Passer au playerPasser au contenu principal
La Révolution française demeure, plus de deux siècles après les événements, l'une des périodes les plus controversées de notre histoire. Elle a abattu l'Ancien Régime, mis fin aux privilèges, proclamé les droits de l'homme et posé les fondements de la France moderne. Mais elle a aussi engendré la guerre civile, les persécutions religieuses et la Terreur. Comment un mouvement né au nom de la liberté a-t-il pu déboucher sur une telle violence ? Pourquoi la monarchie, qui cherchait à se réformer, s'est-elle effondrée ? Et comment expliquer que cette Révolution, dont nous sommes toujours les héritiers, continue de diviser les Français ? Dans un ouvrage monumental publié chez Perrin, l'historien Jean-Christian Petitfils reprend cette histoire à ses origines, dès 1786. Il en propose une lecture qui privilégie les mécanismes du pouvoir, les conflits de légitimité et la question fondamentale de la souveraineté. C'est cette autre histoire de la Révolution française que nous allons découvrir aujourd'hui dans "Passé-Présent".
_____________________________________________________________________
🔵⚪🔴 Pour faire un don à TVL : https://tvlibertes.faites-un-don.com/
_____________________________________________________________________
✒️ Restons en contact ! Abonnez-vous à l'infolettre : https://mailchi.mp/tvlibertes/inscription
_____________________________________________________________________

🔵 Site officiel :
https://www.tvl.fr

🔵 Réseaux sociaux :
https://www.facebook.com/tvlibertes/
https://twitter.com/tvlofficiel?lang=fr
https://www.tiktok.com/@tvl_officiel
https://www.instagram.com/tvlofficiel/
https://t.me/TVLofficiel

#histoiredefrance #révolutionfrançaise #démocratie

Source YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=PAVI0CvVTeQ

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:19Bonjour à tous. La Révolution française demeure, plus de deux siècles après les événements,
00:25l'une des périodes les plus controversées de notre histoire. Elle a abattu l'ancien régime, mis fin aux privilèges,
00:31proclamé les droits de l'homme et posé les fondements de la France moderne. Mais elle a aussi engendré la
00:37guerre civile,
00:38les persécutions religieuses et la terreur. Comment un mouvement né au nom de la liberté a-t-il pu déboucher
00:44sur une telle violence ?
00:45Pourquoi la monarchie qui cherchait à se réformer s'est-elle effondrée ? Et comment expliquer que cette révolution,
00:51dont nous sommes toujours les héritiers, continue de diviser les Français ? Dans un ouvrage monumental publié chez Perrin,
00:58l'historien Jean-Christian Petitfils reprend cette histoire à ses origines dès 1786. Il en propose une lecture
01:06qui privilégie les mécanismes du pouvoir, les conflits de légitimité et la question fondamentale de la souveraineté.
01:13C'est cette autre histoire de la Révolution française que nous allons découvrir aujourd'hui dans Passé Présent.
01:18Jean-Christian Petitfils, bonjour. Bonjour. Alors vous êtes historien, écrivain, docteur d'État en sciences politiques
01:26et diplômé de Sciences Po Paris, spécialiste de l'Ancien Régime et de la monarchie française.
01:31Vous êtes l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, parmi lesquels de grandes biographies de Henri IV à Louis XVI,
01:39toutes parues chez Perrin. Vous avez également consacré plusieurs livres à l'histoire religieuse,
01:45notamment Un formidable Jésus, publié chez Fayard en 2011, qui est une vaste enquête historique sur la vie et sur
01:54la personne du Christ.
01:55Donc parmi vos ouvrages les plus récents, il y a Henri IV qui date de 1921,
02:01Le Saint-Sœur de Turin, publié chez Talendier en 2022, qui est une enquête sur la célèbre relique,
02:07et la sainte tunique d'Argenteuil, également chez Talendier en 2024, qui examine l'histoire et l'authenticité supposée de
02:15cette autre relique de la passion.
02:16Mais aujourd'hui, vous publiez chez Perrin la Révolution française, je le disais, une vaste fresque qui commence dès 1786
02:25et dans laquelle vous proposez une lecture renouvelée de cette période,
02:28donc en plaçant au cœur de votre analyse la question de souveraineté et les mécanismes de la conquête du pouvoir.
02:33C'est de cette révolution que nous allons parler aujourd'hui.
02:39Alors, traditionnellement, on fait commencer l'histoire de la Révolution française,
02:42enfin du moins dans tous les manuels scolaires, en 1789, voire même parfois, même au 14 juillet, 1889.
02:49Alors vous, vous la faites commencer, votre histoire, en 1786. Alors pourquoi ce choix ?
02:54Alors c'est très important pour bien comprendre la genèse de cette révolution,
02:59qui commence avec un plan de réforme proposé par le contrôleur général des finances Alexandre de Calonne,
03:09au roi, en août 1786. Calonne, qui avait poursuivi la politique d'endettement de Necker, assez désastreuse,
03:19s'aperçoit que la monarchie court à la banqueroute et qu'il faut absolument arrêter ce processus.
03:26Donc, pour ça, il va proposer un plan de réforme structurelle.
03:33On va instaurer un impôt payable par tous, y compris par le clergé et la noblesse,
03:42sans possibilité de rachat, d'abonnement, ce qui se passait dans les impôts précédents,
03:48le dixième, la capitation, etc.
03:52Payable en nature, parce que l'économie n'est pas entièrement financiarisée, notamment dans les compacts.
03:57Donc il y aurait des magasins généraux, puis on déposerait du bétail,
04:02on déposerait des récoltes pour s'équiter de cet impôt.
04:07Et puis, on unifierait en partie la carte administrative du pays,
04:12puisque la France est divisée en pays d'État et en pays d'élection.
04:17Les pays d'État, ce sont des pays où il y a des États provinciaux qui votent un don gratuit,
04:23entre guillemets, en fait c'est un impôt, et qui ont une administration spéciale pour lever cet impôt,
04:28qui est en général plus petit que dans les pays d'élection,
04:31où là il y a une administration directe, on rappelle les élus, qui eux perçoivent l'impôt.
04:36Alors il y a la Bretagne dans les pays d'État, il y a le Languedoc, il y a la
04:40Bourgogne,
04:41et puis d'autres petits États qui font partie de ces pays.
04:44En général, tout cela vient d'agrégation des provinces et de capitulation,
04:51entre guillemets, ce qu'on appelle des capitulations,
04:52c'est-à-dire des privilèges qui sont accordés au moment de l'intégration dans le royaume de France.
04:57Donc il y a un désordre administratif très puissant, et Calonne veut remédier à cela.
05:05– Dans des mesures de bon sens.
05:07– Voilà, mais le malheur de la monarchie, c'est qu'elle laisse s'empiler les institutions
05:13sans jamais les réformer, sans jamais les supprimer,
05:15parce qu'il y a un foisonnement de corps, d'ordre, de privilèges,
05:20et cette monarchie, soi-disant absolue, est ligotée par tous ces liens,
05:25par tous ces engagements précédents, et elle est incapable d'avancer.
05:30Alors, Henri IV, Louis XIII, avec Richelieu, Louis XIV, avec Colbert,
05:35ont essayé de centraliser, c'est ce qu'on appelle l'absolutisme monarchique,
05:40mais finalement n'y sont pas parvenus, et au moment de la révolution,
05:44en 1786, le royaume de France est très faible, le pouvoir royal est faible,
05:48et il va tomber de faiblesse.
05:50– Mais Louis XVI, comment accueille-t-il ces propositions de réforme ?
05:55– Alors, Louis XVI est enthousiasmé par cette réforme,
05:57il dira, j'ai pas dormi de la nuit, au moment où il va convoquer une assemblée des notables.
06:02L'idée, c'est de contourner l'opposition prévisible des parlements,
06:08notamment du Parlement de Paris.
06:09– Alors, des parlements qui sont des magistrats.
06:11– Alors, ce sont des magistrats, c'est une sorte de conseil constitutionnel.
06:16Ces magistrats enregistrent les édits du roi,
06:19et constatent ou non s'ils sont conformes au corpus de la législation antérieure.
06:26On dit, ah non, attention, là, vous êtes en pleine dérive.
06:28Donc, c'est le conseil constitutionnel,
06:30avec précisément cette dérive que connaît aujourd'hui le conseil constitutionnel,
06:34c'est-à-dire une volonté d'empiéter,
06:37et de représenter une sorte de roi fictif, idéal,
06:41au nom duquel on condamne la politique du roi réel.
