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Certains livres sont des événements. Jean-Christian Petitfils, travailleur infatigable qui n’est pas sans raison celui de nos historiens dont les ouvrages connaissent la plus large audience, s’est déjà confié pour TVL, relatant sa vie dans une première Conversation diffusée voici trois ans. Il y revint pour nous sur les titres les plus marquants d'une œuvre foisonnante, notamment une biographie ou une "historiographie" de Jésus et celles des cinq rois bourbons. On attendait le couronnement, si l’on peut dire : une histoire complète de la Révolution française. La voici, monumentale, l’auteur déployant au long de mille et une pages toutes les qualités qu’on lui connait : un talent de plume devenu rare, le soin de saisir l’événement en le plongeant dans l’époque, alliant l’étude de caractères à la sociologie, l’économie à l’histoire des idées - et le courage de détruire quelques idées reçues, dussent quelques vieilles gloires républicaines sortir du Panthéon… Nous avons dû insérer les aspects de cet événement immense et répartir une suite d’entretiens entre quelques grands sujets. Commençons par les causes principales du processus révolutionnaire, moins "démocratique" qu’il ne fut dictatorial, moins libérateur qu’il ne fut terroriste, et moins mécanique qu'il ne fut le résultat d'une suite de circonstances malheureuses - tout ayant pu, à tout moment être rattrapé. Il faut dire que, après les énormes dépenses de la guerre d’Amérique, les dettes qu’accrut au-delà de toute raison M. Necker, banquier suisse et protestant, avaient de quoi ébranler un édifice monarchique qui, certes fragile, loin de l’absolutisme qu’on lui prête aujourd’hui, n’en avait pas moins assuré la prééminence mondiale incontestée de la France - au risque de susciter nombre de jalousies qui se révéleront acharnées...
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00:03Musique
00:24Mes chers amis, voilà un événement.
00:26Cet événement, c'est un livre que j'ai devant moi, La Révolution Française par Jean-Christian Petitfils.
00:36Il nous importe avant tout de gagner la bataille de l'Histoire et peut-être de remporter cette bataille cruciale
00:41qui est le regard que nous portons sur la Révolution Française.
00:45Cette Révolution Française est portée au nu par les Républicains, mais elles se rendent bien compte que ces principes ont
00:53été bafoués
00:54et que de toute façon, ils étaient assez bancals dès le début.
00:58Peut-être Jean-Christian Petitfils ne sera pas d'accord avec moi, mais je vois trois périodes dans cette Révolution.
01:04La première, comme il le dit, commence peut-être en 1786-87, au moment où la France entre dans une
01:13série, un tourbillon de difficultés sans fin,
01:16et le roi commence à perdre la partie.
01:19Un roi qui n'est pas incompétent, mais un roi qui est très respectueux de son peuple et qui n
01:24'utilise pas les grands moyens, comme on le dit.
01:25Il perd la partie entre 1786 et 1792, quand il est emprisonné au mois d'août 1992, avant d'être
01:37jugé, puis exécuté le 21 janvier de 1793.
01:41Après, il y a une seconde partie qui est la terreur, qui commence en 1992 et qui dure elle aussi
01:47cinq ou six ans,
01:49qui va jusqu'au coup d'état de Napoléon Bonaparte, car la terreur, au fond, elle a duré, non pas
01:56quelques mois,
01:56elle a duré au moins six ans, de 1992 à 1999, c'est-à-dire même sept ans, jusqu'aux
02:0218 premières.
02:03Et puis, après cette séquence dite de terreur, il y a la séquence peut-être pire encore,
02:10mais là je ne suis pas tout à fait d'accord avec, tout au moins il ne sera pas d
02:14'accord avec moi,
02:16Jean-Christ son petit-fils et la plupart des historiens, arrêtent la révolution avec Napoléon.
02:21Moi je pense que Napoléon est la quintessence de la révolution,
02:23et que cette séquence qui est finalement la durée d'une génération,
02:27qui commence un peu avant 1989 et qui finit en 1813, 1814, 1815, Waterloo,
02:34ça fait 25, 26, 27 ans, ça fait une génération, c'est la génération de la révolution.
02:39Là, il y a une troisième période qui n'est pas abordée par ce livre,
02:44qui est celle de l'Empire, c'est-à-dire de la dictature, de la guerre de masse, du sacrifice
02:52de masse,
02:54car les guerres de l'Empire ont été très modernes, c'est-à-dire ont sacrifié des millions de vies,
03:03et qui s'achèvent par le désastre militaire, puisqu'en décembre 1813, les troupes coalisées entrent en France.
03:11Voilà ce qu'est cette séquence, voilà ce qu'est ce que l'on appelle notre mythe fondateur,
03:18et voilà ce que mon invité de ce jour, qui est venu nous rendre visite,
03:21au nouveau conservateur, décortique, avec une aisance et une distance, sans pareil.
03:29C'est la raison pour laquelle ce livre, je crois, est très important,
03:32et je me permettais de vous signaler l'intérêt qu'il y a à l'acheter,
03:36et bien entendu pas simplement à l'acheter, à le lire.
03:38À tout de suite.
03:40Mon cher Jean-Christian Petit-Fils, pour commencer, il faut que je vous remercie
03:43parce que vous nous accordez un moment substantiel pour TVL,
03:51un moment qui est très pris pour vous,
03:53vous avez d'abord publié fin août ce gros volume,
04:00et puis maintenant, comme il marche très bien, vous avez toute une promotion à faire,
04:04parce qu'un écrivain, il écrit, il cherche, après il rédige,
04:08après il faut composer, corriger, et puis j'allais dire vendre,
04:13participer à la promotion en tous les cas.
04:14Vous connaissez ça aussi.
04:16Oui, bon, vous de très modeste échelle à côté de vous,
04:20d'autant que j'ai l'impression que ce livre marche très très bien,
04:22ce qui me ravit, il s'appelle La Révolution Française,
04:25tout simplement, je le montre à la caméra,
04:27mais il est un peu partout dans les librairies,
04:29c'est un peu comme dit le Figaro, le livre événement.
04:32Figaro va même très loin en disant,
04:34c'est la rencontre au sommet d'un immense historien et d'un immense événement.
04:39Voilà, Jean-Christian Petit-Fils, La Révolution Française,
04:41c'est une rencontre qui, ça ne pouvait pas ne pas avoir lieu.
04:44Ça touche ma modestie.
04:46J'espère que ça ne la fait pas vaciller.
04:49Dites-moi, c'était normal ce livre,
04:51parce que vous aviez fait tous les bourbons,
04:56alors un peu hors des ordres, d'abord Louis XIV,
04:58ensuite Louis XVI, je crois,
05:00pour qui vous avez une particulière direction,
05:01alors je savais que vous y reviendriez.
05:03D'ailleurs, vous l'avez très bien vendu, le Louis XVI.
05:06Oui, oui, oui, tout à fait.
05:07Vous avez frôlé les 100 000, j'espère que ce sera de même pour celui-là,
05:11100 000, vous avez de très gros tirages,
05:13vous êtes vraiment l'historien de la période,
05:17enfin de la période au sens qu'on lit en ce moment.
05:20Oui, tout à fait.
05:20En fait, ça vient de très loin à cette histoire,
05:22parce que j'ai fait une thèse sur un personnage de la Révolution,
05:27en 1971, donc c'est loin,
05:30et c'était le comte de Montlosier,
05:32qui est un personnage très intéressant,
05:35qui appartient au centre droit,
05:40pas très loin des monarchiens,
05:44et qui présentait une curiosité,
05:47c'est qu'il était à la fois féodal,
05:49donc très réactionnaire,
05:50libéral, et puis anticlérical.
05:53Et d'ailleurs, il a joué un rôle au moment de la Restauration
05:58et dans la chute de Charles X,
06:01en s'attaquant au parti prêtre.
06:03Donc j'ai voulu comprendre la cohésion du personnage,
06:06c'était l'objet de ma thèse,
06:07donc ça m'a fait travailler beaucoup cette Révolution,
06:10que j'ai retrouvée, évidemment, avec Louis XVI,
06:14puisque jusqu'au 21 janvier 1993,
06:17Louis XVI enjambent une bonne partie de la Révolution.
06:21Et puis après, je crois qu'on est devenu un Louis XIII.
