00:00Europe 1, 16h-18h, Pascal Proulx et vous.
00:05Alain Fontaine est là pour son livre Café et Bistro, la plus belle histoire d'amour des Français aux éditions
00:12Ouest France.
00:13Bonjour M. Fontaine.
00:15Bonjour.
00:16Et je l'ai devant moi, ce très beau livre, Al Café et Bistro, les plus belles ou la plus
00:22belle histoire d'amour des Français.
00:24Évidemment, j'imagine que vous donnez de nombreuses adresses.
00:29Entrez dans un bistro, écrivez-vous, pour y prendre un café, une boisson, pour se restaurer,
00:33c'est une opportunité offerte à tout un chacun, passant ou familier, à tout moment de la journée,
00:38lieu d'accueil, diurne, à la fois repère pour l'habitué, repère pour le client de passage, lumière dans la
00:44nuit.
00:44Le bistro est révélateur de la vitalité d'un quartier ou d'un village.
00:47Et c'est une spécificité française, parce que quand vous vous baladez dans le monde entier,
00:51alors si vous allez évidemment en Italie, il y a des bistrots, si vous allez dans certains pays d'Europe
00:55aussi,
00:56mais vous allez en Asie, vous allez par exemple en Corée, Corée du Sud,
01:01ben vous êtes, c'est plus du tout cette atmosphère-là, les bistrots.
01:05Aux Etats-Unis aussi, c'est pas comme ça ?
01:07Aux Etats-Unis, c'est encore différent, on ne dirait pas qu'il y a des bistrots, mais il y
01:12a des endroits.
01:13Mais c'est vrai que le monde entier connaît la France avec ses bistrots.
01:17Le monde entier connaît, les touristes qui viennent en France, viennent pour voir bien sûr nos monuments,
01:23on a de très beaux monuments, mais ils veulent absolument aller dans les bistrots.
01:26Que ce soit à Paris, que ce soit à Marseille, que ce soit n'importe où.
01:30Pourquoi ? Parce que les bistrots, après les cafés d'abord à la fin du XIXe siècle,
01:35qui étaient des cafés intellectuels, sont devenus des cafés ouvriers, des bistrots ouvriers,
01:41à partir de la révolution industrielle, tout en restant intellectuel.
01:44C'est pour ça qu'on voit des gens comme Beauvoir, Vian, Sarthe,
01:47et puis le monde syndicaliste et le monde politique s'emparer de cela.
01:51Et puis c'était les cantines, c'est avant, maintenant vous avez des restaurants d'entreprise,
01:55mais les cantines des entreprises, des cols bleus et des cols blancs,
01:58c'était les bistrots, c'est les cafés, on le voit dans les films de Chabrol, Sautet, même de Lelouch.
02:03C'est vraiment, le café ça fait partie de notre vie de tous les jours,
02:08et on a tous un souvenir avec le bistrot, par le père, la mère, les grands-parents,
02:15et puis c'est aussi notre jeunesse.
02:17On a tous été dans un bistrot quand on était jeunes,
02:21pour réviser, pour des histoires d'amour, pour des histoires d'amitié,
02:24on a fêté des choses, on a rencontré des gens,
02:28c'est des endroits...
02:29Alors vous parliez de l'Italie tout à l'heure,
02:32c'est pas pareil en Italie, c'est-à-dire qu'il y a des trattoria, bien évidemment,
02:34il y a plein de choses, mais le bistrot et le café, c'est vraiment une spécificité française
02:41pour ce qu'on a fait, pour la sociabilité qu'on a fait dedans,
02:43pour ce qu'on a créé à l'intérieur, ça c'est très spécifique,
02:47et ce melting pot, on peut y rencontrer tout le monde dans un bistrot et un café le matin.
02:52Vous pouvez très bien aller vous-même dans un bistrot le matin,
02:56et puis à côté de vous, il y aura les employés de la ville de Paris
03:00qui viennent de passer le balai et qui s'arrêtent,
03:02vous allez parler ensemble du match de foot de suite cela,
03:05et vous allez repartir chacun pour votre destin, pour votre vie.
03:08Alain Fontaine avec nous, il est président de l'association française des maîtres restaurateurs,
03:11il est également chef du restaurant Le Mesturé,
03:14situé au cœur de la capitale, entre les grands boulevards et le Louvre,
03:17après franchi le seuil que l'on s'y sent déjà un peu comme chez soi,
03:21c'est vrai que c'est un décor de pierres apparentes,
03:22de banquettes en cuir, de chaises, de tabourets en bois,
03:25d'objets chinés, de souvenirs de familles pleins lémurs.