06:45Donc, là aussi, le roi est entravé par les parlements.
06:49Donc, pour tourner l'opposition prévisible des parlements,
06:53Calonne, qui est un homme intelligent, mais en même temps très optimiste,
06:58malheureusement, a eu l'idée de réunir une assemblée de notables.
07:02C'est ce qui se pratiquait de temps en temps.
07:03Henri IV en avait réuni.
07:06Une assemblée de notables, comprenant les trois ordres, bien sûr,
07:10puisque toute la société française est structurée en ordres,
07:14donc le clergé, la noblesse et le tiers-État.
07:16Et on était convaincus que le clergé et la noblesse,
07:22sous la pression aimable de la cour, du roi, du pouvoir royal,
07:27accepteraient ce plan, de sorte que les parlements seraient bien obligés
07:32d'enteriner cette décision.
07:34Malheureusement, ça ne s'est pas passé comme cela.
07:36Et les deux ordres principaux, le clergé et la noblesse,
07:40se sont révoltés, ont bloqué la situation.
07:43Alors, il y avait bien entendu des individus qui étaient là pour entraver les choses.
07:47Il y avait le duc d'Orléans.
07:49– Quand on dit la noblesse, c'est plutôt la haute aristocratie.
07:52– Oui, c'est ça, c'est ça.
07:54La haute aristocratie, les ducs et pères,
07:56qui souhaitaient tous la réunion des États généraux,
08:00parce que c'est là où il faut bien comprendre
08:03que les États généraux, ce n'étaient pas une libération.
08:06Il y a eu un changement, évidemment,
08:08et une révolution complète qui est intervenue dans les États généraux.
08:11Mais les États généraux, du fait qu'on votait par ordre,
08:14et que la noblesse et le clergé s'entendaient parfaitement,
08:18que le clergé, la haute noblesse,
08:21avait investi tous les postes d'évêque.
08:23Sous Louis XVI, il n'y avait pas un seul évêque qui était renturier.
08:27Alors que sous Louis XIV, il y en avait, par exemple.
08:29Sous Louis XIII aussi.
08:30Donc, il y a eu une entente entre la noblesse et le clergé.
08:34Et donc, les deux ordres faisant front
08:37empêchaient toute évolution de la monarchie.
08:41Donc, on peut dire, finalement, que ces privilégiés
08:43ont été les premiers artisans de la chute de l'Ancien Régime ?
08:46Exactement.
08:47Ils ont commencé la révolution.
08:48C'est ce que dit Châteaubriand.
08:50Les patriciens ont commencé la révolution.
08:53Donc, ça, c'est très important d'intégrer
08:55ce qu'on appelle généralement la pré-révolution,
08:58qui commence en 1786, puis qui se termine en 1889,
09:00avec la convocation des États généraux,
09:02de l'intégrer dans la révolution,
09:03parce que ça permet de bien comprendre cette histoire.
09:06À cela va s'ajouter une crise économique,
09:09une crise climatique, une crise alimentaire.
09:11Il y a différentes crises.
09:12Il y a une crise aussi de la noblesse elle-même,
09:15qui veut revenir à l'état antérieur au règne de Louis XIV,
09:21c'est-à-dire une sorte de monarchie féodale,
09:23où le roi serait un primus inter pares, bien sage,
09:28et puis les leviers du pouvoir seraient détenus
09:31par la haute noblesse.
09:32Ça, c'est une volonté qui commence à la mort de Louis XIV
09:35et qui va se manifester tout au long du XVIIIe,
09:38investissant aussi d'ailleurs les parlements,
09:40parce qu'il y a trois noblesses.
09:42Il y a une noblesse de l'aristocratie,
09:44la noblesse d'épée, une noblesse de robe,
09:46mais qui est très riche, très puissante,
09:48et une noblesse de finances.
09:49Et les trois noblesses marient leurs enfants entre eux,
09:51et font front contre le pouvoir royal,
09:54associé avec le clergé,
09:56et puis même avec le tiers-État
09:58qui considère qu'il faut arrêter
10:01ce qu'on appelle le despotisme royal.
10:03Il y a tout un discours mené par les Lumières
10:06contre le despotisme royal.
10:07En réalité, il y a une association de classes,
10:11si on veut dire,
10:12mais il faut être prudent sur le terme de classe,
10:15bien sûr, en tout cas d'ordre,
10:17contre le pouvoir royal.
10:19Voilà, donc c'est à ce moment-là
10:20que la révolution va s'enclencher.
10:25– Et donc les crises économiques ?
10:28– Il y a une autre crise à l'intérieur même de la noblesse,
10:30c'est-à-dire que cette noblesse a perdu
10:32beaucoup de ses membres
10:35à la fin du règne de Louis XIV,
10:36au moment de la guerre de succession d'Espagne.
10:38Il y avait à peu près 200 000 nobles,
10:40et à la fin de la guerre de succession d'Espagne,
10:42il n'y en avait plus que 120 000 environ.
10:44Donc là, il y a eu beaucoup de morts,
10:46beaucoup de gentils hommes qui sont morts
10:48sur les champs de bataille.
10:49De sorte que cette noblesse, elle refuse
10:51d'intégrer les couches montantes du tiers-État.
10:56C'est-à-dire les hommes de lettres, les avocats.
10:59Il y a un profond changement qui est intervenu
11:02dans le tiers-État,
11:03avec une montée des couches supérieures,
11:06des hommes d'affaires aussi, puisque…
11:08– Qui sont souciables d'acheter des charges ?
11:10– Qui achètent des charges, mais qui ne peuvent pas,
11:13justement, accéder à la noblesse.
11:15Et c'est un des grands renversements de la Révolution,
11:20c'est que toutes les voies, disait le député Barnab,
11:25de Grenoble, protestant, disait,
11:28toutes les voies étaient fermées.
11:29On ne pouvait pas monter, accéder dans la hiérarchie sociale
11:33à cause de cette fermeture de la noblesse.
11:36Il y avait une autre crise aussi,
11:38une crise financière énorme.
11:40endettement à cause de la guerre d'Amérique.
11:43Les Américains, d'ailleurs, ne nous ont pas remboursé
11:45les emprunts qu'ils ont faits.
11:47On les attend toujours.
11:50Et donc, on était vraiment au bord de la banque-route.
11:56Et la banque-route va être quasiment proclamée
11:59en août 1788.
12:01Et puis, problème climatique aussi.
12:04Donc, on peut faire des rapprochements, évidemment,
12:05avec la situation d'aujourd'hui.
12:06Mais il y a eu des sécheresses.
12:09Il y a eu une période de grêle en 88 terrible.
12:12Un tiers de la France a été sous des orages de grêle.
12:15Le 13 juillet 1788,
12:17donc un an avant le 14,
12:19juillet 89.
12:20– Il n'existe pas de récolte,
12:21donc ça se répète finalement quelques mois plus tard.
12:23– Plus de récolte, ça jette tous les brassiers,
12:24les manouvriers,
12:27le prolétariat rural sur les routes.
12:30Ils arrivent à Paris.
12:32Il y a 120 000 personnes qui débouchent,
12:35déboulent dans un pays,
12:36dans une ville qui comporte 500 000 habitants.
12:40Donc, il y a des éléments troubles et dangereux, évidemment,
12:44qui vont servir de troubles de choc à la Révolution.
12:48– Donc, le roi se résout à convoquer les États généraux.
12:51Donc, on ne va pas revenir sur le système d'élection des députés.
12:54Mais il y a une chose quand même qui est importante,
12:55c'est que ces députés sont élus sous un mandat impératif, dites-vous.
13:00– Voilà, mandat impératif,
13:01c'est-à-dire qu'ils doivent rendre compte à leurs élus,
13:04enfin, à leurs électeurs, pardon.
13:07Et puis aussi, c'est une assemblée consultative.
13:10Le roi simplement les consulte pour avoir leur avis.
13:14Il n'est pas obligé d'obtempérer.
13:18Et surtout, il n'est pas obligé de conserver les États généraux en permanence.
13:22Donc, il faut bien voir que ces gens n'ont aucun mandat représentatif
13:27et vont faire une sorte de coup d'État.
13:30– Ce coup d'État, parce que finalement,
13:31ils ne respectent pas leurs mandats impératifs.
13:34– Voilà, alors…
13:34– Et ça se passe comment ? Ça se passe très rapidement ?