06:26Après, oui, j'ai fait un Louis XIII, un Louis XV,
06:29un Louis XV, et un Henri IV.
06:30Et un Henri IV.
06:31Donc j'ai fait les cinq Bourbons.
06:33Tous les Bourbons, c'est-à-dire toute une période.
06:35Et là, il fallait évidemment ce livre pour clore ce cycle,
06:39parce que dans mes biographies des Bourbons,
06:42j'ai fait ce qu'Emmanuel Leroy-Ladurie appelait
06:45la science politique de l'Ancien Régime,
06:46c'est-à-dire essayer de comprendre
06:48comment fonctionnait l'État royal,
06:51comment il s'est formé,
06:52comment il a réussi, ou plus ou moins d'ailleurs,
06:56à centraliser une France qui était évidemment désunie.
07:02Un peu désordonnée quant à l'organisation administrative, à vous lire.
07:06Oui, oui, voilà.
07:07Parce que c'est un pouvoir faible.
07:09Ça, c'est un point important.
07:10C'est que le pouvoir royal finit et meurt dans sa faiblesse.
07:16Ça, c'est contraire à tout ce que disait Tocqueville.
07:19Tocqueville nous dit qu'il y a une grande continuité
07:22entre l'Ancien Régime centralisateur
07:24et puis la Révolution qui va centraliser.
07:27Alors Tocqueville, lui, est prisonnier des idées aristocratiques
07:29et très décentralisatrices, de par sa personne même.
07:34Et il ne voit pas qu'en réalité, à la mort de Louis XIV,
07:39il y a une formidable vague de réactions aristocratiques.
07:46Oui, c'est elle qui abattre le régime, dites-vous, au fond.
07:48Qui va abattre le régime.
07:50Dans un raccourci, vous avez dit, en grande partie,
07:53pas du tout le peuple, c'est l'aristocratie.
07:55Au départ, oui, bien sûr.
07:56Mais ça, ce n'est pas moi qui le dis, c'est Châteaubriand.
07:58Les patriciens ont commencé la Révolution.
08:01Alors, au nom de deux idéaux,
08:02il y a d'abord les idéaux des Lumières,
08:05un peu venus d'Amérique ou d'Angleterre,
08:07des aristocrates qui se veulent éclairer.
08:10Et puis il y a les aristocrates gothiques,
08:12auxquels vous consacrez quelques pages amusantes.
08:14C'est-à-dire, pour nos lecteurs qui ne doivent pas comprendre,
08:17c'est des aristocrates qui sont nostalgiques
08:19de ce que Châteaubriand, toujours lui,
08:21appelait les vieilles libertés.
08:24C'était les vieilles libertés de l'aristocratie.
08:26Des féodaux, dont le comte de Bouguin-Villiers...
08:30Bouguin-Villiers, ce qu'était mon ami, mon lausier, justement.
08:33Voilà, au début du XVIIIe,
08:35avait décrit la monarchie,
08:39enfin l'aristocratie comme héritière des francs,
08:41contre les Gaulois,
08:42qui étaient un peu un sous-peuple,
08:43qui va devenir la piétaille.
08:45Et donc il y a eu ces deux aristocraties,
08:47mais ça se mélange beaucoup,
08:48parce qu'ils sont un peu...
08:49C'est la même chose.
08:50Ces aristocrates proches de la réaction féodale
08:54sont en même temps...
08:57se nourrissent des lumières.
08:59Jean-Jacques Rousseau est davantage lu dans les châteaux
09:02que dans les chaumières, c'est bien connu.
09:04C'est très ambigu, Rousseau.
09:06Et en même temps, voilà, le peuple,
09:08le pouvoir du peuple...
09:09Donc, l'aristocratie a compris
09:13quand Rousseau parlait de liberté,
09:15l'aristocratie comprend les libertés
09:17au sens pluriel,
09:19donc anciennes,
09:20donc les privilèges.
09:22Mais c'est amusant que nous parlons de Rousseau.
09:24C'est comme quoi, il ne faut pas cesser de faire l'histoire,
09:26parce qu'avant vous,
09:28nous sommes allés rencontrer chez lui en Normandie
09:30Alain Benoît,
09:31qui a publié un livre sur Rousseau
09:33et qui nous apprend que Rousseau détestait les révolutions,
09:35n'était pas du tout progressiste,
09:38avait plutôt de la nostalgie pour les antiquités,
09:41que le suffrage universel,
09:43il fallait manier avec précaution,
09:45qu'il fallait fermer les frontières,
09:47quand vous pouvez accepter que
09:49un ou deux étrangers tous les 50 ans
09:52dans une communauté,
09:54c'était ça, dans la constitution de l'accord,
09:56ce projet de constitution de l'accord.
09:58Pas du tout...
09:59Pas du tout progressiste.
10:01Pas du tout progressiste.
10:02Oui.
10:03Bon, alors,
10:05tout de même,
10:06je ne vais pas redire un mot
10:08de ce que nous avons dit
10:09dans notre précédente conversation,
10:10à laquelle je renvoie,
10:11il y a deux ans,
10:12vous avez eu la gentillesse de venir,
10:13cette fois on avait fait le panorama
10:15de toute votre vie,
10:16de votre famille,
10:17de votre père,
10:18grand admirateur de Rimbaud,
10:20enfin, je renvoie à cette conversation
10:22qui était très fraîche
10:23et très amusante.
10:24le micro avait été un peu incertain
10:26parce qu'il y a eu quelques commentaires
10:29un peu déçus.
10:30Mais quand même,
10:31nous avons dit beaucoup de choses,
10:33y compris sur votre métier d'historien,
10:35qui n'était même pas d'ailleurs votre métier,
10:36parce que vous avez été,
10:38jusqu'en 2004, je crois,
10:39jusqu'à votre retraite à 60 ans,
10:41voilà,
10:42qui nous rajeunit pas,
10:43vos chers chers questions,
10:44vous avez été banquier,
10:47tous les jours,
10:48vous alliez au bureau
10:49et vous avez travaillé
10:50le week-end,
10:51les vacances,
10:52le matin,
10:52quelques fois,
10:53le soir.
10:54Oui, mais ça ne m'empêchait pas
10:55d'écrire un peu.
10:56C'est une stupéfiante.
10:57J'ai écrit même pendant ma vie professionnelle,
11:01là aussi,
11:02c'est une assaise évidemment,
11:04mais souvent,
11:05les week-ends,
11:06je travaillais,
11:06je commandais mes livres
11:08un samedi à l'autre,
11:10à la bibliothèque nationale,
11:12aux archives.
11:13J'avais cette passion,
11:14la passion de l'histoire,
11:15j'ai toujours eu.
11:16Très jeune, j'ai dit.
11:17Très jeune.
11:18Vous avez écrit un livre
11:18sur le masque de fer,
11:19à 14 ou 15 ans.
11:22À 15 ans,
11:23j'ai écrit un article
11:23dans le Mercure de France.
11:26Formidable, à 15 ans.
11:27Et j'avais apporté
11:28une idée nouvelle,
11:29j'avais creusé
11:31dans la question.
11:33Et voilà,
11:35mon père avait obtenu,
11:38connaissant un conservateur
11:39de la bibliothèque nationale,
11:41la permission
11:42d'emprunter un livre.
11:43Et donc,
11:43j'avais eu ce livre
11:44pendant trois semaines
11:45et j'avais copié,
11:46copié
11:47des pages entières
11:49de correspondance.
11:50Et puis après,
11:51j'ai fait des recherches
11:52dans les archives,
11:53bien sûr,
11:53et j'ai écrit deux livres
11:54sur le mystère
11:56de l'homme au masque de fer.
11:57Et c'est vraiment là
11:58que ma vocation
12:01d'historien est née.
12:02Parce que ça m'a beaucoup
12:03intéressé
12:04de comprendre
12:05les fonctionnements
12:06de l'Ancien Régime,
12:08de l'État royal,
12:09des lettres de cachet,
12:10du système carcéral,
12:12là aussi,
12:13qui est évidemment
12:14terrible.
12:16Et là,
12:17j'ai parcouru
12:19les archives
12:20de la Bastille
12:21de l'homme en large.
12:23Tout en ayant
12:25votre métier.
12:26Tout en exerçant
12:27avec passion
12:27un métier
12:28de montage
12:29d'opérations financières.
