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00:01La matinale de Radio Classique avec David Abiquaire.
00:05Et François Bujon de Létang, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis de 1995 à 2002.
00:09Bonjour François Bujon de Létang.
00:10Bonjour David.
00:11Merci de venir parler aux auditeurs de Radio Classique et de leur donner vos premières impressions
00:16à la lecture des résultats de ces élections de mi-mandat
00:19qui envoient des sénateurs au Sénat, des représentants à la Chambre des représentants
00:24et qui nomment de nouveaux gouverneurs.
00:26Entre autres, parce qu'on vote, vous savez, pour toutes sortes de choses.
00:29Le school board, le shérif, c'est une élection très complexe où il y a quelquefois beaucoup d'élections.
00:35Mais en effet, le Congrès, renouvellement de la totalité de la Chambre des représentants,
00:40d'un tiers du Sénat, il y avait 35 sièges cette fois-ci qui étaient en jeu
00:44et d'un grand nombre de gouverneurs puisqu'il y en avait 36 qui sont en jeu.
00:50Alors, est-ce que c'est une claque pour Donald Trump ?
00:53Tout le monde dit que c'est une claque et je dois dire que les médias français
00:56ont une préférence pour les démocrates historiques.
01:00Ils ont tendance à anticiper la victoire démocrate.
01:02Parfois, ils se plantent. Parfois, ils ont raison.
01:05Oui. Là, ils avaient raison, en l'occurrence.
01:07Ils étaient même en dessous de la vérité, semble-t-il.
01:09Et c'est le cas aussi, d'ailleurs, de la presse américaine.
01:11Ils sont d'or.
01:12Démocrate, la presse écrite.
01:14Dans l'ensemble, le consensus général était que Trump perdrait vraisemblablement
01:19la majorité à la Chambre des représentants,
01:21mais qu'au Sénat, les choses seraient très serrées.
01:24Or, actuellement, il y a vraiment une vague bleue qui déferle.
01:28La Chambre des représentants va basculer et donner,
01:31d'après les dernières projections,
01:33une majorité confortable aux démocrates.
01:35On parle d'une vingtaine de sièges,
01:37ce qui serait quand même beaucoup.
01:39Et quant au Sénat, la dernière projection que j'ai vue
01:42donne 53 sièges démocrates,
01:45ce qui est une majorité tout à fait confortable.
01:48François Bujon de l'État, ancien ambassadeur de France aux États-Unis,
01:53vous avez l'habitude, l'expérience de l'écoute
01:56de ce que disent les grands de ce monde.
01:58Comment décryptez-vous la réaction de Donald Trump
02:02à cette gifle électorale ?
02:04Elle n'est pas du tout ce qu'on pouvait imaginer.
02:07On pouvait imaginer que, bien entendu,
02:09il allait déclarer qu'il y avait une fraude massive,
02:11puisque pour lui, il n'y a que deux options.
02:13La victoire ou la fraude de l'adversaire, bien entendu.
02:16Mais dans sa première déclaration qu'il a faite au New York Times,
02:20et une deuxième à Fox News,
02:22il fait preuve, au contraire, de souplesse.
02:24Il ne fait presque pas de velours.
02:25Il a même félicité les vainqueurs.
02:27Oui, il a dit qu'il était prêt à travailler avec les démocrates.
02:30Alors, je sais qu'il avait fait la même chose en 2010,
02:33avant de soulever, au contraire, un vent de révolte
02:37et toutes sortes de contentieux qu'il a perdus, d'ailleurs, tous.
02:41Là, j'aurais volontiers imaginé qu'il aurait parlé de fraude.
02:45Il l'aurait certainement fait s'il y avait des résultats très proches.
02:48Mais avec une telle vague,
02:50on ne peut pas nier la réalité, quand même, à ce point.
02:53Mais on va voir.
02:54Vous savez, Trump a quand même l'habitude de dire le mercredi
02:56le contraire de ce qu'il a dit le mardi.
02:57Il est très incohérent dans ses déclarations.
03:00Il aime surprendre l'adversaire aussi.
03:03Peut-être changera-t-il.
03:04Mais pour l'instant, il est parti sur le mode conciliant.
03:06Alors, hier, avec Amy Green,
03:08qui est professeur à la Boston University,
03:10entre autres, on a analysé les facteurs intérieurs
03:13de ce qui pouvait faire bouger
03:16ou bouleverser ce scrutin
03:18et donner la victoire aux démocrates.
03:19Avec vous, j'aimerais qu'on intègre
03:22les facteurs de la politique étrangère
03:24et de l'état du monde.