13:36– Non, ça va se passer pendant plusieurs semaines
13:38où le pouvoir royal est absolument incapable de proposer un plan de réforme.
13:44Louis XVI avait nommé Necker,
13:46lequel Necker n'est pas calonne, justement.
13:48Et Necker cherche à s'accommoder avec la noblesse.
13:52Et du coup, le pouvoir royal est très faible.
13:55Aucune proposition.
13:56Donc, ça dure deux mois.
13:58En plus, le roi traverse une tragédie qui est la mort du premier dauphin.
14:05Et quand les députés du tiers État veulent rencontrer le roi,
14:15le roi s'exclame.
14:16Y a-t-il pas un père parmi tous ces gens-là ?
14:18Donc, il est atteint par la mort de son fils.
14:22Et il ne peut pas recevoir les délégués.
14:26– Qui lui donne beaucoup d'humanité, mais qui effectivement…
14:28– Il y avait une possibilité, on se pose toujours la question,
14:32parce qu'il y avait une moyen de changer le cours des choses.
14:34Il y avait une possibilité, à ce moment-là,
14:36d'entente entre le tiers État et le roi,
14:39contre les notables, contre les barons,
14:41comme on l'avait fait au Moyen Âge.
14:44Malheureusement, cette voie possible a échoué.
14:49– Donc, vous écrivez que la révolution se distingue
14:51par un gigantesque déplacement de souveraineté.
14:54Donc, c'est précisément ce que je voudrais maintenant aborder.
14:58Qu'est-ce qui va se passer ?
14:59À quel moment le basculement se fait ?
15:02De quelle manière ?
15:03– Alors, ça se passe les 17 et 20 juin 1989.
15:08Donc, la réunion des États généraux, c'est le 5 mai.
15:11À ce moment-là, les États généraux,
15:13ne voyant rien venir du côté du pouvoir,
15:17décident de se constituer en Assemblée nationale.
15:21Ce sont particulièrement le tiers État,
15:25mais rejoint par quelques nobles et quelques curés, au départ,
15:28qui disent, voilà, c'est nous la nation,
15:30c'est nous qui allons écrire la Constitution.
15:32Et le serment du jeu de paume du 20 juin,
15:35c'est au moment où le roi, préparant un grand discours
15:39pour proposer enfin un plan de réforme,
15:42qui aura lieu le 23,
15:44mais qui est déjà dépassé, évidemment,
15:45du fait de cet acte révolutionnaire, par excellence,
15:50eh bien, il va, donc, cette Assemblée va se proclamer
15:55Assemblée nationale et va déplacer,
15:58va s'emparer de la souveraineté
16:03qui était, depuis 2000 ans,
16:05exercée par le roi,
16:07le roi qui ne recevait son épée que de Dieu,
16:10comme disait Louis XIV,
16:11qui avait reçu l'onction de Reims,
16:13donc on était dans une monarchie sacrée,
16:16divine,
16:18et là, tout d'un coup,
16:20eh bien, les députés estiment que c'est eux,
16:25alors ça, c'est l'influence de la BCIS en particulier,
16:28avec cette brochure qui a eu beaucoup de succès,
16:30qu'est-ce que le tiers-État,
16:32il n'est rien,
16:33il demande à être quelque chose,
16:34en réalité, il veut être tout,
16:35et il va s'accaparer de tous les pouvoirs,
16:38c'est-à-dire le pouvoir exécutif,
16:39le pouvoir législatif,
16:40le pouvoir judiciaire
16:43et le pouvoir constituant.
16:46– Ça, c'est la vraie définition d'une dictature, finalement.
16:49– C'est une dictature au sens où
16:53l'Assemblée s'empare de tous les pouvoirs
16:55et il n'y a aucun contre-pouvoir, bien entendu,
16:57et le roi est là, dans l'attente de sa feuille de route,
16:59vous allez être le premier fonctionnaire de la nation,
17:03bien sûr, vous aurez quelques privilèges,
17:05mais pas grand-chose.
17:06– Vous donnez quoi, un droit de veto ?
17:07– On va accepter un droit de veto,
17:09on va refuser une deuxième chambre
17:10qui aurait pu équilibrer un peu les choses,
17:12donc une constitution qui est mal ficelée,
17:15avec incapacité aussi, entre les deux pouvoirs exécutifs et législatifs,
17:20de balancer, d'interférer,
17:23un droit de dissolution qui n'est pas donné au roi, etc.
17:27Et par conséquent, une constitution très mauvaise
17:31que le roi n'accepte pas dans un premier temps,
17:34puisqu'il va partir pour Varennes.
17:37– Beaucoup plus tard.
17:38Mais donc, est-ce qu'on peut dire qu'on assiste à la naissance
17:40d'un nouvel absolutisme ?
17:42– Alors, oui, dans un sens,
17:44un absolutisme beaucoup plus absolu, évidemment,
17:47comme je le disais,
17:48que cet absolutisme limité par les corps,
17:52les corps intermédiaires,
17:53cette société d'ordre
17:55qui bloquait l'évolution du pouvoir,
17:59la centralisation du royaume.
18:02– Alors, j'aurais parlé maintenant des groupes d'opinion,
18:05on dirait aujourd'hui les lobbies,
18:07parce qu'il y a des groupes parfois qui sont très minoritaires,
18:10mais qui réussissent à s'imposer
18:13comme les représentants de la volonté populaire.
18:15Je pense aux clubs, aux sociétés de pensée.
18:18Donc, quel fut leur rôle dans la conquête du pouvoir ?
18:21– Alors, très importante, évidemment.
18:22Au moment de la rédaction des cahiers de doléances,
18:25il y avait des groupes, des sociétés de pensée,
18:28des loges maçonniques,
18:29mais enfin, on a peut-être trop exagéré
18:31l'influence des loges maçonniques,
18:33mais qui ont rédigé des modèles de cahiers
18:35qu'on a diffusés un peu partout dans le pays,
18:37parce qu'évidemment,
18:39beaucoup ne savent ni lire ni écrire,
18:41beaucoup de paysans ne savent ni lire ni écrire.
18:44Donc, ce sont la fraction supérieure du tiers-État
18:49qui va rédiger ces cahiers.
18:50Et ces cahiers, on voit bien
18:52qu'il y a une volonté de réforme générale,
18:57mais pas de révolution.
18:59On veut garder la monarchie,
19:01on aimerait bien avoir une représentation de la nation,
19:05et puis surtout, on s'occupe des problèmes locaux,
19:07des problèmes de chasse, des problèmes d'enclosures,
19:10c'est-à-dire comment les terres communes
19:14ont été fermées par des propriétaires.
19:18La chasse, ça détruit les récoltes,
19:20et donc le droit de chasse, on veut l'attaquer,
19:23puisqu'il était réservé aux aristocrates.
19:26Donc, il y avait beaucoup de revendications locales,
19:29et puis quelques visions générales,
19:32mais tout cela n'allait pas dans un sens de bouleversement fondamental.
19:37Et donc, est-ce qu'on peut dire que ces clubs,
19:40que ces sociétés de pensée ont attisé ?
19:42– Et puis, tout au long de la Révolution,
19:45elles vont jouer un rôle grandissant,
19:47notamment le club des Jacobins,
19:49mais pas seulement, le club des Cordeliers,
19:51encore plus à gauche, les Enragés,
19:54enfin, il y a un certain nombre de groupes et groupuscules
19:56qui vont, eux, alors parler de souveraineté populaire.
20:01Au fond, et je fais une analyse de sciences politiques
20:04à travers un grand récit que je mène dans ce livre,
20:09il y a une lutte entre les trois souverainetés.
20:12La souveraineté royale, qui disparaît quasiment en 89.
20:16La souveraineté nationale,
20:18qui veut s'exercer au sein d'une assemblée législative.
20:24Et puis, la souveraineté populaire,
20:27manipulée par ces petits groupes
20:29qui prétendent parler au nom du peuple.
20:32Voilà.
20:32Donc, les Jacobins, c'est quelques milliers de personnes,
20:36des Cordeliers aussi, mais c'est nous, le peuple.
20:38Et ils vont occuper l'hôtel de ville,
20:39ils vont créer une commune insurrectionnelle de Paris,
20:43prétendant parler au nom du peuple
20:44et mettant sous tutelle l'assemblée,
20:47qui va être l'assemblée législative,
20:49après la constituante.
20:51– Et est-ce qu'on peut dire qu'avant l'heure,
20:53ils font régner une forme de terreur ou de terrorisme ?