12:31Donc,
12:31c'était tout à fait
12:32autre chose,
12:33juridique.
12:34Et nous,
12:35ça me plaisait.
12:35Et on se l'envoie
12:36un peu à l'université
12:37qui d'ailleurs
12:37vous retourne le compliment
12:38de toute façon,
12:39de temps en temps,
12:39il y a des jalousies
12:40parce que vous vendez
12:41beaucoup plus
12:42que le train courant
12:44des universitaires
12:46historiens.
12:46J'ai compris,
12:47vous m'aviez dit
12:48d'ailleurs,
12:48pour rappeler
12:50le chapitre précédent,
12:51que c'est parce que
12:53après avoir fait
12:54Sciences Po,
12:55vous ne vouliez pas
12:55nécessairement être
12:56historien,
12:57ou peut-être
12:57historien des idées,
12:58ça vous passionnait,
12:59mais faire de la science politique,
13:01de l'analyse
13:02de la science politique.
13:03Et vos premiers ouvrages
13:03portent,
13:04alors sur le socialisme
13:06éthopique du 19e siècle,
13:08le gaullisme,
13:08de Gaulle,
13:09je ne connais pas
13:10tout lu,
13:11mais il y a 40 livres,
13:12alors je ne pourrais pas
13:13le faire,
13:14mais j'en ai lu
13:14J'ai fait trois petits
13:15quecelles sur
13:16la droite en France,
13:17l'extrême droite en France
13:18et le gaullisme.
13:20Donc c'était des études
13:21de sciences politiques,
13:22j'ai écrit en effet
13:23un livre aussi
13:23au PUF
13:24sur les socialistes utopiques,
13:26un autre,
13:27la vie quotidienne
13:28des communautés utopistes
13:30au 19e,
13:31ça c'était
13:33un aspect des choses
13:34qui m'intéressaient
13:34beaucoup,
13:35et je voulais
13:36en fait,
13:37à l'issue
13:38de longues études,
13:40puisque j'ai fait
13:41du droit,
13:42sciences po,
13:42une licence
13:43d'histoire géographie,
13:44un doctorat
13:45de sciences politiques,
13:46j'ai fait aussi
13:47l'IAE,
13:48l'Institut d'administration
13:49des entreprises,
13:50je voulais faire
13:51une agrégation
13:52de sciences politiques,
13:54mais il se trouvait
13:56qu'elle n'était pas
13:56encore créée,
13:57elle allait être créée,
13:58et je devais me marier,
14:01je devais faire
14:02mon service militaire
14:03que j'avais repoussé,
14:04j'avais été sur Citerre
14:05pendant longtemps,
14:06et donc,
14:06voilà,
14:07j'ai abandonné
14:09ce projet
14:10qui m'aurait beaucoup plu,
14:11et ce fut la même.
14:13Je renvoie
14:14une autre production,
14:15il n'y a pas que
14:15les Rois Bourbon,
14:17d'ailleurs,
14:18depuis que nous sommes vus,
14:19vous avez publié
14:19deux ouvrages
14:20sur le Saint-Suaire
14:22de Turin,
14:22et un autre
14:23sur le Suaire d'Argenteuil,
14:24sur la Thunique d'Argenteuil,
14:26oui.
14:26Votre grand livre,
14:27celui qui s'est le plus vendu,
14:28je crois que vous avez fait
14:29130 000 ventes,
14:30c'était extraordinaire,
14:31c'était Jésus.
14:31Sur Jésus, oui, oui.
14:32Il n'y a pas que les Rois,
14:33il y a aussi le Roi des Rois.
14:35Il y a une approche historique
14:36de Jésus,
14:37du Jésus de l'Histoire.
14:38Nous, nous avons parlé
14:41récemment aussi
14:42avec un peu de moi
14:42qui n'était pas d'accord
14:43avec vous sur Jésus,
14:44parce qu'il était aussi
14:45l'auteur d'un Jésus.
14:46Je sais.
14:46Mais vous avez fait
14:47l'historiographie précise
14:49de Jésus,
14:50ainsi que,
14:50enfin,
14:51vous êtes vraiment
14:51un diable d'homme.
14:52Je ne reprends pas
14:53tout le déroulé
14:55de votre vie,
14:55nous l'avons vu
14:56il y a deux ans
14:57et l'émission
14:57toujours en ligne.
15:00Pour en revenir à ce livre,
15:01on voit bien d'ailleurs
15:02le reflet
15:02de vos inclinations particulières,
15:05puisqu'il y a des thèses.
15:07Et là,
15:08c'est le politiste
15:10qui parle,
15:11notamment la thèse centrale
15:12à laquelle nous allons venir,
15:14une thèse centrale
15:15qui, moi,
15:16me passionne,
15:17ce basculement brutal
15:18de la souveraineté
15:20qui situe
15:21les débuts
15:22de la Révolution,
15:24plutôt en juin
15:25qu'en juillet,
15:2789,
15:29lorsque,
15:30tout à coup,
15:31une partie
15:34des états généraux
15:35convoqués
15:36est ouverte
15:36dans des conditions,
15:37là aussi,
15:38que vous racontez,
15:38avec beaucoup de couleurs.
15:39Je m'empresse de dire
15:40que vous avez une plume extraordinaire.
15:41Donc,
15:41on lit un roman aussi
15:42en même temps,
15:43avec des phrases.
15:44J'en citerai peut-être
15:45une ou deux
15:45si on a le temps.
15:46Oui,
15:47parce que je précise une chose,
15:48c'est que
15:49j'ai écrit un récit au départ,
15:51un grand récit.
15:51Voilà.
15:53Pratiquement,
15:53ça ne se faisait plus
15:54depuis des années
15:55et des années
15:55beaucoup d'historiens
15:57font des discours
15:59sur le récit
16:01ou des discours
16:02sur le discours,
16:03mais ils ne font jamais
16:04de récit.
16:04Moi,
16:04j'ai fait un grand récit
16:05en essayant d'être
16:06le plus clair possible,
16:09le plus limpide,
16:10tout en intégrant d'ailleurs
16:11les derniers travaux
16:12de recherche
16:13sur la question.
16:14Donc,
16:14ça,
16:14c'est le point de départ.
16:15Et puis,
16:15en effet,
16:16de façon sous-jacente,
16:18je fais une analyse
16:19de sciences politiques.
16:20Je m'arrête
16:20à un moment donné
16:21et puis,
16:22j'expose un peu
16:24ce qu'il en est
16:24au regard
16:25des grands principes
16:26de la science politique,
16:28la souveraineté,
16:29la légitimité,
16:30la démocratie,
16:32les techniques
16:32de manipulation
16:33des foules,
16:35les techniques
16:35d'embrigadement
16:36qui vont connaître
16:39grande prospérité
16:40à ce moment-là.
16:40Alors,
16:41j'en reste hostile
16:42avant de venir
16:43à ce point nodal
16:44qui est les états généraux
16:46et le juin 89.
16:49Et puis aussi,
16:50il faudra bien dire un mot,
16:51ce qui rend celui
16:51passionnant,
16:52c'est que vous élargissez
16:53les échelles.
16:54Vous commencez en 86.
16:55Bien,
16:56en disant que la révolution
16:56a commencé un peu
16:57et on voit bien
16:58qu'il est déjà
16:59très affaibli,
17:02affaibli au point
17:02de perdre toute initiative
17:03déjà en 89.
17:04Absolument.
17:05Notre pauvre roi.
17:07Alors,
17:08regardez,
17:08sur le style,
17:09je vais citer
17:10quand même
17:10un passage
17:15à un moment
17:16où le roi,
17:16justement,
17:17est mis en échec.
17:17Vous écrivez
17:18« Amer et désemparé,
17:20prêt à s'abandonner
17:21à la fatalité,
17:22le roi sentit
17:23une nouvelle fois
17:24qu'il n'était maître
17:25de rien ni de personne.
17:26Seules les grandes parties
17:27de chasse en forêt
17:28parvenaient à conjurer
17:29son incohérecible désir
17:30de fuir le monde. »
17:32Dans un autre moment,
17:32vous racontez
17:33qu'au cours d'une chasse,
17:36celui qui l'accompagnait
17:37le découvre
17:38descendu de cheval,
17:39se réfugiant dans un coin,
17:41regardant un arbre
17:42et ne pleurant.
