes des camps de détention de Prijedor, d'Omarska, de Trnopoje (Bosnie).
"Sa défense se fait essentiellement sur le thème ++je suis la victime de l'Otan++ mais ça ne va pas très loin. Il ne répond pas à ce dont il est accusé. C'est à d'autre, pas à Milosevic, de développer une argumentation morale", estime Richard Dicker, responsable de la justice de l'organisation Human Right Watch.
Revenant sur la genèse des bombardements de l'Otan sur le Kosovo, l'ancien président dénonce "l'océan de mensonges" qui ont conditionné l'opinion occidentale, avec l'aide des "médias globaux", pour la préparer à la campagne de bombardements alliée.
Il dénonce également la disproportion considérable entre les parties au procès. D'un côté, l'accusation, avec plus de 400 personnes travaillant pour le Procureur, avec en outre à sa disposition un "énorme réseau médiatique", et de l'autre, un homme seul, qui n'a pour seul et unique moyen de défense que l'accès à une cabine téléphonique dans la prison du TPI.
"Vous voulez organiser une compétition de natation sur 100 mètres mais vous m'attachez les mains et les pieds". Où est l'équité?, s'interroge-t-il.
M. Milosevic, qui ne reconnaît pas la légitimité du TPI, a refusé de prendre des avocats mais plusieurs conseils l'assistent et relayent ses point de vue dans les média.
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