20:56– Bien sûr, bien sûr.
20:57Terrorisme intellectuel, déjà.
20:59Et puis après, avec des pressions
21:01et toutes les techniques de manipulation,
21:04de foules, d'embrigadements.
21:06Les tribunes sont occupées par les tricoteuses.
21:10Et puis, il y a des mots d'ordre qui circulent,
21:12les tribunes des assemblées.
21:13Et évidemment, on empêche la représentation nationale
21:17de s'exprimer.
21:18Alors tout ça, il faut bien comprendre
21:20que ce déplacement gigantesque de la souveraineté
21:23dont on parlait tout à l'heure,
21:25aujourd'hui, on a du mal à l'intégrer
21:28parce que nous sommes tous attachés
21:29à la souveraineté nationale.
21:30Aujourd'hui, ça ne pose plus de problème.
21:32Quoique, certains voudraient aller au-delà
21:34à une souveraineté européenne
21:35qui est pour moi une chimère.
21:38Mais il faut comprendre que ce déplacement
21:41est quelque chose de phénoménal,
21:43qui est unique dans l'histoire du monde.
21:46L'Angleterre, qui a connu sa révolution,
21:49la Glorious Revolution, en 1688,
21:53a, elle, limité le pouvoir du roi,
21:57de la monarchie.
21:58Donc Jacques II, voulant rétablir
22:03une sorte d'absolutisme à l'image des Français,
22:06donc l'a empêché d'évoluer de son choix,
22:07a proclamé un Bill of Rights,
22:09une sorte de déclaration des droits de l'homme.
22:11Mais c'est bien gardé de poser
22:15le principe métaphysique de la souveraineté.
22:18Le roi a conservé le principe général de la souveraineté.
22:23Et aujourd'hui encore, le roi d'Angleterre
22:27est souverain au sein de son parlement.
22:33Il est la fontaine des pouvoirs,
22:35la fontaine of powers.
22:36Tous les pouvoirs, normalement, émanent de lui.
22:38Et les citoyens sont à la fois sujets
22:42de sa gracieuse majesté et des citoyens.
22:44Donc l'évolution s'est faite en douceur,
22:47même s'il y a eu quelques à-coups au XIXe,
22:48évolution en douceur.
22:49Nous, nous avons posé un principe métaphysique
22:53de la souveraineté
22:54et mélangé à l'hubris des députés...
22:57– Oui, c'est ce que vous dites,
22:58l'hubris, l'ivresse de la démesure.
23:00– L'ivresse de la démesure,
23:01l'orgueil de ces députés.
23:03Il y avait un député au moment
23:04de la constitution civile du clergé,
23:05qui s'appelait Cabu,
23:06qui disait, nous sommes un pouvoir constituant
23:10et convention nationale,
23:12et nous avons parfaitement le droit
23:14de modifier la religion.
23:15Donc ils se considéraient comme supérieurs
23:17à un concile œcuménique.
23:19C'est un simple exemple,
23:21mais il y avait vraiment une hubris
23:24qui habitait ces députés.
23:27Ils se considéraient comme vraiment
23:30détenteurs du pouvoir de la nation,
23:32de la souveraineté nationale.
23:34– Et donc finalement, cet hubris,
23:35c'est ce qui va empêcher...
23:37Ça laisse peu de pouvoir,
23:39peu de place au roi finalement.
23:40C'est ça qui va empêcher
23:42une véritable monarchie constitutionnelle
23:44à l'anglaise ?
23:44– Absolument.
23:45C'est bien cela,
23:45parce que le roi,
23:47en voulant rééquilibrer les pouvoirs,
23:50le roi accepte,
23:50il accepte,
23:51parce que la destruction
23:54de l'ordre féodal,
23:57qui était portée aussi
23:58par la monarchie,
23:59il faut bien voir
23:59qu'il y avait encore
24:00des serres,
24:01du servage en France,
24:03en 1789,
24:05il y avait 100 000 serres.
24:06Le roi avait aboli
24:07le servage dans ces domaines,
24:10mais il ne l'avait pas fait
24:11pour le reste de la France,
24:12parce qu'il ne pouvait pas
24:13légiférer pour le reste de la France.
24:14Donc il y avait encore
24:15des serres...
24:16Il y avait le système féodal
24:19avec les fiefs
24:20et les hommages liges
24:21qu'on rendait pour les terres.
24:22Tout cela fonctionnait.
24:24Encore,
24:24ce sont des vieilles institutions
24:28qui remontaient au roi.
24:30Et la monarchie a été incapable
24:31de les détruire
24:32parce que tout s'empilait.
24:33Et ce que fait la révolution,
24:35c'est la tabula rasa,
24:36la table rase,
24:37et dans un certain sens,
24:39ça favorisait le pouvoir.
24:40Mais le pouvoir royal
24:41n'a pas été capable
24:42de reprendre la main.
24:44Vous parliez tout à l'heure
24:45de changer la religion.
24:47On va venir aussi
24:47avec la rupture,
24:48avec l'Église.
24:50Est-ce que ça a été
24:51l'une des grandes erreurs
24:52politiques des révolutionnaires ?
24:54Ah oui, oui, oui.
24:54Alors il y a deux grandes erreurs
24:56qui ont été prises
24:57par les révolutionnaires
24:58qui sont caractéristiques
24:59de cet orgueil démesuré.
25:01C'est un,
25:02la constitution civile
25:04du clergé
25:05en juillet 90
25:06et en avril
25:0891,
25:1092 pardon,
25:11c'est la déclaration
25:12de guerre
25:12au roi de Bohème
25:13et de Hongrie
25:14qui va entraîner la France
25:15dans la guerre européenne
25:17contre l'Autriche,
25:18contre la Prusse
25:18et jusqu'aux guerres
25:20napoléoniennes.
25:21Donc là,
25:22à partir de ce moment-là,
25:23c'est une marche
25:24vers la société totalitaire,
25:26vers,
25:27à partir du moment
25:28où,
25:28alors,
25:30d'un côté,
25:31si vous voulez,
25:32du côté du clergé,
25:33il y a eu un refus
25:34très très net
25:35de la papauté
25:37qui a condamné
25:38cette constitution civile
25:39du clergé.
25:40Louis XVI a espéré
25:41jusqu'au dernier moment
25:42que lui a été
25:44sous la pression
25:45des évêques français,
25:46il avait accepté
25:46cette constitution civile.
25:48Le pape Piscis
25:49la condamne
25:50en mars 91
25:52et à partir
25:54de ce moment-là,
25:55le roi
25:56voit le schisme
25:57se réalisait.
26:00Quatre évêques seulement
26:01passent du côté
26:02des évêques constitutionnels,
26:04dont Alléhant,
26:05bien sûr,
26:06et les autres refusent.
26:08Et puis,
26:08la moitié du clergé,
26:10du bas clergé
26:11ou des curés,
26:12verse dans la
26:15constitution civile
26:16du clergé.
26:16Donc,
26:16ils sont des prêtres
26:17jureurs,
26:18ils jurent,
26:18ils font serment
26:19au roi,
26:21à la loi,
26:22à la nation,
26:24mais ils ne prêtent pas
26:25serment
26:25à la papauté.
26:27Donc,
26:27c'est une église
26:28totalement déconnectée,
26:30totalement détachée
26:32du pouvoir
26:33de Rome.
26:34Du pouvoir de Rome,
26:35De sorte que,
26:36eh bien,
26:36ce schisme
26:37va jeter l'église,
26:38une grande partie
26:39de l'église,
26:39dans la contre-révolution.
26:41Donc,
26:41on entre dans la violence.
26:42L'église,
26:42mais aussi une partie
26:43des Français,
26:44finalement.
26:45Eh bien,
26:45bien sûr.
26:46Qui, au départ,
26:47étaient...
26:47Bien entendu,
26:48et des zones
26:48où le catholicisme
26:50était le plus puissant.
26:53en Bretagne,
26:54dans les pays
26:55de la Loire,
26:56en Vendée,
26:58etc.,
26:58dans le sud
26:59du massif central.
27:00D'ailleurs,
27:00vous écrivez
27:01que la révolution,
27:02à propos de la politique
27:04religieuse,
27:06de liberticide,
27:07elle devient
27:09persécutrice.
27:10Donc,
27:10ça pose
27:11plus généralement
27:12la question
27:13comment est-ce
27:13que la révolution
27:14a-t-elle pu passer
27:15de la proclamation
27:17des libertés
27:19à la terreur ?