17:45Oui,
17:45on ne connaît pas bien
17:47la cause,
17:48mais le roi
17:49avait des dépressions.
17:50Le roi a été
17:53enthousiaste
17:55en 1686,
17:57il était enthousiasmé
17:58par le plan Calonne,
17:59qui était un plan
18:00de réforme
18:00de la monarchie.
18:02Et tout part de là,
18:03en fait.
18:03Au août 86,
18:05quand le contrôleur général
18:06Alexandre de Calonne
18:07se rend à Versailles
18:09dans la bibliothèque,
18:11là où le roi,
18:11parce que le roi
18:11n'a pas un bureau
18:13où il reçoit
18:13les ministres,
18:15il reçoit
18:16sur un coin de table
18:17de la bibliothèque.
18:18Ah bon ?
18:19Dans sa bibliothèque,
18:20il reçoit Calonne.
18:21C'est moins fastidieux
18:21qu'il est républicain
18:22à l'importance.
18:23Voilà.
18:24Et il lui explose,
18:26il lui lit
18:27en quelque sorte
18:28les quelques pages
18:30qu'il a écrites
18:31à ce sujet.
18:32Pourquoi ?
18:33Parce que Calonne,
18:34pendant très longtemps,
18:35il était contrôleur général
18:36depuis de nombreux mois déjà,
18:39a mené une politique
18:40d'endettement,
18:41comme avait fait
18:42un de ses prédécesseurs
18:43qui était Necker.
18:44Nous avons parlé
18:45de ce fameux lapin.
18:48Voilà.
18:48On dit Necker ou Neckre ?
18:50Alors, on dit plutôt Neckre,
18:51mais l'habitude,
18:52c'est Necker,
18:53donc je continuerai
18:54à dire Necker.
18:54Les snob disent Neckre.
18:55Comment ?
18:56Les snob disent Neckre.
18:57Voilà, voilà, voilà.
18:58On dit Neckre.
18:59Alors, on dit Neckre ou Necker.
19:00Voilà.
19:02Alors, donc,
19:03il avait continué
19:03cette politique d'endettement
19:04qui était une politique
19:05complètement folle.
19:07Il s'est aperçu
19:07que la monarchie
19:09courait à sa perte.
19:11C'est à partir de ce moment-là
19:12qu'il s'est dit
19:12qu'on ne peut pas avancer
19:14si on ne modifie pas
19:15complètement
19:16de fond en comble
19:17la monarchie.
19:19Donc, il va falloir
19:20trouver une solution.
19:22Il y a un désordre général
19:24du point de vue
19:24de l'administration.
19:25Il y a des pays d'État,
19:26des pays d'élection.
19:27Il y a une carte d'élection.
19:29Donc, des pays d'État,
19:30ce sont ceux qui ont
19:31des États provinciaux
19:33qui se réunissent,
19:34qui votent un don gratuit
19:36pour le roi.
19:36Et puis, des pays d'élection
19:37qui sont administrés directement.
19:39un égrégat de peuples
19:40désunis,
19:41dira Mirabeau,
19:42à propos du royaume de France.
19:44Et c'est vrai.
19:44Et ça montre bien
19:45l'échec
19:46de la politique
19:47de centralisation
19:48de Louis XIV
19:49qui n'est pas parvenue
19:50à unifier nous.
19:51Parce qu'il fallait
19:52faire un grand coup de balai,
19:54un grand coup de torchon.
19:55Et la monarchie
19:55n'est pas capable
19:56de le faire.
19:56La monarchie,
19:59pour gagner suffisamment
20:00d'argent,
20:01pour pouvoir instaurer
20:02de nouveaux impôts,
20:02va concéder
20:03de nouvelles concessions.
20:04Et puis, en même temps,
20:05elle va supprimer
20:06certains États provinciaux
20:07parce qu'ils sont trop faibles.
20:08Donc, c'est un animal pataud
20:10qui avance,
20:11mais en même temps
20:12qui recule,
20:12qui est incapable
20:13de faire la tabula rasa,
20:16la table rase
20:16que fera la Révolution.
20:18De façon sanglante,
20:19évidemment,
20:20mais elle le fera.
20:20Oui.
20:21Mais à deux ou trois reprises,
20:22vous le montrez,
20:23c'est pour ça
20:24que ça tient
20:27du film
20:28à suspense,
20:29la formule
20:30de la monarchie constitutionnelle
20:31a failli réussir.
20:32Justement,
20:33avant 80...
20:34Avec Calonne,
20:35justement,
20:35avant 89.
20:36En pressant-nous
20:37de nous dire quand même,
20:38parce que vous insistez là-dessus,
20:39que ce royaume,
20:41pour empêtrer
20:42qu'il fût
20:43dans ses incohérences,
20:46ses irrationnalités administratives,
20:48n'en était pas moins
20:49le plus grand pays du monde
20:51et depuis le milieu
20:54du 18e siècle,
20:55au moins,
20:56animé d'un dynamisme,
20:58y compris industriel,
21:01à nul autre pareil.
21:02Tout à fait.
21:03Et même l'Angleterre,
21:05prétendument,
21:05elle aussi,
21:06très engagée
21:07sur la voie
21:07de ce qu'on appellera
21:08la révolution industrielle,
21:11est derrière nous
21:12dans la plupart des domaines.
21:14Oui,
21:14à cette époque-là,
21:16oui, tout à fait.
21:16Après,
21:17elle va nous rattraper.
21:17Elle n'a pas tellement failli
21:18parce qu'elle a quand même
21:19fait un pays...
21:19Elle va nous dépasser,
21:20après, bien sûr.
21:21Mais à cette époque,
21:23en effet,
21:23l'Angleterre,
21:24alors,
21:24elle a quand même
21:25une puissante marine,
21:28mais la France...
21:29défaite
21:30qui a été défaite
21:30par l'amurale de Grasse
21:33et la marine française.
21:35Donc, il y a...
21:36En 83,
21:36Louis XVI,
21:37quand même,
21:38a un grand prestige
21:39de ce point de vue-là.
21:41Mais...
21:41Et la France est riche,
21:42grosso modo.
21:43Et la France est riche,
21:44oui.
21:45Sauf qu'il y a eu quand même
21:46des dérèglements climatiques
21:47qui font que...
21:48Alors, il faut que nous en parlions
21:49en détail.
21:50En 84,
21:51il y a eu un hiver
21:51très rigoureux.
21:53Louis XVI,
21:54Marie-Antoinette,
21:54d'ailleurs,
21:55se sont tournés
21:56vers les pauvres.
21:57Ils allaient visiter
21:58les pauvres
21:59dans les chaumières.
22:00On l'ignore souvent.
22:02Et puis, surtout,
22:0488, 89...
22:04Ah, mais attendez,
22:05il n'y a pas que ça.
22:06Alors, si vous venez,
22:06la cause climatique
22:08qui est totalement passée
22:09sous silence
22:10dans les livres
22:12et les histoires traditionnelles,
22:13moi, j'ai appris,
22:13en effet,
22:14la crise des blés,
22:16mais elle est consécutive
22:17à une crise climatique.
22:18Et même une succession
22:19de crise climatique.
22:21Et évidemment,
22:22la dette,
22:23alors rappelons vite,
22:24la dette...
22:24Non, non,
22:25ce n'est pas sans importance.
22:26La dette née
22:27de la guerre d'Amérique
22:28et du soutien
22:29que Necker,
22:31principal ministre,
22:32à défaut d'être
22:32Premier ministre
22:33dans sa première version,
22:35mais il va s'opiniatrer
22:37dans l'erreur,
22:38à mon avis,
22:38Necker,
22:40avait dépensé
22:41sans compter
22:41pour soutenir
22:42ses amis américains.
22:44Il faut dire
22:45qu'il était protestant,
22:46banquier,
22:46suisse,
22:47etc.
22:47Il y avait
22:48une espèce
22:49de connivance.
22:49Oui,
22:49il ne connaissait pas bien
22:52les arcanes
22:53de la finance française.
22:54Et au lieu
22:55de lancer
22:56un grand emprunt
22:57national,
22:58par exemple,
22:59ou surtout
23:00d'enquenter les impôts,
23:01parce qu'il y avait
23:01un tel patriotisme,
23:03un tel soutien
23:04donné
23:05à la guerre d'Amérique,
23:06au roi,
23:07que Louis XVI
23:08pouvait décréter
23:10un 20e soutien
23:11et des provinces riches,
23:12j'y insiste,
23:13et des secteurs
23:13industriels.