03:25Est-ce qu'ils ont compté dans cette élection
03:27directement sur l'engagement des Américains
03:29dans plusieurs guerres
03:30ou indirectement sur le prix de l'essence, par exemple ?
03:34Alors, voilà, vous venez de le dire.
03:36Et de mettre le doigt sur ce qui blesse
03:39dans la politique étrangère,
03:40c'est évidemment les affaires du Moyen-Orient,
03:43Gaza, bien sûr,
03:44et le problème israélo-palestinien,
03:45mais surtout la guerre contre l'Iran
03:47qui a été déclenchée
03:48et qui n'a pas été gagnée.
03:50Il ne faut pas oublier que c'est une guerre
03:53qui n'a pas donné de bons résultats
03:54pour les États-Unis.
03:55Ils l'ont plutôt perdue, cette guerre,
03:57politiquement en tout cas,
03:58s'ils ne l'ont pas perdue militairement.
04:01Mais elle a surtout
04:02renchéri le prix de l'essence,
04:04elle a fait basculer le contrôle du détroit d'Hormuz
04:07en faveur plutôt des Iraniens.
04:09Et maintenant,
04:10avec Hormuz,
04:11Bab el-Mandeb
04:12et les problèmes d'acheminement,
04:13il y a un renchérissement
04:14des prix du pétrole
04:15qui se fait directement sentir
04:17aux États-Unis
04:18au prix à la pompe, bien entendu.
04:20Alors ça, ça s'ajoute à tous les autres sujets
04:23de mécontentement,
04:24je dirais,
04:25économique
04:26des Américains.
04:27Ils sont inquiets de l'inflation,
04:30ils sont inquiets de la hausse des prix
04:31d'une façon générale,
04:33ils sont inquiets,
04:33on dirait en France,
04:35du pouvoir d'achat,
04:36ils sont inquiets de tout cela.
04:38Et la guerre en Iran
04:41est une chose
04:42qui les a beaucoup à disposer
04:43pour deux raisons.
04:45D'abord pour celles que nous venons de dire,
04:46mais aussi parce que
04:48Trump avait fait campagne
04:49pour mettre fin
04:50à ces guerres étrangères
04:52interminables
04:52et souvent indécises.
04:54Et au lieu de mettre fin,
04:56il n'a mis fin à aucune guerre.
04:57Et au lieu de ça,
04:58il en a commencé une nouvelle.
04:59Ce qui est étonnant,
05:00c'est que les Américains
05:01ne semblent pas avoir crédité
05:02Donald Trump
05:04de sa politique migratoire
05:06et des efforts
05:08plus ou moins violents
05:10qu'il a mobilisés
05:12pour limiter l'immigration.
05:14Vous avez raison
05:15parce qu'il y a des résultats.
05:16Il a déporté finalement
05:18à peu près un million.
05:19Vous utilisez ce mot-là
05:20à l'anglaise.
05:21Deported, oui,
05:22c'est ça que je veux dire.
05:23Il a expulsé,
05:25disons expulsé,
05:27à peu près un million
05:28d'immigrants illégaux.
05:30Mais tout ça a été entaché
05:32par des méthodes
05:33qui ont été très violentes.
05:34La nouvelle police
05:35qu'il a créée
05:36qui s'appelle ICE,
05:37c'est un drôle d'acronyme,
05:39a fait ce qu'on appelle
05:40des bavures.
05:41Il y a eu des morts,
05:42il y a eu des incidents
05:43tout à fait graves
05:43et qui ont vraiment
05:45terni le succès
05:46de la politique elle-même.
05:47François Bujon
05:48l'étant invité
05:48de la matinale
05:49de Radio Classique.
05:50Il a été ambassadeur
05:50de France aux Etats-Unis
05:51de 1995 à 2002.
05:54Revenons au résultat.
05:55On a évoqué les sénateurs,
05:56on a évoqué les représentants,
05:57mais vous voulez mettre,
05:58vous,
05:59un coup de projecteur
05:59sur les gouverneurs.
06:01Oui.
06:01Il faut rappeler à nos auditeurs
06:02ce que font les gouverneurs,
06:03quelle est leur importance
06:04dans la démocratie
06:05et le fonctionnement
06:06des Etats-Unis
06:07et pourquoi ils vous intéressent.
06:09Bon,
06:09il ne faut pas oublier,
06:10les Français oublient toujours
06:12parce que ce n'est pas
06:13dans leur ADN
06:13que les Etats-Unis
06:14sont un pays fédéral.
06:16Il y a 50 Etats
06:17qui ont un degré
06:18d'autonomie important.
06:19Ce sont eux,
06:20par exemple,
06:20qui organisent les élections.