27:20Quel a été le...
27:20Eh bien,
27:21il y a au moins
27:21ces deux éléments,
27:22c'est-à-dire
27:23la constitution civile
27:24du Caché,
27:24donc le schisme
27:25qui pousse
27:26les prêtres
27:27à passer
27:29dans la contribution,
27:29à émigrer aussi,
27:30beaucoup.
27:32Les nobles aussi,
27:33devant les lois
27:36qui suppriment,
27:37enfin,
27:38qui spolient
27:38les nobles
27:39de leur territoire,
27:41de leur domaine,
27:41pardon.
27:42Et puis,
27:43la guerre,
27:43déclaration de la guerre.
27:44À partir du moment
27:44où la guerre
27:45est déclarée,
27:46vous avez automatiquement
27:47ceux qui sont
27:49plutôt
27:51hésitants
27:52à l'égard du pouvoir
27:53qui deviennent
27:54des opposants
27:54ou des suspects.
27:55Il y a une fameuse loi
27:56qui s'appelle
27:57la loi des suspects.
27:58Et les suspects,
27:59on va les arrêter,
27:59on les emprisonne
28:00et puis on les guillotine.
28:01Donc,
28:01il y a une montée
28:02de la violence
28:04à cause de ces décisions
28:05et la guerre,
28:06bien entendu,
28:07va cristalliser
28:08les opinions.
28:09– Mais est-ce que la terreur
28:10est inscrite
28:11dans la logique révolutionnaire
28:12ou est-ce qu'elle est opposée
28:13par les circonstances ?
28:14– Elle est inscrite
28:15à mon avis
28:16dans la logique révolutionnaire,
28:17mais on aurait pu trouver
28:18une voie d'accommodement
28:20et à chaque fois
28:21qu'il y avait
28:21une possibilité
28:22d'accommodement,
28:22il y a une machine
28:24qui est relancée,
28:24on met une pièce
28:25à la machine
28:25qu'on dit assez vulgarement
28:27aujourd'hui,
28:28c'est notamment
28:28cette constitution civile,
28:31notamment la déclaration
28:31de guerre.
28:32Au moment où les choses
28:33pouvaient s'apaiser,
28:35eh bien,
28:35on recommence.
28:36Mais dès le départ,
28:37on peut dire
28:37que le déplacement
28:38de souveraineté
28:39plus cet orgueil
28:40des députés
28:41rendait les choses
28:43dangereuses.
28:44– Est-ce qu'elle rend
28:45la terreur inévitable ?
28:46C'était plutôt ça
28:47le sens de ma question.
28:48– C'est difficile
28:49de le dire,
28:49évidemment,
28:50mais dès le départ,
28:52il y avait quand même
28:52des éléments constitutifs
28:55d'une marche
28:55vers la terreur.
28:56– Par exemple,
28:56on fait en général
28:58débuter la terreur
29:01à la mort du roi.
29:02– Non,
29:03elle est plus tardive.
29:05– Plus tardive,
29:06mais est-ce que finalement
29:08l'exécution de Louis XVI
29:09était-elle inévitable également ?
29:11Est-ce que c'était
29:12indispensable
29:12pour la réussite
29:13de la révolution ?
29:14– Là aussi,
29:15ça s'est joué
29:15à peu de choses.
29:16Vous savez qu'on a dit
29:18que Louis XVI avait été
29:20condamné à une voix
29:20de majorité.
29:22Les historiens
29:23ont refait les calculs,
29:24ils se sont aperçus
29:24qu'il y avait une voix
29:25qui était inversée,
29:26il y avait une erreur,
29:27qu'il y avait un député
29:29qui n'avait pas
29:30le droit de vote
29:30parce qu'il était originaire
29:31de la principauté de Liège,
29:32donc qu'il n'y avait pas
29:33la nationalité française,
29:35de sorte que Louis XVI
29:36a été condamné normalement
29:38alors qu'il n'aurait pas
29:39dû l'être.
29:39Voilà.
29:39Bon, ça s'est joué
29:40à très peu de choses
29:42parce qu'il y avait
29:43des députés
29:45qui estimaient
29:45qu'on pouvait
29:48bannir le roi.
29:49Le roi serait parti
29:49en Amérique,
29:50par exemple,
29:51c'était quelque chose
29:52de faisable.
29:53Mais au dernier moment,
29:55non,
29:55ça a joué contre lui.
29:56Tout a joué
29:57contre le roi.
29:58– Alors la terreur,
29:59qui va la mener exactement ?
30:01Parce qu'on parle toujours
30:02de Robespierre,
30:03mais est-ce qu'il fut
30:04le principal responsable
30:07ou est-ce qu'on a exagéré
30:08son rôle ?
30:08– Alors on a exagéré
30:09son rôle,
30:10bien entendu,
30:10surtout après la chute
30:13de Robespierre,
30:14on a voulu en faire
30:15un bouc émissaire,
30:16ça c'est tout à fait exact.
30:18Robespierre,
30:19c'est pas un leader,
30:21c'est pas un chef.
30:23Robespierre,
30:23c'est un inspirateur.
30:25C'est une sorte
30:25d'ayatollah,
30:26si vous voulez,
30:27qui se tient
30:27à côté du pouvoir,
30:29qui dit la vérité,
30:31qui considère
30:32qu'il est la vérité,
30:33c'est un grand lecteur
30:34de Rousseau,
30:36un fabricant
30:37de grands discours
30:38pompeux
30:39et très indigeste
30:41souvent,
30:43qui stigmatise
30:44les ennemis
30:45de la révolution,
30:47qui ne cherche
30:47qu'à dénoncer
30:50ses ennemis,
30:51ses propres ennemis.
30:53Donc c'est un personnage
30:54très singulier
30:55parce qu'il n'est jamais là
30:57au moment des grandes crises,
30:58il disparaît,
30:59le dissoute,
30:59on ne sait pas où il est,
31:00mais il n'est,
31:02et puis même,
31:04il va être entré
31:04assez tardivement
31:05au comité de salut public
31:06et il va déserter
31:08pendant quelques semaines,
31:09se sentant mal aimé
31:11des autres collègues,
31:14de sorte que Robespierre,
31:16on exagère beaucoup
31:17de la dictature
31:17de Robespierre.
31:18Cela étant,
31:19il a poussé,
31:20bien sûr,
31:20beaucoup
31:22au procès,
31:25aux méthodes expéditives,
31:28à la guillotine,
31:29bien entendu,
31:30mais il n'est pas le seul.
31:32Il y a Barère,
31:33par exemple.
31:33– Qui sont les chevilles ouvrières
31:35de la terreur ?
31:36est un homme
31:36qu'on a appelé
31:38l'anacréon de la guillotine,
31:39un homme élégant
31:41qui, en réalité,
31:42était terrible
31:44sur le plan
31:47des jugements
31:47qu'il fallait prononcer.
31:49On envoyait tout le monde
31:50au tribunal révolutionnaire
31:51qui est une institution aussi
31:53où on a accéléré
31:55les procédures,
31:56on a considéré
31:57qu'au bout de trois jours,
31:58le jury pouvait se considérer
32:00comme suffisamment éclairé.
32:01C'est comme ça
32:02que vont être liquidées
32:03les différentes factions.
32:05Ça, c'est sous l'inspiration
32:07de Robespierre
32:07parce que Robespierre
32:08ne cherche que des ennemis
32:09à éliminer.
32:10Donc, les hébertistes
32:11qui sont des radicaux
32:13de gauche
32:14de la commune
32:16de Paris,
32:17les dantonistes
32:18qui veulent passer
32:20pour des modérés
32:21qui n'ont pas été toujours
32:22très modérés,
32:23les Camilles Desmoulins
32:24qui a beaucoup soufflé
32:25sur les braises
32:26pendant longtemps
32:27et qui tout d'un coup
32:28se rendent compte
32:29qu'il faut un peu
32:30calmer le jeu
32:31à la guillotine.
32:33Donc, avec des procès
32:34falsifiés en disant
32:35vous voulez rétablir
32:36Louis XVII
32:37sur le trône.
32:38Tout est manipulé
32:39dans tout cela,
32:40bien sûr.
32:42Et tout est faussé.
32:43Donc, des centaines
32:45et des centaines
32:46de personnes guillotinées
32:47et des milliers
32:49et des milliers
32:49de victimes
32:50fusillés
32:51dans les guerres
32:52de Vendée,
32:53dans les guerres...
