00:00Nous avons la chance d'avoir un expert en sécurité, Reda Bellage, porte-parole du syndicat Police Unité Île-de
00:07-France.
00:07Reda Bellage, rebonjour.
00:09Vous avez compris, au cœur de notre émission, si vous nous rejoignez à midi 3,
00:13c'est bien sûr la France sous haute surveillance, sous haute sécurité,
00:17en marge de ses mobilisations du 31 octobre.
00:21Les autorités redoutent un remake du 17 octobre,
00:27à savoir ces violences, ces exactions, notamment sur les bâtiments publics, sur les commerces.
00:32Je rappelle que plus de 3000 commerces, près de 3000 commerces avaient été pillés.
00:36Si vous êtes baladé ce matin dans les rues de Paris ou dans les grandes métropoles,
00:41vous avez peut-être assisté à ce théâtre assez particulier, ce paysage particulier,
00:48avec des commerces parricadés, des rues quasiment désertes et du bleu de partout.
00:5470 000 forces de l'ordre sont mobilisées.
00:57À midi, pour l'instant, la situation est calme,
01:00même si cet après-midi, il y aurait entre 300 et 600 éléments radicaux
01:07qui voudraient intégrer le cortège parisien,
01:11qui partira finalement depuis la porte de Bagnolet,
01:15en direction de la porte de Charenton.
01:18Retour d'ailleurs sur cet imbroglio, avec la rédaction d'Europe 1.
01:23C'est une victoire pour la préfecture de police.
01:26Après une nuit de délibération, le Conseil d'État a finalement validé
01:29l'itinéraire de la manifestation, choisi par le préfet de police de Paris.
01:33Il débutera depuis la porte de Bagnolet jusqu'à la porte de Charenton.
01:37C'est un peu plus de 4 km, ce qui permet d'éviter le centre-ville,
01:41d'éviter aussi la casse et donne une grande visibilité aux manifestants.
01:44Une décision qui met fin au bras de fer judiciaire,
01:47qui opposait les organisateurs au service de l'État.
01:49Les Gilets jaunes voulaient faire partir leur cortège de Bastille jusqu'à Concorde,
01:53la CGT de Bastille jusqu'à Nation.
01:55Ce jeudi, la CGT a saisi le tribunal administratif
01:58pour faire annuler l'interdiction de manifester sur leur parcours initial prévu entre Bastille et Nation.
02:02Recours validé par les juges hier.
02:04Patrice Faure n'apporte aucun élément chiffré de nature à établir l'impossibilité
02:08ou la difficulté à encadrer un rassemblement litigieux doté d'un parcours précédemment défini.
02:12Une décision que le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, avait alors fermement contestée.
02:17On va faire appel, ça c'est sûr, on va faire appel.
02:19Il est important aussi que le Conseil d'État puisse trancher, dire le droit.
02:22Quand il y a des risques de troubles à l'ordre public, on peut modifier un itinéraire au dernier moment.
02:27Évidemment, c'est plus confortable quand l'organisateur accepte les propositions qui sont faites.
02:31Je ne vois pas en quoi c'est aussi attentatoire aux libertés que cela.
02:35Ce samedi, le Conseil d'État a donc donné raison aux ministres de l'Intérieur et à la préfecture.
02:39Ce matin, la co-secrétaire générale de la CGT Paris, Adèle Tellez, a appelé les manifestants à respecter le parcours
02:46imposé selon ces termes.
02:47Vous imaginez Sébastien Ligné, les autorités, elles doivent se battre avec les casseurs, avec les pillards, avec les groupes d
02:54'ultra-gauche,
02:55avec les groupes d'extrême-gauche radicale.
02:57D'ailleurs, j'allais vous dire avec le Conseil d'État aussi.
03:00Et désormais avec la justice administrative.
03:06Mais l'État français et le politique a laissé le pouvoir aux judiciaires, aux administrations, à toutes sortes d'institutions
03:14non élues.
03:14C'est le politique qui a laissé ses conseils, ses avis prendre le pas sur le fait politique.
03:23Moi, ce qui me fait halluciner déjà, c'est que dans ce pays maintenant, pour déplacer une manifestation,
03:27on ne parle même pas de l'interdit, pour déplacer une manifestation de quelques, même pas un kilomètre,
03:31il faut y passer la semaine.