06:22Toute l'organisation
06:22matérielle des élections
06:23n'est pas de la compétence
06:24du pouvoir fédéral,
06:25mais des Etats fédérés.
06:27Et chaque Etat
06:28a un gouverneur
06:29à sa tête
06:29qui est une espèce
06:30de mini-président,
06:32si vous voulez.
06:32Il y a donc 50 Etats.
06:34Et très souvent,
06:35ces gouverneurs
06:36sont les futurs candidats
06:39à une élection présidentielle.
06:40Donc,
06:40il faut penser aux gouverneurs
06:41d'abord comme
06:43exprimant l'électorat,
06:44le résultat de l'électorat.
06:46Par exemple,
06:46l'élection présidentielle
06:48aux Etats-Unis
06:49se fait Etat par Etat,
06:50comme vous le savez.
06:51Eh bien,
06:51aux dernières élections,
06:52M. Trump a été élu
06:54dans 30 Etats
06:55sur 50.
06:56Cette fois-ci,
06:57vous aviez 36 gouverneurs
06:59qui étaient à élire.
07:01Et il semble bien,
07:03d'après les projections actuelles,
07:04parce qu'on a que
07:04des résultats partiels,
07:06que les démocrates
07:08risquent d'avoir
07:08une majorité de gouverneurs.
07:10Alors,
07:10si on passe
07:11d'une situation
07:12dans laquelle
07:12vous aviez
07:1330 Etats
07:13sur 50
07:14en faveur de M. Trump
07:17à une situation
07:18dans laquelle
07:18vous avez une majorité
07:19des gouverneurs
07:21qui sont des démocrates,
07:22vous voyez bien
07:23le basculement
07:24du pays
07:24dans son ensemble.
07:26Ça veut dire qu'en 2029,
07:28il pourrait y avoir
07:29une passation
07:29entre Donald Trump
07:30et un président démocrate ?
07:32C'est pas du tout impossible.
07:33Ça s'est produit
07:33des quantités de fois
07:34dans l'histoire américaine.
07:35Et c'est souvent
07:36chez les démocrates,
07:37chez les gouverneurs,
07:38pardon,
07:38que l'on trouve
07:39le vivier
07:40des candidats
07:41à la présidence.
07:42N'oubliez pas,
07:43Clinton était gouverneur
07:44de l'Arkansas,
07:46James,
07:47Jimmy Carter
07:48était le gouverneur
07:49de Géorgie,
07:50Reagan,
07:50le gouverneur
07:51de Californie,
07:52et George Bush II,
07:53le gouverneur
07:54du Texas.
07:55Et voilà que le Texas,
07:56puisqu'on prend cet exemple
07:57aujourd'hui,
07:58qui est quand même
07:59un bastion républicain,
08:00est en train de basculer.
08:02D'abord parce qu'il a élu
08:03un sénateur démocrate,
08:04James Tadavino,
08:05qui est un homme intéressant
08:06comme tout,
08:0736 ans,
08:08et aussi un gouverneur
08:10républicain,
08:11semble-t-il.
08:12Donc,
08:12c'est à confirmer.
08:13Mais c'est très,
08:15très important.
08:16Et c'est là,
08:16probablement,
08:17dans ce vivier
08:18que se trouve
08:19de possibles candidats
08:21démocrates
08:21à la présidence.
08:22François Bujon de l'État,
08:23les élections de mi-mandat,
08:24c'est jamais une bonne affaire
08:26pour les présidents en place,
08:27les présidents américains.
08:28Est-ce que celle-là
08:29est différente
08:29par son ampleur,
08:30par l'ampleur de la gifle
08:32ou de la vague,
08:33ou appelons ça
08:34comme vous voulez ?
08:34Il n'y a que deux cas
08:35dans l'histoire récente
08:36où des élections de mi-mandat
08:37ont été favorables
08:38au président élu
08:39deux ans avant.
08:40C'était Clinton
08:41pour son deuxième mandat.
08:43Pardon.
08:44Et Bush II
08:46pour son deuxième mandat aussi.
08:48Sinon,
08:48elles vont toujours
08:49dans le sens de l'opposition.
08:50Là,
08:51c'est l'ampleur
08:51du succès
08:52qui est important.
08:53Si Trump avait,
08:55comme on le pensait,
08:56perdu simplement
08:57la majorité
08:58à la Chambre
08:58de quelques sièges
08:59et gardé un Sénat
09:02presque égal,
09:03puisqu'il a
09:04une voix prépondérante
09:05grâce au vice-président
09:06qui le préside,
09:09ça aurait été
09:09dans la norme.
09:10Mais là,
09:11l'ampleur est très très forte.