32:53Alors, je demande,
32:53les guerres de Vendée,
32:54ça représente
32:55l'épisode
32:56les plus sanglants
32:57de la révolution
32:58en intérieur.
32:59Comment est-ce qu'on peut
33:00expliquer un tel déchaînement
33:01de violence
33:01contre une partie
33:02de la population française ?
33:04Alors, la même chose,
33:05il faut éliminer
33:06les ennemis,
33:07il faut unifier
33:10le pays
33:11face à l'adversaire
33:13de l'extérieur.
33:14Par conséquent,
33:16la Vendée,
33:17ça démarre
33:17avec la levée
33:20des 300 000 hommes
33:21proclamés
33:21par l'Assemblée.
33:25Pourquoi la Vendée
33:26ne s'est-elle pas soulevée,
33:27elle, si catholique,
33:28si royale,
33:29au moment de l'exécution
33:30de Louis XVI,
33:31le 21 janvier 1993 ?
33:33Pas du tout.
33:34C'est quelques semaines
33:36plus tard
33:37qu'elle se soulève
33:38parce qu'elle se sent
33:40atteinte
33:40dans sa chair
33:43par cette levée
33:44de 300 000 hommes,
33:46donc les jeunes
33:46qui doivent partir
33:47au front,
33:48en quelque sorte.
33:49Et là,
33:49il y a une réaction
33:51communautaire
33:52qui rappelle un peu
33:53ce qu'on appelle
33:54les émotions populaires
33:55de l'Ancien Régime
33:57quand le roi
33:59décrêtait
34:00une augmentation
34:02des impôts
34:03ou le fisc
34:05arrivait
34:05avec la gabelle,
34:06avec l'impôt
34:07sur le sel.
34:08Les communautés
34:09réagissent
34:11violemment
34:11contre cela,
34:12unissant le curé,
34:13le seigneur du coin
34:15et puis les villageois.
34:16Ça commence comme ça.
34:17Et puis,
34:17évidemment,
34:18ça va se transformer,
34:19ça va se colorer
34:20d'un côté,
34:22du côté des Blancs
34:23avec cette armée
34:25catholique et royale,
34:26ce drapeau
34:27avec les fleurs de lys,
34:29le Sacré-Cœur,
34:30parce qu'il y a aussi
34:32une très grande foi chrétienne
34:34qui va se cristalliser
34:35et puis de l'autre,
34:36il y a les Bleus
34:37qui veulent absolument
34:38imposer
34:39la constitution civile
34:40du clergé,
34:41et puis la mise
34:42au pas
34:43de toute cette province.
34:46Alors là,
34:47il y a eu des grandes discussions
34:48entre historiens,
34:49est-ce qu'on est
34:49dans un génocide,
34:51est-ce qu'on sait
34:52dans un populicide,
34:54comme disait
34:55Babeuf.
34:57Il faut faire attention
34:58au mot,
34:59le génocide
35:00avec sa définition
35:01de 1948
35:02est très complexe.
35:04Moi,
35:05je pense qu'on est
35:05plutôt dans un populicide,
35:07mais il y a eu
35:08vraiment une volonté,
35:09non pas seulement
35:10des autorités locales,
35:12des militaires,
35:14mais on a des ordres
35:15de carnaux,
35:16de barères
35:17qui sont terrifiants.
35:18Il y a eu à peu près
35:20170 000 morts
35:22du côté
35:24des Vendéens
35:25et des armées
35:25vendéennes,
35:26mais aussi des femmes,
35:27des enfants
35:28dans le pays
35:29sur une population
35:30de 500-600 000
35:32habitants
35:33en Vendée.
35:33Donc c'est considérable.
35:35Et puis,
35:36il y a eu 20 000 morts
35:37du côté des bleus,
35:38des troupes républicaines.
35:41Donc c'est vraiment
35:41une guerre civile
35:42qui est sans commune mesure
35:44avec les morts
35:46de la guillotine,
35:47par exemple,
35:48qui sont quelques milliers
35:49et puis les fusillades
35:51même de Lyon.
35:52Oui, voilà,
35:53il n'y a pas que la Vendée
35:54qui se...
35:55Alors il y a des révoltes,
35:56des révoltes fédéralistes,
35:57bien sûr,
35:57puisqu'il y a eu
35:58au mois de mai
36:00et juin
36:021993,
36:03les Girondins
36:04qui se soulèvent
36:05et qui soulèvent
36:06la province.
36:07Donc toutes ces factions
36:10luttent entre elles
36:11pour exercer le pouvoir.
36:12Et Robespierre est au milieu
36:13d'eux,
36:14mais sans véritablement
36:15être le chef.
36:15Et les Girondins
36:16qu'on présente
36:17comme des fédéralistes,
36:18sont-ils vraiment
36:19des fédéralistes ?
36:20Non, les Girondins
36:21ne sont pas des fédéralistes,
36:22mais ils ont utilisé
36:23ce levier
36:23pour lutter
36:25contre le pouvoir central.
36:27Eux-mêmes
36:28ont été tout à fait partisans
36:29de la France,
36:30une et indivisible.
36:31Et ce pouvoir central,
36:33on s'aperçoit,
36:34enfin,
36:34à la lecture des événements,
36:35que c'est aussi
36:35un pouvoir très parisien.
36:37Oui.
36:38Est-ce que Paris
36:38impose sa loi ?
36:40Oui, oui.
36:40Paris a
36:43une certaine mentalité
36:44qui est dans les faubourgs,
36:46dans les sections.
36:46Les sections,
36:47c'était les divisions
36:48administratives où on discute.
36:49Alors, ça n'est pas
36:51une démocratie locale,
36:52mais entre guillemets,
36:53parce que moi,
36:54je ne crois pas
36:54qu'il y ait vraiment
36:55une démocratie telle
36:57que nous la connaissons
36:58aujourd'hui,
36:58avec liberté de parole,
36:59avec respect de l'autre.
37:02On est toujours
37:03dans la victime,
37:04on est toujours
37:04dans la lutte
37:05contre, non pas l'adversaire,
37:07mais l'ennemi,
37:08en quelque sorte.
37:09Donc, Paris,
37:10en effet, représente
37:10une aile avancée
37:13de la révolution,
37:14alors que la province
37:14est beaucoup plus calme.
37:15Ça dépend des régions,
37:17bien sûr.
37:17l'Est est plus à gauche
37:19que l'Ouest
37:20ou que le centre.
37:22Mais c'est très difficile
37:24pour les historiens
37:24aujourd'hui
37:25de connaître
37:26la mentalité.
37:27Donc, on fait des recherches
37:28sur ces mentalités.
37:30Il y a beaucoup de travaux
37:31qui sont faits,
37:32il sort constamment
37:33des monographies
37:34sur la révolution.
37:36Est-ce que la chute
37:37de Robespierre
37:38a véritablement
37:39mis fin
37:39au système
37:40de gouvernement
37:41qui l'internait
37:42ou est-ce qu'on peut dire
37:43qu'il y a une...
37:44Non, non, non.
37:44Il y a la queue
37:45de Robespierre,
37:46comme on dit.
37:46Ça continue.
37:47Après, Robespierre,
37:48il y a encore
37:48des exécutions.
37:50L'été a mis de rien.
37:52Ce sont des anciens terroristes
37:54qui...
37:55Qui finalement
37:56ont eu la trouille
37:56et...
37:57qui se sont débarrassés
37:59de Robespierre
38:00mais qui voulaient continuer.
38:01Alors, à nouveau,
38:02il y a eu des luttes
38:03de factions.
38:04Ce qu'on peut dire,
38:05c'est que le peuple
38:05a été soulagé
38:06à la mort de Robespierre.
38:08Il y a eu un immense,
38:09dans toute la France,
38:10un immense soulagement,
38:12une euphorie.
38:13On a des récits
38:15de ce temps-là
38:16où on voit vraiment
38:17que les gens sont heureux,
38:18s'embrassent dans la rue.
38:20C'est quelque chose
38:20d'extraordinaire.
38:21Si Robespierre
38:22avait eu l'intelligence
38:23au moment de cette fête
38:25de l'être suprême
38:26qui devait être organisée,
38:27qui était totalement ridicule,
38:28s'il avait eu
38:29l'intelligence de dire
38:30stop, on arrête,
38:32on va faire une pause,
38:35on va faire...
38:35Il aurait été
38:37extrêmement populaire.