23:14et ça suffisait.
23:16Là,
23:17on s'est endetté
23:17et l'endettement
23:19va peser.
23:20Alors,
23:20on n'a pas bien
23:20les chiffres.
23:21On estime
23:22qu'en 87,
23:25à peu près,
23:25il y avait
23:26entre 1,2 milliard
23:27et 1,9 milliard
23:29de dettes
23:30pour un budget
23:32de 475 millions
23:36de recettes
23:36et 500,
23:38600 millions
23:39de dépenses.
23:40Et ça aussi,
23:41on le doit beaucoup
23:41à Necker,
23:42justement,
23:42ou à Necker.
23:43C'est lui qui a
23:44dépensé sans compter,
23:45en réalité.
23:45Voilà.
23:46Alors,
23:46en 1781,
23:48il présente
23:49un compte-rendu
23:50au roi
23:50dans lequel il dit
23:52« Nous sommes
23:53en excédent
23:54de 10 millions. »
23:55Alors,
23:55il a fait passer
23:57à la trappe
23:58les chiffres.
23:59Il a manipulé
24:00les chiffres,
24:00oui.
24:01En plus,
24:01c'était un menteur.
24:02Vous n'aimez pas
24:04beaucoup,
24:04Necker ?
24:04Oh,
24:05pas du tout.
24:05Il s'appelle
24:06Necker ou Necker,
24:07le pauvre est la même.
24:10puisque vous l'avez évoqué,
24:11parce que ça m'a stupéfait,
24:13il y a une succession.
24:16Alors,
24:16ne revenons pas
24:17sur les questions
24:17de dette.
24:19D'ailleurs,
24:20votre livre s'ouvre
24:21par une conversation
24:23stupéfiante avec,
24:24enfin,
24:25dramatique
24:25avec Louis XVI
24:27où,
24:28brutalement,
24:28Calonne dit au roi
24:29« Il faut faire quelque chose
24:30parce que c'est la banque. »
24:33Et pour vous,
24:34c'est une autre thèse
24:35de ce livre.
24:36Elle n'est pas sans écho
24:37aujourd'hui,
24:38d'ailleurs.
24:39La cause principale,
24:41ce qui va tout enchaîner
24:43des réformes
24:44qui passent mal
24:45et une agitation populaire,
24:46c'est cette question
24:47de la dette.
24:48Oui.
24:48Une des causes,
24:50parce qu'en fait,
24:50il y a quatre grandes causes.
24:52La première,
24:53alors on peut mettre
24:54la dette,
24:54bien sûr,
24:55qui est quelque chose
24:55de très grave.
24:57La seconde,
24:58c'est une crise politique
25:00de l'aristocratie
25:02qui,
25:02depuis la mort
25:03de Louis XIV,
25:04veut prendre sa revanche
25:06sur le prétendu
25:08absolutisme de Louis XIV,
25:10qui est une tentative
25:12de centralisation
25:12mais qui a échoué.
25:13Donc,
25:14elle veut prendre sa revanche
25:15et elle va la prendre
25:16tout au long du XVIIIe.
25:18La troisième cause,
25:19c'est l'incapacité
25:20de cette noblesse
25:21à absorber
25:23les couches montantes
25:25de la bourgeoisie
25:27qui voulait s'intégrer.
25:30cette bourgeoisie,
25:32elle achetait des terres,
25:33elle accolait son nom
25:36au nom de cette terre.
25:38M. De Robespierre,
25:41ça s'écrit en un seul mot.
25:42Tout à coup,
25:42il s'appelle De Robespierre.
25:43Il s'appelle De Robespierre.
25:44Danton,
25:44c'est D'apostrophe,
25:46A.N.
25:47Donc,
25:47tous ces gens...
25:47La bourgeoisie,
25:48on a dit que son rôle
25:48était moteur,
25:49elle veut surtout s'intégrer
25:50à l'aristocratie.
25:50Il voulait s'intégrer
25:51à l'aristocratie.
25:52Seulement,
25:53la noblesse ne veut pas,
25:54d'où la réaction nobilière.
25:56Qu'elle y est en grande partie
25:57au fait que cette noblesse,
25:59elle avait été très largement détruite
26:03pendant la guerre de succession d'Espagne
26:06sous Louis XIV.
26:07On l'ignore souvent,
26:08mais on est passé de 200 000 à peu près,
26:11les chiffres sont difficiles à établir,
26:14à 120 000 nobles.
26:15Donc,
26:16c'est énorme.
26:17120 000 nobles.
26:18Donc,
26:1880 000 disparus.
26:20Et donc,
26:21cette noblesse,
26:21elle est crispée
26:24sur la défense de ses privilèges.
26:25Donc,
26:25ça,
26:25c'est la troisième cause.
26:27Et puis,
26:27la quatrième cause,
26:29c'est évidemment le climat,
26:30le dérèglement du climat
26:31avec des canicules en 88.
26:36Et puis,
26:38écoutez,
26:38ça commence en 83.
26:40Alors,
26:40je reprends la succession.
26:4183-84,
26:42Parce que c'est très intéressant,
26:43c'est très amusant.
26:44On n'en a jamais entendu parler
26:45à l'école,
26:45par exemple.
26:48Vous oubliez d'ailleurs
26:49une autre cause,
26:49mais on va peut-être y revenir,
26:51mais tout s'enchaîne.
26:52C'est l'absence
26:53de capacité de communication
26:55de la cour.
26:56Le roi n'arrive pas
26:57à communiquer
26:58et la parole est confisquée
27:00par les clubs,
27:02par les solidarités occultes,
27:07par les mafias.
27:08Et il a perdu la parole.
27:10Et quand il essaie
27:11de reprendre la parole,
27:11ça tombe à plat.
27:12Il n'arrive pas à faire
27:13ce que Louis XIV avait fait
27:14à mal plaquer,
27:15c'est-à-dire...
27:16Je ne sais pas pourquoi
27:17il ne le fait pas,
27:18faire lire dans toutes les églises.
27:19Il a essayé de le faire.
27:21Un appel au peuple, oui.
27:22Oui,
27:22il s'appelle
27:23l'appel de Gerbier,
27:24puisque après,
27:27quand le plan Calonne
27:28a été rejeté
27:29par l'Assemblée des Notables,
27:31parce que l'idée,
27:31c'était de réunir
27:33une Assemblée des Notables
27:35pour contourner
27:35l'opposition prévisible
27:37du Parlement.
27:38Voilà.
27:39Et les Notables,
27:41évidemment,
27:41donc clergé,
27:42noblesse essentiellement,
27:43on dit non,
27:44pas question,
27:44pas question.
27:45Le programme de Louis XVI.
27:46On ne veut pas
27:46de ce nouvel impôt
27:47qu'on appelle
27:48la subvention territoriale
27:49et réunisser les États généraux.
27:52Qui concernent tout le monde.
27:53Donc,
27:53à ce moment-là,
27:55le roi a été très,
27:57très, très obligé
27:58et il a écrit,
28:00co-rédigé,
28:00avec un avocat
28:02qui s'appelait Gerbier,
28:03un appel au peuple
28:05en donnant,
28:06en donnant les principales données
28:09des mémoires
28:10qui avaient été produites
28:12devant l'Assemblée
28:13pour montrer
28:14que le roi s'alliait
28:16avec le peuple
28:16contre les aristocrates.
28:18Mais cet appel
28:19a fait...
28:19Ça aussi,
28:20c'est une constante
28:21de votre livre.
28:21Un flop.
28:22Ça veut dire
28:22que le peuple
28:23continuait à suivre
28:26les aristocrates
28:26dans leur opposition
28:28à la monarchie.
28:28C'est ça.
28:29Parce qu'ils étaient
28:29très excités
28:30par les idées nouvelles,
28:31etc.
28:31Et puis,
28:32il y avait
28:32le substrat économique
28:35qui était terrible,
28:37justement consécutif
28:38au climat.
28:39Alors,
28:39venons-en.
28:40Les crises climatiques
28:41se succèdent depuis 1983
28:42et j'apprends
28:43qu'au sud de l'Irlande,
28:44de l'Islande,
28:45pardon,
28:45en juin 1983,
28:47voilà qu'un volcan
28:49entre en éruption.
28:51Ça ne s'est jamais vu.
28:52au point que des boues
28:54dont vous dites,
28:55je ne sais pas pourquoi,
28:56que l'odeur
28:57s'apparentait
28:58à des oeufs pourris...
29:00Oui.
29:01C'est pas moi qui...
29:01Enfin,
29:02je le dis
29:02parce qu'on le disait
29:04à l'époque.
29:04On le disait à l'époque.
29:05Bien sûr.
29:06Enveloppe pratiquement
29:07tout l'ouest
29:08et le nord
29:11et détruit des récoltes.
29:13Oui, oui, oui.
29:15Ces éruptions volcaniques
29:17sont terribles.
29:17L'hiver 84
29:18est probablement
29:18provoquée par ça.
29:20Et voilà qu'en 84
29:21dans l'hiver 84,
29:23l'automne 84,
29:24des pluies terribles
29:26s'abattent
29:27sur les campagnes,
29:31donc sur les récoltes
29:33et que le froid
29:34dans l'hiver suivant
29:36est inimaginable.
29:38Enfin, inimaginable.
29:39Justement,
29:39au début du siècle,
29:40on avait déjà vu
29:40des grands froids,
29:41des grands froids
29:42de mal plaqués,
29:43justement.
29:43Oui, oui, oui.
29:43Pourquoi le climat
29:44était vraiment...
29:45On n'avait pas compris ça.
29:47Et c'est plein d'échos
29:47pour aujourd'hui.
29:48On nous rebat les oreilles
29:49du climat,
29:49mais le climat
29:51est un acteur de l'histoire.
29:52Ah, absolument.
29:53Le roi Ladurie
29:54avait beaucoup montré ça.
29:55Il avait montré,
29:56c'était une de ses...
29:57Mais là, je ne peux pas
29:57relire toutes ces pages,
30:00mais c'est terrible
30:00parce que c'est des pluies,
30:02puis des sécheresses,
30:04puis des déluges.
30:05Alors, il y a
30:05la sécheresse de 1785,
30:07c'est-à-dire que tout ça sèche.
30:12Et donc, il n'y a plus de récolte.
30:14Le pain devient...
30:15Je crois que le prix du pain
30:16augmente par 6.
30:17On en arrive à des pains
30:19de 4 livres,
30:19c'est-à-dire 2 kilos
30:20pour nourrir une famille
30:21de 4 personnes,
30:22dites-vous,
30:22qui est au prix de 20...
30:25Quelle est la monnaie
30:26à l'époque ?
30:26Livre, denier.
30:2720 livres,
30:29qui est à peu près
30:29le prix journalier.
30:31C'est un pain,
30:31il faut travailler
30:32toute une journée.
30:34Un pain,
30:3620 livres,
30:37ou denier,
30:39et c'est le prix
30:40du salaire quotidien.
30:43Oui, le prix du salaire.
30:44Oui, oui, bien sûr,
30:44ça couvre tout.
30:46C'est une misère terrible, oui.
30:48On disait que la France
30:49était prospère,
30:50mais dans...
30:51Tout à coup ?
30:51Il y a eu des grandes phases
30:53de misère sociale.
30:55Et surtout,
30:56en 88-89.
30:58Et ça explique aussi
30:59la Révolution.
31:01Alors,
31:01grand effort de Louis XVI,
31:04ce qui est connecté
31:06avec ce que nous disions
31:07sur le roi et la reine.
31:11La reine qui finira par dire
31:12« Je suis la reine du tiers-état »
31:13un jour.
31:14Oui, je suis la reine du tiers.
31:15Du tiers, oui.
31:16Contre les aristocrates,
31:18cette fois.
31:18Mais le lien avec le peuple
31:20est très net
31:21dans cette période-là
31:22puisque le roi
31:23se démène
31:24comme un boniable
31:25pour multiplier
31:26les charités
31:29et vous écrivez
31:30« Jamais un effort
31:31aussi important
31:31n'avait été consenti. »
31:33Cette politique sociale
31:34en direction
31:35d'un peuple
31:36dont le roi
31:37pressent
31:37qu'il est potentiellement
31:39son principal allié
31:40en face des aristocrates.
31:42C'est comme ça
31:42que ça s'est passé.
31:43Il n'y a pas du tout
31:44cette espèce
31:44de manière
31:47dont on présente
31:47la Révolution française
31:49comme le font
31:51les marxistes,
31:52son boule, etc.
31:53C'est du baratin, quoi.
31:57Non, non.
31:57C'est une analyse
31:58socio-économique
31:59qui est largement
32:01dépassée aujourd'hui.
32:03Michelet aussi.
32:05Michelet aussi.
32:05C'est complètement dépassé.
32:06On a présenté
32:07cette révolution
32:08en fantasme.
32:10Bref.
32:12Louis XVI
32:12et la reine
32:14sont vraiment
32:14du côté du tiers.
32:16Il luttera même
32:17contre les aristocrates
32:18pour la double représentation
32:19du tiers-État
32:20lorsqu'on finira
32:20par convoquer
32:21les États-généraux
32:22ce qui est vraiment
32:23très démocratique.
32:24Il aura même envie
32:25de faire en sorte
32:26qu'on puisse changer
32:27d'ordre
32:27comme s'il y avait
32:28un collège unique
32:29qui se profilait à l'horizon
32:30c'est-à-dire
32:31la démocratie.
32:32Oui.
32:33Que la révolution
32:34elle n'instituera pas du tout.
32:36Non, absolument.
32:38Que la république
32:39et la démocratie
32:40ce n'est pas la même chose.
32:41Non, la transformation
32:43aurait pu se faire
32:44à condition évidemment
32:45que les ordres privilégiés
32:48n'aient pas été aveuglés
32:50par leurs préjugés
32:52et puis par leur refus égoïste
32:54de ne pas partager
32:56de ne pas accepter
32:58une contribution.
33:00Rendez-vous compte
33:01qu'en 1788
33:03au moment où l'État
33:04est prêt à déposer le bilan
33:06puisqu'on va déclarer
33:07la banqueroute provisoire
33:09le roi va s'adresser
33:11à l'assemblée du clergé
33:12qui se réunit
33:13tous les quelques années
33:15et on va leur demander
33:16un don gratuit
33:18parce qu'un don gratuit
33:19c'est la contribution
33:20que fait le clergé
33:22au budget d'État.
33:25Il va demander 8 millions.
33:268 petits millions.
33:27C'est très inférieur
33:29à la dette.
33:30Qu'est-ce que ça se passe ?
33:32Ces grands seigneurs
33:33parce que tous les évêques
33:34du temps de Louis XVI
33:36sont des nobles.
33:38Louis XIV
33:39ce n'était pas ça.
33:40Il y avait
33:41les nobles
33:42étaient rendus en force
33:43justement.
33:43Là, il y avait
33:44et c'est pour ça
33:45que le clergé
33:46est allié
33:47le haut clergé
33:47est allié
33:48avec la grande noblesse.
33:49Ils font la leçon au roi
33:50il n'y en a pas question
33:51on va vous donner
33:52juste 1 800 000 livres
33:54et en échange
33:56vous devez vous engager
33:57à réunir
33:58les États généraux.
33:59Donc il faut
34:00la leçon politique
34:01au roi.
34:02Et quelques mois plus tard
34:04la révolution
34:05étant intervenue
34:06les biens du clergé
34:08seront saisis
34:10et le clergé
34:11perdra 100 millions.
34:12Au lieu d'avoir donné
34:138 millions
34:14il va perdre 100 millions.
34:16Alors
34:16c'est pas
34:21il n'y a pas
34:21malgré tout
34:22une fatalité
34:23parce que
34:24bon
34:25le clergé
34:26traîne les pieds
34:27la noblesse
34:29comme depuis des siècles
34:30la volonté contre le roi
34:31lequel s'appuie
34:32sur le peuple
34:33et
34:34deux ou trois fois
34:36en avançant un peu
34:38en approchant
34:38de 89
34:39la date
34:40fatidique
34:41quand le roi
34:42convoque
34:43les États généraux
34:43dont il ne voulait
34:44absolument pas
34:45c'est Néquer
34:46toujours lui
34:47qui est revenu au pouvoir
34:48mais qu'en condition
34:50qu'on convoque
34:50les États généraux
34:51c'est le saboteur
34:52typique
34:53Néquer
34:56mais il avait
34:57un agenda
34:57comme on dit maintenant
34:59Néquer
35:00il voulait faire plaisir
35:01à l'aristocratie
35:02c'était
35:02c'était son
35:03au grand noble
35:05à la haute noblesse
35:07il voulait lui plaire
35:08il voulait aller
35:08dans
35:08dans leur sens
35:10et
35:11beaucoup plus
35:12que dans le sens
35:13de l'intérêt
35:14du royaume
35:15oui
35:15mais
35:16d'abord
35:17il a voulu
35:17tous les pouvoirs
35:18au point
35:18qu'il mérabou
35:19dira
35:19c'est le roi de France
35:20oui oui
35:21déjà
35:21un signe de sublime
35:22et puis voilà
35:23il était très
35:24il était très orgueilleux
35:26très vaniteux
35:28et puis quand je dis
35:28qu'il avait un agenda
35:29il voulait notamment
35:31l'édite tolérance
35:32qui finira par avoir
35:33en janvier 88
35:33oui
35:34au bénéfice des protestants
35:35oui
35:36oui mais ça
35:37c'est pas mal
35:38parce que
35:39les protestants
35:40n'avaient pas
35:40d'État civil
35:42c'était quelque chose
35:43de terrible
35:44depuis la révocation
35:44de l'édite de Dante
35:45les protestants
35:46vivaient dans un état
35:47de semi-clandestinité
35:49ils ne pouvaient pas se marier
35:49ils ne pouvaient pas
35:50être enterrés
35:50dans des lieux
35:52d'édite
35:52il fallait revenir
35:55sur les dispositions
35:56de l'édite de Dante
35:57c'était pas concevable
35:59donc
36:00là
36:01c'est une ouverture
36:03libérale
36:03qu'on ne peut pas
36:04nous reprocher
36:05oui
36:06mais il y a chez Necker
36:08quand même
36:08une admiration
36:09du monde anglophone
36:11des révolutions anglaises
36:14il y a
36:14d'ailleurs chez les protestants
36:15de l'époque
36:16on va les retrouver
36:18pendant la révolution
36:19Barnave par exemple
36:20qui est un des détonateurs
36:22lui aussi
36:22à Grenoble
36:23en 1788
36:24quelque chose comme ça
36:27lui c'est un pasteur protestant
36:29même je crois
36:29non il n'était pas pasteur
36:31pas pasteur
36:31mais c'est
36:32c'est Boissine Anglase
36:33alors qu'il est protestant
36:34qui est pasteur
36:36comme son père
36:37qui est totalement fanatique
36:38enfin
36:39on a l'impression
36:40on a eu cette
36:41j'ai eu cette impression
36:42plusieurs fois
36:42en lisant votre livre
36:43que
36:45Henri IV
36:46surgit comme protestant
36:48pour mettre fin
36:50avec Edith Nantes
36:52à la guerre de religion
36:54mais que cette guerre de religion
36:57embêtera
36:57vos rois bourbons
36:58jusqu'au bout
36:59y compris
36:59jusqu'à la révolution française
37:01non ?
37:01parce qu'elle règle
37:02la question des protestants
37:03à la révolution française
37:04après ils sont comme
37:05un poisson dans l'eau
37:05y compris avec Napoléon
37:06oui
37:07les protestants
37:08sont admis comme citoyens
37:09les francs-maçons
37:10et c'est la part entière
37:12oui
37:12les juifs aussi
37:13c'est sûr
37:14et voilà
37:15non mais il y a eu
37:16la révocation d'Edith Nantes
37:17on va entendre vous venir
37:18à Maurras bientôt
37:18on va peut-être pas revenir
37:19sur la révocation d'Edith Nantes
37:20enfin la révocation d'Edith Nantes
37:21c'était quand même
37:22un acte très malheureux
37:24de Louis XIV
37:25qui n'a pas su apprécier
37:27la situation
37:28on l'a flatté
37:29en lui disant
37:29cire tout le monde
37:30se convertit
37:30il n'y a plus de protestants
37:32donc le roi
37:33dit je vais supprimer
37:35l'édit de Nantes
37:36c'était une erreur
37:37énorme
37:38c'était une erreur de maintenance
37:38c'est un peu qui a poussé
37:40beaucoup moins
37:41elle a beaucoup moins
37:43bref
37:44j'ouvrais cette parenthèse
37:46sur les protestants
37:47et la révolution
37:47sur laquelle il y a
37:48beaucoup de choses à dire
37:49mais revenons à ce que je disais
37:51cette alliance du roi
37:52et du peuple
37:53elle aurait pu se faire
37:54lorsque les états généraux
37:55sont convoqués
37:57et que le roi au fond
38:00en prend son parti
38:03et qu'il commence à faire des concessions
38:06de telle sorte
38:07que le peuple finit par invoquer le roi
38:11même quand il se révolte
38:14c'est comme des gilets jaunes
38:16si vous voulez
38:16qui invoqueraient la tête de l'état
38:19contre les corps intermédiaires
38:21ce qui est le ressort de la monarchie française
38:23depuis ses origines
38:23bien sûr
38:25alors là il y a eu un drame
38:28c'est la mort du premier dauphin
38:30le 4 juin 89
38:33et Louis XVI est dans emparé
38:36Marie-Antoinette aussi
38:37donc il souffre énormément
38:39de ce malheureux
38:41qui meurt de tuberculose
38:45et les députés du tiers
38:49veulent rencontrer le roi
38:52et le roi s'enferme
38:53Bailly insiste beaucoup
38:55pour voir le roi
38:57et le roi s'enferme
38:59n'y a-t-il pas un père
39:01parmi tous ces gens là
39:01parce qu'il était en pleine souffrance
39:04Bailly force la porte
39:05cherche à forcer la porte
39:08là évidemment
39:09on peut comprendre humainement
39:11que le roi n'est pas pu recevoir
39:13et parmi ses députés
39:16il y avait des gens
39:17qui étaient les plus
39:19qui vont venir les plus ultra
39:20les jacobins
39:21qui vont créer
39:22le club des jacobins
39:25les députés bretons
39:27notamment
39:27qui veulent rencontrer le roi
39:28qui recherchent
39:30à créer l'alliance du roi
39:31tout le temps
39:32on le voit partout
39:33et du peuple
39:33contre les baronies
39:34contre les baronies
39:35enfin jusqu'à la mort du roi
39:36c'est la vieille alliance médiévale
39:38mais Louis XVI
39:39alors
39:39a été déprimé
39:41il a eu la mort du dauphin
39:43et à partir de ce moment là
39:45il n'est plus le même
39:46il est vraiment dans un état
39:48il subit les événements
39:50je me souviens d'un Louis XVI
39:52qui était plus clément
39:54votre Louis XVI
39:55était plus clément
39:56avec ce pauvre roi
39:57que dans celui-ci
40:00il vous montrait qu'il est
40:01bon
40:01l'indécision
40:02et son problème permanent
40:04oui
40:05il change d'avis
40:07il prend l'avis
40:09de tout le monde
40:10et voyant l'avis
40:11des avis différents
40:12il ne sait plus quoi faire
40:14c'est ça son problème
40:16il est très intelligent
40:18alors oui c'est le problème
40:19il est tellement intelligent
40:20qu'il voit les conséquences
40:21de toutes les décisions
40:22et donc il ne les prend pas
40:23exactement
40:23c'est ça
40:24c'est le malheur
40:24des gens trop intelligents
40:27je vois
40:28je sais ce qui va se passer
40:29si je fais ça
40:30je sais ce qui va se passer
40:30si je fais ça
40:31je sais exactement
40:32ce qui va se passer
40:33donc je ne prends rien
40:34je ne prends plus de décision
40:35et il était très formé
40:36à son métier de roi
40:36à confère des giraux de Coursac
40:38que vous citiez
40:38il connaissait très bien
40:39son métier de roi
40:40il connaissait très bien
40:42les institutions britanniques
40:43par exemple
40:44il en remontrait à Vergennes
40:46je crois même
40:46il en remontrait à Vergennes
40:48en lui disant
40:48mais vous ne connaissez pas
40:49les institutions britanniques
40:49il n'aimait pas
40:50la monarchie britannique
40:52il la connaissait très bien
40:52mais il la connaissait très très bien
40:54oui bien sûr
40:55et alors
40:56on a l'impression
40:57donc quelquefois
40:58à vous lire
40:59j'ai eu question de petit fils
41:00qu'on se dit
41:00si on a eu
41:02si on avait eu
41:03un autre roi
41:03c'est pour ça
41:04que tout le monde est méchant
41:04avec lui
41:05les monarchistes sont méchants
41:06parce qu'il a raté
41:08il a laissé filer la monarchie
41:10par son indécision
41:10justement
41:12les républicains sont méchants
41:14avec Louis XVI
41:14parce que c'était l'homme à abattre
41:15il fallait justifier justement
41:17le traitement terrible
41:18qui lui s'en fiche
41:18donc tout le monde est
41:22dur avec Louis XVI
41:23mais finalement
41:24vous aussi de cette façon
41:26parce que vous montrez
41:26que si on avait eu
41:27un autre roi
41:28quelqu'un qui s'en serait tenu
41:30au programme de réforme
41:32de Calonne
41:32par exemple
41:33dès 86-87
41:36si aussi
41:37il avait eu assez
41:39de fermeté
41:40pour
41:42non pas faire tirer
41:43sur la foule
41:44les rois ne le font pas
41:45c'est les républicains
41:46qui font tirer sur la foule
41:47mais pour
41:49prendre le parti
41:50de l'ordre
41:52dès le début
41:53pour limiter
41:54les débordements populaires
41:55qui sont partout
41:57dans toutes les villes même
41:58montrer des choses terribles
42:00il y a eu
42:00il y a eu des révoltes
42:01en 87
42:02en 88
42:02en 89
42:03dans le sud
42:04à Marseille
42:05à Grenoble
42:06à Grenoble
42:06justement
42:08il y a eu des insurrections
42:09peut-être pour les raisons climatiques
42:12et donc de famine
42:13ou de disette
42:14dont nous parlons
42:14et l'ordre était
42:15plus ou moins rétabli
42:18Louis XVI
42:19au début de son règne
42:20avait montré
42:20beaucoup d'énergie
42:22en 1775
42:23quelques mois
42:24après la mort
42:25de Louis XV
42:27quand il y avait eu
42:28ce qu'on appelle
42:29la guerre des farines
42:30un soulèvement
42:31une émotion populaire
42:32comme on les appelait
42:32à cette époque
42:33dans l'île de France
42:36où il y avait
42:36des soulèvements paysans
42:38et là
42:38il n'avait pas hésité
42:41à réprimer
42:42à convoquer
42:44les cours prévotales
42:46et à sanctionner
42:49au moment de l'affaire Réveillon
42:52en avril
42:5489
42:55et bien là aussi
42:57c'est un riche industriel
42:59du faubourg Saint-Antoine
43:01du pouvoir Saint-Antoine
43:02et puis Saint-Marcel
43:03plutôt bon d'ailleurs
43:05parce que
43:06dans l'hiver précédent
43:07j'ai appris ça
43:08en vous lisant
43:09aussi
43:10la chrétienté
43:11n'est pas un vin mot
43:12parce qu'aujourd'hui
43:13ça n'aurait pas lieu
43:15dans les trois ou quatre mois
43:16précédents
43:17que vous allez nous raconter
43:19qui est arrivé
43:19à ce pauvre industriel Réveillon
43:24son personnel
43:25enfin ses ouvriers
43:26étaient désœuvrés
43:27parce qu'il manquait
43:28la matière première
43:29n'importe qui
43:30aujourd'hui
43:31en tous les cas
43:31les aurait mis à pied
43:33pour des raisons
43:34de
43:35comment appelle-t-on ça
43:36je ne sais pas
43:36enfin de
43:37les mis à pied
43:38pour
43:39la société économique
43:40que sais-je
43:41non
43:41il les avait tous gardés
43:43tous payés
43:43pourquoi Louis XVI
43:45à partir d'un certain moment
43:46a dit
43:47je ne tirerai plus
43:48contre la foule
43:49ça c'est un mystère
43:50moi je pense que c'est lié
43:51à la mort du premier dauphin
43:53il a été très atteint
43:54et là
43:55à partir d'un moment là
43:56son caractère a changé
43:57c'est une hypothèse
43:58mais son caractère a changé
43:59et il n'a plus voulu
44:01faire tirer sur la foule
44:02bon
44:02Jean-Christian Petitfils
44:04faisons une halte
44:06ce qui est assez amusant
44:07c'est que
44:09nous n'en sommes même pas
44:10arrivés
44:10à la révolution
44:12de 89
44:14puisqu'on l'a fait
44:14commencer en 89
44:17on a déjà
44:18beaucoup
44:20déblayé
44:21les années précédentes
44:22qui sont peut-être
44:22les plus passionnantes
44:23parce qu'on
44:25voit les mécanismes
44:27qui vont donner à plein
44:29dans les années suivantes
44:30mais combien sont intéressantes
44:32les années 86
44:3387
44:34et 88
44:38on n'a pas parlé
44:39de diverses choses
44:40tant pis
44:41le rôle de la
44:42absolument délétère
44:43de la révolution américaine
44:44non seulement parce qu'elle a coûté cher
44:45mais parce qu'elle a
44:47servi de modèle
44:47à toute une
44:49bourgeoisie libérale
44:51qui a envie
44:52une révolution
44:53qui ne s'est pas faite
44:54aux Etats-Unis
44:55enfin dans les futurs Etats-Unis
44:57au nom de
44:59d'idéaux
45:00plus ou moins
45:01ronflants
45:02et généreux
45:03mais au nom de la liberté
45:04du commerce
45:04c'est pas la grande liberté
45:06que souhaitaient
45:07les révolutionnaires américains
45:09c'est tout simplement
45:10la liberté
45:11du
45:11du commerce
45:12bon
45:13on ne l'a pas abordé
45:14on ne l'abordera pas
45:15et de même
45:16on n'abordera pas
45:16tous les aspects
45:17de ce livre formidable
45:19d'un millier de pages
45:21mais tout de même
45:24revenons tout à l'heure
45:25si vous voulez bien
45:26sur ce point central
45:28qui est le mois de juin
45:30et le gigantesque transfert
45:32de souveraineté
45:32opéré par
45:35le tiers
45:36qui devient
45:38assemblée nationale
45:39c'est un sujet d'ailleurs
45:40qui vous tient à cœur
45:41depuis longtemps
45:42parce que j'ai retrouvé
45:42ce vieux livre
45:43que je montre à la caméra
45:45le livre noir
45:45de la révolution
45:46française
45:47déjà
45:48vous montriez
45:49que
45:50la question
45:51est bel et bien
45:51politique
45:52c'est la question
45:53de la souveraineté
45:54qui
45:56est centrale
45:57c'est pas vrai
45:58que vous direz
45:59le contraire
45:59elle est en toute période
46:00centrale
46:00mais spécialement
46:01dans la révolution française
46:02en dépit
46:03d'ailleurs
46:03où leur faut
46:04tailler des croupières
46:06à ces conceptions
46:09marxistes
46:09en dépit
46:10des analyses
46:10économistes
46:11sur l'économie
46:12à compter
46:13mais la question
46:14politique
46:16et on pourrait dire
46:17idéologique
46:17a été
46:19prédominante
46:19c'est l'objet
46:20de notre deuxième conversation
46:21je m'avise d'ailleurs
46:22qu'il en faudra
46:23une troisième
46:24une quatrième
46:25peut-être plus tard
46:26car tant d'épisodes suivent
46:28vous allez
46:29jusqu'à la fin
46:30du 18ème siècle
46:32il y a encore
46:33les épisodes
46:34terribles
46:34de la terreur
46:35la fuite à Varenne
46:37la mort du roi
46:39assez pathétiquement
46:40et très bien
46:41très bien décrite
46:43dans
46:43ces derniers ouvrages
46:45il y a les guerres
46:46de Vendée
46:46bref
46:47nous avons encore
46:49beaucoup de pain
46:49sur la planche
46:50je vous remercie
46:50je vous dis
46:51à tout à l'heure
46:52et à dans 15 jours
46:54pour nos auditeurs
46:56merci encore