09:12C'est vraiment
09:13une vague bleue.
09:14Je ne sais pas
09:14si on peut parler
09:15de raz-de-marée.
09:16Il faut attendre
09:16d'avoir le résultat final.
09:18Mais la victoire démocrate
09:20est beaucoup beaucoup
09:20plus nette
09:21que tout ce qui avait été
09:22anticipé par les
09:24« pundits »
09:25comme on dit.
09:25À l'ambassadeur
09:27que vous avez été,
09:28je pose cette dernière question.
09:30Quelles illusions
09:31ne doit pas se faire
09:32l'Europe
09:33et la France
09:33au vu de ces résultats ?
09:35On a vu que les médias français
09:36avaient en général
09:37une propension
09:38à se réjouir
09:39des résultats
09:39des démocrates.
09:40Nous restons objectifs
09:42sur Radio Classique.
09:43mais l'Europe
09:44et la France
09:45préfèrent toujours
09:46des présidents démocrates
09:47souvent
09:48parce que ça fait
09:49leurs bonnes affaires.
09:50Est-ce qu'on se fait
09:50des illusions
09:51cette fois aussi ?
09:52Oui, je pense que oui.
09:54Il ne faut pas trop
09:54s'en faire.
09:55D'abord, il faut se dire
09:56qu'on a encore
09:56deux ans de Trump
09:57et que c'est un Trump
09:59qui va faire feu
10:00de tout bois,
10:01probablement,
10:02car il va penser
10:03à son héritage
10:04sinon à sa succession
10:05parce que ça,
10:06je pense qu'après lui,
10:07le déluge.
10:09Je ne pense pas
10:09qu'il désigne
10:10vraiment un successeur
10:11et d'ailleurs,
10:12je ne suis même pas sûr
10:13qu'il soit prêt
10:14à partir en 2028.
10:15Ce point reste à vérifier.
10:17Dites-moi,
10:17quelle idée avez-vous
10:18derrière la tête ?
10:19Rappelez-vous de 2020
10:20où il a cherché
10:21à retourner
10:22le résultat de l'élection.
10:23Pour Trump,
10:24d'une façon générale,
10:25la défaite
10:26n'est jamais une option.
10:27Les deux seules options,
10:29c'est soit la victoire,
10:30soit l'adversaire a triché.
10:31Donc vous imaginez
10:32candidat à nouveau ?
10:33On peut tout imaginer.
10:34On peut tout imaginer.
10:36Non, candidat à nouveau,
10:37la Constitution
10:37le lui interdit.
10:38Mais il peut inventer
10:40je ne sais quel
10:40en tourloupe
10:41c'est possible
10:42et réfléchissons
10:43à ce qu'on a vu en 2020
10:44avec la prise du Capitole
10:46et avec ce qu'il faut bien appeler
10:47une tentative
10:48de coup d'État manquée.
10:50Mais il a un ennemi
10:51contre lequel
10:52il ne peut rien,
10:53c'est l'âge.
10:54Et il est en train
10:55quand même
10:56de passer le cap
10:57des 80 ans.
10:58Il en aura 82.
10:59Il donne peut-être
11:00quelques signes
11:01de vieillissement
11:02de temps en temps.
11:03Pas beaucoup,
11:04mais de temps en temps.
11:05Et il faut se garder
11:06de faire tout pronostic
11:08sur ce qui se passera après.
11:09Mais il ne faut pas
11:11s'imaginer
11:12que si les démocrates
11:13revenaient au pouvoir,
11:14tout redeviendra facile.
11:16Il y a des choses
11:17qui avancent,
11:17il y a des cliquets
11:18qui se ferment
11:19derrière nous.
11:20Et par exemple,
11:23je pense que l'intérêt
11:25des États-Unis
11:26pour l'Asie,
11:29avant de s'intéresser
11:30à l'Europe,
11:31la volonté des États-Unis
11:32d'obtenir des Européens
11:33qu'ils payent davantage
11:34pour leur propre défense,
11:35tout ça,
11:36ça va subsister.
11:37Que le président
11:38soit républicain
11:39ou démocrate,
11:40il y a des constantes
11:41qui vont continuer
11:42de s'imposer aux Européens.
11:43François Bujon de l'État
11:44au micro de Radio Classique,
11:45ancien ambassadeur de France
11:46aux États-Unis
11:48de 1995 à 2002.
11:49Merci à vous
11:50d'être venu éclairer
11:52nos auditeurs
11:52sur le résultat
11:54de cette élection,
11:55de ces élections
11:56de mi-mandat.
11:56A bientôt François Bujon de l'État.
11:58A bientôt.

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