38:38Mais il était enfermé
38:39dans son système
38:40et c'est comme ça
38:41que finalement,
38:42il a été arrêté
38:45et exécuté.
38:46– Vous venez
38:46de me donner ma transition
38:48en parlant de fêtes.
38:49Justement,
38:50je voudrais un petit mot
38:51sur toutes ces fêtes
38:52révolutionnaires
38:53ou républicaines.
38:54On a quand même besoin
38:56de fédérer les gens
38:57autour d'événements
38:58qui soient presque religieux
39:00finalement.
39:01– Absolument.
39:01Il y a une quête
39:02de la sacralité
39:03qu'on retrouve
39:05puisqu'on rejette l'Église.
39:06On a nationalisé
39:07les biens du clergé,
39:09on interdit
39:09les ordres religieux,
39:11il y a une politique
39:11anticléricale violente.
39:13Et dans cette quête
39:15de la sacralité
39:16va se manifester
39:17lors d'obsèques
39:19de personnages révolutionnaires.
39:20de l'opéletier de Saint-Fargeau
39:22qui a été assassiné
39:22la veille de la mort
39:24de Louis XVI
39:24mais qui avait voté
39:25la mort du roi.
39:26Donc on va faire
39:27une procession
39:28dans tout Paris
39:29et on va conduire
39:31les restes
39:32de l'opéletier
39:33de Saint-Fargeau
39:35au Panthéon
39:36avec des cérémonies
39:38un peu grandiloquentes.
39:40Il avait reçu
39:41un coup de poignard
39:42ou un coup d'épée
39:44et un sabre briquet
39:45dans le ventre.
39:47Alors on a mis
39:49une petite
39:52une sorte de petite bouillotte
39:53pleine de sang
39:54qui à chaque chaos
39:55de la route
39:56versait du sang
39:57pour émouvoir
39:58la population.
40:00Et puis alors
40:01on faisait des stations
40:02presque comme des stations
40:03du Saint-Sacrement
40:04on s'arrêtait.
40:05Même chose pour Marat
40:06encore amplifié.
40:07Il y a eu Lazowski
40:08aussi qui était
40:09un chef sans gulotte
40:10qui était le brave
40:11Lazowski
40:12qui a été déifié
40:14quasiment.
40:14Et Marat aussi.
40:16On déifiait Marat.
40:17Il est plus grand
40:18que Jésus-Christ.
40:19Dans des discours
40:20on disait ça.
40:21Il est plus grand
40:22que Jésus-Christ.
40:23Donc on veut créer
40:25une nouvelle sacralité
40:26et Robespierre lui
40:27qui détestait
40:29les gens de la commune
40:30qui étaient vraiment
40:33athées
40:34et on fait des cérémonies
40:36de désacralisation
40:38de Notre-Dame
40:39la déesse raison
40:41au sein de Notre-Dame
40:42Robespierre
40:43a voulu créer
40:44cette fête
40:44de l'être suprême
40:45dans le même style.
40:49Après la chute
40:50de Robespierre
40:50finalement
40:51la République
40:51ne trouve pas
40:53sa stabilité
40:56et pourquoi
40:57est-ce qu'elle n'arrive
40:57pas à trouver ?
40:58Eh bien parce qu'elle est
40:59détenue
41:00par une petite minorité
41:03de gens
41:05qui ont tous voté
41:07la mort du roi.
41:08Ce sont des régicides
41:09et par conséquent
41:11ils ne veulent pas
41:12un retour
41:14à la monarchie
41:15alors qu'à ce moment-là
41:16dans l'opinion
41:17il y a tout un courant
41:18qui reprend vie
41:21pour faire une monarchie
41:23constitutionnelle
41:23pour mettre
41:24sur le trône
41:25Louis XVII
41:26et puis évidemment
41:27avec autour de Louis XVII
41:29des gens plus ou moins
41:30révolutionnaires.
41:31C'est vraiment
41:31un courant populaire
41:32ou c'est animé
41:33par des clubs de pensée ?
41:35Animé aussi
41:36par des clubs
41:36de droite
41:38des clubs
41:40termidoriens
41:40des sociétés
41:42qui vont même
41:43organiser
41:44tout un appareil
41:46électoral
41:47au moment
41:48des élections
41:49notamment
41:50un certain d'André
41:51qui avait
41:51des clubs philanthropiques
41:53qui étaient en réalité
41:54des clubs royalistes.
41:55Et puis de l'autre côté
41:56il y a
41:57un néo-jacobinisme
41:59qui se manifeste
41:59et nos régicides
42:01manœuvrent
42:02entre les deux.
42:03D'où toute une série
42:04de coups d'État
42:05contre les royalistes
42:06contre l'extrême-gauche
42:08donc c'est un centrisme
42:10instable
42:10et avec une base
42:12politique
42:13et sociale
42:13très faible
42:14mais qui se maintient
42:15au pouvoir
42:16jusqu'à l'arrivée
42:17de Bonaparte.
42:17Alors justement
42:18ce Bonaparte
42:19là je vais vous poser
42:20la question
42:21qu'on pose
42:21à tout historien
42:23de la révolution française
42:25le débat n'est pas
42:26terminé
42:27pour vous
42:28est-ce que
42:28Bonaparte a-t-il mis fin
42:30à la révolution
42:31ou a-t-il réalisé
42:33les ambitions ?
42:34Les deux ne sont pas
42:34incompatibles d'ailleurs.
42:35Justement
42:36ce sont les deux
42:37c'est pour ça
42:37que je poursuis
42:39mon histoire de révolution
42:40jusqu'en 1804
42:41c'est-à-dire
42:42j'intègre le consulat
42:43qui se rattache davantage
42:44au territoire
42:45qu'à l'empire
42:45pour moi
42:46la césure
42:47c'est l'empire
42:47évidemment
42:48c'est le retour
42:49à une monarchie
42:51impériale
42:55qui s'inspire aussi
42:56de la monarchie
42:57des Capétiens
42:59et là
42:59on n'est plus du tout
43:00dans la révolution
43:01française
43:02mais avant
43:03le consulat
43:05c'est ce que dira
43:06Bonaparte
43:07on va mettre
43:08des masses
43:09de granit
43:09pour consolider
43:11la révolution
43:12donc des institutions
43:15le code civil
43:17qui va être
43:17le code civil
43:18qui avait été
43:19initié
43:20par la révolution
43:22oui
43:23bien sûr
43:23et là
43:24qui va être
43:24achevé
43:25par Bonaparte
43:26donc cette société
43:27individualiste
43:28égalitaire
43:30mais en même temps
43:31qui s'inspire aussi
43:32des grands travaux
43:34des juristes consultes
43:35du 18ème siècle
43:36une synthèse
43:37mais en même temps
43:38on fige la révolution
43:40et on la stabilise
43:41il est certain
43:42que si par exemple
43:43il y avait eu
43:43une restauration
43:45monarchique
43:46en 1796
43:48ou 97
43:50après la mort
43:52du petit Louis XVII
43:53au temple
43:53et bien
43:54très probablement
43:56les choses
43:56auraient plutôt
43:57tourné dans un sens
43:58de la contre-révolution
43:59un peu comme
44:02Ferdinand VII
44:03en Espagne
44:04après l'Empire
44:07ou au royaume
44:08des deux Siciles
44:09où à nouveau
44:10les monarchistes
44:11ont repris le pouvoir
44:12et là de façon
44:13très ferme
44:14ont éteint
44:16tous les ferments
44:17révolutionnaires
44:18donc finalement
44:18il fallait un pouvoir
44:19autoritaire
44:19pour rendre
44:20irréversibles
44:21les principaux acquis
44:22la révolution
44:23absolument
44:23absolument
44:24c'est bien cela
44:25alors vous écrivez
44:26que la révolution
44:27a très largement
44:28contribué
44:29à fonder
44:29la société
44:30contemporaine
44:31mais qu'elle n'a
44:32nullement installé
44:33en France
44:33la démocratie
44:34telle que nous
44:35l'entendons
44:36aujourd'hui
44:37alors
44:38la révolution
44:39donc est-ce qu'on peut dire
44:40qu'elle a fondé
44:41la France moderne
44:42mais elle n'a pas réussi
44:43à établir la démocratie
44:44oui
44:44la révolution
44:46nous a conduit
44:47vers la modernité
44:48c'est-à-dire la suppression
44:50de tout système féodal
44:51de l'inégalité
44:53le libre accès
44:54de chacun
44:55à toutes les fonctions
44:57administratives
44:58publiques
44:58tout cela
44:59n'existait pas