03:28Vous dites d'ailleurs, j'ai grandi dans une famille où la table et le bien manger étaient des éléments
03:32fédérateurs,
03:32ma grand-mère, ma mère m'ont transmis cette générosité qu'offre la cuisine.
03:36Bon, c'est un métier à la fois magnifique,
03:38c'est un métier qui rebute certains jeunes aujourd'hui,
03:41parce que c'est un métier dur,
03:42où il a beaucoup d'heures de travail,
03:45et pas de samedi, pas de dimanche, pas de Noël,
03:47et pas toujours des fêtes.
03:49C'est un métier, quand vous avez la passion,
03:52qui n'est pas difficile.
03:53Par contre, si vous prenez ce métier,
03:55parce que vous avez fait un héritage,
03:57une prime de je ne sais trop quoi,
03:58et vous vous dites,
04:00excusez-moi, tiens, je vais ouvrir un bistrot,
04:01j'aimerais bien ouvrir un bistrot,
04:02ce que j'ai entendu tout à l'heure,
04:04attention, on n'ouvre pas un bistrot.
04:06C'est Géraldine.
04:07En Bretagne.
04:08Elle a dit, je rêve d'un bistrot en Bretagne.
04:10Je ne voulais pas, je suis désolée.
04:11C'est vrai, elle a dit, je rêve d'un bistrot.
04:15C'est le fantasme, c'est ça.
04:18J'ai vu tellement de gens,
04:22parce que dans le temps, par exemple,
04:24les footballeurs, à la fin de leur carrière,
04:25ils n'étaient pas riches comme maintenant,
04:26donc ils avaient un petit pécule,
04:27et puis ils ouvraient un restaurant.
04:29Même si c'était un échec.
04:31Trois ans plus tard, il n'y avait plus de restaurant,
04:33parce que c'est un métier, monsieur.
04:34Non, mais je n'ai jamais dit que ce n'était pas un métier.
04:36C'est un vrai métier, mais c'est un fantasme,
04:38et c'est un rêve, parce que,
04:40et c'est là où la passion intervient,
04:41c'est parce que vous recevez tout le temps des gens,
04:44vous êtes le monsieur le loyal aussi,
04:48ou la madame, parce qu'il y a beaucoup de patrons de nos bistrots,
04:52ça discute, ça s'engueule, ça rigole, ça pleure,
04:55il y a plein de choses.
04:56Et puis, on a des anecdotes extraordinaires,
04:59tristes ou joyeuses, mais extraordinaires,
05:01mais il faut avoir la passion des autres,
05:03il faut avoir l'amour des autres,
05:04et il faut surtout se dire
05:06qu'on va rentrer dans un monde
05:07où on ne va pas gagner pas bien sa vie.
05:10Moi, aujourd'hui, je ne cache pas mon âge,
05:12je vais avoir 69 ans dans quelques temps,
05:14je suis riche, comme le disait la chanson,
05:15je suis riche de mes amis.
05:17Si j'avais dû faire fortune,
05:18je l'aurais fait autrement.
05:20J'ai choisi ce métier-là,
05:22c'est pour ça que ça me fait mal
05:23ce qui se passe en ce moment dans Paris
05:24ou dans d'autres villes,
05:25où je vois des camarades
05:26qui sont en train de barricader
05:29leurs entreprises,
05:29mais ce n'est pas le sujet,
05:30ça fait mal au cœur.
05:31Pourquoi ?
05:32Parce qu'on n'est pas des gens riches,
05:34on est des gens passionnés
05:35et riches des amis que l'on a autour de nous.
05:37Moi, j'ai élevé mes cinq enfants
05:39dans mon bistrot,
05:40j'en suis fier,
05:40je crois qu'ils en sont fiers aussi.
05:42J'en parle un peu dans mon livre.
05:44Il y en a qui perpétuent la tradition ?
05:46Je l'espère,
05:48je ne peux pas dire,
05:48il y en a un qui s'est essayé avec moi,
05:50ça n'a pas marché.
05:52Et puis, il y en a encore,
05:53il y a trois autres qui suivent,
05:55on verra.
05:56J'espère, je le souhaite,
05:57mais après,
05:58on ne peut pas les obliger.
05:59C'est vrai que...
06:00Alors, vous avez mis le doigt
06:02sur une question très importante,
06:03on a du mal à transmettre
06:05parce qu'évidemment,
06:06ils nous ont vu souffrir,
06:08suer,
06:09le labeur.
06:09Ils se disent,
06:10peut-être avocat,
06:11journaliste ou chirurgien,
06:13c'est peut-être mieux.
06:13Voilà.