03:33Parce que vous avez la préfecture, vous avez le tribunal administratif, vous avez potentiellement un recours,
03:38puis ensuite le Conseil d'État.
03:40C'est l'absurdistan français dans un pays qui fonctionne normalement.
03:43L'État considère qu'il y a un risque sécuritaire sur une manifestation.
03:49L'État prend un arrêté, on déplace la manifestation.
03:52Terminé, basta, il n'y a pas cinq couches, cinq recours, cinq avis supplémentaires.
03:56Sauf que dans ce pays, on adore avoir plusieurs strates.
04:00Le millefeuille administratif français.
04:02Il faut toujours que dix personnes autour de la table donnent leur avis avant de pouvoir prendre une décision.
04:07Et ensuite, il y a quelque chose de tellement symbolique sur l'impuissance de l'État,
04:11c'est qu'on se retrouve dans une situation où le ministre de l'Intérieur en vient à se mettre
04:15à genoux
04:16et à prier pour que le Conseil d'État soit de son côté pour déplacer une manifestation de 500 mètres.
04:21Est-ce qu'on se rend compte du délire ?
04:23On ne parle pas d'interdire une manifestation.
04:25Bon, c'est un peu plus que 500 mètres, c'est-à-dire que là, l'objectif...
04:29C'est ça, on reste dans l'Est parisien.
04:30On n'a pas déplacé la manifestation de Paris à Orléans non plus.
04:33Non, ça c'est vrai.
04:34Et en plus, les organisateurs, parce que j'ai l'occasion de faire beaucoup de plateaux,
04:39ils disent, oui, on nous enlève le droit de manifester.
04:43Mais attendez, moi je vais vous dire une chose.
04:44En moyenne, Paris et l'agglomération parisienne, c'est 45 manifestations chaque samedi.
04:54Donc vous imaginez le nombre sur un an, c'est énorme.
04:59Et 99,99% de ces manifestations se passent très très bien.
05:06Et ça, ils oublient de le dire.
05:07Mais bien sûr, il y a 52 semaines, 45 fois 52, 2340 manifestants par an en France.
05:16C'est ça qui est énorme.
05:17Et ils ne retiennent qu'une chose, c'est l'individu qui a, et c'est triste,
05:21qui a perdu un bras en voulant ramasser une grenade pour l'envoyer sur les forces de l'ordre.
05:26Ils retiennent le tir de LBD dans telle commune.
05:30Par contre, ils ne regardent pas que nous, on a 2000 blessés.
05:33Pour eux, c'est normal en fait.
05:34On vit dans un pays qui est devenu vraiment tout l'inverse de ce qu'il devrait être.
05:38C'est la tyrannie des minorités, puisque c'est une minorité active,
05:42bruyante, parfois violente,
05:44qui impose sa loi à une majorité silencieuse.
05:48C'est l'édito de ce matin, à lire dans les colonnes de l'excellent Figaro,
05:53d'Yves Tréard, qui parle de cette France silencieuse,
05:57qui fait face à cette minorité bruyante, syndicale et radicale.
06:02Oui, mais l'État a organisé sa propre dépossession,
06:05comme ça a été très bien dit par Sébastien Lignier,
06:08en laissant cet État de droit devenir le vrai pouvoir,
06:13en nommant des gens à des postes qui verrouillent désormais le pouvoir,
06:18mais aussi en mettant à égalité les policiers avec les minorités dont vous parlez.
06:25– Vous l'avez dit, même pas à égalité,
06:28les minorités sont plus importantes que la police
06:32qui détient le monopole de la violence légitime.
06:34C'est-à-dire qu'on ne s'étonne pas que les policiers soient blessés.
06:36Par contre, vous blessez un orteil d'un manifestant,
06:40alors que dans un État, normalement,
06:43la police a le droit de recourir à la force.
06:46Donc on a perdu le sens commun, je crois, aujourd'hui.
06:52Et je crois que c'est vraiment sous-tendu par une philosophie post-moderne
06:58qui est délétère, c'est-à-dire qu'on est dans la société des individus.
07:03Normalement, la France, les individus ont des droits et des devoirs.
07:07On a oublié les devoirs et on a multiplié les droits,
07:11et voilà où on en est aujourd'hui.
07:12Et même si on a multiplié les droits,