45:00donc elle a
45:00balayé
45:01vraiment
45:02toutes ces survivances
45:03archaïques
45:05et
45:05en même temps
45:08elle a
45:10fait cela
45:11elle est parvenue
45:12à la modernité
45:13de la plus mauvaise
45:14façon possible
45:15j'ai pris la comparaison
45:17de l'Angleterre
45:18on pourrait en prendre
45:19d'autres
45:20mais
45:20on voit bien que
45:21nous sommes passés
45:23par un très mauvais chemin
45:24dans cette modernité
45:25alors elle n'a pas
45:27en effet
45:27instauré
45:28la démocratie
45:29puisqu'il n'y avait pas
45:30ces contre-pouvoirs
45:31il n'y avait pas
45:32un pouvoir judiciaire
45:34indépendant
45:35et puis
45:37cette possibilité
45:38de
45:38cette liberté
45:39et nous avons conservé
45:41un peu
45:41et c'est ça
45:42le danger
45:43c'est que nous avons
45:44conservé un peu
45:45le logiciel révolutionnaire
45:47alors que les problèmes
45:48ont complètement changé
45:50aujourd'hui
45:50les enjeux sont tout à fait différents
45:52on va y venir
45:53mais je voudrais aussi
45:54votre avis sur
45:55alors l'historiographie
45:56parle beaucoup
45:57aujourd'hui du rôle
45:58des femmes dans la révolution
45:59donc est-ce qu'elles ont
46:00vraiment joué un rôle
46:00actif dans la révolution
46:03mais finalement
46:04et les révolutionnaires
46:05pourquoi est-ce que
46:05les révolutionnaires
46:06leur ont refusé
46:08finalement
46:09les droits politiques
46:09alors les femmes
46:10elles sont intervenues
46:12en mois d'octobre 89
46:14pour aller chercher
46:15le roi
46:15donc là c'est vraiment
46:16la boulanger
46:17on peut dire vraiment
46:18que les leaders
46:18sont des femmes
46:20il y a eu un mouvement
46:21spontané
46:21des femmes
46:22de la halle
46:23qui sont parties
46:24alors plus ou moins
46:25spontanées bien sûr
46:27mais il y avait même
46:28des hommes déguisés
46:29en femmes
46:29pour aller
46:31réclamer
46:32le retour du roi
46:33à Paris
46:34et en tout cas aussi
46:36des grains
46:37puisqu'il y avait
46:37une grande crise
46:39fruglementaire
46:39elles sont intervenues
46:41aussi
46:41il y a eu des clubs
46:42féministes
46:43des clubs de femmes
46:45très à gauche
46:47qui ont très vite
46:49été dissous
46:51par le pouvoir
46:52révolutionnaire
46:53parce que
46:53il y a la mentalité
46:54il y a la mentalité
46:56des sans-culottes
46:56qui considère
46:57que la femme
46:58elle est là
46:58pour rester au foyer
47:00c'est une mentalité
47:00très très réactionnaire
47:02elle doit rester au foyer
47:03elle doit s'occuper
47:04des enfants
47:05elle doit nourrir
47:06son mari de patriote
47:08qui lui
47:08s'en va combattre
47:10pour la patrie
47:12donc
47:13voilà
47:13vieille conception
47:15archaïque
47:15tout cela va retarder
47:17évidemment
47:18le vote des femmes
47:19puisque vous savez
47:20que c'est la gauche
47:20qui a bloqué
47:21le vote des femmes
47:23jusqu'à
47:23oui ils avaient peur
47:25qu'elle vote
47:26comme les curés
47:27exactement
47:28alors finalement
47:29cette démocratie
47:30elle va mettre
47:31combien de temps
47:31elle va mettre
47:32elle va attendre
47:33la troisième république
47:34c'est ça
47:34c'est la république
47:35des jeunes
47:36comme on dit
47:37qui va instaurer
47:37la démocratie
47:38alors avec
47:39des épisodes
47:40très très difficiles
47:42bien sûr
47:42c'est la
47:43la loi de séparation
47:45de 1905
47:46là ça sera très dur
47:47avec les inventaires
47:49mais sinon
47:50toutes les grandes lois libérales
47:53liberté de la presse
47:55tout cela
47:56de réunions
47:57d'associations
47:58syndicales
47:59toutes ces grandes lois
48:01républicaines
48:02ont fondé
48:03notre démocratie
48:04pluraliste
48:05ce qui n'était pas le cas
48:07sous la révolution
48:08il n'y avait pas
48:09de pluralisme
48:09il y avait une démocratie
48:10totalitaire
48:11comme l'a dit
48:12Henri de Jouvenel
48:13et puis l'historien
48:15Talmon
48:16israélien
48:17alors
48:18on va terminer
48:20là-dessus
48:21pourquoi est-ce que
48:21plus de deux siècles après
48:22finalement cette révolution
48:24continue-t-elle
48:25à diviser
48:26les français
48:27chacun se l'approprie
48:28oui alors
48:29on joue toujours
48:30on joue à refaire
48:31la révolution
48:33parce que vous
48:34vous terminez un peu
48:35sur une impression
48:36de désenchantement
48:37quand même
48:37sur
48:38on ne peut pas dire
48:39que
48:40encore une fois
48:42nous avons atteint
48:43la modernité
48:44comme tous les grands
48:44pays occidentaux
48:46libéraux
48:47mais nous l'avons
48:48à table
48:48par le mauvais chemin
48:50par un faux chemin
48:51de violence
48:51de mort
48:52de haine
48:53et nous conservons
48:54quelque chose
48:55de notre logiciel politique
48:57il suffit de regarder
48:57la situation actuelle
48:58pour voir
48:59combien
49:00nous sommes
49:02façonnés
49:02par ce logiciel
49:05par cette
49:05vous voulez dire
49:05qu'elle a été
49:06très clivante
49:07elle a été très clivante
49:08et elle continue
49:12d'inspirer
49:14une partie de l'opinion
49:16qui veut toujours
49:17jouer la révolution
49:18et considérer
49:18par exemple
49:19que c'est elle
49:20qui détient
49:21le bien
49:22le beau
49:22le vrai
49:23et donc l'adversaire
49:25c'est un ennemi
49:26le refus
49:27du dialogue
49:28et puis
49:28aussi
49:29cette passion
49:30d'égalité
49:31l'égalitarisme
49:32donc on dénonce
49:32les puissants
49:33les riches
49:34qu'il faut
49:35taxer constamment
49:37tout cela est hérité
49:38de la révolution
49:40Jean-Christian Petitfice
49:42nous arrivons
49:42au terme de l'émission
49:43donc rappelez votre livre
49:45alors ne vous laissez pas
49:46impressionner
49:47par ces quelques
49:48mille pages
49:49d'ailleurs dans les mille pages
49:51je compte
49:51il y a beaucoup
49:52tout un d'appareils critiques
49:52je compte
49:53l'appareil de notes
49:55mais
49:56je me suis aussi
49:57j'ai beaucoup aimé
49:59la couverture
49:59le choix de la couverture
50:00j'ai trouvé
50:01très original
50:02si vous voulez
50:02parce que
50:03les livres sur la révolution française
50:04on a à peu près
50:05toujours la même chose
50:06c'est un tableau du 19ème
50:07là c'est un tableau
50:07alors je suis désolé
50:08c'est la garde nationale
50:10de Paris
50:11part pour l'armée
50:13en septembre 92
50:14c'est un tableau
50:14de Léon Cognet
50:15qui est exposé
50:16au château de Versailles
50:19au 19ème siècle
50:20voilà
50:20donc c'est vraiment
50:21un récit vivant
50:22le style est limpide
50:24et l'ouvrage
50:25se dit
50:26presque comme un roman
50:27donc c'est vraiment
50:28un livre passionnant
50:29pour mieux comprendre
50:30cette période
50:32décisive de notre histoire
50:33merci beaucoup
50:34c'est moi qui vous remercie
50:35c'était Passé Présent
50:36l'émission historique
50:37de TVL
50:38réalisée en partenariat
50:40avec la revue
50:41d'Histoire Européenne
50:42alors avant de nous quitter
50:43bien sûr
50:43vous n'oubliez pas
50:44de cliquer sur le pouce levé
50:45sous la vidéo
50:46et de vous abonner
50:48à notre chaîne YouTube
50:49merci
50:49et à bientôt
50:51Sous-titrage Société Radio-Canada
50:52Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations